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le mal. Aussi n'est-il pas surprenant que Socrate vit peu de liens entre la morale et la religion, et qu’Aristote les séparät complétement. Nous ne devons donc pas nous étonner non plus que, même quand la croyance à une vie future commença à élever les pensées de l'homme non civilisé, il n’associa pas tout d’abord à cett: nouvelle vie l’idée de récompenses et de chàtiments.
Bien que les Australiens croient vaguement aux fantômes et qu’ils supposent devoir ressusciter hommes blancs, ou, comme üis disent, « tombe, homme noir, « saute, homme blanc, » ils n'ont aucune idée d'un jugement (1) ! Les nègres de la Guinée «ne croient pas « non plus qu'ils seront récompensés ou punis pour « leurs bonnes ou leurs mauvaises actions pendant « cette vie (2).» D’autres races nègres ont cependant des idées plus avancées à ce sujet.
«Les Tahitiens croient à l’immortalité de l'âme, « ou tout au moins à son existence indépendante: ils « croient en outre qu'il existe deux endroits offrant « différents degrés de bonheur, quelque peu analo- « gucs à notre ciel et à notre enfer; ils appellent le
(1) Voyage of the Fly, vol, WI, p. 29.
(2) Dosman, loc. cit. p, 401,
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« premier «Tavirua l’erai» etle second «Tiahoboo. » «Ils ne les considèrent pas cependant comme des lieux de récompense ou de châtiment, mais comme « des réceptacles pour les différentes classes ; le premier pour les chefs et les hommes importants; l'autre pour les gens de rang inférieur; car ils ne supposent pas que la nature de leurs actions puisse influer en quoi que ce soit sur leur état futur, et ils ne croient pas que leurs dieux s'occupent d'eux «après leur mort (1). »
A Tonga et à Nouka-hiva les indigènes croient que ls chefs sont immortels, mais non pas les gens du commun (2). Les insulaires de Tonga, dit Mariner, «ne croient pas à des récompenses et à des châti- «ments dans une vie future (3). »
Aux iles Viti, selon Williams (4), « le caractère plus «ou moins grave du crime dépend de la position sociale «du criminel. Un meurtre commis par un chef est «moins grave qu'une soustraction faite par un «homme du peuple. Ils ne regus:dent comme sérieux «que quelques crimes, c’est-à-dire, le vol, l'adultère, « l'enlèvement, la magie, le manque de respect à un «chef, l'incendie et la trahison. » I dit plus loin que malgré leur croyance à une vie future, les Vitiens (\ «n’y ajoutent pas l’idée de récompenses ou de chà- «timents. » Les habitants de Sumatra, selon Marsden, «croient vaguement à une vie future, mais ils attri-
(1) Voir Cook, Voyage round the World, vol, II, p. 239. (2) Klemm, vol. IV, p.351.
(3, Tonga islands, vol, IT, pp. 147, 148,
(4) Fiji and the Fijians, vol. I, p. 28.
(5) Ibid, p. 243,
« buent l’immortalité au riche plutôt qu’à l’homme
vertueux. Je me rappelle qu’un habitant d’une des A . . ROATTE
« iles me dit avec beaucoup de simplicité: «Les
« hommes riches et puissants seuls vont au ciel; com-
« ment les pauvres pourraient-ils y entrer (1) ? »
Dans l'ile de Bintang (2) « les indigènes, croyant à « la prédestination, sont d'avis que la possession « conslitue un droit, quel que soit d’ailleurs le moyen « employé pour arriver à cette possession. Ils n'hési- « tent pas cependant à déposer et à assassiner leurs « souverains ct justifient leur conduiie par le raison- « nement suivant: une chose aussi importante que « la vie des rois dépend de la volonté de Dieu, dont « ilssont les représentants, par conséquent, s'il ne lui « était pas agréable qu'ils périssent sous les coups de « leurssujets, cela ne pourrait pas arriver. Ainsiil sem- « ble que leurs idées religieuses sont juste assez fortes « pour bannir de leur esprit tout sentiment moral, »
Les Kookies de Chittagong « n’ont aucuneidée d’un « ciel ou d’un enfer, d’un châtiment futur pour les « crimes commis ici-bas, ou de récompenses pour les « bonnes actions (3). » Il en est de mème, selon Bailey, chez les Veddahs de Ceylan (4).
« âmes des morts se transforment en « Bhoots » ou « esprits, maisils n’attribuent à ce changement aucune « idée de récompense ou de châtiment (5). »
(1) Marsden, History of Sumatra, p. 289.
(2) Ibid., p. 412.
(3) Rennel, cité dans Lewin, loc. cit., p. 110.
(4) Trans. Ethn. Soc. Nouvelle série, vol. IL, p. 300. (5) Dalton, Trans. Ethn. Soc., 1868, n. 38.
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Kolben (1) dit en parlant de l'Afrique méridionale: « J'ai prouvé, dans un chapitre précédent, que les Hot- « tentots croient à l'immortalité de l’âme. Mais je w’ai « jamais pu arriver à découvrir chez eux la moindre | « trace d’une croyance à des châtiments ou à des ré- «compenses après la mort, »
Chez les Mexicains (2) et chez les Péruviens (3) k morale n’entrait absolument pour rien dans la religion, et dans quelques autres parties de l'Amérique on supposait que la condition future dépendait, non pas dela bonne ou dela mauvaise conduite sur cette terre, mais bien du rang qu’on y occupait (4). « Il est rare, ‘dit Tanner, de trouver chez les Indiens de l’'Améri- «que du Nord des idées qui pourraient nous autoriser ‘à penser qu'ils revardent l’état dans la vie future “comme une conséquence de la vie actuelle (5). »
Les Arabes pensent que la violation d’un serment tune cause de malheur pour l'endroit où le serment tété prêté (6).
En un mot, je crois que l’idée du droit fait absolu nent défaut aux races inférieures, quoique l’idée de la bi leur soit parfaitement familière. Ce qui explique les conséquences curieuses, toutes logiques qu’elles soient, indiquées page 394.
Au commencement de mesétudessur la vie sauvage, je croyais qu'aucune race d'homme n’était absolu-
() History of the cape of Good Hope, v. 1, p. 314. ?) Muller, loc, cit., p. 565.
3) 1bid,, p 410. Mais voir Prescott, vol, I, p. 83:
4) 1bid,, p. 139. Voir aussi p, 289, 565, | » Tanner, Narrative, p. 369, 6) Klemm, loc, cét., vol, IV, j, 190.
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ment dépourvue de teut sens moral, et cen’estque graduellement et avec peine, que j'ai été obligé d'adopter la conviction contraire. Ce ne sont pas seulement les récits des voyageurs qui m'ont conduit à cette conclusion, c’est aussi la teneur générale de leurs remarques et surtout l’absence de toute idée de repentir et de remords chez les races inférieures,
Ilme semble done évident que le sens moral s’augmente à mesure qu'augmente la civilisttion.
Les circonstances extérieures influent sus doute beaucoup sur le caractère. Nous voyons souvent cependant que la possession d’une vertu se trouve balancée par un vice correspondant. Ainsi les Indiens de l'Amérique septentrionale sont braves et généreux, mais ils sont aussi cruels et ne comptent la vie pour rien. En outre, dans les premières phases de la loi, on ne tient jamais compte du motif; fait qui prouve combien la morale a peu de poids, même chez les peuples qui ont déjà fait des progrès considérables. On a cité bien des exemples pour prouver le contraste que présente, chez différentes races, l'idée de la vertu, mais, selon moi, ces exemples prouvent plutôt l'absence, que la perversité, de tout sentiment à ce sujet. Je ne peux pas croire, par exemple, qu'on ait jamais réellement regardé comme vertus le vol et le meurtre. À l’état barbare c’étaient [à certainement des moyens de distinction, et, en l'absence de tout sentiment moral, le voleur ct l'assassin n’encouraient aucune réprobation. Mais, je le répète, je ne puis croire qu’on considérât ces actes comme « justes, » quoiqu’ils aient pu éveiller des sentiments de respect et mûme d’admira-
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ion. De même les Grecs regardaient la duplicité d'Ulysse comme un élément de sa grandeur, mais certainement pas comme une vertu proprement dite. Quelle est donc l’origine du sens moral? Les uns ke regardent comme une intuition, comme un instinct wiginel, implanté dans l'esprit humain. Herbert Spenær (1), au contraire, soutient que « les intuitions mo- «rales sont le résultat des expériences accumulées d'utilité ; organisées pardegrés, passant de génération «engénération, elles sont devenues indépendantes de «l'expérience consciente. De même que je crois que d'intuition de l’espace, possédée par tout individu «vivant, est le résultat des expériences organisées et «consolidées de tous les individus antérieurs, qui «lui ont légué leur organisation nerveuse lentement développée; de mème que je crois que cette intuiion, qui n’a plus besoin que de l'expérience personnelle pour devenir définie et complète, est de- “venue pratiquement une forme de la pensée, qui ‘semble tout à fait indépendante de l’expérience; de ‘mème aussi je crois que les expériences d'utilité, “organisées et consolidées par les nombreuses gé- ‘nérations passées de l’espèce humaine, ont produit ‘des modifications nerveuses correspondantes, les- ‘quelles, par une transmission et une accumulation tcontinuelles, ont développé en nous certaines facul- ‘tés d’intuition morale, certaines émotions répondant
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Je ne puis entièrement adopter ni l’une ni l’autre de
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! Bain, Mental and moral science, p. 722.
Luscock, Orig. de la Civil. 26
Par
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ces théories. Le sens moral est aujourd’hui, sans aucun doute, intuiti! en nous, mais si les races inférieures des sauvages en sont dépourvues, il n’était pas intuitif dans le principe et on ne peut le regarder comme naturel à l’homme. Je ne puis accepter non plus la théorie contraire; tout en étant parfaitement d'accord avec M. Spencer, « qu'il s’est développé et « qu’il se développe encore dans la race humaine cer- « taines intuitions morales fondamentales, » j'éprouve avec M. Hutton beaucoup de difficulté à concevoir que, pour emprunter les mots de M. Spencer, ces « intuitions morales sont le résultat des expériences accumulées d'utilité, » c’est-à-dire d'utilité à l’individu. Quand on & bien compris qu’une ligne de conduite donnée est invariablement utile à l'individu, l'adoption de cette ligne de conduite est plutôt une preuve de « sagacité » qu’une preuve de « vertu. » La vertu implique la tentation; la tentation indique le sentiment qu’une action donnée peut servir l’individu aux dépens des autres ou malgré l'autorité, Il est donc évident que des sentiments passant de génération en génération, peuvent produire une convittion continuellement plus profonde, mais je ne vois pas comment cela peut expliquer la différence qui
existe entre le « droit » et « l'utilité. » On en a, ce- |
pendant, été amené, par une pente naturelle, quelque inconsciente qu'elle soit, à choisir l'utilité comme la base de la morale,
M. Ilutton en doute, si je le comprends bien. « Nos « ancôtres, dit-il (1), ont dû, par exemple, asso
(i} diacmillan magazine, 1869, p. 271,
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MŒURS. 403 cer l’honnèteté à beaucoup de conséquences heureuses etmalheureuses, et nous savons que dans l’an-
cienne Grèce ou associait ouvertement la malhonné-
teté à des conséquences neureuses, dans l'admiration ‘que l’on avait pour la ruse d'Ulysse. Aussi les assocations morales lentement formées, en faveur de ‘l'honnêteté, selon la théorie de M. Spencer, n’ont «dû être en somme qu’une prépondérance d’associa- “ton avec un contrc-poids. »
Cecime semble un excellentexemple. « Nos ancêtres «ont pu et ont dù certainement, quand ils étaient hon- «êtes eux-mêmes, comprendre que les conséquences «lelhonnèteté sontsouvent heureuses etsouvent mal-
heureuses ; » mais ils ont dû remarquer en même temps que l'honnêteté de la part des autres n'avait pour ax que d’heureux résultats. Aussi, tandis que la conwption que l’honnèteté est la meilleure de toutes les: mlitiques, n’a été sans aucun deute généralement acwplée que longtemps après qu’on en eut fait une vertu, lonnèteté a dû être regardée comme vertu dès qu’un kvoir devint sacré pour l’homme. Aussitôt qu’Étatsou udividus firent un contrat, quel qu'il soit, l'intérêt maieste de chacun fut que le cocontractant fût honile, La victime devait naturellement se plaindre sil
lien était pas ainsi. C’est précisément, d’ailleurs, parec
je l'honnêteté amène quelquefois des conséquences
ulheureuses qu’on la regarde comme une vertu. Si
1e avait toujours constitué un avantage direct pour
bus, on l'aurait classée au nombre des utilités, mais
ii pas des vertus ; elle aurait manqué, en somme, \ ), (4 è . : . TN | z ke l'élément essentiel qui en fait une vertu.
Étudions, par exemple, le respect pour la vieillesse, Même en Australie, les lois, si je puis me servir de ce mot, commandent de réserver pour les vieillards ce qu'il y a de meilleur en tout. Naturellement les vieillards ne négligent aucune occasion de faire bien comprendre ces injonctions aux jeunes gens; ils louent ceux quis’y conforment, bläment ceux qui y résistent, Aussi la coutume est-elle strictement observée. Je ne prétends pas dire que cette coutume représente aux yeux des Australiens un devoir sacré; mais dans le cours des temps on aurait fini par la considérer ainsi,
Car, dès qu’une race a fait quelques progrès intel-
lectuels, les individus qui la composent établissent cer. 4
tainement une différence entre les actes qu’on leur enseigne de faire pour leur propre avantage et ceux qui, sans devoir leur produire un avantage, leur sont ordonnés pour une autre raison. De là provient l’idée du droit et du «devoir, distincte de celle de la simple utilité.
Nouscomprendrons immédiatement, si nous étudions les différents codes de morale qui existent daus notre propre pays, que la notion que nous avons du droit
dépend beaucoup plus des leçons que nous recevons
dans notre jeunesse, que de nos idées héréditaires. Que dis-je? On remarque souvent chez le même indi-
vidu, deux systèmes contradictoires, espèce d’associa4
ion monstrueuse, existant côte à côte. Aïnsi le code chrétien et le code ordinaire de l'honneur semblent se contredire sous quelques rapports, et cependant le sraude majorité des hommes les reconnaissent, ou, tou au moins, se figurent les reconnaitre tous deux.
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sée àl {ie se « rale on .
sant SUPF àam ner | Ce fu puisq de se mon temer sêque jisqu L'a vertu, par M.
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la vieillesse, servir de ce vieillards ce ent les vieilre bien coms; ils louent ui y résistent.
»servée. Je ne présente aux mais dans le nsidérer ainsi.
progrès intel- ‘tablissent certes qu’on leur antage et ceux wantage, leur De là provient , de celle de la
si nous étudions ent daus nolre avons du droit nous recevols à es héréditaires.
, le même indispèce d’associaÿ Ainsi le codè ineur semblent it cependant 18
jaissent, ou, tot
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