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| LA FONDATION DE LA COMPAGNIE DE Jésus 199
diverses reprises par le Pape les décisions prises en congrégation par son ancien ami; C'était entre eux une guerre sourde. |
Aussi la nouvelle de son élection fut-elle un coup
de foudre pour les Jésuites. «fonace seul, nous dit
Crétineau-Joly, ne perdit pas courage.» Mais il perdit
contenance, bien que «son visage, comme son âme, füt d'ordinaire imperturbable», et qu'il n’y eût point, au dire de Bartoli, «d'événement, pour étrange et inat- «tendu qu'il fût, capable de produire sur lui la plus (légère impression de joie ou de tristesse». Cette fois, son impassibilité -orientale fit défaut; il se montra
troublé»; mais ce fut l'unique altération qu’on ait
jamais vue sur son visage. Sans dire un seul mot il
«entra dans la chapelle et y resta quelque temps en «prière ; et à son retour, il s’efforça de rassurer les «siens. La Compagnie, leur dit-il, aura un ami dans le «nouveau Pontife; néanmoins, elle en souffrira plus «d'une épreuve.»
La prédiction, si elle n’a pas été faite après coup, devait en partie se réaliser.
Paul IV, ne voulant pas sans doute venger les injures du cardinal Carafa, reçoit bien Ignace à sa première
visite ; il se montre d’ailleurs € tour à tour bienveillant
et sévère» pour lui, estimant la vertu du fondateur,
mais blâmant les tendances absolutistes de son gouver-
nement religieux, et non moins celles de sa politique. L'inféodation de la Compagnie à l'Espagne l'irrite d’autant plus quil déteste les Espagnols et, personnel-
lement, se défie de Philippe IL. A la suite di troubles: * de Naples et lorsqu'éclate la rupture entre Îles deax Dé: cours, — romaine et espagnole, — les Jésuites sont 14
accusés de fomenter la sédition de Rome; on assure
qu'un dépôt d'armes est caché au Gésu. « Paul IV donne «ordre au gouverneur de la ville d'aller avec le fiscal et LA (tous ses gens s'assurer s'il n’y a point d'armes en la <a «maison des Jésuites. Le saint recoit cette visite d’un «air extraordinairement calme : il fait. appeler son 274 «secrétaire, et lui dit de conduire l'officier et sa troupe i “à « dans toute la maison, de la cave au grenier» ; puis, la | ; «perquisition terminée, sans avoir abouti, il accom- 4 «pagne lui-même le gouverneur jusqu'à la porte et en « prend congé € du même air serein.» : 3
Bartoli qui voit dans ce trait une preuve éclatante de 11 la maîtrise d'Ignace, nous assure, quelques lignes plus ! loin, que la vénération de Paul IV pour Loyola ne s'est jamais démentie. |
J'avoue que cette assurance m ‘est nécessaire pour voir dans cette visite domiciliaire une preuve de vénération; mais s'il en est ainsi, qu’a donc d’extraordinaire le calme d’'Ignace en cette rencontre, et pourquoi nous. vanter si fort sa sérénité ?
Du reste, les disciples de Lou ne se montraient pas aussi Csereins » que leur maître. Ignace, qui sentait qu'il y allait de l'intérêt, et peut-être de l'existence de sa Compagnie, de rester et de paraître bien avec le: Pape, avait quelque peine à les empêcher de murmurer a tout haut : « Comme un des nôtres partait pour les. ne
«Flandres, raconte BALL, il lui ordonna de: ne Re . «qu’en bonne part de la conduite du Pape régnant et de «ses sentiments à notre endroit». Et son interlocuteur alléguant «qu'il ne savait comment excuser certains | actes du Pontife, — Eh! bien, reprit vivement Ignace, : | «n’en dites rien, — et parlez du Pape Marcel», Le Pape
Marcel! Ni le fondateur, ni ses disciples ne pouvaient Dr. oublier le songe évanoui : la Compagnie gouvernant se * PÉglise, et son Général A a directeur en quelque nu Sorté, du Pape lui-même ! | (pe
__ Les sévérités de Paul IV ne 'anpéchuient pas dalle leurs de seconder les Jésuites dans les œuvres utiles : il continuait au Collège romain la rente promise par Jules IT, et chargeait Lainez d’un travail pour la réforme 4 de la Daterie, dont Marcel IT avait conçu le plan. Mais
à a Compagnie se sentait surveillée. | Elle progressait cependant, et comptait déjà douze L. provinces, cent maisons, et plus de mille Jésuites de | tous les degrés!. Croissance rapide, trop rapide même, rs À Je l'ai dit plus haut, et qui n'allait pas sans causer à A Ignace de cuisants soucis. [1 pressentait une sorte de de fermentation dans l’Institut; de graves avertissements
. venaient d’ailleurs de France et d'Espagne. Les pre-
miers troubles éclatèrent, de son vivant, en Portugal, où les Jésuites étaient, et devaient rester tout puissants pendant trois siècles. La jeunesse, les novices et les
Li 4 Sur plus de mille Jésuites, la Compagnie ne comptait à la per mort d’Ignace que 35 profès, ; 2
scholastiques se montraient particulièrement échauffés, et le rappel du provincial Rodriguez, remplacé par le. P.Miron,ne put Suflire à les apaiser!. Il fallut y envoyer. encore François de Borgia, lequel, muni de pouvoirs. spéciaux dans toute la péninsule, n'avait pas trop du
double prestige de sa parenté avec la maison royale, et de sa sainteté. | | ù
La santé d’'Ignace cependant déclinait visiblement. Il. avait dû se décharger sur le P. Natal d'une partie de 74 l'administration, et bientôt la lui abandonner tout : entière, en lui adjoignant ses deux secrétaires, Polanco 1 et Madrid. Sur le conseil de son médecin, il s'était ensuite retiré à la maison de campagne du Collège : ; romain, située dans l'enceinte même de la ville, entre Sainte-Balbine et les thermes d'Antonin. Il fallut l'en È ramener au bout de peu de jours; la fièvre s'était
: déclarée et le minait insensiblement.
Bien qu'il ne gouvernât plus, sa seule présence restait une sauvegarde; on n’osait croire au danger, tant on redoutait après lui l'inconnu. «C'était l'opinion des … Pères, que Dieu gardait la Compagnie en sa considé- … ration ». Aussi se refusaient-ils à admettre qu'il püt leur être enlevé. Le 31 juillet 1556, il fallut bien se rendreà l'évidence. Ignace de Loyola, à peine âgé de soixante- . cinq ans, expirait dans la maison professe de la Compagnie, la célèbre maison du Gésu *. :
1 C’est à l’occasion de ces troubles, et à leur début, qu'Ignace adressa aux Jésuites portugais la fameuse lettre sur l’obéissance. : k | à : :
? Ignace en arrivant à Rome fut logé par un gentilhomme À |
Non loin de la cellule où il venait de rendre le dernier soupir, Lainez dangereusement malade, (presque aban-
donné des médecins », paraissait à tous si près de sa fin,
que Polanco, chargé d'aller solliciter pour le Général mourant la bénédiction du Pape, croyait devoir la demander en même temps pour ce premier compagnon de son apostolat. En apprenant la mort de celui qu'il nommait son maître et son père, Lainez pria Dieu à haute voix, par les mérites de son serviteur Ignace, de rappeler à Lui son âme avec celle du fondateur : & «prière que Dieu exauça d’une façon bien différente, en: | «lui rendant la santé. Ce qui d’ailleurs ne le surprit <nullement, ajoute le naïf Ribadeneyra, Ignace lui ayant «autrefois prédit qu'il lui succéderait au généralat. »
Encore quelques jours, et Sixte-Quint «jettera ses
! béquilles.»
romain, nommé Quirino Garzonio, dans la maison duquel il recut à leur arrivée ses premiers compagnons, Il habita ensuite succes-
- sivement une grande maison, puis à Notre-Dame de la Strata où les Jésuites furent mis en possession de l’ancienne église paroissiale; ce ne fut que plus tard qu'il s'installa définitivement dans la maison du Gésu, dont le cardinal Alexandre Farnèse bâtit la fastueuse chapelle, sous le généralat de Francois de Borgia.