‹ Les origines de la Confédération suisse: histoire et légende (volume 2)Chapitre 21 sur 39 · LES LEGENDES ANECDOTIQUES LEUR DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

LES LEGENDES ANECDOTIQUES LEUR DÉVELOPPEMENT

Le premier ouvrage, dans l'ordre des dates, qui reproduise le récit romanesque et mélodramatique de l'anonyme de Sanien, est la chronique du Lucemois Petermann Etterlin, imprimée à Baie en 1507 ''^ Quoique cet auteur ait copié, presque mot à mot, l'œuvre de son devancier, il introduit ici et là des variantes qui peuvent senirà indiquer, soit le manque de fixité de la légende, soit le genre de développement dont on l'enrichissait. Ainsi, chez Etterlin, Gessler s'appelle Grissler; le RûtU s'appelle le Betlin ; Swandow est changé en Schwanow, et le Rotzberg devient leRogenberg. La tour bâtie par Gessler « au-dessous de Steg sur une colUne et qu'il voulait nommer Twbig-TJren^ » se change, sous la plume d'Etterlin, en une tour u construite sur la colline de Solentum, et que le bailli voulait nommer Zicing TJry tmdei' die Stegen, >> La saillie de rocher dont la chronique de Samen parle comme de « la plate-forme au Tell » (die ze Teïlen blatten)^ sans établir aucun rapport entre ce nom de lieu et celui du Thall, est dans Etteriin, comme chez Rûss, « une grande plateforme que, dès lors, on a toujours nommée et qu'on nomme encore aujourd'hui la plateforme de Tell » (des Teïlen blatten). Conime chez Rûss, également, le nom seul de Guillaume Tell, ou de Tell, est employé d'un bout à l'autre du récit.

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Divers détails, que ne renfennait point la chronique de Sarncn, sont introduits parEtterlin dans T histoire de Tarlîher d'Uri. Gessler l'interroge sur ses enfants et lui demande lequel d'entre eux il ahne le mieux : a Je les aime 4x)us également, » répond le père. Puis, quand Tordre lui est donné d'abattre la pomme, Tell résiste et s'écrie que c'est « une chose contre nature. » Ce qui l'inquiète, lorsque le bailli le presse de s'expliquer sur la destination de la seconde tlèche, c'est de ne voir près de lui « aucun de ses compagnons qui pût venir à son secours. » Enfin le meurtie de Gessler, que la chronique anonyme mentionne sèchement, n'a lieu, suivant Etterlin, qu'après que l'archer, caché dans son embuscade, a entendu le bailli « machiner contre lui toutes sortes de projets. »

Dans l'épisode d'Altzellen, le seigneur qui, d'après la chronique d'Obwald, n'est pas le même que Landenberg, est, au contraire, identifié avec celui-ci par Etterlin, qui. lorsqu'il raconte la prise du château de Sarpen, parle du u nouveau seigneur qui n'a pas su s'instruire par ce qui était arrivé à son prédécesseur, tué à Altzellen. » Il met, en outre, dans la bouche du mari qui venge l'honneur conjugal, des paroles ignorées de la première chronique. Dans le conciliabule tenu par Stauffach à Altorf, où, parmi les représentants des trois vallées, le chroniqueur anonyme place a uu des Fûrsten d'Uri, » Etterlin met seulement « un d'Uri; » mais il ajoute que « le serment qu'ils prêtèrent fut le premier serment, le commencement des alliances, par lequel ils s'engagèrent à faire prospérer le droit, à réprimer l'injustice, à punir les méchants. » Le citoyen du Bas-Unterwalden qui se joint aux trois premiers confédérés et que la chronique de Saruen appelle « un du Nidwald, » est dési-

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gné par Etterlin comme « celai qui avait tué le seigneur dans le bain, à cause de sa femme. »

Plus de précision et plug de vraisemblance dans certains détails, des modifications arbitraires et sans motifs pour d' autres points du récit, voilà ce que quelques exemples, choisis entre plusieurs autres du même genre, nous permettent de constater dans cette première élaboration de la tradition commune. Mais les corrections n'ont pas, aiL\ yeux de l'histoire, plus de valeur que le thème auquel elles s'appliquent, et Petermann Etterhn se montre à tous égards, dans sa chronique, un trop crédule et trop inexact écrivain, pour qu'il mérite plus de créance quand il accorde à la tradition l'autorité de son témoignage, que lorsqu'il atteste tout aussi sérieusement la mise au monde, par des femmas, d'un lion, d'un petit cochon et d'un monstre à corps d'homme et de chien*'. Si, depuis le milieu du quatorzième siècle, son récit acquiert un peu plus de poids, tout ce qui précède cette époque dans sa narration est sans nulle valeur historique. Il reproduit les légendes telles qu'il les trouve, mais il ne saurait leur conférer aucun caractère de crédibilité.

Tandis qu' Etterlin propageait ainsi, avec quelques variantes, la branche de la tradition nationale, telle que l'avait donnée la chronique d'Obwald, tout à côté de lui et de son livre, on rencontre d'autres auteurs et d'autres ouvrages, chez lesquels c'est, au contraire, la tradition sous la forme qu'elle avait prise à Uri, qui est mise en lumière. C'est ainsi que, en 1512, Diebold Schilling de Lucerne rattache Porigine de l'alliance des trois vallées à l'aventure de Guillaume Tell ; seulement il attribue à un prétendu comte de Seedorf l'ordre donné à l'archer d'abattre la pomme,

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et il place cet événement en 1334 -M C'est ainsi que, en 1315, le poëte Lorit de Glaris (Glareanus), dans sonPawé- ( lyrique de la Suisse, désigne la vallée d'Uri, comme « ayant f)sé la première s'attaquer aux tyrans » (prinm tyrannos ronipere est atisa), et Guillaume Tell, comme « le défenseur de la patrie et l'auteur de la (Confédération » (Qtiis sit qtioque fœderis niitor.... \ Brutus erat nobis Uro Gtiilidnms in arvo^ \ Assertor patriœ^ vindex ultorque tyrannnm) ; tandis que Schwyz et Untei*walden n'ont fait que suivi-e l'exemple donné par Un *'•*.

C'est ainsi, surtout, que, vers 1525, on voit un écrivain 'nconnu se faire, dans un drame populaire, l'organe des prétentions d'Uri. Ce drame versifié, et qui a été souvent remanié dès lors, a pour titi-e : « Une jolie pièce représentée à Ilriy dans la Confédération, sur Guillaume Théll^ leur roncitoyen et le premier confédéré^^ . )> Dans cette pièce, le principal personnage est, en effet, l'archer d'Uri. C'est lui ([ui, le premier, avant même d'avoir eu à souffrir pour son compte, conçoit l'idée de l'alliance entre les habitants des trois vallées ; c'est lui qui fait prêter le premier serment à Stauftkch (le Schwyz et à Erny du Melchthal, victimes l'un et l'auire de la malfaisante tyrannie des baillis; c'est lui (lui, après être sorti sain et sauf des embûches qui lui ont été tendues, invite à prendre part au serment fédéral le peuple tout entier. D'un bout à l'autre il a la haute main.

Le drame populaire a bien retenu, pour le rôle de Tell, la plupart des traits que renferme la chronique de Samen, mais il fait tenir à l'archer un langage dont la fierté et la finesse se seraient mal conciliées avec le caractère que lui ))rête l'autre forme de la légende, quand, pour mettre son imprudence sous le couvert de sa bêtise, elle lui fait dire:

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u Si j'avais de l'esprit, je ne m'appellerais pas le Thall. )> Aussi l'auteur du drame a-t-il eu soin de supprimer ce détail, qui a été consente dans la tradition générale, mais qui ne pouvait trouver place dans celle d'Un, en raison même de la p:i*ande idée qu'elle avait de son hélos. S'écarterait-on beaucoup de la vérité en supposant <iue ce fut là un des motifs qui contribuèrent à faire très-vite remplacer l'humble sobriquet par le nom de Guillaume Tell? Quoi qu'il en soit, Thell tient, dans « la jolie lûèce, )> en ce qui concenie la création de la Confédération, le même rang qu'il occupe dans la ballade et dans la chronique de Rtlss, qui forment, avec les vers latins de Glareanus et le drame dont nous venons de parler, tout le répertoire, si l'on peut ainsi dire, de la tradition d'Uri.

Il y a donc, entre cette branche de la légende et celle qui est consignée dans la chronique d'Obwald, une absolue divergence sur la manière d'envisager, sinon les aventures. du moins la conduite et le caractère de Tell. D'autre part, tandis qu'à l'origine la tradition dTri n'accordait aucune place à Schwyz et à Unterwalden, elle les a maintenant adoptés avec la légende qui les concerne ; mais elle n'attribue à leurs représentants qu'un rang secondaire dans l'entreprise d'émancipation, de même que la tradition commune n'y laisse jouer à Guillaume Tell qu'un rôle accès* soire. Dès lors ces deux formes de la croyance populaire (mt toujours subsisté l'une à côté de l'autre, jusqu'à ce (ju'elles aient trouvé, dans l'œuvre d'un grand poëte, une sorte de concihation.

En faisant, du nom de Guillaume Tell, le titre du drame dans lequel il immortalise raflVanchissement des Waldstîitten, et, de l'archer lui-même, le personnage principal

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de la pièce, Schiller a sanctionné la tradition qui revendiquait pour le héros d'Uri tout l'honneur de cet affranchissement. D'un autre côté, par la manière dont il a traité son sujet, Schiller a consacré l'opinion qui place l'origine de la libellé suisse dans l'alliance conclue entre les trois premiers confédérés, sous l'instigation du représentant de Schwyz, sans que (juillaume Tell y ait pris directement aucune part. Cette apparente unité, que l'illustre dramaturge allemand a rétablie dans la légende, n'est que l'épanouissement final d'une élaboration séculaire, et comme le dernier terme du travail de remaniement auquel la tradition avait été soumise, pour se conformer de plus en plus aux lois de la vraisemblance, sans rien perdre toutefois des éléments divers ou contradictoires dont elle se grossissait incessamment.

Ce travail d'évolution, on le voit déjà à l'œuvre dans' le drame populaire dont nous parlions tout à l'heure, et qui se jouait à Uri au commencement du seizième siècle. Au lieu de laisser flotter, dans une incohérente indécision, comme cela s'était fait jusque-là, l'époque des événements et la personne des acteurs, le drame d'Uri précise les dates et il donne des noms aux personnages mis en scène. Il fixe la fondation de la Confédération « à Van 1296; » il ne nomme point, il est vrai, le bailli auquel il fait jouer un rôle, mais il est le premier qui attribue l'envoi de ce fonctionnaire « au dii^ Albert d' Autriche, » Le jeune homme du Melchthal, qui, avec Guillaume Thell et Stauffach, prête le serment fédéral, reçoit pour la première fois le nom A^Erny (Arnold) ; le paysan d'Altzellen, qui plus tard se joint à eux, pour que le Bas-Unterwalden soit également représenté, est, pour la première fois aussi, appelé Cunno

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(Conrad) Ahateellen^ comme si ce dernier nom était un nom de famille.

Le besoin de donner aux événements et aux individus plus de précision est une des causes du développement de la tradition; mais, quand on invente, la précision n'est pas un gage d'exactitude ; elle sert simplement à couvrir la fiction du pavillon de la réalité. Ainsi les noms attribués tout à coup à des personnages jusque-là anonymes, les dates introduites là où man quait toute chronologie, contrih uent sans doute à satisfa ire ce besoin de l'esprit ; seulement ces dénominations originairement ignorées et qui se compléteront encore plus tard inspirent de légitimes soupçons, en même temps qu'elles échappent à tout contrôle. Ce qui n'y échappe pas, c'est l'évidente erreur du millésime de 1296, comme marquant l'époque où s'est fondée l'alliance des Waldstatten, et l'omission, plus frappante encore par laquelle l'auteur du drame supprime, entre les règnes d'Adolphe de Nassau et de Henri VII, celui d'Albert de Habsbourg. Il semble croire que ce dernier prince n'a jamais été autre chose que duc d'Autriche. Devant de telles bévues on serait dispensé, si cela était encore nécessaire, de discuter la valeur historique des aventures de Thell et des méfaits des baillis autrichiens, auxquels le drame populaire, en les mettant sur la scène, confère sans doute une notoriété toujours plus grande, mais pas le moindre surcroît d'authenticité.

Ce qui prouve néanmoins que cette notoriété de la tradition, sous les deux formes principales que nous lui avons reconnues, ne s'était pas encore définitivement établie dans l'opinion générale, c'est la manière dont un littérateur bâlois, nommé Mutins, dans une chronique publiée en

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1539, s'exprime au sujet du soulèvement des Waldstatten. Il en place bien l'origine à Uri, mais de Guillaume Tell il ne dit pas un mot. Le soulèvement est provoqué par les excès d'un bailli que, sous le règne du roi Albert, un comte de Habsbourg avait mis à la tête de la vallée d'Uri, et qui fut tué par deux frères dont il avait déshonoré la sœm\ (On voit qu'Uri tient ici la place qu'occupait Schwyz dans le récit tout semblable d'Hemmerlin.) Le comte de Habsbourg ayant voulu punir les meurtriers, ceux-ci gagnèrent à leur cause la vallée tout entière, et, en un même jour, les nobles furent égorgés et leui*s châteaux détruits. Unterwalden imita cet exemple et secoua aussi le joug des seigneurs, qui, ne respectant rien de ce qui appartenait aux paysans, « faisaient mahi basse sur leurs troupeaux et leurs fromages, qu'ils écliangeaient dans les villes du Rhin contre du vin avec lequel ils se grisaient journellement. Quant aux femmes et aux filles, que ces mêmes seigneurs faisaient venir dans leurs châteaux, ni époux, ni pères ne devaient leur adresser la moindre question sur le temps qu'elles y avaient passé. Une pareille tyrannie était intolérable. » Schwyz s'étant joint aux deux autres vallées, la (Confédération prit naissance, et elle a glorieusement subsisté dès lors, malgré les efforts des princes voisins pour la supprimer ^^

Ainsi Mutins, tout rapproché qu'il était du théâtre des événements dont il parle, et quelque soin qu'il ait mis, d'ailleui*s, à recueillir les matériaux de son histoire, ignorait, faut-il dire, ou se refusait à admettre la tradition relative à Guillaume Tell, ainsi que les épisodes racontés par Etterhn, d'après la chronique de Sarnen. Ce qui nous ferait croire qu'en effet il rejetiût sciemment ces anecdotes légeu-

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daires, c'est que nous le voyons écarter aussi les légendes ethnographiques relatives à l'origine particulière des populations des Waldstatten et n'envisager celles-ci que comme une race germanique. Mais, dans la version par laquelle il remplace la tradition courante, tout est arbitraire ou réchauffé. Si la date de 1300, à laquelle il fixe Tépoque du prétendu meurtre commis sur le gouverneur de la vallée d'Uri, est, comme ce meurtre même, une invention de son crû, c'est à Hemmerlin qu'il a emprunté le motif de ce méfait. Quant à la peinture qu'il trace des rapports entre les nobles et les paysans, elle n'est que l'amplification des paroles de Justinger et elle peut, malgré l'apparence de couleur locale que l'auteur a voulu lui donner, servir de caractéristique à toute espèce de tyrannie et de rébellion.

Légende pour légende, il n'y a nul motif de préférer celle qu'a imaginée l'écrivain bâlois aux fictions qui l'ont précédée ; ce que l'on doit seulement conclure du dissentiment de Mutins, qui équivaut à une protestation muette, c'est que la tradition n'ftvait pas encore obtenu, en 1540, le droit de cité qu'elle allait bientôt définitivement conquérir dans l'opinion. Mutins est, en effet, le dernier auteur qui parle de l'origine de la Confédération, sans y rattacher l'histoire de Tell, les scènes de l'Unterwalden, la personne de Stauffach et la réunion au Rûtli. Plus de deux siècles séparent ainsi le moment auquel s'applique le contenu de la légende nationale de celui où elle est enfin parvenue à se faire universellement accepter.

Dès lors, en effet, si des divergences se manifestent encore dans les détails du récit, et dans la détermination de l'époque où l'on place les événements, la tradition ne se détache plus de Tune ou de l'autre des deux branches

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entre lesquelles nous avons vu qu^elle s'est paitagée dès l'origine. Nous ne voulons point relever ici toutes ces valiantes, ni faire l'analyse des diverses narrations que des auteurs d'histoires générales, comme Sébastien Frank et Sébastien Munster '% consacrent dans leurs ouvrages aux origines politiques des Waldstatten, en se faisant presque (complètement les copistes d'Etterlin. U sufdt de nous eu tenir aux écrivains, qui, plus particulièrement occupés de raconter les destinées de la Suisse, ont repris et développé, à leur manière, le thème de la légende.

Le premier que nous rencontrons, dans l'ordre des dates, est le Zuricois Stumptf, auteur d'une Chronique qui a pour objet spécial l'histoire de la Confédération, et dont la première édition parut en 1548 ^^ Cet écrivain, qui montre plus de savoir et plus d'indépendance qu'aucun de ceux (lui, avant lui, ont traité ce sujet, réussira-t-il mieux que ses devanciers à faire envisager le témoignage qu'il rend à la tradition, comme un argument de quelque poids en faveur de celle-ci? On en va juger.

S'il suffisait, pour transformer une légende en histoire, (le lui donner les apparences de la probabilité, de prêter aux actes des personnages qu'elle met en scène des motifs plausibles, d'imprimer aux incidents dont elle se compose une physionomie vraisemblable et d'en disposer les éléments dans une succession chronologique rationnelle, Stumpflf, qui s'est précisément proposé de traiter ainsi les origines des ligues suisses, aurait, jusqu'à un certaiti point, réussi dans cette transfiguration. Il emprunte à tout le monde et ne copie personne. Il ne suit exclusivement aucun «le ses prédécesseurs, mais il combine, avec indépendance, les renseignements qu'il tire de chacun d'eux. La liste est

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longue des auteurs qu'il dit avoir consultés et dont il discute souvent les assertions contraires, avant de présenter la sienne.

La distribution des matières de son ouvrage reposant sur la division topographique de la Suisse, Stumpff revient, chaque fois qu'il s'oecupe de l'une des trois vallées d'Uri, de Schwyz ou d'Unterwalden, sur leur primitive histoire, et, dans ce qu'il en dit, il n'est pas toujours d'accord avec lui-même. Nous en verrons tout à l'heure des exemples. Tandis qu'il rep^duit, sur les origines gothiq ues et suédoises des Waldstatten, les rêveries de Pûntiner et de Frund, qu'avait également copiées Etterlin, c'est à Justinger que Stumpff emprunte, en la développant, l'idée d'ime lutte engagée vers 1260 entre les habitants des trois vallées et les baiUis impériaux, auxquels, pendant la vacance de l'Empire, était remis, à ce qu'il s'imagine, le gouvernement de ces petits pays.

tf A la suite de cette lutte qui dura douze ans, les baiUis, dit-il, et la noblesse qui leur prêtait son appui, furent battus et chassés du pays. C'est alors que l'on construisit, comme moyens de défense, une tour à Sattel et une tour à Stanzstadt. Le roi Rodolphe de Habsbourg étant monté sur le trône en 1272 (1273) chercha à réconcilier les nobles et les Waldstatten, et il plaça ceux-ci sous la dépendance de la maison d'Autriche. Mais cet état d'assujettissement ne fut pas de longue durée ; des actes authentiques attestent que les trois vallées rentrèrent bientôt, pour n'en plus sortir, sous la mouvance directe de l'Empire et sous le gouvernement de baiUis impériaux. Le roi Albert fut luimême forcé, malgré le désir qu'il avait eu d'annexer les Waldstatten au patrimoine de sa famille, de respecter leur

indépendance. Celle-ci fut de nouveau menacée pendant l'interrègne qui suivit la mort du roi Henri VII, et après lequel intervint la double élection de Louis de Bavière et de Frédéric d'Autriche. La noblesse voulut saisir cette occasion de se venger des paysans qui jadis Pavaient expulsée, et elle trouva, dans les princes autrichiens et dans le baiUi impérial de Schwyz et d'Uri^ Gesszler leur dient, de zélés auxiliaires, d

« Les Waldstatten, continue Stumpff, se prononcèrent tout naturellement en faveur de Louis de Bavière, et de là surgit, entre eux et les baillis qui tenaient pour r Autriche un dissentiment à Foccasion duquel ces derniers tentèrent d'empiéter sur les libertés des trois vallées. Une ligue secrète fut donc conclue entre quelques citoyens, dans une prairie dite au Butle, et la noblesse en conçut de vives iiMiuiétudes. Aussi, pour savoir à quoi s'en tenir sur cette conspiration, suggéra-t-elle au bailli Gesszjer l'idée de faire placer au bout d'une perche érigée sur la place d'Altorf, un chapeau, auquel chacun serait tenu de rendre les mânes hommages qu'au bailli lui-même. En prenant note de ceux qui s'y refuseraient, on serait mis sur la trace des auteurs du complot. »

Gessler fait ce qu'on lui demande; Guillaume Tell contrevient à ses ordres; interrogé sur la conjuration, il déclare ne rien savoir. Pour en obtenir de plus explicites aveux, Gessler lui oflFre l'alternative, ou de tout confesser, ou d'avoir à abattre avec son arbalète une ponune placée sur la tête de « son plus jeune fils. » Guillaume Tell préfère ce dernier parti. Ici Stumpflf reproduit le reste des aventures de Guillaume Tell d'après la version d'Etterlin ; il place seulement le meurtre de Gessler <c quelques jours »

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