‹ Les origines de la Confédération suisse: histoire et légende (volume 2)Chapitre 20 sur 39 · LES LÉGENDES ANECDOTIQUES. LEUR FORMATION · texte numérisé non relu

LES LÉGENDES ANECDOTIQUES. LEUR FORMATION

s'y introduire pendant que « les seigneurs étaient àl'église,» (ce qui rappelle le récit d'Hemmerlin et la manière dont, en 1386, les jeunes gens de Lucerne s'emparèrent etFectiveraent du château de Eothenbourg). Cet épisode est raconté avec des détails qui semblent trahir la connaissance particulière qu'avait le chroniqueur des environs immédiats de Sarnen. Mais ici prend fin le récit anecdotique intercalé par lui dans sa sèche et vague narration. Il se contente d'ajouter u qu'après tout cela les trois pays, réunis entre eux par des serments secrets, devinrent si forts, qu'ils demeurèrent les maîtres et conclurent un pacte qui dure encore. » De la lutte contre le duc Léopold d' Autriche et de la victoire du Morgarten, pas un mot.

Comme nous l'avons dit, le chroniqueur anonyme ne délie sa langue et ne laisse courir sa plume que lorsqu'il raconte des faits imaginaires; il ignore ou défigure les faits réels. Ainsi, nous avons vu plus haut par quelle étrange confusion il met en Suisse, à la place des Habsbourg dont il croit la race éteinte, des comtes du Tyrol, qui sont devenus, selon lui, la souche des ducs d'Autriche, et comment il suppose que c'est d'eux, à titre d'héritiers des Habsbourg, que les baillis impériaux tiennent leur pouvoir. Mais ne raconte-t-il pas que les Glaronais demandèrent à être admis dans la Confédération (ce qui eut lieu en 1352), afin de se soustraire au gouvernement tyrannique de leur bailli, « qui était un comte palatin, nommé le comte Othon, » (lequel fut, en effet, l'avoué des gens de Glaris.... en 1196)? Il est inutile de discuter la créance que méritent les dires d'un tel écrivain et l'autorité que peut avoir son témoignage en faveur de la tradition dont il est, sinon l'inventeur, du moins le premier organe. Si les anecdotes qu'il

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débite ne poitaient pas déjà en elles-mêmes les traces évidentes de la fiction, les mensonges historiques, au milieu (lesquels il les a placées, suffiraient à les reléguer sans conteste au rang des fables.

C'est pourtant de cette source plus que suspecte, qu'est sortie et que découle encore la tradition généralement accréditée. Seulement elle a subi avec le cours du temps une élaboration constante qui, sans rien changer au fond de la rédaction originale, a eu pour but comme pom* elfet de donner plus de précision, et par cela même plus de vraisemblance, à tout l'ensemble de la légende. Chez le chroniqueur de Sanien, comme dans la ballade de Tell, cette légende flotte encore, pour ainsi dire, en l'air; nulle date ne la fixe dans un moment précis de l'histoire ; les personnages mis en scène sont, pour la plupart, anonymes ou hnparfaitement désignés; les divers incidents sont mal liés les uns aux autres, et plusieurs détails manquent de netteté et de physionomie. C'est à remplir ces lacunes, à réparer ces imperfections, à donner au dessin plus de fermeté et au coloris plus de vie, que vont pendant trois siècles s'appliquer des historiens, des artistes et des poètes, grâce auxquels cette tradition a poussé dans l'opinion des racines trop profondes, pour que jamais peut-être la vérité historique réussisse à prévaloir contre elle.

Il ne sera pas sans intérêt d'examiner cominent ce résultat a été obtenu et de signaler rapidement les transformations successives qu'a subies la légende depuis sa première apparition.

LES LÉGKMIKS A»XUOTIOIES. LEUR DÉVELOPPEMENT. 'i'M

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