LES LÉGENDES ANEGDOTIQUES. LEUR DÉVELOPPEMENT
anonymes « sur la prairie du Rûdle; » tantôt il la rattache expressément à Taccord conclu entre Stauffach, Ouillaume Tell et le citoyen d'Unterwalden, a qui doit avoir été le paysan d^Atzelen. » Du nom de celui-ci, il ne sait rien, de même qu'il ignore, en ce qui concerne le vieux campagnard du Melchthal, non-seulement son nom, mais encore Tintervention violente de son fils qui, d'après la légende, aurait été le prétexte de l'acte de barbarie commis contre lui. Le tyran de l'Unterwalden, dont Stumpff disait» la première fois qu'il en parle, qu'il était « né de Landenbergy » est ensuite présenté comme un personnage anonyme qui demeure « au château de Landenberg, » et, enfin, lorsqu'il a été tué à Altzellen, on voit un autre seigneur, également innommé, occuper le château fort de Samen, « où, résidaient, dit-on, ceux de Landenberg. »
Quant à l'épisode de Tell, Stumpff y introduit des détails tout nouveaux, destinés à le rendre plus vraisemblable ; pour expliquer l'érection de la perche symbolique et la punition que Gessler inflige à Tell, il a inventé la conspiration du m Rûdle, i> qui est ignorée de tous ses devanciers, mais qui donne à ce double incident un tour plus plausible ; il a également voulu conserver la vraisemblance en ne plaçant pas le meurtre du bailli le soir même de la scène d'Altorf. Mais, en altérant à bon escient la version courante, il n'en fait que mieux ressortir l'incertitude.
Toutes les oscillations, les retouches, les variantes, les corrections auxquelles, pendant la première moitié du seizième siècle, la tradition nationale est ainsi livrée, montrent assez que l'on a affaire à une légende d'origine récente, qui, dans ses portions essentielles tend de plus en plus, il est vrai, à s'établir et à se propager, mais qui n'a pas encore poussé
la tradition subséquente n'a pas recueilli la jolie scène entre Tell et Stauifach? Pour n'être pas plus véritable que tout le reste, ce détail eût cependant mérité de conserver sa place dans la légende. Schiller, s'il l'avait connu, y aurait trouvé un gracieux motif pour la première rencontre des deux confédérés de Schwyz et d'Uri.
Au moment même où StumpflF et Suter reproduisent encore à leur manière, et avec une grande liberté, la tradition nationale, l'écrivain qui allait en marquer le caractère définitif et en fixer les traits pour l'avenir, Egidius Tschudi de Glaris, l'Hérodote et le Plutarque suisse, travaillait au grand ouvrage qui devait éclipser et jeter dans l'oubli toutes les histoires antérieures. H s'y était préparé par de longues études, et il s'en occupa constamment jusqu'à sa mort, survenue en 1572. On ne le fit paraître, sous le titre de Chronique helvétique^ qu'en 1734. Mais, bien avant cette dernière époque, presque tous les auteurs qui, depuis Tschudi, ont raconté les destinées de la Confédération, ne l'ont point fait sans s'être inspirés de sa Chronique^ et sans l'avoir même presque servilement copiée "*.
Nous voudrions ne parler de Tschudi qu'avec tout le respect et toute la reconnaissance que méritent les immenses services qu'il a rendus à l'histoire nationale; mais
LA TRADITIOiN FIXÉfc:. 249
il est difficile de se défendre, à son égard, d'un sentiment de regret et d'impatience, quand on voit l'usage qu'il fait, trop souvent, de toutes ses richesses, et la manière dont il a compris, faut-il dire, ou méconnu le devoir de l'historien.
Si (pour reprendre une comparaison plus flatteuse qu'exacte) s'il est Hérodote par l'agrément et le naturel du style, par la simplicité pittoresque du récit ; s'il est Plutarque, par les sentiments généreux, élevés, moraux et patriotiques qui respirent dans son livre, il n'est pas Thucydide pour l'austère amour de la vérité pure. Aussi, n'est-ce pas à caractériser sa Chronique, mais à la condamner, qu'on pourrait appliquer les paroles où l'auteur de la Ghierre du Péloponèse définissait avec tant de justesse les principes, dès lors si souvent oubliés, qui doivent servir de règle à l'historien véridique et consciencieux. Nous ne résistons pas au plaisir de les reproduire : même de nos jours, elles n'ont rien perdu de leur à-propos.
« La plupart des hommes, dit Thucydide, tiennent pour la chose la plus aisée la recherche du vrai, et ils sont toujours prêts à accepter la première opinion venue. Mais on fera mieux de s'en fier aux preuves que j'ai données, tout insuffisantes qu'elles sont, plutôt que d'a.jouter foi à ce qu'ont dit, dans leurs chants, des poètes enclins à l'exagération, ou, dans leurs récits, des écrivains plus disposés à plaire au lecteur qu'à lui dire la vérité. Les choses qu'ils racontent sont d'ailleurs impossibles à constater, et la plupart d'entre elles sont reléguées, par le laps même du temps, dans le domaine des fables, ce qui leur enlève toute crédibilité. Je me suis donc eflforcé de parler, sur chaque sujet, avec toute l'exactitude possible, et l'absence de fictions rendra peut-être moins agréable la lecture de mon
ouvrage. Mais il suffit que son utilité soit reconnue par ceux qui veulent avoir une sûre connaissance des évtoements. H méritera ainsi d'être envisagé comme un trésor durable, plutôt que comme un prix remporté dans F arène littéraire par la victoire d'un moment '^ »
Les contemporains qu'il fallait contenter, et les idées courantes qu'il fallait satisfaire étaient, à l'inverse des préceptes de l'illustre Athénien, les préoccupations dominantes de Tschudi. C'est ce qui enlève à son livre, aux yeux de la postérité mieux informée, une bonne partie du crédit que lui auraient valu les grands labeurs, l'abondante et inestimable collection de documents, les qualités éminentes de cœur et d'esprit, qui font l'incontestable mérite de l'ouvrage et de son auteur. En voulant plaire au présent, Tschudi s'est compromis devant l'avenir.
Disons toutefois, à sa décharge, que la route qu'il a suivie était celle où marchaient tous les historiens de son temps^ et il n'est même pas sûr qu'elle ne soit pas, encore aujourd'hui, foulée par plus d'un faiseur de récits historiques. L'esprit de scrupule, de rigueur et d'exactitude, qui reste aussi étranger aux suggestions du patriotisme, qu'aux intérêts d'une secte ou d'un parti, qui ne veut rien affirmer sans preuves, ni rien contredire sans raisons, cet esprit, qui est pour l'étude et la composition de l'histoire, ce que la conscience est pour la règle et la conduite de la vie, cist eq)rit n'exerce pas encore un empire tellement incontesté, que nous £lyons le droit de rendre, au nom des principes de là saine critique, un verdict trop sévère contre ceux qui, il y a trois siècles, étaient excusables de ne les pas connaître, tandis que, de nos jours, il est impardonnable de les oublier.
Mais, ces circonstances atténuantes admises, il n'en reste
LA TRADITION FIXÉE. 25f
pas moins vrai que Tschudi a cédé, plus qu'il n'aurait dû, à des considérations peu dignes d'un historien sérieux. Les fables qu'excluait sévèrement Thucydide, il les a retenues, embellies, consacrées; les opinions populaires, dont le grand historien grec appréciait l'autorité à sa juste valeur, quand il les récusait en matière historique, ont pesé de tout leur poids sur le patriotisme, plus respectable qu'éclairé, de l'écrivain suisse; Comment en douter, quand il nous le dit lui-même :
« Les Waldstatten, écrit-il à l'un de ses amis, m'ont instamment prié de raconter avant tout l'origine de la Confédération, telle qu'ils l'ont fondée. Ils ont particulièrement insisté pour que je m'étendisse sur leurs premières luttes avec l'Autriche, ce que je n'ai pu leur refuser. Aussi ai-je dû beaucoup modifier mon précédent travail et y insérer bien des histoires que j'ai apprises d'eux. Si Dieu le permet, ce que je dirai servira à avancer l'honneur de la Confédération et de chaque canton en particulier, et ne leur causera aucun dommage ". »
C'est donc sous l'influence et à l'instigation de ses confédérés de Schwyz, d'Uri et d'Unterwalden, que Tschudi a composé la portion de sa Chronique relative à la naissance de la Confédération, et nous n'avons nous-mêmes à tenir compte, dans l'œuvre de l'historien glai'onnais, que de ce qui concerne les origines de l'alliance des Waldstatten. Son point de vue étant bien constaté, il nous reste à montrer de quelle manière Tschudi, en achevant de donner à la tradition le caractère de netteté, d'enchaînement, de vraisemblance qu'elle tendait de plus en plus à revêtir, a réussi, par cela même, à la fixer. Nous connaissons le but
qu'il se proposait, voyons comment il s'y est pris pour Fatteindre .
Les circonstances, les dates, les personnes, sont les trois éléments de la légende nationale, qui ont reçu de Tschudi un degré de précision auquel ils n'étaient pas encore parvenus. L'assurance même avec laquelle il procède, la confiance sans réseiTe qu'il accorde à tout ce qu'il dit, l'aplomb avec lequel il parle d'événements purement imaginaires, comme s'il les connaissait de science certaine, ne contribuèrent pas peu à concilier à son récit l'autorité qu'il suffit souvent de savoir prendre pour la posséder. Il impose tout à la fois et il en impose à son lecteur ; on ne peut croire qu'un homme si bien au fait de tant de minutieux détails, ne soit pas te témoin le plus digne de foi : comme si ce n'étaient pas les détails les plus vraisemblables et les plus naturels qui font l'essence, le charme et la puissance des romans.
On sait d'ailleurs que Tschudi s'y est pris à plus d'une fois pour arrêter son choix sur tel ou tel de ces points précis qui semblent le moins de nature à être le produit artificiel de l'imagination. On possède encore la minute de sa rédaction première, et l'on peut y saisir sur le fait les tâtonnements auxquels il se livrait pour arranger le mieux possible, selon la vraisemblance, l'époque et les combinaisons des événements. H a ainsi laissé un irréfiragable témoignage du peu de scrupule qu'il apportait dans la rédaction de son récit, car ce qu'il a sacrifié, comme ce qu'il a retenu, trahit le même artifice de composition. Dans les deux cas, l'écrivain s'applique à simuler l'histoire sincère en mêlant, à doses inégales, le vrai avec le faux, en attribuant des actions purement fictives à des personnages his-
toriques très-réels, en donnant des dates précises à des événements controuvés, et en prêtant des motifs fort plan* sibles à des actes imaginaires. C'est par cette sorte de fan* taisie calculée, si l'on peut ainsi dire, qu'il est arrivé à donner à la légende sa forme incommutable et son dernier fini. A peine Jean de Millier et Schiller ont-ils fait sur sa 'toile quelques retouches avec leur magistral pinceau.
Une fois que Tschudi s'était volontairement placé sur le terrain de la tradition, et qu'il cherchait, par conséquent^ à lui imprimer un cachet toujours plus marqué de vraisem* blance, il n'y a pas lieu de s'étonner que, plus qu'aucun de ses devanciers, il se soit plu à développer et à préciser les détails de la légende. H n'y a rien d'étonnant, en parti* culier, qu'il ait, plus expressément qu'on ne l'avait encore fait, avant lui, imputé au roi Albert (qui, le premier, avait porté le titre de duc d'Autriche), l'origine des excès et de la tyrannie que la légende avait mis à la charge de cette maison détestée. Tschudi est l'historien qui a le plus con* tribué à rendre le souvenir de l'affranchissement des Wald* stâtten inséparable de la personne du roi Albert, dont le& baiUis n'auraient été, dans les trois vallées, que les fidèle» instruments d'une politique systématiquement oppressive et despotique. D n'a pas craint, pour mieux établir sa thèse, de noircir et de calonmier ce prince, et s'il a, de cette manière, grossièrement altéré la vérité, il n'en apa» moins réussi à assurer à la tradition, par ce spécieux mensonger, une plus forte prise sur l'opinion.
Voici, en résumé, la thèse de Tschudi ** :
« Issue d'une race du Nord, probablement des Cimbres, la population des Waldstatten a joui de temps immémorial d'une pleine liberté poUtique, sous la protection de l'Ëm-
pire. Des pactes d'alliance, renouvelés tous les dix ans, liaient l'une à F autre les trois vallées, qui possédaient chacune une égale indépendance. Au commencement du treizième siècle, ayant à se plaindre de l'Empire, elles s'en sont momentanément détachées, pour se replacer bientôt sous son aile, lorsque l'empereur Frédéric H, en 1240, leur donna l'assurance d'un perpétuel appui. Près de soixante ans se passèrent, durant lesquels leur indépendance, de temps à autre menacée, ne reçut néanmoins aucune durable atteinte.
« Mais, à peine le roi Albert d'Autriche fût-il monté sur le trône, qu'il voulut les assujettir à sa maison. Les Waldstatten lui envoyèrent, en 1298 et 1299, deux députations successives pour le détourner de ce projet; mais il refusa de les recevoir et il envoya, de son côté, les barons de Lichtenberg et d'Ochsenstein dans les. vallées, pour les engager à faire leur soumission. Nouvelle députation au roi, dont on charge, en avril 1301, Werner d'Attinghausen, sans obtenir un meilleur résultat. Trois ans s'écoulent, au bout desquels Albert, irrité de n'avoir pu vaincre l'obstination des Waldstatten, leur déclare qu'il va leur envoyer deux baillis impériaux à résidence, tandis qu'auparavant, dit Tschudi, un seul gouverneur commun aux trois vallées n« faisait de loin en loin, au milieu d'elles, que de rares apparitions.
« Le roi Albert met Un et Schwyz sous le commandement du chevalier Gessler^ qui possédait le chgieau de Kussnacht^ mais qui prend pour demeure, à Altorf, la tour des intendants. A la tête de l'Unterwalden est placé Beringer de Landenberg, noble thurgovien, qui habitera le €hâteau de Samen et aura, dans celui de Botzberg, un
LA TRADITION FlXÉt:. 255
lieutenant pour le Bas-Unterwalden ; c'est à un seigneur de Wolfensehiess qu'est confié cet emploi. Obéissant aux ordres qu'ils avaient reçus du roi, ces fonctionnaires se <îomportaient d'une manière tellement vexatoire, qu'en 1305, les Waldstatten supplièrent le monarque de les rappeler. Albert leur fit répondre (tout en refusant de recevoir leurs députés) qu'ils n'avaient qu'à s'en prendre à eux-mêmes de ce dont ils souffraient, et que tout irait bien pour eux, s'ils voulaient, à l'exemple de Lucerne et de Olaris, devenir de fidèles sujets de la maison d'Autriche. »
Si l'on ne savait pas, pour l'avoir appris de l'histoire étudiée dans ses véritables sources, comment les choses se sont passées, on se laisserait aisément aller à prêter créance à ce récit, où tout se déroule d'une manière si plausible et si claire. On a rarement mieux su faire prendre la fiction pour la vérité. Mais il suffit de n'avoir point oublié quelle était la condition des Waldstatten avant leur victoire au Morgarten, pour sentir tout ce que la thèse de Tschudi renferme d'arbitraire et de fallacieux. Nous ne prendrons pas la pefne de dresser ce tableau de' confrontation. Nous ne voulons dire un mot que des trois personnages qui vont ici jouer le rôle principal : Gessler, Landenberg, Wolfensehiess.
Tschudi a hérité les deux premiers de la tradition antérieure. Mais, comme toujours, il a voulu, qu'on nous passe l'expression, mettre plus que ses devanciers les points sur les i. De là une précision nouvelle dans la condition et les noms des personnes. Ces noms sont historiques sans doute, et ceux de Gessler et de Landenberg ont été portés par des hommes qui, dans le quatorzième et le quinzième siècle, furent d'actifs serviteurs de l'Autriche.
S96 âKCUNUB PARTIE.
Seulement il est certain que, du temps du roi Albert, aucun Geasler n'avùt le raug de cheyalier, «t que, bien moins encore, un Gessler possédait le ch&teau de Kuffînacbt, demeuré jusque vers 1350 la propriété de la famUe qui en tirait son nom. Qu'il existât des Beringer de Landenbei^au commencement du quatorzième siècle, cela est incontestable ; mais, comme nul de ceux qui ont porté ce double nom n'a jamais été placé par Albert d'Autriche à la tête du bailliage de Samen, Tachudi ne parviendra pas miens qu'il n'y a réussi pour (ressler, à transformer, au moyen d'une désignation plus précise, un être imaginfùre en un être réel. Quant à Wolfenscbiesâ, dont la tradition se s'était pas avisée jusque-là, et dont notre historien lui-même, dans son premier travail, ne s'était pas avisé davantage, n'a pris sa place, dans la Ckrotiigue helvétique et dans la légende, que sur la demande des gens de l'Unterwalden, qui ontfait agréer d'autant plus aisément leur requête à Tschudi, qu'il y trouvait lui-même l'occasion de donner à son récit, en citant le nom de l'une des plus anciennes familles du Nidwald, une "plus grande apparence d'authenticité *°.
S'il était encore nécessaire de reprendre une à une toutes ses autres assertions, nous montrerions de même que, malgré l'imperturbable assurance avec laquelle il lea ^lOQce, il n'en est aucune qui ne repose sur des documenta faoBaemeut interprétés, ou qui ut; rupose sur rien du tout. L'origine particulière des populations des Waldstâtten, leui' Indépendance immémoriale, leurs alliances périodiques, l'antagonisme provoqué pai' Albert d'Autriche, l'irritatiou croissante des partis en laJj^Jea tentatives suppliante des uns, les y à tel;]
ments si bien enchaînés, tout cela est de l'invention pure ; et ce roman ^mposé avec tant d'art n'a qu'on défaut aux yeux de l'histoire, c'est d'être un roman«
Après avoir ainsi fabriqué un cadre on ne pc^ut mieux préparé pour recevoir la légende nationale, Tschndi prend celle-ci des nsains de la tradition, telle que la chronique de Samen et Ëtterlin l'ont fa^nnée, et il ne dépend pas de hii qu'elle ne sorte des siennes avec mie Irrésistible appa* rence de vérité. La minutie des détails, la connaissance des lieux, le discernement des motifs, la caractéristique des personnes, rien ne manque de tout ce qui peut faire ressembler la fable à la réalité.
Le roi Albert s'étant refusé à rien entendre, raconte Tschudi, les excès des baillis redoublent. Intervertissant l'ordre originel des épisodes qui servent à illustrer cette thèse, c'est par celui du Bas-Ùnterwalden que commence l'écrivain : « Dans l'automne de l'année 1306, Wolfenschiess, revenant à cheval d' Ëngelberg, aperçoit dans une prairie la femme de Conrad de Boumgarten d'Alzellen et s' enflamme à la vue de sa grande beauté. »Ici vient la narration de la tentative de séduction et du meurtre qui en est la suite, avec quelques nouveaux coups de pinceau, qui n'ont d'autre importance que de révéler l'intention de donner à tout cet incident un tour plus naturel, et d'exciter plus vivement l'émotion du lecteur. Le peu d'intérêt qu'on portait à la victime protège le meurtrier, et Landenberg, sans trop approfondir l'affaire, place un autre lieutenant au château de Rotzberg. C'était un point que, jusque-là, n'avait pas éclairci la tradition, et que Tschudi fixe de sa propre autorité, ou plutôt sur les instances de
■"^^Ifc»»»*" Is BOV» """^ mM»*
„«tte* '*^ .>^fûiVe»* ,1 Mjï û8» "^
i58 siiicoNiiE i*AH nie.
ses amis du Nidwald, qui lui tiennent lieu de document et de renseignement authentique ". v
Vient ensuite T anecdote du Haut-Unterwalden : «En 1307 vivait un paysan appelé Henri de Mdckthai^ qui habitait la vallée de ce nom ; Landenberg lui en voulait, parce qu'il était chaud partisan des libertés du pays. » On saisit ici sur le fait le procédé systématique de Tschudi : la date, le nom propre, le motif, tout est imaginaire, et imaginé pour la première fois, afin de mieux faire valoir la crédibilité de la tradition. Après cela suit le rédt de l'enlèvement de^ bœufs, de Pintervention du fils, Arnold de Melchthal, et de l'attentat commis contre le père. Quelques détails sont encore ajoutés à la version reçue, toujours dans le but d'attribuer à la conduite de chaque personnage mis en scène des mobiles mieux motivés.
Après Unterwalden paraît Uri, où Gessler bâtit sa forteresse et fait dresser la perche surmontée du chapeau, auquel on doit rendre les mêmes hommages <i qu'om roi lui'inêim ou à son représentant. )> Le bailli choisit, pour l'érection de ce monument dérisoire, <i lejou/r de la S^-Jacqt4es, » c'est-à-dire le 25 Juillet de l'an 1307. Comment ne pas ajouter foi à un historien qui possède une connaissance si exacte des événements, qu'il peut dire le jour même où ils se sont passés ? Ce trait seul explique tout à la fois l'implicite confiance qu'un récit aussi véridique eu apparence a dû longtemps inspirer, et la défùince incurable qui s'est répiindue sur la narration tout entière, depuis qu'on sait à quoi s'en tenir sui- la valeur d'un procédé aussi arbitraire et aussi peu sérieux. Tschudi, qui ne pouvait pas connaître le jour de l'érection de la perche d' Altorf par la bonne raison que cette érection n'a jamais eu
LA TRADITION FIXÉK. i59
lieu, Tschudi a choisi la S^- Jacques comme l'un des principaux jours de fête célébrés à Un, ce qui donnait à la bravade de Gessler un caractère encore plus provoquant et répondait bien à ses intentions malfaisantes. L'auteur renforçait ainsi sa thèse en même temps qu'il accréditait son récit.
La rencontre du bailli et de Stauffach, qui vient après, oSre, comme les épisodes précédents, cette affectation d'exactitude dans les désignations particulières, qui rentre dans le même système que la fixation des jours, des mois et des années, lorsqu'il s'agit d'événements sans réalité. « A Steinen, à Schwyz, demeurait un homme respectable, d'une vieille souche noble, Wernher de Stouffach, fils de feu Rodolphe de Stouffach, ancien landammann. » Nous savons bien que Rodolphe Stauffach a été, en 1275 et 1282, l'un des quatre ammanns de Schwyz, et peut-être vers 1305 landammann de Schwyz, tandis que Wemer Stauffach a exercé cette dernière fonction en 1313 et 1314: ce sont donc des personnages réels. Seulement, comme le second est le fils du premier — (à moins d'admettre que, dans cette famille, il y avait deux pères ayant le même prénom, ayant chacun rempli la même charge, et ayant deux fils également homonymes, ce qui est peu probable), — la précision de Tschudi s'est ici prise elle-même au piège ; car un document de 1309 nous montre vivant encore à cette époque, c'est-à-dire deux années après celle où, selon l'historien glaronnais, il était déjà mort, Rodolphe Stauffach, père de Wemer *^
On voit qu'il ne suffit pas seulement de trouver sous sa main un nom historique, pour donner à un récit une physionomie vi'aisemblable, il faut encore s'abstenir, en ce
îiCM) SICCONDK PARTIE.
cas, de maladresses qui justifient les doutes au lieu de les dissiper. Du reste, de tous les noms de confédérés, introduits peu à peu dans la légende, ceux d'Attinghausen, de Stauffach et de Fûrst sont les seuls dont on puisse authentiquement constater l'existence à Schwyz et à UrL Tous les autres, s'ils ne sont pas purement imaginaires, sont attribués du moins i des individus dont pas un ne se retrouve parmi les personnages du temps. Ce n^est pas un des moindres signes du caractère fictif de la tradition, que de n'avoir pas pu, dès l'origine, désigner nominative* ment des patriotes, dont jamais leurs concitoyens n'auraient oublié les noms, si le souvenir qui s'attachait à leur personne eût reposé sur un fonds réel ; car ce sont précisément les noms propres que la mémoire populaire retient le plus volontiers et transmet le plus aisément.
Chez Tschudi l'entrevue entre Gessler et StaufEach est narrée selon la forme reçue : même insolence dans la bouche de l'un, même inquiétude dans le cœur de l'autre, mêmes bons conseils donnés par l'épouse, même empressement du mari à les suivre en se rendant à Un où il s'abouche avec « un sage, considéré et respectable citoyen, nommé Walther Fûrst. » Projet formé d'une réunion des trois vallées pour secouer l'oppression commune, et Arnold de Melchthal mis dans le secret. Les trois conjurés s'engagent par un serment, dont Tschudi ne craint pas de forger le texte, à recruter, chacun dans sa vallée, de& auxiliaires pour reconquérir l'ancienne liberté et pour chasser les baillis, en y risquant leur propre vie s'il le faut. Ce serment sera aussi prêté par tous ceux qui s'associeront aux trois premiers confédérés, et, si de nouvelles conférences sont nécessaires, elles se tiendront « devant le Mytenstein,
* LA TRAIHTION FIXÉK. 201
SOUS le Selisberg, au Rùdlin. )> Là-dessus Arnold de Melchthal s'associe Conrad de Boumgarten d'Akellen, pour soulever, de concert avec lui, les deux parties de l'Unterwalden. « Tout cela se passait en automne (1307). »
Cependant la conspiration mûrissait : on croyait pouvoir compter sur le baron Werna* d'Attinghausen, landammann d'Uri, et « sur le chevalier de Budenz, gendre de Stauf&ch ; » la plupart des autres nobles se montraient égateknent fiavorables : le nombre des confédérés allait croissant à chaque réunion au Rûdlin, en sorte que, dans celle qui fut tenue u le mercredi avant la S*-Martin »> (8 novembre 1307), on résolut de fixer au 1*' janvier suivant Texéctttion du complot. Les baillis devaient être simultanément expulsés ce jour-là du pays, « sans qu'il leur Mt fait aucun mal, afin de ne pas trop encourir la colère du roi. »
Mais voici que a le dimanche après la S^-Othmar, qui était le 18 novembre » (ici encore Tschudi invente mal, car en 1307 ce dimanche tombait le 19 novembre), lé dimanche donc après la S*-Othmar, un brave citoyen d'Uri, nommé Guillaume Tell, qui était du nombre des conjurés, vint à passer devant la perche au chapeau dressée sur la place d'Àltorf, sans lui rendre l'hommage voulu. « Le lendemain, » Gessler le fait comparaître, lui enjoint, malgré ses excuses et ses résistances, d'abattre une pomme posée sur là tête de son fils, « lequel n'avait pas plus de six ans, » et le menace, s'il ne s'y soumet pas, de le mettre à mort tt avec son enfant. » Suit le récit ordinaire du succès de Tell, de son arrestation, et de son évasion à l'endroit qui, dès lors, a consaré le nom de plateforme de Tell. L'archer franchit rapidement la montaghe, u car il n'était pas encore tombé de neige, » et il va s'embusquer dans le
2tt2 SECONDE PARTIE.
chemin creux de Kûssnacht, où il se tient prêt^ «i son arbalète tendue, » à tuer le bailli. En cet endroit, comme à la Tellenplatte, on a élevé, dit Tschudi qui est le premier qui en fasse mention, de petites chapelles (heiîig Hiissli) qui subsistent encore. Après avoir commis son meurtre, Tell repasse à Schwyz, « raconte à Stauffach ce qu'il vient de faire, » et regagne u dans un batelet conduit par un des conjurés » le pays d'Uri où il arrive « nuitamment, car c'était le moment de Tannée où les nuits sont les plus longues. » <
H est inutile d'insister sur les additions purement imaginaires dont Tschudi a enrichi cet épisode et que nous avons signalées par des guillemets. Nous ne pourrions que répéter ce que nous avons déjà dit à propos des autres parties de la tradition soumises par lui au même procédé d'élaboration. Achevons son récit.
L'acte imprévu de Guillaume Tell causa un assez vif déplaisir aux confédérés, dont il dérangeait les plans, mais il ne changea cependant rien à leur résolution de ne les mettre à exécution que le 1*' janvier suivant. Ce jour-là, le château de Rotzberg fut pris par une troupe de jeunes gens, qui se hissèrent le long des murailles au moyen d'une corde lancée par une jeune fille à son amant. ASarnen, le bailli lui-même, ne se doutant de rien, laissa entrer dans sa demeure les paysans qui lui apportaient des cadeaux, et il s'en alla de sa personne à l'église. Pendant son absence, des renforts arrivèrent aux conjurés, le château fut pillé et rasé, et il en fut de même de celui de Rotzberg. On ne fit aucun mal, ni au bailli, ni à son lieutenant, ni à leurs satellites, et l'on se contenta de les chasser de la vallée.
LA TKADITION FIYÉK. 2t5'i
Le même jour, « lundi P' janvier, » on détruisait à Un les forteresses commencées, et à Schwyz le château de Lowerz. a Le dimanche suivant (7 janvier 1308) les trois Waldstatten concluaient entre eux, pour dix ans, un pacte semblable à celui qu'avaient juré Walther Fûrst d'Uri, Wemher de Stouffach de Schwyz, et Arnold de Melchthal d'Unterwalden. » Le roi Albert, informé de tout cela, voulut en tirer vengeance, et, vers le milieu d'avril, il arriva à Baden pour entreprendre une expédition militaire contre les vallées. Sa mort violente fit avorter ce projet, que, plus tiird, reprirent ses fils et qui eut pour conséquence la défaite du duc Léopold à Morgarten.
Il faut remarquer que dans tout ce récit Tschudi n'a pu citer, à l'appui de ses dires, aucun document, aucun témoignage ; ce qu'il ne manque jamais défaire quand il en a. Cela n'empêche pas qu'il n'ait fixé la tradition, parce que tout ce qui, chez les précédents narrateurs, était encore incohérent et décousu a disparu sous sa plume, pour fî\ire place à un enchidnetnent bien suivi et foitement motivé. H sait même, dans l'exécution de ce dessein, tirer parti de ce qui le gêne, en attribuant à ce qui n'est que la soudure mal réussie de deux légendes originairement distinctes le caractère d'un incident inattendu, qui vient momentanément déranger l'unité du mouvement général. Nous voulons parler de la manière dont il introduit l'épisode de TeU, qui n'est, dans la tradition commune, qu'un hors-d'œuvre emprunté par esprit de conciUation ou de largeur à la tradition particulière d'Un, et que Tschudi explique historiquement en en faisant un coup de tête personnel et inopiné, de sorte que cet incident occupe tout naturellement une place à part dans le développement des faits, de même
264 8EG0NDK PARTIE.
qu'il a eu une origine spéciale dans le travail de la iktion.
£n prêtant ainsi i chaque détail une physionomie naturelle et une raison plausible, en s'appiiquant, avec tue précision trompeuse, à encadra les événements dans une chronologie positive, en employant, pour caractériser la condition, le rôle, le langage des personnes, un habile mélange d'éléments réels et d'éléments imaginaires, Tsehodi a donné à la légende ce degré de vraisemblance qui met l'esprit du lecteur en repos et le foit acquiescer sans soupçon à tout ce qu'on lui raconte. Tout se déroule sous sa plume avec tant d'abondance, de simpticité et de bonhomie, que l'on s'y laisse prendre, et que, ]dus il invente, mieux on le croit.
U est au fond le vrai père de la légende nationale, bien que ce ne soit pas sa Chromqt^e, publiée seulement cent soixante-deux ans après sa mort, qui ait servi à la populariser. Mais, dès 1576, Josias Simler de Zurich, son ami, faisait parâitx*e en latin sa B^mbUque des Suisses qui, la même année, fut traduite en français et en allemand, et^ui, résumant avec une heureuse concision l' œuvre de Tschudi, a propagé la tradition des Waldstâtten non-seulement auprès du public suisse, mais dans le monde entier. Les nombreuses éditions de cet ouvrage, qui fit tout de suite autorité, et les histoires non moins nombreuses qui l'ont copié, ont servi, jusqu'à ce que la Chronique helvétique fut iminîméé, à mettre la thèse qu'elle soutient à la portée d'un beaucoup plus grand nombre de lecteurs que ce gros livre n'en a probablement jamais eu *'.
Mais cette thèse et la légende qui en fait partie ont dû surtout leur succès à un historien de grand crédit qui, eu ajoutant à rautorité de Tschudi le poids de la sienne,
LA THAIHTION FI\KË. âtU>
Mndt irrévocablement consacré la tradition, si jamais les droits de la vérité pouvaient se prescrire, même en faveur du patriotisme et du talent. Jean de MûUer, quelque supérieur qu'il ftt à Tschudi, comme critique et comme écrivain, n^en a pas moins cédé, ainsi que son devancier, à un sentimentqui les poussait, sans qu'ils s'en doutassent peut-être, à tenir trop de compte de l'opinion et de l'influence que leurs narrations devaient exercer sur l'esprit national. Pour eux l'histoire n'était pas une branche de la critique qui, indifférente aux résultats de ^s recherches, ne tient qu'à leor exactitude. C'â^it une bnmche de Téloquenoe et un instrument de persuasion. (Jhez Jean de Mûller, comme chez Tschudi, l'histoire tourne à l'apologie et au panégyrique, et. ce point de vue étant donné, ils ne pouvaient ni l'un ni Tautre, sans s'aliter leurs lectem*s et manquer leur effet, rejeter dans le monde des fiables une tradition qui était devenue l'un des articles de foi du credo national.
On trouve donc, dans VUistoire de la Cofifédératiov suisse^ très-différemment racontés quant au style, mais très-fidëement reproduits quant à la forme, tous les incidents légendaires, tels que Tschudi les avait groupés et décrits. On y trouve même quelques détails de plus, que la tradition toujours active avait introduits depuis le seizième siècle. Ces détails se rapportent principalement à Guillaume Tell et au Grfttli, c'est-à-dire aux deux noms de la l^nde qui, plus que tous les autres, ont obtenu une notoriété universelle.
Interprète fidèle de la tradition antérieure, Tschudi s'était contenté de signaler le Grûtli comme le rendezvous général des conjurés déjà entrés dans l'alliance, mais non comme le théâtre d'un engagement solennel qui aurait
^)i> SECONDE Partie.
été le principe de leur confédération. François GuilUinaim de Fribourg, dans son Histoire des Suisses** publiée en latin en 1598, semble, au conti*air6, l\ire de la «i Ruttelismatten )) le lieu qui fut témoin de l'union des trois premiers confédérés. Mais, c'est à Jean de MtUler que le serment du (irutli doit la grande place qu'il a prise dans la légende nationale. C'est lui qui, refaisant à sa manière le récit tra* ditionnel, nous montre u dans la nuit du mercredi avant la S^-Martin, au mois de novembre, Fùrst, Melchthal et Stauffaeher, amenant au Grûtli chacun dix hommes de bien de son pays. Lorsque ces trente-trois hommes courageux^ pleins du sentiment de leur liberté héréditaire et de leur éternelle alliance, unis de l'amitié la plus intime par les j)érils du temps, se trouvèrent ensemble, ils n'eurent peur
ni du roi Âlbeit, ni de la puissance des Habsbourg
Dans la pensée que de leur succès dépendait la destinée de toute leur postérité, chacun d'eux regardait son ami avec un visage confiant et lui serrait cordialement la main. Alors Walther Fùrst, Werner Stauffacher et Arnold an der ELalden (lu Melchthal, levant leui-s mains vers le ciel, jurèrent, au nom du Dieu qui a créé les empereurs et les paysans de hi même race et avec tous les droits inaliénables de l'humanité, de défendre ensemble la Uberté en hommes. Les trente entendant cela levèrent aussi les mains, et prêtèrent, au nom de Dieu et des Saints, le même serment**. » C'est ainsi que la petite prairie du Grutli est devenue, aux yeux de l'opinion, le berceau de la liberté suisse, et il faut convenir qu'on a rarement choisi, pour y placer une scène imaginaire, un heu mieux fait pour en être le théâtre, si elle s'y était réellement passée. Aux idées de mâle vertu, ih'. farouch^. indépendance, de sentiments énergiques et
ÎA TKAIUTION KIXKK. 2tt7
tenaces qu'éveille le souvenir des premiers confédérés, répondent ces hautes cimes, ces neiges étemelles, ces gmnds rochers, qui entourent et dominent de leur imposante masse r étroite esplanade où se rencontrent les limites des ti'oi^ vallées, et ce lac aux rives abruptes et aux eaux profondes qui en défend tout à la fois et en permet l'abord. La nature conspire ici avec l'imagination pour déconcerter la vérité. Jean de Mttller a été moins heureux dans l'épisode de (îuillaume Tell. Adoptant aveuglément les ornements nouveaux et purement arbitraires dont la tradition l'avait embelli, il place à Bûrglen le lieu de naissance de l'archîer d'Uri, il lui donne Walther Fûrst pour beau-père, il lui attribue deux fils, Guillaume et Walter, et il fait durer sa descendance mâle jusqu'à la fin du dix-septième siècle, n reproduit également des détails imaginaires, quand il attribue à Gessler le prénom de u Hermann, h au jeune homme du Melchthal le nom de « an der Halden, » et qu'il appelle la femme de Stauflach « Madame Marguerite Herlobig *\ » Dans le récit des aventures de Tell, il commet pour son compte d'étranges bévues, ("est ainsi que, faisant arriver Gessler à Kûssnacht par le lac, il place entre le rivage et le chftteau le chemin creux où le bailli fut tué, tandis que, d'après la tradition et la configuration du pays, ce n'est qu'au delà du village du coté de Schwyz qu'on peut trouver cette route encaissée. De même il raconte que, lorsque la barque où se trouvait Guillaume Tell « fut parvenue un peu au delà du Griltli, le fohn s'élança des gorges du S*-Gothard avec sa violence ordinaire ; le lac étroit soulevait ses ondes furieuses et s'entr' ouvrait; l'abîme grondait; l'écho des montagnes répétait sa voix t^fl'rayante. On rama dans l'angoisse, en longeant les eftroya-
2()8 SliCOM>H P^HTIK.
Mes rochers du rivage, jusqu'à TAxenberg, sur la droite quand mi sort d'Uri, » Cet émouvant tableau n'a d'autre tort que de supposer une disposition des lieux exactement contraire à la réalité* Quand le fôhn balaye le lac, une barque qui a dépassé le GrûtB ne remonte pas contre le veut vers la Tellenplatte, elle se laisse aisément diriger sur Brunnen. Malgré tout le respect qui est dû à Tillustre historien, on ne peut s'empêcher de sourire de descriptions qui sont aussi peu conformes à la topographie vraie, que les formules de philosophie politique dont il a fait le texte du serment du Grûtli, sont peu semblables aux stipulations des pactes d'alliance de 1291 et de 1315.
En voyant avec quelle fadlité la rhétorique vient se gUsser sous la plume de Jean de Millier, on se sent moins disposé à attacher beaucoup d'importance au témoignage qu'il accorde à la tradition. Elle se prêtait trop bien à l'espèce d'exaltation patriotique sous l'influence de laquelle il écrivait son histoire, pour qu'il l'ait soumise à un examen sévère, quoiqu'il ait fait preuve, en d'autres occasions, d'une critique devant laquelle cette tradition u^aurait pas tenu. Mais on faisait alors de la légende nationale en général, et de l'existence de Guillaume Tell en particulier, une arche sainte sur laquelle on ne pouvait impunément porter la maiiï. Bien loin de se rendre coupable d'un tel sacrilège, qui aurait irrévocablement compromis son caractère d'historien national, Jean de MûUer se déclara, au eon* traire, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, le défenseur prononcé de la tradition. Mais on ne défend que ce qui est attaqué, et ceci nous amène, pour terminer notre étude sur la légende, à dire quelques mots des attaques, en eflfet, auxquelles celle-ci avait commencé à se trouver en butte.
LA THADITIO.N «:ONrKSTÉK. "HlX^
VU
LA TRADITION CONTESTEE
Jusqu'à Tépoque où Jean de MûUer vint sanctionner de nouveau par son crédit la ti'adition nationale, elle n'avait été mise en doute que sur un point. La personne et les aventures de GuiUaume Tell avaient seules rencontré des incrédules. Pendant longtemps ce scepticisme ne produisit pas d'éclat, soit qu'on prit soin de le dissimuler, soit qu'on n e le laissât percer que dans des ouvrages où il ne risquait pas de heurter l'opinion. Ce qui est étrange, c'est qu'on en rencontre pour la première fois l'expression sous la plume d'un écrivain qui venait de reproduire lui-même, comme autant de faits avérés, tous les détails de l'histoire traditionnelle. En 1598 Guillimann, dans son Histoire suisse, raconte, sans témoigner le moindre soupçon, l'épisode de Guillaume Tell; en 1607 le même auteur écrit à Goldast, l'un de ses amis :
(( Quant à ce que vous me demandez au sujet de Tell, quoique dans mon livre sur l'ancienne histoire de la Suisse je me sois conformé, en ce qui le concenie, à la tradition vulgaire, je dois dire, après y avoir mûrement réfléchi, que je tiens le tout pour une pure fable, d'autant plus que je n'ai pas encore pu découvrir un écrivain ou une chronique, anciens de plus d'un siècle, qui en fassent mention. Tout cela semble avoir été inventé pour donner plus d'aliment à
!270. SKGONDK PAHTli::.
la haine, et cette fable doit provenir de l'expression reçue qui, pour faire l'éloge d'un archer, dit de lui qu'il peut abattre une pomme de dessus la tête de son enfant, sans lui faire de mal. Les gens d'Uri ne sont pas d'accord entre eux sur l'endroit où résidait Tell; ils ne peuvent donner aucun renseignement ni sur sa famille, ni sur ses descendants, quoique plusieurs autres familles qui remontent à la même époque subsistent encore. J'aurais bien d'autres raisons à alléguer. Mais à quoi bon vous retenir plus longtemps sur ce sujet*"? »
Guillimaun ne s'était pas même contenté, ainsi qu'il le dit, de suivre la tradition vulgaire, il l'avait accrue de sou chef, en indiquant BiLrglen comme le lieu de naissance de Guillaume Tell, bien que, suivant lui, l'opinion locale ne se fût pas encore mise d'accord sur ce point. Mais, tandis que son adhésion à la croyance générale était pubUque, sou scepticisme demeura caché dans le secret d'une correspondance, et ce ne fut qu'en 1688, lorsque les lettres adressées à Goldast furent imprimées, que l'incrédulité de Guillimann reçut quelque pubUcité. Reproduits dans une des notes dont Rod. Iselin avait accompagné la Chronique de Tschudi, quand il la fit paraître en 1734, les arguments de Guillimann y étaient en même temps combattus et Ils ne paraissent pas avoir ému personne. Il en fut de même des objections que deux savants bâlois, Christian et Isaac Iselin avaient, dans la première moitié du dix-huitième siècle, dirigées contre la tradition courante ; elles étaient aussi renfermées dans des ouvrages où le pubUc ne les alla point chercher *^ Une phrase de Voltaire qui disait : « L'histoire de la pomme est bien suspecte et tout ce qui l'accompagne ne l'est pas moins, » aurait dû avoir plus de reten-
LA TRADITION COiNTKSTÉK. i7i
tissement*». Mais il est peu probable qu'elle eût pénétré jusque dans les lieux où Ton devait bientôt traiter comme un crime public la tentative d'eflFacer des annales helvétiques l'histoire de Guillaume Tell.
Le moment, en effet, allait venir où la négation se montrant au grand jour, ouverte et provocante, la réprobation publique ferait explosion. Conduite de longue main, l'attaque, avant d'éclater, avait laissé à la défense le temps de préparer ses armes. Vers l'année 1752, Emmanuel de HaUer, le savant bibliographe de l'histoire suisse, avait fait part à son ami, Uriel Freudenberger, pasteur de Oléresse au canton de Berne, des doutes qu'il avait conçus sur l'authenticité des incidents groupés autour du nom de GuiUaume Tell, et ill' avait engagé à examiner lui-même de plus près cette question. Freudenberger, s' étant mis à l'œuvre, consigna dans un opuscule écrit en allemand et intitulé : La fable de Guillaume Tell, le résultat de son étude. Ce travail demeuré inédit porte la date du mois de septembre 1752 *«.
Communiqué par Haller au baron de Zurlauben et à M. Félix de Balthasar, très-versés tous les deux dans la connaissance de l'histoire nationale, le mémoire de Freudenberger arriva par leur intermédiaire entre les mains de Jean Imhoff, vicaire de Schaddorf au canton d'Uri, qui devait rechercher s'il n'existait point de documents propres à mettre à néant les objections élevées par le pasteur de Glétesse. Au bout d'un temps assez long, Imhoff fit parvenir, le 30 mai 1759, à ses correspondants le dossier des pièces qu'on lui avait demandées. Jamais avocat n'a recueilli, pour plaider la cause qu'il a prise en mains, de plus chétifs moyens de défense. Les pièces transmises par
^7i SEi:o.NDE PARTIK.
Imhoff étaient, en effet, on parfaitement insignifiantes on manifestement apocryphes. H faut bien en parier toatefois, puisque ce sont avec denx autres documents que nous mentionnerons plus loin, les seules autorités que ks défenseurs de la tradition aient jamais invoquées eu sa faveur^'. C'est d'abord un rédt sur Guillaume Tell, tiié d'un prétendu manuscrit fort anden, mais qui n'est que la co^ de la narration d'Etterlin avec quelques modificatîoDS puisées dans Tschudi. Ce sont ensuite des « extraits de documents de 1385, 1408, 1414. 1553, « qu on ne donne pas, nais desquels U résulte qu'il y « avait à Altorf une jriace où se tenaient les assises et la landsgemeinde. » Cest encore Textrait d'ane pièce du 29 septembre 1568, dans laquelle il est dit que, sur cette place d*Âltorf^ U y « avait un tilleul, près duquel Grissler avait suspendu le chapeau et qui fut abattu en 1567 pour être remplacé par une fontaine. » On peut également placer dans la catégorie des documents sans valeur, — d'abord, une attestation postériaire à 1644, ilans laquelle un médecin de Kûssnadit déclare que « la chapelle du chemin creux a été bitie qudque temps après ceUe de la Tellenplatte ; » — puis, un téoMHgnage qui parait ilatê de 1460 et d^isqurès lequel Jean de ftrunnen prétend ^ avoir trouvé dans un ancien écrit que la cfaapeQe érigée à Tendroit du saut de Tell sur le lac d^Uri a été construite en vertu d'un décr^ roidu dans une landsgemeinde, tenue en 13S8, où se trouvaient plus de cent quatorze personnes qui avaient connu le Tell ; » — enfin* la déciskm prise qn 1582 li^ar les autorités ecdésiasiiques d'Uri de &ire cââ>rer i .Vltorf, quand le temps ne permettrait pas d'aborder à cette diapeUe, le sanrice religieux en mémoire de Gufllaune Tell qui s'y fiiisait tous les ans.
Oimne si de Texiatence d'une place, d'un arbre, d'une dtapelle, TOire même d'un office religieux, on ayaitle droit de conclure à la réalité des incidents que la tradition s'est plu à y rattacher 1 Gomme si des témoignages de troisième main, qui par leur contenu même éveillent les plus légitimes soupçons, pouvaient tenir lieu du document dont ils ont la prétention d'attester l'existence t Comme si la présœce d^une chapelle élevée dès 1388 sur la ptate-forme de Tell, eût été jusqu'à Tschudi, qui en parle pour la première fois, pîfôsée sous silence par tous les chroniqueurs, qui ont cependant pris soin d'attribuer à l'évasion du prisonnier de Gessler le nom donné dès lors à cette localité I
Faut-il attacher plus d'importance à un acte, authentique assure-t^on, quoique l'original ne se trouve plus dans les papiers de la cure de Bûrglen, et duquel il résulte qu'en 1582 une chapelle fut construite dans cette paroisse, « en l'honneur de Guillaume TeU, le premier confédéré, qui avait sa maison à l'endroit où est érigée la chapelle et qui y a vécu avec sa femme et ses enfants. )> Et cependant, s'il faut en croire GuiUimann, les gens d'Uri n'étaient pas encore à cette époque d'accord entre eux sur le lieu d'origine de leur héros, que sans doute se disputaient les diverses paroisses de la vallée. Quant à cette chapelle et à toutes les autres qu'on élevait à sa mémoire, leur érection prouve simplement que, depuis le milieu du seizième siècle, la légende avait obtenu dans les Waldstàtten une créance assez universelle pour que la religion même se prêtât à la consacrer. Mais la foi qu'inspire une tradition et les monuments qui l'attestent, ont-ils jamais pu servir à en établir l'authenticité ? Il faudrait alors prêter créance à toute la mythologie.
274 Sli:CONDE partiiù
Après les témoignages qui ne prouvent rien, viennent dans le dossier dlmhoff ceux qui prouveraient quelque chose, s'ils étaient vrais. Ce sont des extraits tirés des registres paroissiaux du canton d'Un, mais qu'on a falsiiiés pour leur faire dire ce qu'ils ne disaient pas. Dans le nécrologe de la paroisse de Schaddorf, on lirait : « Guillcmme Tell, Walter, son plus jeune fils; — Walter de Tello, Cuni son fils; » et, dans le nécrologe de la paroisse d'Attinghausen : « En 1675 est décédée Anne-Marguerite Tell et Anne-Marie Tell —En 1684 est décédé Jean-Martin Tell, le dernier de sa lignée (ultimm stemmatis), » Examiné de plus près, le nécrologe de Schaddorf, qui existe encore, n'a laissé découvrir nulle part le nom de Guillaume Tell, et, quant à celui de « Walter de Tello, » il ne doit son origine qu'à l'altération des mots: « Walter de Trulh. » Les registres d'Attinghausen mentionnent en 1661 le mariage de <( Jean-Martin Nàll, » et ils indiquent la naissance de ses tilles qui portent le même nom de famille que lui, tandis que dans les tables mortuaires de la paroisse, ce nom a été changé pour les mêmes personnes en celui de « Tàll, » sans qu'on y retrouve, en ce qui concerne le père, les mots qui, d'après Imhofi', l'auraient signalé comme « le dernier de sa race ^^ »
La Iraude est ici patente, mais elle ne s'est pas arrêtée là; deux nouveaux documents fabriqués cette fois d'un bout à l'autre, et dont nous parlerons tout à l'heure, sont venus se joindre à ceux qu'Imhoflf avait introduits dans le débat. Mais c'est seulement des pièces produites par le vicaire d'Uri, que Freudenberger avait connaissance lorsqu'il se décida à porter la question devant le pubUc, et ce fut la faiblesse des preuves fournies par le défenseur de
Tell qui le détermina à faire paraître son pamphlet. Il le publia, en français, au mois de février 1760 sous le titre de : Crmllcmme Tell^ fable danoise.
Le scandale fut aussi grand que Tauteur semble Tavoir désiré. Écrite avec plus de malice que de talent, cette brochure de trente pages blessa au vif le sentiment patriotique des confédérés. L'authenticité de la tradition et l'existence même de Tell ne pouvaient pas être niées d'une manière plus incisive, et une ironie souvent déplacée aggravait les torts de l'écrivain auprès de l'opinion. Immédiatement le gouvernement d'Urifit livrer aux flammes l'irrévérencieux opuscule, et il demanda aux divers cantons suisses de le flétrir par une réprobation solennelle. Sévérité mal entendue, car on ne réfute ni les bonnes, ni les mauvaises raisons avec un bûcher ou des arrêts.
Cependant le public fut presque unanime pour applaudir à cette condamnation, et l'on vit même l'inspirateur de Freudenberger, Emmanuel de Haller, après qu'il eut été témoin de l'éclat causé par son ami, se déclarer le défenseur officiel de la tradition. Est-ce un sentiment de résipiscence qui, plus tard, lui faisait écrire à propos du châtiment infligé au pamphlet de Freudenberger : « Une relation contemporaine de l'époque à laquelle Guillaume Tell a vécu, ou un document authentique eût sans doute mieux démontré l'existence de sa personne, que n'a pu le faire la sentence prononcée du haut d'un tribunal*'? » Et pourtant (sans nous arrêter au recueil d'Imhoff que Haller condamne impUcitement par ces paroles), le document contemporain qu'il réclame avait paru et le document authentique qu'il sollicite devait paraître plus tard. Mais il tenait sans doute, et avec raison, le premier pour apocryphe ; il ne vécut pas
ce n'est que lorsque celle-ci entre en possession de son domaine, qu'elles sont reléguées dans le leur. Voilà l'œuvre à laquelle, pour sa grande part, M. Kopp a attaché son nom dans la révision des origines de la Confédération suisse, n n'est pas sans intérêt de remarquer que c'est de Lucerne, cette capitale intellectuelle et religieuse des Waldstàtten, qu'est sortie la transformation de leurs vieilles croyances nationales. Devant la lumière qu'a répandue le savant lucernois, et que, dans d'autres points de la Suisse, ont propagée ses élèves et ses émules, le mirage de la tradition s'est peu à peu dissipé. Des notions de plus en plus justes ont pris la place des solutions de fantaisie par lesquelles on s'était plu, pendant si longtemps, à expliquer le passé des cantons primitifs et la naissance de la Confédération.
Aujourd'hui tous ceux qui ont étudié ce sujet sont unanimes pour faire, entre l'histoire et la légende, un partage analogue à celui que nous avons nous-même opéré. Aussi le volume que nous venons d'écrire n'a-t-il dû son origine qu'au désir de présenter, dans un ensemble plus complet peut-être que cela n'avait eu lieu jusqu'ici et avec quelques développements nouveaux, les résultats auxquels des investigations multiples et prolongées ont conduit nos devanciers. S'il ne suffisait pas pour donner l'idée et pour justifier les conséquences du travail de révision et de critique auquel ont été soumises les origines de la Confédération suisse, il faudrait en imputer la faute à nous seul, et ne pas faire rejaillir sur une cause excellente l'échec de son défenseur.
Ce n'en serait pas un toutefois que de ne point emporter d'emblée l'assentiment de la grande majorité du public.
LA THADITION CONTESTÉliU %l
 ses yeux, les faits et les personnages consacrés par l'histoire traditionnelle demeureront longtemps encore des personnages et des &its réels. Combien d'auxiliaires, et des plus puissants, ne compte pas Terreur que nous avons voulu déraciner 1 La foi, l'imagination, le patriotisme, la passion, la coutume, se rangent en bataille pour protéger des préjugés historiques, que leur caractère même élève presque à la hauteur d'une croyance dogmatique. La poésie, la musique, la peinture, tous les arts, semblent encore ajouter par leur prestige à la réalité de la tradition ; le thé&tre la rend vivante, et la nature elle-même lui prête In magie de ses plus pittoresques paysages. Le groupe des trois Suisses qu'on voit se former sur la scène ou se détacher sur le fond d'un tableau ; les images infinies qui, dans les villes et les chaumières des deux mondes, représentent les aventures de Guillaume Tell ; les souvenirs qui, sur le sol des Waldstatten, viennent assaillir les Voyageur» toujours plus nombreux qui parcourent ces vallées, leur guide à la main ; tout cela passe pour de l'histoire certaine et authentique. La Suisse a fait du GrtttU le patrimoine de tous ses citoyens, et l'on aura de la peine à persuader aux pèlerins patriotes, ou même aux visiteurs indifférents, qui viennent y saluer le berceau de la Confédération, que jamais, en ce lieu si propice au mystère d'une conjuration, ne fut prêté le courageux serment qui fait sa célébrité.
Mais, comme si ce n'était pas assez de l'attrait et de la persuasion des yeux, la tradition trouve encore, pour défendre son caractère historique, un auxiliaire non moins efficace dans ce qu'on peut appeler la complicité de Toirinion. Ici se réunissent et se coalisent, en faveur de son authenticité, les adhérents les plus divers. D'un cAté pro-
testent les esprits amoureux rtu passé, et du passé tel que la coutume le leur a fait ; ils ont horreur de tout ce qui dérange et remet en question ce qu'ils n'ont eux-mêmes jamais mis en doute ; ils craignent la contagion des méthodes critiques qui, renvei'sant ici des opinions séculaires, en menacent ailleurs de plus vénérables, peut-être. Guillaume Tell, Gessler, les Suisses du Grûtli, sont au nombre de ces bonies qu'ils ne veulent pas qu'on remue. D'autre part, les esprits novateurs et amoureux de révolte ne veulent pas davantage qu'on expulse de l'histoire les représentants traditionnels des soulèvements populaires et de la lutte entre la liberté et la tyrannie. Que de brillantes prosopopées, que d'éloquentes allusions dont il faudrait alors faire le sacrifice ! On a donc contre soi, quand on conteste la vérité de la tradition nationale, l'opposition de deux opinions aussi ardentes qu'elles sont diverses.
Puis, n'a-t-fln pas aussi pour adversaire cet irrésistible besoin de l'esprit qui, dans les souvenirs du passé, fera toujours préférer à la réalité d'une situation complexe la simplicité d'un acte imaginaire, et qui trouvera commode de personnifier, dans quelques noms et quelques traits fictifs, une œuvre collective, plutôt que d'en retenir l'exacte physionomie historique? Il n'est pas jusqu'à l'imagination qui, oubliant le rôle qu'elle a joué dans cette transfiguration du passé, ne soit de connivence pour défendre ce qu'on ne veut pourtant pas lui ôter, puisqu'on lui demande, au contraire, de reprendre ce qui lui appartient. Mais la place qu'elle a conquise et usurpée dans le domaine de l'histoire, elle refuse de l'abandonner, et elle protège, sous un drapeau qui n'est pas le sien, des créations qu'elle devrait seule revendiquer.
C'est bien ce qu'elle finira par faire. Un jour viendra où la légende des Waldstâtten, définitivement rayée de Thistoire, sera réclamée par Timagination, et renaîtra, comme le phénix, du milieu même des flammes qui Tauront consumée. Seulement, du monde des réalités, elle aura passé dans celui des symboles. Un grand poëte a préparé pour elle cette transfiguration. Au moment même où commençait à s'allumer l'incendie qui devait détruire tout l'édifice des croyances populaires, Schiller leur assurait une immorteUe vie au sein de l'inviolable royaume de la fiction. La légende a, dans la poésie, retiouvé sa mère, et cette mère sauvera son enfant.
La Suisse devrait être fière d'avoir, comme l'ancienne Rome, adopté ou forgé des fictions qui se sont incorporées dans un impérissable chef-d'œuvre. EUe peut se consoler d'avoir perdu dans l'histoire ce qu'elle a pour jamais acquis dans l'héritage littéraire de l'humanité, -puisqu'elle voit GiiiUaume Tell placé parmi les productions de l'art dramatique les plus nobles à la fois et les plus populaires. Elle le peut d'autant mieux, qu'après tout l'histoire et la réalité qui lui restent ne le cèdent pas à la fiction, et qu'en fait de vertus civiques, de courage, de patriotisme, d'énergique amour de la liberté, les véritables annales des Waldstatten n'ont rien à envier au roman des mauvais baillis, au conte des trois Suisses et à la fable de Guillaume Tell.
Mais que parlons-nous de sacrifice? Bien loin qu'il soit question d'immoler, par une exclusion malhabile, l'histoire ou la légende, l'une autant que l'autre sont un trésor natio* nal. Si, dans la première, l'indépendance helvétique retrouve ses fondateur et ses modèles, dans la seconde elle salue les emblèmes qu'elle s'est elle-même donnés. On ne lui demande
qu'une chose, c'est de leur conserver ce caractère et de ne plus laisser des fantômes, parce qu'ils sont les symboles d'une noble cause, usurper la place des hommes qui ont agi, vécu, souffert et combattu pour la faire triompher.
Après quoi la critique, qui n'a d'autre sôrici que de rétablir les droits de la vérité, ayaût accompli sa tâche, se tait et prend patience. Si elle obtient le suffrage des bons juges, elle ne s'affligera pas outre mesure de ses premiers insuccès auprès de la foule. Elle sait bien que les arguments qu'elle employé ne renverseront pas tout d'un coup les remparts élevés autour du préjugé par les sentiments les pltts respectables et par les penchants les plus naturels. Mais au delà de tous ces retranchements qu'elle ne peut emporter d'assaut, elle entrevoit dans le lointain son invincible auxiUaire : le temps. Satisfaite d'avoir librement cherché et sincèrement convaincue d'avoir trouvé ce qu'on peut savoir de la vérité, elle n'en demeure pas moins toujours prête à se corriger elle-même, si on lui prouve, par un meilleur emploi de sa propre méthode, qu'elle n'a pas tout su ou qu'elle a mal raisonné. En attendant, elle ne s'émeut ni des déclamations, ni des colères, ni des mépris, et l'on peut dire d'elle ce que le grand Âllighieri disait de la Fortune :
« Quest' è colei, ch' è tante posta in croce Pur da color che le doyrian dar Iode, ^ Dandole biasmo a torto e mala voce*
« Ma ella s' è beata, e ci6 non ode.
V'olve sua spera, e beata si gode. »
[P. 6, 1. 9, au lieu de, à des points très-divers, lisez : à des points de vue divers]
P. 6, n. 1. Ouvrages modernes relatifs en tout ou en partie à l'histoire des origines de la Confédération suisse: 1835. J,-E. Kopp, Urkunden zur Geschichte der eidgenôssischen
Bûnde. Lucerne, 1 vol. in-8^ de 206 pages.
1837. A* Hemler^ Die Anfange der Freiheit von Uri (dans le Schweiz. Muséum fur historische Wissenschaften, Frauenfeld, 1. 1, p. 181-216).
1839. Le même, Die Rechtsfrage zwischen Schwyz und Habsburg (ibid. t m, p. 257-293) .
Id. (J.-E. Kopp), Amtliche Sammlung der âltern eidgenôssischen Abschiede, 1291-1420. Lucerne, 1 vol. in-é"" de 112 et
LXVUI p.
Id. JEacher, Article Eidgenassenschaft (dans l'Encyclopédie allemande d'Ersch et Gruber, t. XXXII, p. 65-92).
Id. J.'J. Hisely, Essai sur l'origine et le développement des libertés des Waldstetten (dans les Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire de la Suisse romande, t. n, 1** livraison). Lausanne.
288 NOTES ET COKKECTIONS
1841. J.-J. Hisély, Les Waldstetten considérées dans leurs rapports avec l'Empire germanique et la maison de Habsbourg (ibid. t. II, 2^ livraison).
1842. Fréd. de Gingins-LorSarraz^ Essai sur l'état des personnes et la condition des terres dans les pays d'Ury au xiii* siècle (dans Archiv fâr schweizerischo Geschichte, t. Il, p. 7-66).
1844. Bem, Meyer, Die Waldstâtte vor dem ewigen Bunde von 1291 and ihr VerhSUtniss zum Hause Habsborg. Bàle, br. in-8o de 51 p.
Id. J. Olivier, Nouvelles recherches sur les origines de la Confédération suisse (dans la Revue des Deux-Mondes, mai, 576-602). Id. J.-F. Bohmer, Die Regeste n des Kaiserreichs, 1246-1313, neu bearbeitet. Stuttgart, 1 vol. in-4* de 380 p.
1846. D' Bluntschli, Die drei Lânder Ori, Schwyz und Unterwalden und ihre ersten ewigen Blinde. Zurich, br. in-8» de 78 p.
1847. J,'E. Kopp, Geschichte der eidgenossischen Bûnde^ Zweiter Band : Kônig Rudolf und seine Zeit. Zweite Abtheilung : Die besonderen Zustande der obern Lande. Leipzig, 1 vol. in-8o de 745 p.
1849. J,'F. Bôhmer, Die Regesten des Kaiserreichs 1198-1254, neu bearbeitet. Stuttgart, 1 vol. in-4'» de 392 p.
Id. Le même, Erstes Ergânzungsheft zu den Regesten des Kaiserreichs von 1246 bis 1313. Stuttgart, 1vol. in-4«>, de 393 à
1850. J.-J, Blumer, Staats- und Rechtsgeschichte der schweizerischen Demokratien. Erster Theil : Das MittelaHer. St.-Gall, 1 vol. in-8« de 606 p.
Id. Bem, Meyer ^ Zur Entstehungsgeschichte des ewigen Bundes der Eidgenossen (dans les Beitrâ.ge zur vaterlândischen Geschichte. Bâle, t. IV, p. 151).
1861. J,'E, Kopp, Urkunden zur Geschichte der eidgenossischen Bunde (dans Archiv fttr Kunde Œsterreichischer G^schichts- Quellen. Jahrgang 1851, p. 1^204) ; tiré à part avec l'indication sur le titre de Zweites Bandchen.
1854. A. Heusler, Der Bund Zttrichs mit den vier Waldstâtten am 1. Mai 1351, mit Bemerkungen ûber die âltesten Ver-
hahnisse von Uri nnd Schwyz (dans Beîtrâge, u. s. w. Bâle, V, 199).
1854-56. J,-E, Kopp, Geschichtsblâtter aus der Schweiz. Lucern, 2 vol. m-8<>, de 370 et 370 p.
Id. Le même, Greschichte der eidgenôssischen Bûnde. Vierter Band, Erste Abtheâung : Kônig und Kaiser Heinrich iind seine Zeit, 1308-1313. Zweite Abtheilung: DieGegenkônige Friderich und Lndwig, 1314-1322. Luceme, 1 yol. in-8®, de 495 p.
1857. Bem, Meyer, Znr Ëntstehungsgeschichte des ewigen Bundes der Eidgenossen (dans Beîtrâge, u. s. w. Bâle, VI, 1-349).
Id. G. WaitZy Article sur les travaux de Kopp relatifs à l'origine de la Confédération suisse, dans les Gôttingische gelehrte Anzeigen, 4, 7 et 9 Mai 1857, 34 p.
Id. H, von Liébenau, Die g^schichtlichen Ursachen der Entstehung einer schweizerischen Eidgenossenschaft. Luceme, ' br. m^49 de 42 p.
Id. K. Hagenj Die Pblitik der Kaiser Rudolf von Habsburg und Albrecht I, und die Entstehung der schweizerischen Eidgenossenschaft. Francfort s. le M. br. in-8^ de 55 p.
Id. «7. -F. Bôhmer, Zweites Ergânzungsheft zu den Regesten des Kaiserreichs von 1246 bis 1313, mitBeigabe der Regesteu der Grafen von Habsburg und der habsburgischen Herzoge Oesterreichs bis ins vierzehnte Jahrhundert. Stuttgart, 1 vol. in-8», de p. 403 à 520.
1858. H, von Liebenau, Fôrderung der Eidgenossenschaft durch des Hauses Habsburg innere Verhâltnisse. Lucern, br. in-4® de 56 p.
1851-58. G, von Wyss, Geschichte der Abtei Zurich, 112 p. de texte; 38 de notes; 504 de documents; dix planches (dans les Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft in Zurich, t. YIII).
1858. Le même, Ueber die Geschichte der drei Lânder Uri, Schwyz und Unterwalden in den Jahren 1212-1315. Zurich, br. in-8" de 32 p. et dans Monatsschrift des wissensch. Yereins in Zurich, m, 217-248.
1860. H. Wartinann, Die kôniglichen Freibriefe fiir Uri, Schwyz
und Unterwàlden Ton 1231-1316 (dans Archiv fûr schweiz. Geschichte, t. XIII, p. 106-160).
1860. Ottokar Loreng, Leopold III und die Schweizerbûade. Widn, br. iii-8» de 50 p., p. 1-12 et 31-36.
1861. A, Huber, Die Waldstsette bis zur festen Begrûndimg ihrer Eidgenosscnschaft. Insprack, 1 voL in-B^ de 128 p.
1865. Th. von Ltebenau, Geschichte der Freiherren von Attinghausen, ein Beitrag zur Geschichte der Urkantone. Aaran, 1 yoI. in-12 de 220 p.
1866. J.'F,'A\ Mûcke, Albrecht I von Habsburg. Gotha, 1 vol. in.8« de 192 p.
1867. W. Vischer, Die Sage von der Befreiung der Waldstadte. Leipzig, 1 vol. ia-S^ de 202 p. Ëinleitung, 1-19.
1843-67. Der Geschichtsfreuad. Mittheilungen des historischen Vereins der fiinf Orte Lucem, Uri, Schwyz, Unterwàlden und Zug. Einsiedeln, 22 vol. in-^^.
1855-66. Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses. Zurich, 2 vol. in-8«.
Les documents qui se rapportent au sujet traité dans ce volume se trouvent dans les précédents ouvrages ou dans les suivants :
Ghristoph. Hartmawnj Annales Heremi Deiparœ Matris in Helvetia. Fribourg en Brisgau, 1612, 1 voL in-4*.
Libertas Einsidlensis mit Documenten. 1640, 1 vol.
in-4» (s. 1.).
E, Tschudi, Ghronicon Helveticum. Bàle, 1734, 2 vol. infolio.
F,'V. Schmid, AUgemeine Geschichte des Freystaats Ury.
Zug, 1788 et 1790, 2 vol. in-12.
J. Businger, Die Geschichte des Volkes von Unterwàlden. Luceme, 1827 et 1828, 2 vol. in-12.
P. 9, n. 2. Sur les vestiges des temps antérieurs à la domination romaine, voyez Bôlsterîi, Die Einfûhrung des Christenthums in das Gebiet des Eantons Lucern. 1861, Luceme, br. in-8®, p. 11 à 15.
— Sur les hAbkadons lacustres, dont les plus rapprochées des Waldst&tten se trouYent dans le lac de Zag, to jez FeréL KoUer, P&Ubaateii, dans les Sfittiieilimgen der antiq. Gesdiisch. in Znrîeà, IX*XY, et en particolier XIY, p. 158. — Sur les monaments remaâns et les enfouissements monétaires, voyez le même, ibid. XV. Statistik der rômischen Ansiedelungen in der Ostschw^ 79-60; et IMtert MOnzgeschichte dans Geschichtsfreund, XX, 122.
P. 9, n. 3. Voyez de Foriiord'UrhaM, Recueil des Itinéraires anciens, 1845, Paris, 1 vol. in-4®, avec la carte qui l'accompagne, et où Lapie a coordonné les indications des divers itinéraires. Dans cette carte, tout ce qui est compris entre l'Aar et les Alpes, et en partunilier le territoire qui avoisine le lac des Quatre Cantons, forme un espace entièrement vide.
P. 9, n. 4. Voici le passage de Ptolemée (Géogr. II, c. 9, § 20) :
TTOTAfiiov. La carte dont il est question dans le texte est connue sous le nom de Table de Peutingér.
[P. 10, 1. 2. Au Ueu de 1062, lisez 1162.]
P. 10, n. 5. Cf. J.-iJ.J5urcfc/iard<,Afcliivfïirschw.Gesok.,IV,99. C'eat à propos de la translaticm des corps des trois rois mages de Milan à Cologne en 1162 que parait la première mention du S^-G^»tbârd. Voy. Sohweiz. Geschichtsforscher, Vin,d51. D'ailleurs l'évèque Gottiard ne fiit canonisé qa'en 1132, et son nom n'a pu être donné à la montagne de ce côté-ci des Alpes qu'au moment oiSi Tiisage de l'aborder par la vallée de la Reuss s'est établi. Voyez Fr.-H. Mûller, WsÈar, geo|^. Darstellung von Deutschland im Mittelalter. &ster Theil, 52-53. Burdchardi^ ibid. 35, note; Kopp^ Gescb. Blâtter, 1, 156, n. 4. — Sur l'absence de route en cet endroit du tenais des Romains, cf. Th. Mommsen, Die Schweiz in romiscker Zeit, dans les liittheil. der antiq. Gesellsch. in Zurich, IX, 2, 23 ; H. Meyer^ J>ie rômischen Alpenstrassen in der Schweiz, ibid. Xni, 2, 139.
P. 10, n. 6. Voyez Mommaen^ ibid.
P. 11, n. 7. Voyez J. Cœsaris Commentarii de Belle Gallico, I, c. 1-29.
P. 11, n. 8. Voyez Mammsenf Die Schweiz in rômischer Zeit; de Wym, ûber rômische Helvetien, dans Archiv fiir schw. Gesch., Vn, 38-78.
P. 12y n. 9. Sar toat ce qui concerne les témoignages andens relatif aux Allémans et sur leur organisation politique après Finvasion, voyez SiâUn, Wirtembergische Geschichte.Stattgardt, 1841, 3 Yol. in-8% I, 116-220. Cf. EltmtschU, Staats- nnd Hechtsgescliichte der Stadt und Landschaft Zfirich. ZOricli, 1838, 1, 18-48; Ehmnery Die schw. Demokratien, I, 3-16.
P. 13, n. 10. Voyez l'article € Alemanni, oder AUemanm » dans Panly, Real-Encyk. for alterth. Wissensch. I, 2. Aufl. 702.
P. 13, n. 11. Ce témoin oculaire est l'empereur JuUen, qui dit
dans son Misopogon: *EOea<raui.T)v rct XAÎ Tcùc uircp rèv 'P^ov ^p~ ^âpou; à^piA aiXv) Xt^tt TriTCCrtTifxéva ^ap«^Xti<rta rot; xpû'^f^uoic rôv Tpax^ pccÂvTCdv opvt6cov à^ovTa; %al 8Ùçpatvo(it.svcu; sv rot; a^X8<nv. (Juliani
Opéra, éd. Ez. Spanheim. Lipsise, 1696, folio, p. 337.) Julien avait fait la guerre aux Allémans sur le Haut-Rhin entre Mayence et Constance, de 355 à 359. Voyez Ammien MarodUn, Rerum gestarum Lib. XVI-XVm.
P. 14, n. 12. Voyez StaUn, Wirt. Gesch. 1, 200-219.
P. 14, n. 13. Voyez l'article uiJeYnanm, dans Panly, Real-Encykl. I, 699; 8tàlm,Mà, I, 119.
P. 15, n. 14. Voyez l'analyse de la loi des Allémans dans StaUn,
ibid., 198-221 — Sur l'étendue du comté de la Thur, ou Thur-
gau, cf. Neugart, Episcopatns Constantiensis Alemannicus, S. Blasii, 1803, I, LXXXYi : « Ad Turgoviam ager Suitensis, Uraniensis, Tu-
giensis, Turicensis spectabat > Dans un diplôme du 10 septembre
744, il est question des propriétés situées « in pago Durgauginse et in sito Zurichgovvia ; » ce qui indique que le futur comté de Zurich faisait encore partie intégrante du Thurgau. V. lemêmej Codex diplomaticus Alemannise et Burgundiœ, 1791-95. S. Blasii, 2 vol. 4^, 1, 14; de Wyss, Abtei Z. 13. Erstes Buch, Amn. 30.
P. 16, n. 15. Voyez Stàiin, Wirt. Gesch. I, 188-195 et Qelpke, Kirchengeschichte der Schweiz, II, 254-266.
P. 16, n. 16. «Illa Jurensis deserti sécréta inter Burgundiam AUemanniamque sita.» {Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. 1.) — St. Gall voulant se construire un oratoire dans les lieux où s'élève aigourd'hui la ville qui porte son nom, s'informe de l'état de la contrée, on lui répond : € Est heremus iste asper et aquosus, habens. . . bestias diversas, ursos plurimos et luporum grèges . . . Timeo ne
forte irruant in te. > Yita S* Galli, dans Perte, Monum. Germani» Historica, H, 8, et Casas S' Galli, ibid. 6S. — Voyez sor la forêt qui couvrait une grande partie du canton de Zurich : Gasus S* Galli^ ibid. 83; cf. MûUer, Ui&t. geogr. DarstelL Ton Deutschland, I, 209. -~ Sur Glaris, voyez Bltmer, Das Thaï Glarus, dans Archiv fOr schwà €resch. m, 5. — Sur les alentours du lac des Waldstâtten, voyez BokterU, Die Ëinfdhrung des Christenth. im K. Lucern, 35..
P. 16^ n. 17. On lit, dans une des chartes de fondation du mo* nastère de Luceme : < Lucerna juxta fluvium qui Rusa vocatur, qui de summitate mcigm lad fluit. » ((^eschichtsfreund, I, 13ô.)
P. 18, n. 18. Sur l'organisation politique sous les premiers carolingiens et sur le régime social introduit par les Capitulaires, voyez Ouieot, Hist. de la civilisation en France, Leçons 20 et 21.
P. 19, n* 19. Sur toute cette question de la population primitive des Petits Cantons, voyez le Mémoire spécial du D' J.-B. Burchhardtj Untersuchungen ûber die erste Bevôlkerung des Alpengebirgs, insbesoudere der Urkantone, dans Archiv fUr Schw. Gesch., IV, 2-115. Il termine et résume son travail par ces mots : «Avant le huitième ou le neuvième siècle, le pays était encore un désert, sans population et sans histoire. » Yoy. aussi Fr, de CHngim, Essai (cité n. 1). Les principaux passages des Capitulaires relatifs à la possession et à l'exploitation des pays inoccupés se trouvent dans ce dernier mémoire. On peut en voir d'autres plus récents N» 17, p. 41.
P. 21, n. 20. Voyez de CUngins, ibid. ; Kopp, Geschichte, II, 210, n. 2 et ibid. 237-281 ; plus haut dans ce volume p. 25-38 ; 60-64.
P. 22, n. 21. Voyez Kopp, ibid. 210, n. 2; et ibid. 298 et 308; Blumer, Die schw. Demokr. I, 79 ; plus haut dans ce volume p. 39-46, 66-82.
P. 23, n. 22. Voyez Kapp, ibid. 193-210; Blumer, ibid. 29-34; plus haut dans ce volume p. 46-48, 82-88.
P. 27, u. 1. Voyez à l'appendice, N** 1, la partie du diplôme de 863 relative à UrL Le texte entier de ce document se trouve dans
t94 SECONDE ÉPOQUE.
Hmtmamn, Aimaks Ueremi, 14; Hiuly, Les WaldstiktteD, 883; de Wyssy Abtei Z. Beili^ N"" 1, avec âtCHsimile. Par on autre diplèmer^ daté du 13 mars 857^ Loois le Grermanique donne en viager à on prêtre le» deox diapelles de Bflrglen et de ëUlenen t dans la vallée d'Uri ; > mais cette pièce offre quelques signes d'inautheBtiqké. Voyez de Wyss, ibid. Beil. N» 2 et Erstes Buch, Anm. 63.
P. 29, n. 2. Sur les privilèges des ressortissants des coavrate^ voyez H. Escher, DieVerhaltnisse derfreien Gottesbauslei^, dans Arehiv fOr schw. Gesch. III, 14 et 17 ; BlumcTy Die sehw. Demolx.» I, 47 ; Htiber, Die Waldst., 31-32.
P. 29, n. 3. Voyez Z()î3>p,Urkunden,1, 93 ;^Ztiifier,ibid.,I,68-eO, 67; Jîwlïer, ibid., 33-35.
P. 30, n. 4. Voyez de Wpss, Abtei Z. 26. Erstes Buch, Anm. 65, 82 et 116. Le rapprochement des indications contenues dans, ces dernières notes permet d'attribuer aux Nellenbourg Pavouerie du couvent de Zurich. BUimer, ibid., 91-94, 104-108; Buber^ ibid., 39-41. '
P. 31, n. 5. Voyez (sïe TTy*», ibid., Beil. N» 29.
P. 31, n. 6- Voyez Kopp, Gesch., II, 243-266; Bitumer, ibid., p. 17-22 ; Euber, ibid., p. 26.
P. 33, n. 7. Voyez le texte de ce document à l'appendice N'JI. .
P. 33^ n. 8. Le texte se trouve dans Kqpp, Gesâi., II, 71 ; de Wys8, Abtei Z. Beil» N"" 50. Un autre acte relatif à la même àéf limitatkw entre Uri et Glaris et contenant nne sentence arbitrale rendue en 1063 par le duc Rodolphe de Souabe est apocryphe. Cf« de WysSy ibid., No 47, et Erstes Buch, Anm. 91; Bîumer, Das Thaï Gkms, dans Arehiv fSr schw. Gesch., m, l|,.note*
P. 34, n. 9. Voyez Evber, Die Waldst. 35.
P. 35, n. 10. Voyez de Wyas, Abtei Z. Beil. N«51.
P. 85, n. 11. Voyez de WysSjiUd., Béil.N» 59.
P. 35, n. 12. Voyez F.-JP. Eichhom, Deutsche Staats- und Rechts-Geschichte, §§290,294, 297;5»eAusg. Gottmgue, 1843.
P. 36, n. 13. «De même que ses prédécesseurs s'étaient acquis des partisans en prodiguant les biens de TEmpire, de môme Frédéric s'en procura, quand ces biens furent épuisés, en trafiquant des droits de FEmpire,» dit Bôhmer, Die Reg. 1198-1254, L Vil. — Sur les rapports entre l'empereur Frédéric II et le eomie Red<^he
de Habsbourg, voyez le même, Zw. Erg.-Heft zu den Reg. p. 468-469, au 5 octobre 1212 et aa 6 septembre 1214. -r Voyez pkn haot, p. 50-62, l'analyse, et à l'appendice N<> IV^ le texte du rescrit qvà enlèye à Rodolphe de Habsbourg, la posaession dlJrL
P. 88, n. 14. Le nnméro d'ordre de ce roi est placé entre parenthèses, ponr indiquer qu'il n'en a pas été tenu compte dans la succession au trône d'Allemagne, où le nom d'Henri TEL est porté par le prince qui fîit élu en 1309. Cf. Bôhmer, Die Reg. 1198- 1264, LX.
P. 39, n. 15. On lit dans le Liber heremi qui forme le cartulaire d'Einsiedeln: «970. Dederunt nobis cœnobitœ Favarienses YÎUicationem in Swdtes suam .... habuimus ante in Suuites aliqua pnediola a Luitone comité de Toggenburg nobis donata. » 972.
€ Otto junior, sive secnndus, ratiiicat bona cœnobii, videlicet in
comitatu Zurichgouue.... et Suuites -,» dans Geschichtsfreund, I, 109 et 111.
P. 39, n. 16. Sur le Zurichgau, voyez de Wyss, Abteî Z. 13, et Erstes Buch, Anm. 30. — A l'extinction des Lenzbourg, l'empereur Frédéric Barberousse donna l'avouerie sur le couvent de Zurich aux Zâhringen qui déjà l'avaient possédée, et confia la charge de comte du Zurichgau à Albert de Habsbourg, dit le Riche. Cf. dfe Wyw, ilRd., p. 41, Erstes Buch, Anm. 96; Bôhmer, Zw. £rg.-Heft zu den R^. 457.
[P. 41, 1. 2. Au lieu de < l'empereur Conrad II, » lisez : « l'empereur Conrad IIL »]
P. 41, n. 17. Conrad prend dans ses diplômes (dans celui de 1144 entre autres) le titre de c C. second roi des Romains, > mais dans la série des empereurs d'Allemagne, il est compté comme le troisième de son nom. — On trouve le texte des rescrits royaux de 1114 et de 1144 dans TschêtëU, Chron. Helv. I, 54 et 68. Libertas EinsidIensis, Docum. 31 et 47^ Hàrhnatm, Annales Heremi, 176 et 203. Voici le passage de la première de ces chartes, relatif au droit régalien sur les terres désertes : « Juridid onmes concordi censuère judicié, eam vastitatem cuihbet inviœ Eremi nostrse imperiali cedere potestati, videHcet eam coilibet phicuerit redigendi.» On retrouve le même principe exprimé, on siècle phis tôt, dans la donation faite par le roi Henri H au monastère d'Einsiedeln le 2 septembre 1018 : € Sil-
2% TROISIÈMK ÉPOQUE.
vam inviam et ineultam, et 6b hoc nostrse proprietati depataûun. »
P. 42, II. 18. Le texte de cet arbitrage n'existe eu entier que flans une ancienne tradaction allemande qoi se trouve dans Libertâs Ëinsidlensis, Doc. 63. Ha/rtmam (ibid. 235) et Tschudi (ibid. 113) donnent Toriginal latin^ qui ne renferme que la seconde partie de cette pièce. Hiaeh/ (les Waldst., 387) publie les deux textes. On trouYera à l'appendice, N<> m, lés princq[»aux passages qui sont tons tirés de la portion traduite en allemand.
P. 47, n. 19. Voyez Kopp, GescL, II, 193-210, 213; Bkêmer, Die schw. Demokr., I, 29-34; Geschichtsfreund, I, 158.
P. 47, n. 20. Voyez Kopp, ibid., 211-212; Huber, Die Waldst 37 et 42. — On lit dans un acte dt^ 1240, que Bodolphe de Habsbourg^ dit le Vieux, en faisant (en 1210) un échange de biens a¥ec le couvent d'£ngelberg, avait consenti : « ut, si qui libère condidonis homines seu jure advocatione (sic) eidem subjecti, a quibus de jure tallia seu servicia vel in eos aliqnam justiciam exercere posse-
mus, a nostra jurisdictione et servicio penitus essentimmunes.»
Geschichtsfreund, XII, 196.
[U n'est pas sûr que le «jure advocationis (advocatiae) ^dem subjecti > se rapporte aux < libère condicionis homines; » ces mots semblent indiquer plutôt une autre catégorie de personnes, soumise, comme les hommes libres, à des redevances et à des prestations.]
P. 48, u. 21. Voyez Kapp, ibid., 237 et 299; Indicateur d'hist. et d'antiq. suisses, année 1859, 37-40. Kopp, ibid., p. 208 n^admet pour le Haut-Unterwalden que les paroisses de Samen et de Kerns, dont Alpnach et Giswyl auraient été les succursales.
FftEMIÉR£ PÉaiODE
P. 50, n. 1. Voyez à l'appendice N» IV le rescrit d'Henri (VII).
P. 51, n. 2. Henri était né en 1212; il fîit élu le 23 avril 1220' roi des Romains et couronné le 8 mai 1222. Sur le gouvernement de l'Allemague que son père lui avait remis en allant se fiûre sacrer
NOTIàS KT G0RR£CT10Ni>. i297
empereur à Rome, voyez Bohmer, Die Begesten 1196-1254, LY-LVI. c Pater nostre didoni depntavit terram Alemaonie plenius et Gomraisit, > dit-il lui-même^ le 17 mars 1282^ ibid., 240. A propos des projets de rébellion de son fils Tempereor Frédéric II écrivait à la même époque : « Incepit principes et aiUos âUeetos noetir» per mukiplices impetere molestiarum ingtantias et vexare .... Patemam in eo correctionem egimns recipiendo ab eo juratoriam caotionem qood mandata nostra observaret. » Ibid. — Henri (VU) déploya ouvertement Tétendard de la révolte en septembre 1234. Au mois de juiHet de Pannée suivante, il fut abandonné de ses partisans et contraint de demander grâce à son père, qui le fit jeter en prison ; il mourut sans avoir été rel<\ché, le 12 février 1342. Voyez ibid. 251 et 254.
P. 61, n. 3. Voyez Bôhmer, ibid., 288.
P. 55, n. 4. Voyez les deux rescrits d'Henri (VII) dans 'J^chudi Cbron. I, 128 et 130; de Wyss, AbteiZ. Beil. N** 80 et 81.
P. 56, n. 5. Voyez les deux bulles du Pape dans de Wyss^ Abtei Z. BeO. N* 95 et 111. On lit dans la première, qui est datée du 30 janvier 1244 : c Monasterinm vestrum, cum omnibus bonis
que possidet sub beati Pétri et nostra protectione suscepimus.
Specialiter autem ecclesiam de AUdorf in Huren, cum pertinentiis suis, terras et alia bona vestra. » .., Et dans la seconde, datée du 26 avril 1247 : € Religiosam vitam eligentibus apostolicum convenit adesse presidium .... eapropter, dilecte in Christo filie, vestris justis postulationibus clementer annuimus et monasterium Turicensé .... sub b. P. et nostra protectione susdpimus. . . . quascunique possessiones, quecumque boua idem monasterium possidet .... firma vobis et illibata permaneant. In quibus hcec propriis duximus ezprimenda vocabulis ,.., de AUdorf, de Btdrgeion et de Silennwn ecclesias, cum capellis ab eis dependentibus, dednm et aUia perHmntm earundem .... de BuirgéUm et de Silentium (Silennum) curtes.... > [Peut-être n'y a-t-il pas dans ces passages de quoi motiver la déduction un peu trop positive que nous en avons tirée.]
P. 57, n. 6. Voyez cette transaction dans Schmid^ Gesch. des Freystaats Ury,n, 194; Geschicbtsfireund, IX, 8; rie Wyss, Abtei Z. Beil. N» 506. Elle est datée : c M.CC.XLVIU, XHII Kal.. Marcii
iU8 TROISIÈME ËPOQUR.
(16 février), Indictione YI, in pramnciâ Uranie, inloco qui dicitur Scachdorf . »
P. 58, u. 7. Voyez le premier de ces actes dans Ttdmdi, Chron. I, 155 ; Schmid, ibid., I, 221 ; Hiseïy, Les Waldstfttten, 405 ; de Wyss, Abtei Z. Beil. N"* 155 ; et le second dans Kopp, Urknnden, I, 10 ; Hisély, ibid., 408 ; de Wyes, ibid., N* 157. Noos les donnons en extrait à l'appendice N* V^ a et b.
P. 60, n. 8. Le premier sceau d'Un avait pour légende : SigUhum vcilke Uranie; sur celui qui, vers 1250, prit sa place, on lit: S, Hamimiim. VaUis, Urame. Voyez Kopp, Gesch., U, 271, n. 2; (H. V, lÂébenau) Das âlteste Siegel Uri u. s. w. dans Kqpp, Gegchichtsblatter, 1, 10-22, avec planches ; Geschichtsfreund, Ylll, 15, note, avec pi. ; E. Schultheas, Die Siegel der Urkantone, dans Mitthefl. der ant. Gesellsch. iu Zur., IX, 1 ; 65-75 avec pi. — Le document où le sceau d'Uri est mentionné pour la première fbis est un acte de vente passé entre un particulier et le couvent d'Ëngelbçrg le 24 août 1243. Voyez Geschichtsfireund, IX, 202.
P. 62, n, 9. Voyez ce rescrit royal à Fappendice N* VI.
P. 68, n. 10. Gertrude, qui porte dans sa lettre le titre de « comtesse de Habsbourg, élue reine des Romains, » a pris plus tard le nom d'Anne, cf. Bohmer, Die Reg. 1246-1313, p. 56, 58. Cette lettre en date du 10 octobre 1273 se trouve dans Tsehudi^ Chron. 1, 171^; Kcpp, Gesch., n, 729; de Wyse, Abtei Z. Beil. N» 232. — Sur les rapports entre Uri et Engelberg, voyez la note suivante. En 1275 (voyez Pacte cité note suivante) et en 1284 (voyez l'acte du 25 janvier 1284 cité plus loin), c'est Burkard Schûpfer qui porte le titre de « Amman von Vre, ou, von Vren. » En 1290 (acte du 28 mars 1290, cité plus loin), Arnold de Silennon est qualifié de « Minister vallis. »
Les décisions que la communauté d'Uri était appelée à prendre concernaient soit les transactions relatives à des i>ersonnes oa à des biens existant dans la vallée, soit à des intérêts plus généraux. Ainsi elle intervient le 15 novembre 1246 pour garantir un échange £ut par l'un de ses membres, Rodolphe de Wiler, avec le couvent de Wettingen: « Und das dise dingunversehrt und unzerbrochen bleibent, 80 ist an disen Brieff des gemeinen Landts Ury Insigel gehenekt worden. » (Sehmid, Gesch. des Fr. St. Ury., I, 216.) EUe intervient également le 18 novembre 1249 pour corroborer l'engagement que
N0TK8 RT (XHUIEGTIONS. ^299
prend ce même K de Wiler d'observer pins fidèlement la précédente conventiou : c et hec nos per preeens scriptum, sigUio UnkersitaUg vàllis Urame eommumiitm^ rata et arma promittimus habHoros. » (St^mid, ibid., II, 196.) Le 25 janvier 1284 elle fait, à propos d'une convention passée entre Grégoire de Siienen et Fabbaye de Zitrjch, ce qn^elle a fait pour celle de 1246 : < Wir die Landlûte von XJren, henken nnser Ingesigel an disen brief zeim Urknnde nnd zeiner sterkerunge ailes des so kie vor geschriben ist » {de W^^ Abtei Z. Beil. N* 286). On lit à la fin de Pacte de fondation de l'église de Spiringen dans le Scbftchentha], dressé le 29 mars 1290, à rinstanee de Févêqne dn diocèse, la clause confirmative suivante: « Ego Wemheras Nobilis dictus de Attingenhnsen, de voîtmlate ei eùtiêensn lihero et expresse universitat/is vaUis Uranie, sigillum universitatis vallis einsdem michi commissum huic instrumento apposui et appendi » (de Wyvs^ ibid., M^ 326). Un arrangement conclu le 26 mars 1291 entre les couvents de Zurich et de Wetdngen relativement à des propriétés dans la vallée d'Uri, est confirmé de mémo par cette clause finale: « Ego Wemherus Nobilis de Attingenhusen, ad petitionem domine Abbatisse Thnricensis et homiuum proxime super scriptorum (ceux qui étaient parties dans l'acte), et ad mandatum fwmmutn vaîUa Urame^ sigillum hominum predicte vallis presen-* tibus apposui et appendi > (de TF^, ibid., N^ 384).
Tout montre que la communauté d'Uri était considérée comme un pouvoir dont l'intervention était nécessaire pour valider les transactions passées sur son territoire, lequel était régi en matière civile par une législation locale particulière; si du moins il est permis d'interfHréter ainsi ce qui est dit, dans le document du 18 novembre 1249 cité plus haut, à propos d'un échange de propriétés : « Sollempni et légitima jtia:<a morem dcoifsiie^diRemProinftctefactapennutatione..» Ce document est daté : « in provénda Uren, in villa Altdorf. » Voyez ce même terme de provinâa ci-devant note 6, p. 57.
P. 64, n. 1 1. Voyez le texte de cet acte dans Kopp, Urkuuden, II, 136 et en extrait à l'appendice N» VU.
P. 65, n. 12. L'acte de partage n'a pas été conservé, mais on en peut conclure les dispositions d'^)rè8 les biens et les titres dont se trouvent ensuite nantis les copartageants ou leurs héritiers. Voyez Kopp, Gesch., II, 582-584; Ek$mer, Die Schw. Demokr. I, 89-90. Le
300 TROISIÈME ÉPOQUE, v
texte d^un arbitrage relatif au même sujet est rapporté par Kopp^ Gesch.-BL, I, 63 ; dBahmer^ Zw. Erg.-Heft zu den Reg. 461.
P. 66, n. 13. Voyez Bohmtr, ibid., 461, 470, 471.
P. 67, n. 14. Voyez le bref d'Imiocent IV, du 28 août 1^47, dont le texte est à l'appendice N* VIII.
P. 67, n. 15. Voyez BôJuaer, Zw. Erg.-Heft zu den Reg. 462, 472, avec les rectifications de de Wyss, dans l'Indicateur d'hist. et d'ant suisses, année 1857, p. 15-17, 52.
P. 68, n. 16. Voyez le texte de ce diplôme à l'appendice N<> IX.
P. 70, n. 17. Voyez à l'appendice N* VIII.
P. 70, n. 18. Voyez la charte d'inféodation dans de Wf^^Ahiei Z. Beil. N^ 98. — Sur les ruines du ch&teau, voyez Geschichtsfreund, IX, 182-195. — Dans un acte du 8 juillet 1244, Rodolphe le Taciturne dit : « quod cum, inter nos et cives Lucernenses, lites et contendoues aliquo tempore verterentur, tandem dicte controversiones sopite sunt » Ce qui indique, comme pour Schwyz, un état de lutte et de raccommodement provisoire. Voyez Gesc^chtsfreund, I, 175.
P. 71, n. 19. Voyez à l'appendice N^ VIH.
P. 73, n. 20. Cette mention est tirée de l'inventaire des titres qui avaient été déposés à Baden en Argovie^ dans les Archives autrichiennes; ce document a été publié yorKopp, Gesch., U, 739 j V, 497. C'est le même historien (ibid. U, 328, n. 3) qui a proposé l'interprétation que nous avons suivie. Voici comment est conçu le passage de l'inventaire : « Ein brieff yne Graff Hug (Hermann) von Froburg die van Stoitz irs eides lidig seitelind veriht das sa den von Habspurg angehôrent. » — On peut rapprocher ce qui se serait passé en cette occasion de ce qui eut lieu en 1336, quand le roi Louis de Bavière déclara légitimes les prétentions de l'Autriche sur les Waldstatten et délia les gens des vallées du serment qu'ils lui avaient prêté comme au chef de l'Empire (erlatsyouch irs Eides so sU Im geswora haut). Seulement ce monarque ne put faire exécuter sa décision. Voyez l'inventaire de Baden, dans Kopp, ibid., V, 500^ g.
P. 74, n. 21. Voyez T^schudi, Chron, I, 172, qui prétend qu'il s'agissait des gens de Steinen;le rescrit d'Henri VU du 5 mai 18 10, ibid,, 254 ; et plus loin p. 139, note 49.
P. 75, n. 22. On lit dans l'inventaire de Baden (Kopp, Gesch. U, p. 741) : < Ein brieff wie greffe Anne von Kiburg, graff Eberhartes
NOTES ET COHRECTIONS. 301
Ton Habspnrg elich wîrtin gab graff Rudolff von Habsporg, ftr
viertzehen tbnsent mark silbers, Lentzbnrg Zng, Art.... und
der egenant graff Eberbart gab Im OQcb fAr daz egenant gut, WiUî- 80 we, Sempacb, Stcits, Sfanns, Sticks ^ IfUe nnd gnt in dm waU' stetten, >
P. 76, n. 28. On lit dans l'engagement pris le 25 avril 1278 par le roi Rodolphe envers le roi Edouard d'Angleterre, à Foccasion des fiançailles de la fille de celui-ci, Jeanne, avec Hartmann de Habsbourg : < Nosse volumus universos quod nos Domicellse Johannse, in haereditariis et peculiaribus terris nostrisethonis, in dona« tionem propter nuptias, mille marcarum argenti redditus annuos, et de ahis terris nostris, castris^ oppidis, bonis et possessionihtts, ad valorem
decem milium marcamm, damus et assignamus eidem Domi*
cellœ .... (pîeno et libero interveniente consensu universorwn et amgutwvm nostrorwn liberorum) castrum de Lenzburg .... opidum Zuge .... vallem Agrei (Egeri) ; vaïlem in Stctee, cum cmiis de Kyhurg et de Uréburg (Froburg) » . . . . Si Hartmann meurt le premier, Jeanne conservera sa vie durant la jouissance des biens engagés; mais à sa mort, si elle ne laisse pas d'enfknts, € îpsa bona ad haeredes nostros Jegittimos libère reversvra, » {Bymer^ Fœdera, IV, 112, Londres, 1705.)
[Nous avons mal à propos, dans notre texte, rapporté les mots « in haereditariis et peculiaribus terris nostris et bonis » aux propriétés nominativement données en gage par Rodolphe ; ces mots n'ont trait qu'à la donation de mille marcs de rente annuelle. Mais cela ne change rien au caractère de ces propriétés qui, d'après les termes et les stipulations de Tacte, sont effectivement des biens de la famille de Habsbourg, que le roi ne peut aliéner provisoirement que du consentement de ses enfants, et qui doivent leur revenir de droit (libère), à titre d'héritiers légitimes. La conclusion que nous en avons tirée relativement à Schwyz ne perd donc rien de sa validité.]
Hartmann de Habsbourg périt en se noyant dans le Rhin, le 20 décembre 1281.
Dans un registre des domaines de la maison de Habsbourg qui avaient été engagés par le roi Rodolphe (Ffandrodél), on trouve la mention suivante : « Hec sunt bona que obligata fuerunt comiti Eberhardo« de quibus debeat singulis annis redpere mareas cclx minus una
302 THOISIÈME ÉPOQUE.
item de liberis hominibus de Swits mar. Iz de curia Frobuig
marc. xiij. De curia de Kiburg mar. xv » (das Habsbucg-OesterreichÎBche Urbarbuch, herausgeg. von F. P/e^fêr; Stuttgart, 1850, p. 345). Kopp (Gesch., II, 595, b. 5) parait croire que cette rente était destinée à servir Tintérêt d'une portion du capital de 14,000 marcs encore dû par Rodolphe à £berhard de Habsbourg. Mais comment le roi aurait-il pu engager à sa bru des biens qu*il n'aurait pas encore payés à son cousin ?
, P. 77, II* 24. Voyez la sommation du comte de Tilendorf, datée du 24 avril 1289, dans Tschudi, Cbron., 1, 198 ; Kopp^ Gescb., II, 736, — celle de Hartmann de Baldegg, du 7 janvier 1275, dans TBchiidi, ibid., 181 ; Kopp, ibid., 729, — celle de la reine Anne (la même que Gertrude, v. plus haut, u. 10, p. 63) du 4 septembre 1275, dans Tschttdi, ibid., 184; Kopp, ibid., 731. Ces trois documents se trouvent dans Geschichtsfreund, VU, 49-52. Lors même que le comte de Tilendorff ne s'adresse pas nominativement aux gens de Schwyz, ce n'est qu'à eux que peut se rapporter l'interdiction de ne frapper d'aucun impôt ( « gewerf oder stOre » ) le couvent de Steinea à Schwyz (c in der Owe vou Steine ze Swizin der Waltstat »). C'est la première fois que parait la dénomination locale de Waltstat
P. 77, n. 25. Voyez Bodmann, Codex Epist Rudolfi, reg. Rom. Lipsise, 1806, folio, p. 168, et Kopp, Urk., I, 30.
P« 78, n. 26. Voyez le texte de ce rescrit à l'appendice, N<^ X. — Sur les dispenses des tribunaux extérieurs accordées par Rodolphe, voyez Bohmer, Die Reg. 1246-1313, au 20 septembre 1274, pour Zurich; au 23 juillet 1275, pour Fribourg; au 2 août 1276, pour Soleure ; au 17 octobre 1281, pour St-Gall, etc. Le terme judex ^'appliquait à des fonctionnaires revêtus de charges différentes. Dans l'ordre administratif on le rencontre comme synonyme de Jkfmister, Ammami, le chef ou le président d'une communauté ruiale ou urbaine ; voyez Kopp, Gesch., II, 181, n. 1; Blumer, Die schw. Demokr.,I, 130. Le roi Rodolphe s'adresse le 9 janvier 1274 : < Ministro et universis civibus in Lucernâ, » et le 4 novembre 1277 : « Judici, conoUio, et universis civibus Lucernensibus. » Cf. Kopp, Urkunden, I, 21, 23.
P. 79, n. 27. On trouve fréquemment, dans les actes de Rodolphe, la formule suivante: « Privilégia a Friderico ultimo Romanorom imperatore, onfe latam in eum papàUs exoommimicatioma et deposi^
NOTES ET CORHECTIONS. 303
Uonis senienHam, confirmamus. > Voyez Bohmer^ Die Reg. 1246- 131S, aa 21, 26 et 27 novembre 1274.
P. 80, n. 28. Il résulte des lettres de Rodolphe de Baldegg et de la reine Anne, citées plus haut, note 24, p. 77, qu'en 1275 il y avait à la tète de la vallée de Schwyz deux Ministri ou Ammânner, Rodolphe de Stauffach et Werner de Sewen : < Yiris discretis, Rudolfo et Wemhero Ministris vaUis de Swites et universitatî ejusdem loci, » dit Baldegg : « Vins providis et honestis, Rod. Ministre de Sthovûuîh et Wemh. de Sewen Ministro, » dit la reine. Mais, en 1231^ la communauté possède quatre Ammânner, c^est-à-dire, outre les deux déjà nommés, Ulrich Schmid et Conrad Ab Iberg; on retrouve en 1286 ce même quadrille, dans lequel Ulrich de Wile et Werner Tiring ont remplacé Staufiach et Sewen. (Voy. les deux actes cités dans Tavant-demier paragraphe de cette note.) Mais, que les Ammans fassent deux ou quatre, il y en avait toi^ours un qui rempHssait les fonctions principales, comme Fa feiit observer Kopp, Gesch., II, 382, n. 5. Ce fonctionnaire est appelé < Landammann, » dans le traité du 16 octobre 129i: Voyez plus haut, p. 98, 99.
Le droit que s'attribuait la communauté de Schwyz de mettre des impôts dans son territoire est constaté par l'interdiction même qui lui fut faite à plus d'une reprise d'en lever sur les religieuses de Steinen. On reconnaît d'ailleurs dans les paroles suivantes le langage de gens habitués à prendre des décisions communes pour la gestion de leurs intérêts : « Wir, die Landt-LUt von SchwitzkOndend allen denen die disen Brief jemer gesechend, dass wir, mit gtUem BcU und mit voUkommenem WiUen^ dess ûberein sind kommen das wir .... das gut Jesinen — Cunrat dem Hunnen handgeben ze konffen umb x Pfhndt vaidfûrdiea$Mty8oErdafwrun88und dess LanâsEere erUUen hat,
waim daher In die Land-Lui sandten Dass dise Geschnfit st&te
nnd feste sige, so hand wir unsers Lcmds Insigd an disen Brief geben und gehenckt zu Schwiz in der Kilchen. »
Le sceau de Schwyz, qui paraît pour la première fois dans ce document daté du 25 décembre 1281, porte en légende: S. Universitatis. In, Swites, (Voyez Tschudi, Chron. I, 189 ; Schulthess, Die Siegel der Urkantone, cité plus haut, p. 60, n. 8.) On le retrouve dans un acte du mois d'avril 1286, par lequel Conrad Hesso et sa femme font don aux religieuses de Steinen de terres sises dans la
vallée : « in cujos donadonis testnnoiiiam praesens scri|itiim tradidiiiias raonialibas memoriatîs sigillo communîtatis de Swites commimHiim. »
Le roi Rodolphe reconnatt toiqoiirs aux SchwyzoÎB, comme son prédécesseur Frédéric n, la qualité « d'hommes libres, > qui ne constituait pas, il est vrai, l'émancipation politique proprement dite, mais qui était un des échelons qui y conduisaient, comme Pavait dit l'empereur Frédéric aux Schwyzois eux-mêmes (cf. ci-devant les notes 26, p. 78 et 16, p. 68).
P. 82, n. 29. On trouve ces expressions, employées pour la première tbis, en mai 1252, dans un document latin et allemand, relatif à un accord entre les seigneurs de Rothenbourg et laviDe de Luceme, où il est fait aUusion à un état de gu^re « under den WaiOuienj » « apud intramoiitanos* » (Kqpp, Urk., I, 5.) Ce dernier terme se rencontre aussi dans un acte du mois de juin 1257, dté par Kopp, Gesch., n, 204, n. 4, 205, n. 2.
P. 88, n. 30. On a cru longtemps que le diplôme impérial de 1240 accordé à Schwyz par Frédéric n avait été aussi octroyé aux deux autres vallées. C'était une erreur introduite et propagée par Tschudi, comme l'a péremptoirement démontré H. Wartmannf Die kônigl. Briefe fiir Un, Schwyz und Unterwalden, dans Archiv fOr schw. Gesch., Xm, 155-160.
P. 83, n. 31. Voyez dans Kopp, Urk., 1, 2-3, la lettre adressée à Zurich. (Cf. plus bas n. 34, p. 84.)
P. 83, n. 32. Voyez d-dessus, p. 71-72 ; à l'appendice le N» VIII; et le document cité note 20, p. 43, ott Rodolphe le Taciturne, tout en confirmant la renonciation de son père aux droits qu'il possédait sur les € hommes libres et ceux qui lui étaient sonaâsjure advocationis, » £^oute que, pour lui, il ne consentira plus à de nouvelles concessions de ce genre : « ita tamen, ut, de caetero, nullus taHum hominum ad eadem loca (les domames d'Ëngelberg) a nostra juridietione transferatur. »
P. 84, n. 33. Voyez à l'appendice le N" VIII. L'acte mentionné ci-dessus, note 29, p. 82, et celui dont il est question, note 18, p. 70, signalent soit un état d'hostilité entre Luceme et les Habsbourg, soit la disposition chez les bourgeois de cette ville à prendre part à la lutte que soutenaient les Waldleute. Le document du 4 mai 1252 s'exprime ainsi à ce sujet: < Si vero a lacu Lucernensi apud intra-
montanos aliqaot preiium exortam faerit, omnea Ulucirevolentes idem
preiium laborent destraere, partes suas pro bono pacis interponentes ; ety si quis nostrûm andco suo ibidem prélianU subvenire voluerit, armis suis vd consiUo stêo subveniat, ita tameu quod personâ propriâ cum eo, quaudo prelii finis non fuerit, non permaneat. Si autem personaliter eidem prelio interfuerit, nequaquam civitatem intret antequam V libris illud emendet. » Par le mênle acte on renonce pour le présent € à toute confédération formée pendant la guerre » (aile Sicherheit wie si dar komen waz in dem kriege), etFon menace d'une amende de dix livres ceux qui en contracteraient une dans Favenir (der mâche dehein solich ubelliche sicherheit daz er daz bezsem sol mit cehen marchen silbers).
P. 84, n. 34. On lit dans la lettre citée ci-devant, n. 31, p. 83: « Turegi dvitatis egregie- consultis .... R. de Winchilreit, W. de
Bnochs et filins ejus, W. milites et W. de A et B. de Woluin-
schiezin .... salutem et super imnUcis victoriam triumphalem, » Voyez de Wyss, Abtei Z., 65, sur la situation critique de Zurich en 1247 ; ce serait donc à cette année-là qu'il faudrait fixer l'époque de cette lettre sans date.
P. 85, n. 35. Rodolphe avait hérité dans TUnterwalden de ce qui était échu à son père par le partage de 1232 (voyez note 12, p. 65); de plus il avait acquis de son cousin Eberhard des biens situés dans la vallée inférieure (voyez note 22, p. 75). Une partie de cette dernière vallée appartenait au comté de l'Aar ou Aargau, à la tête duquel il était lui-même placé, comme cela résulte de la transaction de 1239 (voyez plus haut note 12^ p. 65), qui lui donne le droit de faire comparaître les « hommes libres » de ce comté devant ses assises. L'on voit, en efifet, le 22 février 1257, Ulrich de.Russegg, qui s'intitule : « Judex a Lancravio Ergaudiae constitutus, » rendre une sentence juridique dans un différend soulevé entre le couvent de Hohenrain et des hommes de l'Unterwalden, relativement à une propriété sise à BOrgen (Kopp, Urk. I, 8). Dans l'acte du 11 août 1275 (voyez plus haut, note 11, p. 64), Marquard de Wolhusen se qualifie de < Richter m Argôw und Zurichgôw dess — Her Rudolf^ .... rœnûschen Eûngs. » L'achat que fit, le 16 avril 1291, le roi Rodolphe des droits du couvent de Murbach à Lucerne le mit encore en possession de nombreuses propriétés dans l'Unterwalden, avec les privi-
léges seigneuriaux qui y étaient attachés. Voyez Kofpp^ Gesch., II, 187; Blumer, Die schw. Demokr.I, 28-34.
P. 86, n. 86. Voyez Bhmer, ibid., 1, 73-81 ; Hub&r, Die Waldst, 33-84.
P. 86, n. 37. Voyez JE^Aom.DeutscheSt.-undB.-aesch., §294; H, van Liébenau, Die Winkelriede von Stanz, dans Mittheil. der ant. Ges. in Zurich, IX, 2, 34-37; l'Indicateur d'hist. et d'anliq. suisses, année 1858, p. 3-4 ; de Wyas, Abtei Z., p. 81 : € La jeunesse guerrière des vallées que dominent le St.-Gothard et les Mythen s'exerçait dans les armées de l'empire au métier des combats. »
P. 87, n. 38. Christian Kûchemeister, qui vers 1335 composait les Neue Casus Monast. S' Galli (dans Mitth. zur vaterl. G^ch., St.-Gall, I), dit (p. 8) : « Unser Herr der abt hatt och Soîdner von Swytz und Ure und darzuo des Gotzhus hit, » et (p. 13): € Da waz Raprechtswyler hobtherr Walther von Vatz und gewan der abs vil lût von Swytz und von Glarus und von Eurwahlen, daz unser lût entwychen muossten. »
P. 87, n. 39. On lit dans la chronique de Matthias de Neumbourg (voyez plus loin p. 190, note 2) : < Quidam de Sioicia, quorum rex mille quingentos habuit, soliti currere in montanis, descend'entes montem irruerunt in castra comids Ferretarum .... aliquibus ocdsis ipsius spoha deferendo ac plurima laniando, ita quod commocio facta est clamorosa. » (Chronica, éd. Studer^ Zurich, 1867, p. 24.) Le chiffire de 1500 hommes^ s'il est exact, ne peut évidemment pas s'entendre du contingent fourni par les montagnards des Waldstâ4ten seuls.
P. 89, n. 40. Voyez à l'appendice, N° XI, le texte de ce document. Nous avons dit, p. 84, que «l'antique confédération» dont il est question dans ce pacte doit probablement s'entendre des alliances passagères formées de 1240 à 1250 entre les gens des Waldstatten pour résister au comte de Habsbourg. L'épithète antiqua s'appliquait alors à une durée beaucoup moins longue que celle dont le mot antique éveille la pensée. En 1273, lors de l'élection du roi Kodolphe, les électeurs s'intitulent : « Principes electores quibus in romani electione régis jus competit ab antique, > Or, cette dernière expression ne peut indiquer une époque antérieure à 1254, car le roi Conrad IV, qui mourut alors, avait été élu en 1237 par d'autres
princes que par ceux qui sont ici désignés. Voyez Bôhmer, Die Reg. 1246-1818, p. 58; voyez aussi plus loin, note 10, p. 109.
Sur le sceau du NidwaJd, qui se trouve, avec ceux d'Uri et de Schwyz, appendu au parchemin du pacte de 1291, se lisent «n légende les mots: S. Universitatis. Hominum. De, Stannes; puis on a plus tard i^onté à l'intérieur du champ : Et, VcUUs. Si/ypèrioris, Cf. Kopp^ Oesch., Il, 210, n. 4 ; Mitth. der antiq. 6es. in Zurich, IX, 1^ 74.
P. 92, n. 41. Voyez plus haut, note 26, p. 78.