J 3. LÀ LÉGENDE COMMUNE
Cette seconde branche de la légende nationale apparaît en même temps que l'autre, sans que l'on puisse dire si elles se sont simultanément ou successivement emparées des croyances populaires. Mais, qu'elles soient nées et se soient développées sous des influences différentes, le contraste qui les sépare ne permet guère d'en douter. La divergence est complète entre ces deux versions d'une même histoire, soit qu'il s'agisse de l'ensemble du sujet, ou du détail des incidents communs à toutes deux. Les origines de la Confédération, comme les aventures de Guillaume Tell, y sont représentées sous des aspects entièrement diftérents. Nous sommes en face de cette première période de l'élaboration légendaire, où le champ reste encore libre pour les inventions capricieuses et les embellissements fantastiques. En d'autres termes : nous sommes en face, non pas de faits historiqifês qui aurai^t trouvé dès l'origine, dans une af6jination constante, leur indiscutable et identique consécratiiHi, mais de créations factices qui, sur le même sujet, se contredisent et s'excluent, parcequ'elles ont pour fondement l'imagination et non la réalité.
L'ouvrage où se trouve renfermée pour la première fois, et sous sa forme définitive, sinon complète, la seconde branche de la tradition nationale sur l'affranchissement des Waldstatten, est tme chronique anonyme, renfermée
dans un manuscrit des archives de Samen, qui a été écrit vers l'an 1470 et qui, de la couleur de sa reliure, a reçu le nom de Livre Uanc **. Cette version de la lég^ide n'a été découverte et mise au jour qu'il y a peu d'années, mais son texte ayant passé, presque sans changement, dans la; chronique de P. Etterlin publiée en 1507, et qui est le premier livre imprimé en Suisse où ait été racontée l'histoire de la Confédération, ce texte a pris possession de l'opinion et la narration qu'il contient s'est rapidement propagée. Elle est ainsi devenue la tradition dominante. Mais, au lieu de l'étudier de seconde main dans l'ouvrage d'Etterlin, comme cela devait se fsûre avant qu'on eût connaissance du lÂvre Ucmc, nous pouvons la prendre à sa source, dans le manuscrit même où elle fut transcrite en 1470. Est-ce alors aussi qu'elle fut composée, ou bien le texte qui se trouve dans les archives d'Obwald n'est-il que la copie d'un plus ancien original ? Certains indices autorisent cette dernière supposition, sans permettre toutefois de rien préciser sur la date, antérieure à 1470, où l'on peut placer la rédaction première de cette chronique; mais nous verrons bientôt que, sur un point tout au moins, elle a conservé la trace d'une forme de la légende qui a dû exister avant le moment où s'introduisit, dans la tradition d'Uri, le nom de Guillaume Tell.
Disons d'abord que cette chronique de Samen, qui est, sinon la source première, du moins le plus ancien témoin de la tradition commune, débute par les plus étranges travestissements historiques qu'on puisse imaginer. Elle se tait sur l'origine des gens d'Uri, mais elle prétend que l'Unterwalden a été peuplé par des Romains et Schwyz par des Suédois. Après une longue période de tranquiUité les comtes
LES LEGENDES ANEGDOTIQUES. LEim FORMATION. 257
de Habsboiu^ sont venus s'établir dans la voisinage des trois vallées ; puis, au bout d'un grand nombre d'années, < un comte Bodolphe de Habsbourg est élu roi des Bomains. > C'est autour de son nom que la chronique groupe tout le passé des Petits Gantons. Ce roi élève les comtes du Tyrol à la dignité de ducs d'Autriche ; ce roi persuade aux gens des Waldstatten de reconnaître la suzeraineté de l'Empire, en s'engageant à respecter lui-même leurs franchises immémoriales, n tient parole sa vie durant; mais, après sa mort, les baillis qu'il a placés dans les vallées abusent de leur position pour en opprimer les habitants. La famille du roi s'éteint, et les comtes du Tyrol héritent de ses domaines en Thurgovie, en Argovie et dans le comté de Zurich. Les seigneurs du pays obtiemient des héritiers des Habsbourg rinféodation des baillages des Waldstatten, en promettant d'être pour l'Empire de fidèles baillis. Alors < un Gésier devient bailli d'Un et de Switz, et un de Landenberg bailU d'Underwalden. > Mais, bien loin de tenir leurs engagements, ils voulurent faire passer les vallées de la puissance de l'Empire sous leur propre domination, et ils firent construire des châteaux forts pour les opprimer. Se conduisant plus tyranniquement encore que les baillis précédents, ils commirent toutes sortes d'iniquités et d'actes de violence et de libertinage.
C'est ici que la chronique intercale le récit de quelquesuns de ces méfaits, et qu'elle devient aussi prolixe et aussi précise qu'elle était auparavant empreinte d'une vague concision. Son auteur qui, sur le terrain de l'histoire, marchait comme un homme perdu dans les ténèbres, retrouve son assurance lorsqu'il aborde le domaine de la fiction ; l'invention lui est plus facile à manier que la réalité. Que cette
invention provienne de son propre cru, ce qui nous parait très- vraisemblable, ou qu'il ne fasse que mettre par écrit une tradition déjà répandue, on dirait que sa narration imaginaire a été composée suivant un procédé méthodique. Voulant donner des exemples de la conduite criminelle des
baillis, il classe ces exemples systématiquement, d'après une combinaison où il semble qu'on a cherché, d'une part, à tenir compte des subdivisions politiques des Waldstâtten, et, de l'autre, à se conformer aux catégories entre lesquelles le dixième commandement du Décalogue répartit les diverses formes de la convoitise. Le pays dlJri ayant dans la personne de Tell son représentant, il fallait pourvoir Schwyz et les deux Unterwalden. C'était trois anecdotes à imaginer, et, comme la loi divine interdit de convoiter la maison, la femme et le bœuf du prochain, le thème de chacune de ces anecdotes était tout trouvé.
La série de ces petites narrations fictives s'ouvre par l'aventure des bœufs ravis, sur l'ordre de Landenberg, bailli de Sarnen, à un paysan qui habitait < le Melchi. > Le fils du paysan s'oppose à cette spoliation, blesse l'estafier qui veut la commettre, et prend la fuite par crainte de la vengeance du bailli. Celui-ci , ne pouvant punir le fils, donne l'ordre d'aveugler le père et de confisquer ses biens. Voilà pour ce qui touche le Haut-Unterwalden et pour ce qui concerne la convoitise relative aux bœufs du prochain. Passant à la partie inférieure de la même vallée, le chroniqueur (c'est le romancier qu'il faut dire) place la scène à Alzellen, où < le seigneur de l'endroit, > vivement épris de la femme d'un autre paysan, se fait, en l'absence de celui-ci, préparer un bain où il veut la faire entrer avec lui (fantaisie qui s'explique mieux par l'association d'idées qu'éveillait, chez le
narrateur, le souvenir des histoires de Bathsèbah et de la chaste Susanne, que par la possibihté pour le hobereau de réaliser son licencieux projet dans une pauvre chaumière); mais le hbertin est surpris encore seul dans la baignoire par le mari, qui le tue d\m coup de hache, avant que la pudeur de son épouse ait reçu la moindre atteinte. Le Nidwald et la convoitise pour la femme du prochain ainsi défrayés, restent Schwyz et la convoitise de la maison d'autrui :
< Or, dans le même temps, il y avait à Schwyz un homme qui s'appelait Stoupacher, et il habitait à Steinen de ce côté-ci du pont. Il avait construit une jolie maison de pierre. Alors un Gésier était bailli pour l'Empire. Il vint un jour à passer à cheval, et il appela Stoupacher, et il lui demanda à qui appartenait la jolie demeure. > Cette question, où il voit percer Tintention de s'emparer de son bien, jette le trouble dans Tâme de Stoupacher ; sa femme s'en aperçoit, et jouant auprès de lui (comme Porcia auprès du second Brutus) le rôle d'une digne épouse, elle lui conseille de faire part de ses inquiétudes à ses amis d'Uri et dlJnterwalden. Stoupacher suit son conseil, et, recherchant des auxiliaires, il rencontre < un des Fiirsten d'Un et celui du Melchi qui s'était enfui de l'Unterwalden. > Ils s'engagent tous trois par serment; puis ils cherchent et ils réussissent à s'adjoindre (pour compléter le quadrille) un citoyen du Nidwald. Peu à peu leur société grossit, et ayant formé une ligue < afin de se défendre contre les seigneurs, ils se rassemblaient, de nuit et en secret, près du Myten Stein, dans un endroit qui s'appelle au Mdli. > >
C'est ici que le chroniqueur, qui n'a jusque-là parlé d'Uri qu'en passant, lui rend ce qui lui appartient, en intro-
dulsaat l'épisode de Tell, dont la ballade et le récit de Riiss renfermaient le germe, mais auquel il donne des proportions et une physionomie très-différentes. Au lieu de s'en tenir au simple fait de Tinjonétion adressée à Tarcher d'abattre la pomme, il cherche à entourer cet ordre de circonstances qui en expliquent le motif et en complètent les conséquences. Gessler, par une fantaisie de tyran, prescrit, sous peine d'amende, qu'on rende hommage à un chapeau placé sur le haut d'une perche, < sous les tilleuls à Uri. > < Or il y avait un brave homme, qui s'appelait le Thall, lequel s'était aussi engagé par serment avec Stoupacher et ses compagnons, et il passait souvent, de ci, de là, devant la perche, et il ne voulait point la saluer. > (C'est ainsi que les jeunes Hébreux à Babylone, et Mardochée à Suse, refusaient de s'incliner devant l'image de Nabuchodonosor et la personne d'Aman). Gessler , informé de cette désobéissance, mande le coupable, qui s'excuse, en disant qu'il l'a fait sans mauvaise intention, et qu'il ne savait pas que le bailli y attachât autant d'importance : < car si j'avais de l'esprit, je m'appellerais autrement, et non pas le Tall (le simple, le benêt). > Mais le malheureux a beau (comme le premier Brutus) jouer l'imbécile, le bailli ne le tiendra pas quitte à si bon marché.
Que faut-il penser de ce nom du Thall, Tall, ou Tal, sous lequel seul l'archer d'Uri est désigné par l'auteur de la chronique de Samen et qui ne se retrouve dans aucun autre des textes de la légende *^V Est-ce un sobriquet dérivé du nom de Guillaume Tell, ou bien celui-ci s'est-il, au contraire, formé d'après ce surnom significatif? Car d'admettre qu'ils ont été imaginés séparément l'un de l'autre, c'est ce que nul ne saurait proposer. Quand nous voyons plus
loin que le rocher en saillie, sur lequel s'élance le Thall, est appelé par le chroniqueur, non point la plate^forme de Tell, mais la plate-forme < au Tell > (ze TéUen)^ comme désignation de lieu, et que l'écrivain n'établit aucun rapport entre le nom de l'archer et cette dénomination locale, il nous semble difficile de ne pas croire que le nom de Thall a dû précéder celui de Guillaume Tell dans la tradition, et que ce n'est pas l'inverse qui a eu lieu. La légende, en effet, ne procède pas de ce qui est particulier à ce qui est général; d'une épithète elle fera un nom propre; mais celui-ci une fois adopté, elle ne le laissera pas s'effacer ou se transformer en un simple surnom attributif.
D'ailleurs, on comprend mieux comment, pour rendre l'archer d'Uri plus intéressant, la tradition a primitivement voulu faire de lui un homme simple et l'a dénommé en conséquence. L'origine du nom de Guillaume Tell semble de même plus facile à expliquer, s'il n'est que la forme concrète et complète du nom personnel substituée à l'épithète de < le Thall. > Ce sobriquet serait devenu le nom principal, et la coïncidence fortuite de la forme Thall qui désignait l'archer et de la forme Tell qui désignait le lieu de son évasion aurait contribué à ce résultat. Quant au prénom de Guillaume (Wilhelm), qui ne se rencontre jamais à cette époque parmi la population des Petits Gantons, tandis qu'il est assez fréquent sur d'autres points de la Suisse^ il aurait été emprunté à un th*eur célèbre dans le moyen âge, William (Guillaume) de Cloudesly, braconnier anglais dont on racontait un trait d'adresse tout semblable à celui qu'on prétait au Thall. Cette dernière explication, bien qu'elle soit donnée par des hommes fort compétents, ne peut toutefois valoir, comme la précédente, que ce que
vaut une hypothèse; nous n'en connaissons pas de meilleure, mais nous ignorons si c'est la bonne *^
« Si quid novistî rectias istîs^ Gandidas imperti ; si non , his utere mecum. »
n faudrait en outre admettre, sans s'arrêter à la date presque contemporaine de la ballade de Tell et de la chronique d'Obwald, telles que nous les possédons aujourd'hui, il faudrait admettre que, si la première semble, par sa simplicité même, reproduire la légende de l'archer sous sa forme la plus ancienne, d'un autre côté, la seconde a plus fidèlement conservé le nom par lequel il était primitivement désigné. Le manuscrit de Samen n'étant que la copie d'un texte antérieur, il n'y aurait pas à s'étonner qu'il eût retenu la forme du sobriquet original, et il n'y aurait pas à s'étonner davantage que celui-ci eût disparu du chant où il a dû se trouver d'abord, pour y faire place au nom plus précis de Guillaume Tell, après que ce dernier se fut introduit dans la légende. Ces substitutions ne sont pas rares dans les œuvres de la poésie populaire, où se reflète la mobilité de la tradition ; mais il est toujours difficile d'en donner une démonstration évidente et incontestable. Nous ne prétendons point revendiquer ce double caractère pour l'explication que nous venons de proposer, et nous ne prétendons pas davantage l'attribuer à la plupart de celles dans lesquelles nous sommes contraint d'outre-passer les , déductions qui s'appuient siu: des faits certains. Nous l'avons déjà dit : rien n'échappe plus à toute interprétation satisfaisante, que l'origine et les détails des inventions imaginaires, et il vaudrait mieux, peut-être, après avoir constaté leur caractère fabuleux, renoncer, pour être conséquent, à vouloir en rendre compte.
RevenoBS à l'analyse de la chronique de Samen. Après la réponse faite par le Thall au bailli, le narrateur anonyme introduit, à peu près sous la même forme que dans la ballade, Tincident de la pomme et des deux flèches; puis il raconte comment le bailli, irrité de la réponse du Tall, le fait monter dans une barque pour le conduire < dans un endroit où il ne verra ni le soleil ni la lune; > comment, quand ils furent < devant TÂcbsen, > un vent furieux s'éleva; comment Téquipage effrayé sollicite le bailli de &ire mettre le Tall au gouvernail ; comment, lorsqu'on fut arrivé vers < la plate-forme au Tell > l'archer, prenant ses armes, s'élance sur le rivage et repousse la barque dans les flots. La chronique de Samen reproduit ici, conune on le voit, une version à peu près semblable à celle de Melchior Buss, mais elle diffère ensuite de cette dernière, en ce que, au lieu de faire immédiatement tuer le bailli par le Tall, elle montre celui-ci traversant les montagnes du pays de Schwyz, < jusqu'à Kussnacht dans le chemin creux, > où il arrive avant le bailli, et 6ù, s'étant embusqué derrière un buisson, il décoche contre le seigneur, quand il vient à passer sur son cheval, une flèche qui le tue. c Après quoi, dit la chronique, il se remit à courir vers Uri, à travers les montagnes. >
L'épisode du Tall terminé, l'auteur en revient à < la compagnie de Stbupacher, > qui tient ses conciUabules, non plus au Riidli, mais < au Trenchi, > et qui entreprend de détruire tous les châteaux des seigneurs, d'abord à Uri, — où le bailli avait commencé à bâtir, c au-dessous de Steg sur une colline, une tour qu'il voulait nonuner Twing-Uren, > — puis à Swandow, puis à Schwyz, puis à Stanz, — où, < grâces à une jeune fille, on s'empara duchâ-
teau de Rotzberg, > — et enfin à Sarnen. Mais le château de Sarnen était trop bien fortifié pour qu'on pût s'en saisir par un coup de main. Il fallut avoir recours à une ïuse et s'y introduire pendant que < les seigneurs étaient à l'église > (ce qui rappelle le récit d'Hemmerlin et la manière dont, en 1386, les jeunes gens de Lucerne s'emparèrent effectivement du château de Rothenbourg). Cet épisode est raconté avec des détails qui semblent trahir la connaissance particulière qu'avait le chroniqueur des environs immédiats de Sarnen. Mais ici prend fin le récit anecdotique intercalé par lui dans sa sèche et vague narration. Il se contente d'ajouter v< qu'après tout cela les trois pays, réunis entre eux par des serments secrets, devinrent si forts, qu'ils demeurèrent les maîtres et conclurent un pacte qui dure encore. > De la lutte contre le duc Léopold d'Autriche et de la bataille du Morgarten, pas un mot.
Comme nous l'avons dit, le chroniqueur anonyme ne délie sa langue et ne laisse courir sa plume que lorsqu'il raconte des faits imaginaires; il ignore ou défigure les faits réels. Ainsi, nous avons vu plus haut par quelle étrange confusion il met en Suisse, à la place des Habsbourg dont il croit la race éteinte, des comtes du Tyrol, qui sont devenus, selon lui, la souche des ducs d'Autriche, et comment il suppose que c'est d'eux, à titre d'héritiers des Habsbourgs, que les baillis < impériaux > tiennent leur pouvoir. Mais ne raconte-il pas que les Glaronnais demandèrent à être admis dans la Confédération (ce qui eut lieu en 1352), afin de se soustraire au gouvernement tyrannique de leur bailli, < qui était un comte palatin, nommé le comte
Othon > (lequel fut, en effet, l'avoué des gens de Glaris
en 1196)? Il est inutile de discuter la créance que méritent
les dires d'un tel écnyain et Tautorité que peut avoir son témoignage en faveur de la tradition dont il est très-probablement rinventeur, ou tout au moins le premier oi^ane. Si les anecdotes qu'il débite ne portaient pas déjà en ellesmêmes les traces évidentes de la fiction, et d'une fiction où les réminiscences et les inventions du lettré ont plus de part que les dires populaires, il suffirait des mensonges historiques, au milieu desquels il les a placées, pour les reléguer, sans conteste, au rang des fables.
C'est pourtant de cette source plus que suspecte, qu'est sortie et que découle encore la tradition généralement accréditée Seulement elle a subi avec le cours du temps une élaboration constante qui, sans rien changer au fond de la rédaction originale, a eu pour but comme pour effet de donner plus de précision, et par cela même plus de vraisemblance, à tout l'ensemble de la légende. Chez le chroniqueur de Samen, comme dans la ballade de Tell, cette légende flotte encore, pour ainsi dire, en l'air; nulle date ne la fixe dans un moment précis de l'histoire ; les personnages mis en scène sont, pour la plupart, anonymes ou imparfaitement désignés; les divers incidents sont mal liés les uns aux autres, et plusieurs détails manquent de netteté et de physionomie. C'est à remplir ces lacunes, à réparer ces imperfections, à donner au dessin plus de fermeté et au coloris plus de vie, que vont pendant trois siècles s'appliquer des historiens, des artistes et des poètes, grâce auxquels cette tradition a poussé dans l'opinion des racines trop profondes, pour que jamais peut-être la vérité historique réussisse à prévaloir contre elle.
n ne sera pas sans intérêt d'examiner comment ce résultat a été obtenu et de signaler rapidement les transforma-
tions successives qu'a subies la légende des Waldstatten depuis sa première apparition.
^ Quand nous parlons de < rapparition > de la légende dans la chronique d'Obwald, nous nous servons d'une expression impropre, puisque cette chronique demeura au contraire, enfouie au fond des archives de Samen, où la consulta, sans mot dire, Fécrivain lucemois qui devait le premier en populariser le contenu. Que, jusqu'à la publication de la chronique de P. Etterlin, qui parut en 1507, le Livre blanc soit en eôet demeuré inconnu, comme il Test si longtemps resté dès lors, nous pouvons le conclure de ce que, dans la grande Histoire universelle de Jean Nauclerus, prévôt de l'église de Tubingen, publiée en 1501, on ne trouve, à l'endroit où il est question des Waldstatten, de leur origine et de leur confédération, aucune trace de la narration donnée par l'anonyme de Samen **. Nauclerus connaissait cependant les compositions manuscrites de Justinger, de Frimd et de l'ancien chroniqueur zurichois, ainsi que le livre d'Hemmerlin. Son récit est entièrement rédigé d'après ces diverses sources. H y aurait certainement inséré les anecdotes comprises dans le Livre Uanc^ s'il les avait connues, et il e^t indubitable également que, puisqu'il ne fait aucune mention de GuiUaume Tell, le nom et les aventures de celui-ci n'avaient point encore acquis la notoriété
que la publication de la chronique d'Etterlin allait leur donner, ainsi qu'au reste de la légende. ,
Cette chronique est donc le premier ouvrage, dans Tordre des dates, qui reprodiiise le récit romanesque et mélodramatique de Fanonyme de Samen ^. Quoique Etterlin ait copié, presque mot pour mot, l'œuvre de son devancier, il introduit ici et là des variantes qui peuvent servir à indiquer, soit le manque de fixité de la légende, soit le genre de développements dont on Tenrichissait. Ainsi, chez Etterlin, Gessler s'appelle Grissler ; le Riitli s'appelle le Betlin ; Swandow est changé en Schwanow, et le Rotzberg devient le Bogenberg. La tour bâtie par Gessler < au-dessous de Steg sur une colline et qu'il voulait nommer Tmng-Urm, > se change, sous la plume de l'écrivain lucemois, en une tour < construite sur la colline de Solentum, et que le bailli voulait nommer Zwing Ury under die Stegen. > La saillie de rocher dont la chronique de Samen parle comme de < la plate-forme au Tell > (die ze TeUen Uatten)^ sans établir aucun rapport entre ce nom de lieu et celui du Thall, est dans Etterlin, comme chez Bliss, < une grande plate-forme que, dès lors^ on a toujours nommée et qu'on nomme encore aujourd'hui la plateforme de Tell > (des Tdlen UaJtten). Comme chez Russ, également, le nom seul de Guillaume Tell, ou de Tell, est employé d'un bout à l'autre du récit. Enfin, le heu désigné dans le lÂvre Ucmc sous le nom de < Melchi > devient dans la chronique d'Etterlin le < Melchthal, > et cette dénomination, appliquée à l'un des trois conjurés du Grtitli, se perpétuera dans la tradition.
De toutes ces différences la dernière seule mérite de nous arrêter, à cause du jour qu'elle peut jeter sur la formation
de la légende. Voici pourquoi: Un des érudits suisses qui ont le plus savamment étudié le sujet qui nous occupe, a dernièrement constaté que ces deux appellations topographiques n'étaient point synonymes et qu'elles s'appliquaient à deux localités parfaitement distinctes. < Le Melchi > est un lieu situé tout proche de Sarnen, au-dessous du hameau de Flueli, dans un espace ouvert et occupé par des champs et des prairies. < Le Melchtahl > est une haute vallée de l'Unterwalden, étroite, agreste et boisée, placée par delà la montagne qui s'élève au nord-est de Sarnen. Il est impossible que, dans le pays même, on puisse confondre ces deux localités l'une avec l'autre ; leur situation comme leur caractère sont absolument opposés. On trouve une preuve intéressante de cette opposition dans les souvenirs qui se rattachent à Nicolas de Fliie, contemporain de l'auteur du Livre Uanc. Des documents de la fin du quinzième siècle nous apprennent, en effet, que le grand pacificateur des confédérés qui habitait Flueli, avant de s'être résolu à vivre en ermite, c faisait ses foins dans le Mdchi^ et allait, dans le MdckthoU^ défricher des broussailles ". >
Qu'est-il permis de conclure de la distinction qu'il faut nécessairement établir entre ces deux localités ? C'est que la transposition arbitraire faite par Etterlinne pouvait avoir lieu que parce qu'aucune tradition n'avait encore consacré, parmi la population du Haut-Unterwalden, l'anecdote dont le théâtre était placé tour a tour en deux endroits aussi différents. En effet, si dans l'Obwald la croyance populaire avait tenu pour le Melchthal, l'auteur du Livre Ucmc qui écrivait a Sarnen n'aurait pas parlé du Melchi ; ou bien, si en en parlant, il avait été l'organe d'une tradition reçue, l'opinion n'aurait pas laissé le Melchthal prendre une place qui ne
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lui appartenait pas. Cependant les habitants du Haut-Unterwalden ne la lui ont jamais contestée. C'est que la tradition orale n'était pour rien dans la création d'une légende qu'on acceptait de confiance et sans examen. Les gens d'Obwald ont cru au Melchthal, sans se douter que c'était par une confusion, très-naturelle chez un écrivain qui n'était pas des leurs, que ce nom avait été substitué à celui du Melchi, dont la situation convenait bien mieux, pour qui connaît les environs de Samen, à la scène que le premier narrateur y avait placée.
Ced peut servir à montrer comment les traits de la tradition, qui semblent les moins susceptibles de s'imposer à toute une population, sont facilement acceptés de ceux-là même qui devraient être les premiers à n'y pas croire. Un peu plus tard (1565), dans une autre contrée de la Suisse, ne voyons-nous pas les habitants de Frutigen venir au Hasli, pour s'y faire délivrer une attestation en bonne forme de l'origine purement imaginaire de leurs ancêtres, et se plaire à croire, sur ce simple certificat, que leur vallée, aussi bien que celle du Hasli, avait été peuplée par cette prétendue émigration Scandinave qu'avait accréditée, comme nous l'avons vu, l'écrit de Jean Frund"? On saisit ici sur le fait le procédé de l'illusion volontaire et de la complaisance intéressée, qui expliquent la diffusion, souvent si générale et si prompte, d'inventions sorties d'un seul cerveau. L'exemple que nous a fourni la comparaison entre la chronique de Samen et celle d'Etterlin mérite donc plus d'attention qu'il ne semblait d'abord digne d'en attirer. H corrobore la présomption que c'est d'une œuvre toute individuelle qu'est originairement sortie la légende anecdotique, bientôt devenue si naturellement populaire.
270 SFXONDE PARTIE.
n n'y a aucune raison de croire qu'il n'en fût pas de même pour les amplifications que recevait cette légende. Etterlin introduit, en effet, de son propre crû, dans l'histoire de Guillaume Tell, divers détails que ne renfermait point la chronique d'Obwald. Gessler l'interroge sur ses enfants et lui demande lequel d'entre eux il aime le mieux : < Je les aime tous également, > répond le père. Puis, quand l'ordre lui est donné d'abattre la pomme, l'archer résiste et s'écrie que c'est < une chose contre nature. > Ce qui l'inquiète , lorsque le bailli le^ presse de s'expliquer sur la destination de la seconde flèche, c'est de ne voir près de lui < aucun de ses compagnons qui pût venir à son secours. > Enfin le meurtre de Gessler, que la narration anonyme mentionne sèchement, n'a lieu, suivant Etterlin, qu'après que Tell, caché dans une embuscade, a entendu le bailli < machiner contre lui toutes sortes de projets. >
Dans l'épisode d'Alzellen, le seigneur qui, d'après le manuscrit d'Obwald, n'est pas le même que Landenberg, est, au contraire, identifié avec celui-ci par Etterlin, qui, lorsqu'il raconte la prise du château de Samen, parle du < nouveau seigneur qui n'a pas su s'instruire par ce qui était arrivé à son prédécesseur, tué à Alzellen. > Il met, en outre, dans la bouche du mari qui venge l'honneur conjugal, des paroles ignorées de la première chronique. Dans le conciliabule tenu par Stauffach à Altorf, où, parmi les représentants des trois vallées, le Livre hlanc place < un des Fûrsten d'Uri, > Etterlin met seulement < un d'Uri; > mais il ajoute que < le serment qu'ils prêtèrent fut le premier serment, le commencement des alliances, par lequel ils s'engagèrent à faire prospérer le droit, à réprimer l'injustice, à punir les 'méchants. > Le citoyen du Bas-Unter-
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walden qui se joint aux trois premiers confédérés, et que la chronique de Samen appelle < un du Nidwald, > est désigné par Ëtterlin comme < celui qui avait tué le seigneur dans le bain, à cause de sa femme. >
Plus de précision et plus de vraisemblance dans certains détails, des modifications arbitraires et sans motifs pour d'autres points du récit, voilà ce que quelques exemples, choisis entre plusieurs autres du même genre, nous permettent de constater dans cette première élaboration de la tradition commune. Mais les corrections n'ont pas, aux yeux de l'histoire, plus de valeur que le thème auquel elles s'appliquent, et Petermann Ëtterlin se montre à tous égards, dans sa chronique, un trop crédule et trop inexact écrivain, pour qu'il mérite plus de créance quand il accorde à la tradition l'autorité de son témoignage, que lorsqu'il atteste tout aussi sérieusement la mise au monde, par des femmes, d'un lion, d'un petit cochon et d'un monstre à corps d'homme et de chien •*. Si, depuis le milieu du quatorzième siècle, son récit acquiert un peu plus de poids, tout ce qui précède cette époque dans sa narration est sans nulle valeur historique. Il reproduit les légendes telles qu'il les trouve, mais il ne saurait leur conférer aucun caractère d'authenticité.
Tandis qu'EtterUn propageait ainsi, avec quelques variantes, la tradition nationale sous la forme que lui avait donnée la chronique d'Obwald, tout à côté de lui et de son livre, on rencontre d'autres auteurs et d'autres ouvrages, chez lesquels c'est, au contraire, la tradition sous la forme qu'elle avait prise à Uri, qui est mise en lumière. Ainsi, en 1512, Diebold Schilling de Lucerne rattache l'origine de l'alliance des trois vallées à l'aventure de Guillaume Tell ;
seulement il attribue à un prétendu comte de Seedorf Tordre donné à Tarcher d^abattre la pomme, et il place cet événement en 1334 ^ ! Ainsi, en 1515, le poëte Lorit de Glaris (Glareanus), dans son Panégyrique de la Suisse, désigne la vallée d'Uri, comme < ayant osé la première s'attaquer aux tyrans> (priina tyrcmnos corri^pere est ausa)^ et Guillaume Tell, comme < le défenseur de la patrie et Fauteur de la Confédération > (Quis sit quoque fcederis ou-
tor I Brutus erat nobis Uro GuUidmus in arvo^ | -4s-
sertor patriœ^ vvndex iMorque tyranrmn) ; tandis que Schwjrz et Unterwalden n'ont fait que suivre l'exemple donné par Uri ".
Ainsi, surtout, vers Tannée 1525, on voit un écrivain inconnu consacrer un drame populaire à servir d'organe aux prétentions d'Uri. Ce drame versifié, et qui a été souvent remanié dès lors, a pour titre : < Une jolie pièce représentée à Ur% dcms la Confédération^ sur CruiUaume TheU^ leur concitoyen et le premier confédéré *•. > Dans cette pièce, le principal personnage est, en effet, l'archer d'Uri. C'est lui qui, le premier, avant même d'avoir eu à souffiîr pour son compte, conçoit Tidée de Talliance entre les habitants des trois vallées ; c'est lui qui fait prêter le premier serment à Stauffach de Schwyz et à Emy du Mekhthal, victimes l'un et l'autre de la malfaisante tyrannie des baillis ; c'est lui qui leur désigne,* pour Ueu de rendez-vous secret < le Rut- Un, > comme étant placé au centre des trois vallées (todches desshalh zum mittdsten leit) ; c'est lui qui, après être sorti sain et sauf des embûches qui lui ont été tendues, invite à prendre part au serment fédéral le peuple tout entier. D'un bout à l'autre il a la haute main.
Le drame populaire a bien conservé, pour le rôle de Tell,
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la plupart des traits que renferme la chronique de Samen, mais il Mt tenir à Tarcher un langage dont la fierté et la finesse se seraient mal conciliées avec le caractère que lui prête Tautre forme de la légende, quand, pour mettre son imprudence sous le couvert de sa bêtise, elle lui fût dire : < Si j'avais de l'esprit, je ne m'appellerais pas le Thall. > Aussi l'auteur du drame a-t-il eu soin de supprimer ce détail, qui a été conservé dans la tradition générale, mais qui ne pouvait trouver place dans celle d'^Uri, en raison même de la grande idée qu'elle avait de son héros. S'écarterait-on beaucoup de la vérité, en supposant que ce fut là un des motifs qui contribuèrent à faire très-vite remplacer l'humble sobriquet par le nom de Guillaume Tell ? Quoi qu'il en soit, Thell tient, dans < la jolie pièce, > en ce qui concerne la création de la Cionfédération, le même rang qu'il occupe dans la ballade et dans la chronique de Riiss, qui forment, avec les vers latins de Glareanus et le drame dont nous venons de parler, tout le répertoire, si l'on peut aiiïsi dire, de la tradition d'Uri
D y a donc, entre cette branche de la légende et celle qui est consignée dans la chronique d'Obwald, une absolue divergence sur la manière d'envisager, sinon les aventures, du moins le rôle, la conduite, et le caractère de Tell. D'autre part, tandis qu'à l'origine la tradition d'Uri n'accordait aucune place à Schwyz et à Unterwalden, elle les a maintenant adoptés avec la légende qui les concerne; mais elle n'attribue à leurs représentants qu'un rang inférieur dans l'entreprise d'émancipation, de même que la tradition commune ne donne à Guillaume Tell qu'une position secondaire et fait de son histoire une sorte de hors-d'œuvre sans influence sur l'issue des événements. Dès lors ces deux
former de la croyance populaire ont toujours subsisté Vune à côté de Tautre, jusqu'à ce qu'elles aient trouvé, dans Toauvre d'un grand poëte, une sorte de conciliation.
En faisant du nom de Guillaum^ Tell le titre du drame dans lequel il immortalise Taffranchissement desWaldstâtten, et, de Tarcher lui-même, le personnage principal de la pièce, Schiller a sanctionné la tradition qui revendiquait pour le héros d'Uri tout Tbonneur de cet affranchissement. D'un autre côté, par la manière dont il a traité son sujet, Schiller a consacré l'opinion qui place l'origine de la liberté suisse dans l'alUance conclue entre les trois premiers confédérés, sous l'instigation du représentant de Schwyz, sans que Guillaume Tell y ait pris directement aucune part. Cette apparente unité, que l'illustre dramaturge allemand a rétablie dans la légende, n'est que l'épanouissement final d'une élaboration séculaire, et comme le dernier terme du travail de remaniement auquel la tradition avait été soumise, pour se conformer de plus en plus aux lois de la vraisemblance, sans rien perdre toutefois des éléments divers ou contradictoires dont elle se grossissait incessamment.
Ce travail d'évolution, on le voit déjà à l'œuvre dans le drame populaire dont nous parlions tout à l'heure, et qui se jouait à Un au commencement du seizième siècle. Au lieu de laisser flotter, dans une incohérente indécision, comme cela s'était fait jusque-là, l'époque des événements et la personne des acteurs, le drame d'Uri précise les dates et il donne des noms aux personnages mis en scène. Il fixe la fondation de la Confédération < à Van 1296] > il ne nomme point, il est vrai, le bailli auquel il fait jouer un rôle, mais il est le premier qui attribue < au dw Albert
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d'Ayntriche > Penvoi de ce fonctioimaire. Le jeune homme du Melchthal, qui, avec Guillaume Tell et Stauffach, prKe le serment fédéral, reçoit pour la pr^nière fois le nom d^Erwy (Arnold); le paysan d'Âlzellen, qui plus tard se joint à eux, pour que le Bas-Unterwalden soit également représenté, est, pour la première fois aussi, appelé Cmmo (Conrad) AbataéUen^ comme si ce dernier nom était on nom de famille*
Le besoin de donner aux événements et aux individus plus de précision est une des causes du développement de la tradition; mais, quand on invente, la précision n'est pas un gage d'exactitude; elle sert simplement à couvrir la fiction du pavillon de la réalité. Ainsi les noms attribués tout à coup à des personnages jusque-là anonymes, ks dates introduites là où manquait toute chronologie, contribuent sans doute à satisfaire ce besoin de Tesprit ; seulement ces dénomioations originairement ignorées et qui se compléteront encore plus tard inspirent de légitimes soupçons, en même temps qu'elles échappent à tout contrôle. Ce qui n'y échappe pas, c'est l'évidente erreur du millésime de 1296, comme marquant l'époque où s'est fondée l'alhanee des Waldstàtten, et l'omission, plus frappante encore, par laquelle l'auteur du drame supprime, entre les règnes d'Adolphe de Nassau et de Henri VU, celui d'Albert de Habsbourg. Il semble croire que ce dernier prince n'a j^ mais été autre chose que duc d'Autriche. Devant de telles bévues on serait dispensé, si cela était encore nécesssûre, de discuter la valeur historique des aventures de Tell et des mé&its des baillis autrichiens, auxquels le drame populaire, en les mettant sur la scène, confère sans doute une notoriété toujours plus grande, mais pas le moindre surcroît d'authenticité.
Ge qui prouve néamuoins que cette notoriété de la tradition, sous les deux formes principales que nous lui avons reconnues, ne s'était pas encore définitivement établie dans Topinion générale, c'est la manière dont un littérateur bâiois, qui, en allemand, s'appelait Hugwald, et en latin Mutins, s'exprime dans une chronique publiée en 1539, au sujet du soulèvement des Waldstàtten. H en place bien l'origine à Uri, mais de Guillaume Tell il ne dit pas un mot, et il se tait sur les épisodes empruntés par Etterlin au Livre Uanc. Le soulèvement est provoqué par les excès d'un bailli que, sous le règne du roi Albert, un comte de Habsbourg avait mis à la tête de la Vallée dlJri, et qui fut tué par deux frères dont il avait déshonoré la sœur. (On voit qu'Uri tient ici la place qu'occupait Schwyz dans le récit tout semblable d'Hemmerlin.) Le comte de Habsbourg ayant voulu punir les meurtriers, ceux-ci gagnèrent à leur cause la vallée tout entière, et, en un même jour, les nobles furent égorgés et leurs châteaux détruits. Unterwalden imita cet exemple et secoua aussi le joug des seigneurs, qui, ne respectant rien de ce qui appartenait aux paysans , < faisaient main basse sur leurs troupeaux et leurs fromages, qu'ils échangeaient dans les villes du Rhin contre du vin avec lequel ils se grisaient journellement.
Quant aux femmes et aux filles, que ces mêmes seigneurs
faisaient venir dans leurs châteaux, ni époux, ni pères ne devaient leur adresser la moindre question sur le temps qu'elles y avaient passé. Une pareille tyrannie était intolérable. > Schwyz s'étant joint aux deux autres vallées, la Confédération prit naissance, et elle a glorieusement subsisté dès lors, malgré les efforts des princes voisins pour la supprimer ".
Ainsi Mutius, tout rapproché qu'il était du théâtre des événements dont il parle, et quelque soin qu'il ait mis, d'ailleurs, à recueillir les matériaux de son histoire, ignorait, faut-il dire, ou se refusait à admettre la tradition relative àXjuillaumeTell, de même que les anecdotes racontées par Etterlin d'après la chronique de Samen. Ce qui nous ferait plutôt croire qu'en effet il rejetait sciemment ces historiettes légendaires, c'est que nous le voyons écarter aussi les légendes ethnographiques relatives à l'origine particuUère des populations des Waldstâtten et n'envisager celles-ci que comme une race germanique. Mais, dans la version par laquelle il remplace la tradition courante, tout est arbitraire ou réchauffé. Si la date de 1300, à laquelle il fixe l'époque du prétendu meurtre commis sur le gouverneur de la vallée d'Uri, est, comme ce meurtre même, une invention de son cru, c'est à Hemmerlin qu'il a emprunté le motif de ce méfait. Quant à la peinture qu'il trace des rapports entre les nobles et les paysans, elle n'est que l'amphâcation des paroles de Justinger, et elle peut, malgré l'apparence de couleur locale que l'auteur a voulu lui donner, servir de caractéristique à toute espèce de tyrannie et de rébelUon.
Légende pour légende, il n'y a nul motif de préférer celle qu'a imaginée l'écrivain bàlois ^ux fictions qui l'ont précédée. Ce que l'on doit seulement conclure du dissentiment de Mutins, qui équivaut à une protestation muette, c'est que la tradition n'avait pas encore obtenu, en 1540, le droit de cité qu'elle allait bientôt définitivement conquérir dans l'opinion. Mutins est, en effet, le dernier auteur qui parle de l'origine de la Confédération, sans y rattacher l'histoire de Tell, les scènes de l'Unterwalden, la personne de Stauffach
et la réujDdon au Grutli Plus de deux siècles séparent ainsi le moment auquel s'applique le contenu de la légende na* tionale de celui où elle est enfin parvenue à se &ire universellement accepter.
Dès lors, en effet, si des divergences se manifestent encore dans les détails du récit et dans la détermination de l'époque où Ton place les événements, la tradition ne se détache plus de Tune ou de Tautre des deux branches entre lesquelles nous avons vu qu'elle s'est partagée dès l'origine. Nous ne voulons point relever ici toutes ces variantes, ni faire l'analyse des diverses narrations que des auteurs d'histoires générales, comme Sébastien Frank et Sébastien Munster'^, consacrent dans leurs ouvrages aux origines politiques des Waldstatten, en se faisant presque complètement les copistes d'Etterlin. Il suffît de nous en tenir aux écrivains, qui, plus particulièrement occupés de raconter les destinées de la Suisse, ont repris et développé, à leur manière, le thème de la légende.
Le premier que nous rencontrons, dans l'ordre des dates, est le Zurichois Stumpff, auteur d'une Chronique qui a pour objet spécial l'histoire de la Confédération, et dont la première édition parut to 1548 '®. Cet écrivain, qui montre plus de savoir et plus d'indépendance qu'aucun de ceux qui, avant lui, ont traité ce sujet, réussira-t-il mieux que ses devanciers à faire envisager le témoignage qu'il rend à la tradition, comme un argument de quelque poids en faveur de celle-ci? On en va juger.
S'il suffisait, pour transformer une légende en histoire de lui donner les apparences de la probabilité, de prêter aux actes des personnages qu'elle met en scène des motife plausibles, d'imprimer aux incidents dont elle se com-
pose une physionomie vraisemblable et d'en disposer les éléments dans une succession chronologique rationnelle, Stumpff, qui s'est précisément proposé de traiter ainsi les origines des ligues suisses, aurait, jusqu'à un certain point, réussi dans cette transfiguration. H emprunte à tout le monde et ne copie personne. H ne suit exclusivement aucun de ses prédécesseurs, mais il combine, avec indépendance, les renseignements qu'il tire de chacun d'eux. La liste est longue des auteurs qu'il dit avoir consultés et dont il discute souvent les assertions contraires, avant de présenter la sienne.
La distribution des matières de son ouvrage reposant sur la division topographique de la Suisse, StumpflF revient, chaque fois qu'il s'occupe de l'une des trois vallées d'Un, de Schwyz ou dTJnterwalden, sur leur primitive histoire, et, dans ce qu'il en dit, il n'est pas toujours d'accord avec luimême. Nous en verrons tout à l'heure des exemples. Tandis qu'il reproduit, sur les origines gothiques et suédoises des Waldstâtten, les rêveries dePiintîner et deFriind, qu'avait également copiées Etterlin, StumpflF se rapproche de Jt\gtinger en parlant d'une lutte engagée au milieu du treizième siècle entre les habitants des trois vallées et les baillis impériaux, auxquels, pendant la vacance de l'Empire, était confié, à ce que suppose notre chroniqueur, le gouvernement de ces petite pays.
< A la suite de cette lutte qui dura douze ans, les baillis, dit-il, et la noblesse qui leur prêtait son appui, furent battus et chassés du pays. C'est alors que l'on construisit, comme moyens de défense, une tour à Sattel et une tour à Stanzstad. Le roi Rodolphe de Habsbourg étant monté sur le trône en 1272 (1273) chercha à réconcilier les nobles et
les Waldstâtte^, et il plaça ceux-ci sous la dépendance de la maison d'Autriche. Mais cet état d'assujettissement ne fut pas de longue durée ; des actes authentiques attestent que les trois vallées rentrèrent bientôt, pour n'en plus sortir, sous la mouvance directe de l'Empire et sous le gouvernement de baillis impériaux. L'empereur Albert fut lui-même forcé, malgré le désir qu'il aurait eu d'annexer les Waldstâtten au patrimoine de sa famille, de demeurer fidèle aux devoirs que lui imposait la dignité impériale et de respecter leur indépendance. Celle-ci fut de nouveau menacée pendant l'interrègne qui suivit la mort de l'empereur Henri Vn et après lequel intervint la double élection de Louis de Bavière et de Frédéric d'Autriche. La noblesse voulut saisir cette occasion de se venger des paysans qui jadis l'avaient expulsée, et elle trouva, dans les princes autrichiens et dans le bailli impérial de Schwyz et d'Uri, Gesszler leur client, de zélés auxiliaires.
< Les Waldstâtten, > continue Stumpflf, < se prononcèrent tout naturellement en faveur de Louis de Bavière, et de là surgit, entre eux et les baillis qui tenaient pour l'Autriche, un dissentiment à l'occasion duquel ces derniers tentèrent d'empiéter sur les libertés des trois vallées. Une ligue secrète fut donc conclue entre quelques citoyens, dans une prairie dite au Butle^ et la noblesse en conçut de vives inquiétudes. Aussi, pour savoir à quoi s'en tenir sur cette conspiration, suggéra-t-elle au bailli Gesszler l'idée de faire placer au bout d'une perche érigée sur la place d'Altorf, un chapeau, auquel chacun serait tenu de rendre les mêmes hommages qu'au bailli lui-même. En prenant note de ceux qui s'y refuseraient, on serait mis sur la trace des auteurs du complot. >
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Gessier fait ce qu'on lui demande ; Guillaume Tell contrevient à ses ordres ; interrogé sur la conjuration, il déclare ne rien savoir. Pour en obtenir de plus explicites aveux, Gessier lui offre Faltemative, ou de tout confesser, ou d'avoir à abattre avec son arbalète une pomme placée sur la tête de < son plus jeune fils. > Guillaume Tell préfère ce dernier parti Ici Stumpff reproduit le reste des aventures de Guillaume Tell d'après la version d'Etterlin ; il place seulement le meurtre de Gessier < quelques jours > après l'aventure du lac. Ensuite il indique sommairement, parce qu'il y revient ailleurs, les méfaits et la mort du bailli d'Unterwalden, < né de Landenberg, > et l'entrevue de Gesslèr et de Stauffach. < Ce fut là-dessus, dit-il, que trois hommes, à savoir Guillaume Tell d'Uri, Stoufl'acher de Schwyz, et un d'Unterwalden, s'engagèrent par un serment secret à délivrer le pays de la tyrannie des baillis et à mourir , s'il le fallait, pour sauver les libertés nationales. Leur nombre s'étant accru et le peuple s'étant soulevé, la noblesse fut de nouveau expulsée, quelques-uns de ses membres furent tués, et tous les châteaux furent détruits. Ceja se passa dans l'été de Vannée 1314. >
Stumpff reprenant ailleurs cette même date, à propos de Schwyz, dit : < Alors Gesszler et sa séquelle se livraient à toutes sortes d'excès envers les pauvres gens, dont ils jetaient les uns en prison, tandis qu'ils enlevaient aux autres leurs femmes et leurs enfants pour les déshonorer. > Le chroniqueur cite, à l'appui de son dire, Tell et Stauffach. C'est celui-ci qui, inquiet des paroles équivoques de Gessier, se rend à Uri sur le conseil de sa femme, et s'y engage par serment, avec Guillaume Tell et un d'Unterwalden, à affranchir le pays. Là-dessus, ajoute Stumpff, Gessier fait
saisir Guillaume Tell, qui le tue après lui avoir échappé.
< C'est alors que les Schwyzois ont rasé le château de Rogkenberg et détruit la bonne forteresse de Schwanow, dans le petit lac de Schwyz, qu'on appelle le lac Lowerz. >
Quant à l'Unterwalden : < Dans une vallée qui, du nom de la Melch qui l'arrose, est appelée Melchthal, du temps du roi Louis (1314), un bailli qui résidait au château de Landenherg, voulut, sans motif, enlever à un paysan une paire de bœufs, disant que les paysans devaient eux-mêmes tirer la charrue, les traîneaux et les chariots. > Bientôt après, le même tyranneau voulut contraindre la femme d'un paysan € d'Atzelen, > en l'absence de son mari, à lui préparer un bain et à y entrer avec lui. La femme prépare le bain, envoie secrètement un messager à son mari, qui revient en toute hâte et tue d'un coup de hache le bailli dans la baignoire.
< Ceci doit avoir été une des causes du soulèvement, et ce paysan doit avoir été le troisième 'Confédéré qui s'allia avec Guillaume Tell d'Uri et StoufiFacher de Schwyz. > A Samen il existait un château fort, < où qudques-uns prétendent que résidaient ceux de Landenberg ; > il fut pris par ruse, le jour de Noël 1314, par les paysans, pendant que le seigneur était à l'église ; celui-ci vida immédiatement le pays avec son monde et tout ce qui fut trouvé dans le château fut égorgé *". '
Nous avons donné avec quelque étendue le récit dispersé de StumpflF, parce que l'on peut y voir combien la tradition était chose encore incomplètement admise et mal affermie dans l'opinion, puisque le savant historien ne se trouve d'accord, en la rapportant, ni avec ses prédécesseurs, ni avec lui-même. H donne aux événements de la légende une date toute nouvelle, celle de 1314, qui, pour être plus plan-
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sible que celles de 1296, de 1298 on de 1300, n'est cependant pas plus historique. Elle montre seulement que Hdée d'attribuer à la tyrannie du ror Albert d'Autriche le soulèvement des Waldstatten n'était pas encore établie dans la tradition, car Stumpff dit en termes exprès que ce mouju*que, malgré son désir de mettre les vallées sous la domination de sa maison, < respecta leur indépendance. >
n flotte d'ailleurs entre la version dlJri et celle d'Obwald, sans suivre ni l'une ni l'autre. Tantôt il place Tell à la tête du trio des confédérés, qui se serait formé à la suite du meurtre de Gessler ; tantôt il attribue à Stauffach l'initiative de la confédération, qui aurait précédé, au contraire, les aventures et la vengeance du citoyen dTJri. Il ne sait pas mieux à quoi s'en tenir sur l'alliance. D'abord il la fait sortir de la conjuration secrètement formée par un certain nombre de conspirateurs anonymes < sur la prairie du Riitle ; > ensuite il la rattache expressément à l'accord conclu entre Stauffach, Guillaume Tell et le citoyen d'Unterwalden, < qui doit avoir été le paysan d'Atzelen. > Du nom de celui-ci, il ne sait rien, de même qu'il ignore, en ce qui ccmceme le campagnard du Melchthal, non-seulement son nom, mais encore l'intervention violente de son fils et l'acte de barbarie qui, d'après la légende, en aurait été la conséquence. Le tyran de l'Unterwalden, dont Stumpff disait , la première fois qu'il en parle, qu'il était < né de Landenberg, > est ensuite présenté comme un personnage anonyme qui demeure < au ch&teau de Landenberg,> et, enfin, lorsqu'il a été tué à Alzellen, on voit un autre seigneur, également innommé, occuper le château fort de Samen, < où résidaient, à ce qu'on prétend, ceux de Landenberg. >
Quant à l'épisode de Tell, Stumpfif y introduit des détails tout nouveaux, destinés à le rendre plus vraisemblable. Pour expliquer l'érection de la perche symbolique et la punition que Gessler infUge à l'archer, il a inventé une première conjuration formée au Rutle, < entre diverses personnes, > conjuration ignorée de tous ses devanciers, mais qui donne à ce double incident un tour plus naturel ; il a également voulu conserver la vraisemblance en ne plaçant pas le meurtre du bailli le soir même de la scèned' Altorf. Mais, en altérant à bon escient la version courante, il ne fait qu'en mieux marquer l'incertitude.
Toutes les oscillations, les retouches, les variantes, les corrections auxquelles, pendant la première moitié du seizième siècle, la tradition nationale est ainsi Uvrée, montrent assez que l'on a affaire à une légende d'origine récente, qui, dans ses portions essentielles tend de plus en plus, il est vrai, à s'établir et à se propager, mais qui n'a pas encore poussé les racines profondes et les rejetons vigoureux qu'on n'arrachera plus. Elle est sur le point d'aboutir au terme de sa croissance définitive, mais elle ne se laissera pas enfermer dans une forme immuable avant d'avoir, une fois encore, pris un nouvel aspect et donné, si l'on peut ainsi dire, un dernier signe de son Ubre < devenir. >
Stumpff avait achevé sa Chronique dès 1546. Deux ans plus tard, un autre Zurichois, Gaspard Suter, régent dans le collège de Zug, en rédigeait une qui, formant l'abrégé d'un plus grand ouvrage, ne raconte avec détail précisément que l'histoire de Tell et l'expulsion des baillis*'. Suter fixe à l'an 1298 l'envoi de ces derniers dans les Waldstatten par le duc Albert d'Autriche. C'est en 1313, c'est-à-dire après la mort de ce prince, qu'a lieu l'épisode du Melchthal,
et que commencent à Uri les vexations de < Griessler, ou, comme d'autres écrivent, de Gassier. > Suit le récit de l'entrevue entre ce bailli et Stauffach.
< Â la même époque, ajoute Suter. le pieux Guillaume Tell adressait jour et nuit à Dieu d'ardentes prières pour obtenir la délivrance d'une telle oppression. > H est rencontré sur la place du marché à Âltorf par < Stouffacker qui portait un sac vuide. > Tell lui demande quel est son trafic, et ce qu'il se propose d'acheter. L'autre répond: «J'achèterais volontiers la fidélité, le courage, la discrétion, la vérité et autre semblable marchandise. > Us se communiquent alors leurs patriotiques chagrins, se promettent une mutuelle confiance, et reçoivent Emi de Melchthal dans leur société. Ils conviennent de se réunir secrètement, < dans un lieu désert, sous le Seelisberg, au Griitely, sur le bord du lac, où personne ne pouvait ni les voir ni les entendre, et où ils pouvaient eux-mêmes se rendre avec une égale facilité par le lac, soit de Schwyz, soit dIJri, soit d'Unterwalden. >
Pendant que se rassemblent autour d'eux de nouveaux confédérés, l'épisode scandaleux du Bas-Unterwalden s'accomplit, et < Conrad d'Allzellen, > qui se réfugie à Uri, est admis dans l'alliance par Guillaume Tell. Les réunions du Griitli continuent ; le nombre des confédérés s'accroît ; et Gessler, loin de se relâcher de ses rigueurs, songe à obtenir < de l'Empereur et du duc d'Autriche l'inféodation des Waldstàtten. > Suit alors le récit ordinaire de l'aventure de Tell : emmené, ainsi que son enfant, dans la barque du bailli. Tell s'échappe avec ses armes et son fils, confie celui-^ci, en passant à Morschach, aux soins d'une parente, et vient à Kiissnacht tuer le bailK dans le chemin creux.
La confédération est proclamée ; le soulèvement s'étend, et les nobles qui tiennent pour TAutriche sont chassés avec le concours de Tell.
Les deux branches de la légende peuvent revendiquer ici des traits qui leur appartiennent, et Ton retrouve, dans le r51e de Staufifach comme dans celui de TeU, le double courant de la tradition. En revanche, la date de 1313, les détails sur la rencontre entre les deux premiers confédérés^ la requête de Gessler pour être mis en possession du pays, l'arrestation et l'évasion du fils de Tell en même temps que son père, la cousine de Morschach, l'exacte définition topographique du < Griîtely, > sont autant de traits nouveaux. Ils trahissent l'évolution toujours active de la légende, mais, sauf le dernier, ils n'ont pas été adoptés par celle-ci, et les pages qui les renferment n'ont vu le jour que depuis peu. Est-ce parce que l'on ne connaissait point cet écrit, ou parce qu'il était le seul qui en fit mention, que la tradition subséquente n'a pas recueilli la jolie scène entre Tell et Staufifach ? Pour n'être pas plus véritable que tout le reste, ce détail eût cependant mérité de conserver sa place dans la légende. Schiller, s'il l'avait connu, y aurait trouvé un gracieux motif pour la première rencontre des deux confédérés de Schwyz et dTJri.
Au moment même où Stumpff et Suter reproduisent encore à leur manière, et avec une grande liberté, la tradi-
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tion nationale, en lui attribuant une date et une physiononie qu'elle ne devait pas conserver, Técrivain qui allait en marquer le caractère définitif et en fixer les traits pour IV venir, Egidius Tschudide Glaris, THérodote et le Plutarque suisse, travaillait au grand ouvrage destiné à éclipser et à jeter dans Toubli toutes les histoires antérieures. Il s'y était préparé par de longues études, et il s'en occupa constamment jusqu'à sa mort, survenue en 1572. Toutefois on ne le fit paraître, sous le titre de Chronique hdvétiqm^ qu'en 1734. Mais, bien avant cette dernière époque, presque tous les auteurs qui, depuis Tschudi, ont raconté les destinées de la Confédération, ne l'ont point fait sans s'être inspirés de sa Chronique, et sans l'avoir même presque servilement copiée'*.
Nous voudrions ne parler de Tschudi qu'avec tout le respect dont il est digne à tant d'égards, et avec toute la reconnaissance que méritent les immenses services qu'il a rendus à l'histoire nationale ; mais il est difficile de se défendre d'un sentiment de regret et d'impati^ce, quand on voit l'usage qu'il fait, trop souvent, de toutes ses richesses, et la manière dont il a compris, faut-il dire, ou méconnu, les devoirs de l'historien.
Si (pour reprendre une comparaison plus flatteuse qu'exacte) s'il est Hérodote par l'agrément et le naturel du style, par la simpUcité pittoresque du récit ; s'il est Plutarque, par les sentiments généreux, élevés, moraux et patriotiques qui respirent dans son Uvre, il n'est pas Thucydide pour l'austère amour de la vérité pure. Aussi, n'est-ce pas à caractériser sa Chronique, mais à la condamner, qu'on pourrait appliquer les paroles où l'auteur de la Guerre du Pélojponèse définissait avec tant de justesse les
principes, dès lors si souvent oubliés, qui doivent servir de règle à l'historien véridique et consciencieux. Nous ne résistons pas au plaisir de les reproduire : même de nos jours, elles n'ont rien perdu de leur à-propos.
€ La plupart des hommes, dit Thucydide, tiennent pour la chose la plus aisée la recherche du vrai, et ils sont toujours prêts à accepter la première opinion venue. Mais on fera bien de s'en fier aux preuves que j'ai données, tout insuffisantes qu'elles sont, plutôt que d'ajouter foi à ce qu'ont dit, dans leurs chants, des poètes enclins à l'exagération, ou, dans leurs récits, des écrivains plus disposés à plaire au lecteur qu'à lui dire la vérité. Les choses qu'ils racontent sont d'ailleurs impossibles à constater, et la plupart d'entre elles sont reléguées, par le laps même du temps, dans le domaine des fables, ce qui les rend indignes de toute créance. Je me suis donc efforcé de parler, sur chaque sujet, avec toute l'exactitude possible, et l'absence de fiction rendra peut-être moins agréable la lecture de mon ouvrage. Mais il suffit que son utilité soit admise par ceux qui veulent avoir une sûre connaissance des événements. Il méritera ainsi d'être envisagé comme un trésor durable, plutôt que comme un prix remporté dans l'arène littéraire par la victoire d'un moment " . >
Les contemporains qu'il fallait contenter, et les idées courantes qu'il fallait satisfaire étaient, à l'inverse des préceptes de l'illustre Athénien, les préoccupations dominantes de Tschudi. C'e^t ce qui enlève à son livre, aux yeux de la postérité mieux informée, une bonne partie du crédit que lui auraient valu les grands labeurs, l'abondante et inestimable collection de documents, les qualités éminentes de cœur et d'esprit, qui font l'incontestable mérite
de Touvrage et de son auteur. En voulant plaire au présent, Tschudi s'est compromis devant l'avenir.
Disons toutefois, à sa décharge, que la route qu'il a suivie était celle où marchaient tous les historiens de son temps, et il n'est môme pas sûr qu'elle ne soit pas, encore aujourd'hui, foulée par plus d'un faiseur de récits historiques. L'esprit de scrupule, de rigueur et d'exactitude, qui reste aussi étranger aux suggestions du patriotisme qu'aux intérêts d'une secte ou d'un parti^ qui ne veut rien affirmer sans preuves, ni rien contredire sans raisons, cot esprit, qui est pour l'étude et la composition de l'histoire, ce que la conscience est pour la règle et la conduite de la vie, cet esprit n'exerce pas encore un empire tellement incontesté, que nous ayons le droit de rendre, au nom des principes de la saine critique, un verdict trop sévère contre ceux qui, il y a trois siècles, étaient excusables de ne les pas connaître, tandis que, de nos jours, il est impardonnable de les oublier.
Mais, ces circonstances atténuantes admises, il n'en reste pas moins vrai que Tschudi a cédé, plus qu'il n'aurait dû, à des considérations peu dignes d'un historien sérieux. Les fables qu'excluait sévèrement Thucydide, il les a retenues, embellies, consacrées; les opinions populaires, dont le grand historien grec appréciait l'autorité à sa juste valeur, quand il les récusait en matière historique, ont pesé de tout leur poids sur le patriotisme, plus respectable qu'éclairé, de l'écrivain suisse. Comment en douter, quand il nous le dit lui-même ?
< Les Waldstâtten, écrit-il à l'un de ses amis, m'ont instamment prié de raconter avant tout l'origine de la Confédération, telle qu'ils l'ont fondée. Us ont particulière-
ment insisté pour que je m'étendisse sur leurs premières luttes avec l'Autriche, ce que je n'ai pu leur refuser. Aussi ai-je dû beaucoup modifier mon précédent travail et y insérerbien des histoires que j'ai apprises d'eux. Si Dieu le permet, ce que je dirai servira à avancer l'honneur de la Confédération et de chaque canton en particuUer, et ne leur causera aucun dommage **. >
C'est donc sous l'influence et à l'instigation de ses confédérés de Schwyz, d'Uri et d'Unterwalden, que Tschudi a composera portion de sa Chroniqm relative à la naissance de Ip. Confédération. Or, comme nous n'avons nous-même à tenir compte, dans l'œuvre de l'historien glaronnais, que de ce qui concerne les origines de l'alliance des Waldstâtten, nous ne devons pas oublier que, d'après son propre aveu, c'est en se conformant à la tradition des Petits Cantons, et en modifiant, dans cette intention, la rédaction qu'il avait d'abord adoptée, qu'il a mis la dernière main à son travail. La manière dont Tschudi a compris sa tâche étant ainsi bien constatée, il nous reste à montrer comment il a achevé de donner à la tradition le caractère de netteté, d'enchaînement, de vraisemblance, qu'elle tendait de plus en plus à revêtir, et comment il a réussi, par cela même, à la fixer Nous connaissons le but qu'il se proposait, voyons comment il s'y est pris pour l'atteindre.
Les circonstances, les dates, les personnes, sont les trois éléments de la légende nationale, qui ont reçu de Tschudi im degré de précision auquel ils n'étaient pas encore parvenus. L'assurance même avec laquelle il procède, la confiance sans réserve qu'il accorde à tout ce qu'il dit, l'aplomb avec lequel il parle d'événements purement imaginaires, comme s'il les connaissait de science certaine, ne
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contribuèrent pas peu à concilier à son récit rautorité qu'il suffit souvent de savoir prendre pour la posséder. Il impose tout à la fois et il en impose à son lecteur ; on ne peut croire qu'un homme si bien au fait de tant de minutieux détails, ne soit pas le témoin le plus digne de foi : comme si ce n'étaient pas les détails les plus vraisemblables et les plus naturels qui font l'essence, le charme et la puissance des romans.
On sait d'ailleurs Ique Tschudi s'y est pris à plus d'une fois pour arrêter son choix sur tel ou tel de ces points précis qui semblent le moins de nature à être le produit artificiel de l'imagination. On possède encore la minute de sa rédaction première, et l'on peut y saisir sur le fait les tâtonnements auxquels il se livrait pour arranger le mieux possible, selon la vraisemblance, l'époque et les combinaisons des événements. Il a ainsi laissé un irréfragable témoignage du peu de scrupule qu'il apportait dans la rédaction de son récit, car ce qu'il a sacrifié, comme ce qu'il sij, retenu, trahit le même artifice de composition^'. Dans les deux cas, l'écrivain s'applique à simuler l'histoure sincère en mêlant, à doses inégales, le vrai avec le faux, en attribuant des actions purement fictives à des personnages historiques très réels, en donnant des dates précises à des événements controuvés, et en prêtant des moti& fort plausibles à des actes imaginaires. C'est par cette sorte de fantaisie calculée, si l'on peut ainsi dire, qu'il est arrivé à donner à la légende sa forme incommutable et son dernier fini. A peine Jean de Millier et Schiller ont-ils fait sur sa toile quelques retouches avec leur magistral pinceau.
Une fois que Tschudi s'était volontairement placé sur le terrain de la tradition, et qu'il cherchait, par conséquent.
à lui imprimer un cachet toujours plus marqué de vraisemblance, il n'y a pas lieu de s'étonner que, plus qu'aucun de ses devanciers, il se soit attaché à développer et à préciser
. les détails de la légende. Il n'y a rien d'étonnant, en particuUer, qu'il ait, plus expressément qu'on ne l'avait encore fait, avant lui, attribué au roi Albert qui, le premier, avait porté le titre de duc d'Autriche, l'origine des excès et de la tyrannie que la légende avait mis à la charge de cette maison détestée. Tschudi est l'historien qui a le plus contribué à rendre le souvenir de l'affranchissement des Waldstatten inséparable de la personne du roi Albert, auquel il impute tout un système de tyrannie raffinée et provocatrice, dont ses baillis n'auraient été, dans les trois vallées, que les fidèles instruments. Il n'a pas craint, pour donner plus de relief à son récit, de noircir et de calomnier ce prince,
. et s'il a, de cette manière, grossièrement altéré la vérité, il n'en a pas moins réussi à assurer à la tradition, par ce spécieux mensonge, une plus forte prise sur l'opinion. Voici, en résumé, la thèse de Tschudi *• :
< Issue d'une race du Nord, probablement des Cimbres, la population des Waldstâtten a joui de temps immémorial d'une pleine liberté politique, sous la protection de l'Empire. Des pactes d'alliance, renouvelés tous les dix ans, liaient l'une à l'autre les trois vallées, qui possédaient chacune une Qgale indépendance. Au commencement du treizième siècle, ayant à se plaindre de l'Empire, elles s'en sont momentanément détachées, pour se replacer bientôt sous son aile, lorsque l'empereur Frédéric II, en 1240, leur donna l'assurance d'un perpétuel appui. Près de soixante ans se passèrent, durant lesquels leur indépendance, de temps à autre menacée, ne reçut néanmoins aucune durable atteinte.
< Mais à peine le roi Albert d'Autriche fut-il monté sur le trône, qu'il voulut lés assujettir à sa maison. Les Waldstatten lui envoyèrent, en 1298 et 1299, deux députations successives pour le détourner de ce projet ; mais il refusa de les recevoir et il envoya, de son côté, les barons de Lichtenberg et d'Ocbsenstein dans les vallées, pour engager celles-ci à faire leur soumission. Nouvelle députation au roi, dont on charge, en avril 1301, Wemer d'Attinghausen, sans obtenir un meilleur résultat. Trois ans s'écoulent, au bout desquels Albert, irrité de n'avoir pu vaincre l'obstination des Waldstâtten, leur déclare qu'il va leur envoyer deux baillis impériaux à résidence, tandis qu'auparavant un seul gouverneur commun aux trois vallées ne faisait de loin en loin, au milieu d'elles, que de rares apparitions.
< Le roi Albert met Uri et Schwyz sous le commandement du chevalier Qessler, qtii possédait le château de Kiissnacht^ mais qui prend pour demeure, à Altorf, la tour des intendants. A la tête de FUnterwalden est placé Beringer de Landenberg, noble thurgovien, qui habitera le château de Samen et aura, dans celui de Rotzberg, un lieutenant pour le Bas-Unterwalden ; c'est à un seigneur de Wolfenschiessen qu'est confié cet emploi. Obéissant aux ordres qu'ils avaient reçus du roi, ces fonctionnaires se comportaient d'une manière tellement vexatoire, qu'en 1305, les Waldstâtten supplièrent le monarque de les rappeler. Albert leur fit répondre (tout en refusant de recevoir leurs députés) qu'ils n'avaient qu'à s'en prendre à eux-mêmes de ce dont ils souffraient, et que tout irait bien pour eux, s'ils voulaient, à l'exemple de Luceme et de Glaris, devenir de fidèles sujets de la maison d'Autriche. >
Si Ton ne savait pas, pour Pavoir appris de Thistoire étudiée dans ses véritables sources, comment les choses se sont passées, on se laisserait aisément aller à prêter créance à ce récit, où tout se déroule d^une manière si plausible et si claire. On a rarement mieux su faire prendre la fiction pour la vérité. Mais il suffit de n'avoir point oublié quelle était la condition des Waldstatten avant leur victoire au Morgarten, pour sentir tout ce que la thèse de Tschudi renferme d'arbitraire et de fallacieux. Nous ne prendrons pas la peine de dresser ce tableau de confrontation. Nous ne voulons dire un mot que des trois personnages qui vont ici jouer le rôle principal: Gessler, Landenberg, Wolfenschiessen.
Tschudi a hérité les deux premiers de la tradition antérieure. Mais, comme toujours, il a voulu, qu'on nous passe l'expression, mettre plus que ses devanciers les points sur les i. De là une précision nouvelle dans ce qui concerne la condition et les noms des personnes. Ces noms sont historiques sans doute, et ceux de Gessler et de Landenberg ont été portés par des hommes qui, dans le quatorzième et le quinzième siècle, furent d'actifs serviteurs de l'Autriche. Seulement il est certain que, du temps du roi Albert, aucun Gessler n'avait le rang de chevalier, et que, bien moins encore, un Gessler possédait le ch&teau de Kiîssnacht, demeuré jusque vers 1350 la propriété de là famille qui en tirait son nom. Qu'il existât des Beringer de Landenberg au commencement du quatorzième siècle, cela est incontestable; mais, comme nul de ceux qui ont porté ce double nom n'a jamais été placé par Albert d'Autriche à la tête du bailliage de Samen, Tschudi ne parviendra pas mieux qu'il n'y a réussi pour Gessler, à transformer, au moyen d'une désignation
plus précise, un être imaginaire en an être réel. Quant à Wolfenschiessen, dont la tradition ne s'était pas avisée jusque-là, et dont notre historien lui-même, dans son premier travail, ne s'était pas avisé davantage, il n'a pris sa place dans la Chronique hdvétiqm et dans la légende (c'est l'écrivain lui-même qui nous l'apprend) que sur la demande des gens de llJnterwalden, qui ont fait agréer d'autant plus aisément leur requête à Tschudi, qu'il y trouvait l'occasion de donner à son récit, en citant le nom de l'une des plus anciennes familles du Nidwald, une plus grande apparence d'authenticité *'.
S'il était encore nécessaire de reprendre une à une toutes ses autres assertions, nous montrerions de même que, malgré l'imperturbable assurance avec laquelle il les énonce, il n'en est aucune qui ne repose sur des documents faussement interprétés, ou qui ne repose sur rien du tout. L'origine particulière des populations des Waldstâtten, leur indépendance immémoriale, leurs alliances périodiques, l'antagonisme provoqué par Albert d'Autriche, l'irritation croissante des partis en lutte, les tentatives suppliantes des uns, les violences calculées des autres, les rôles prêtés à tel ou tel personnage, les dates si précises, les événe-
ments si bien enchaînés, tout cela est de l'invention pure ; et ce roman composé avec tant d'art n'a qu'un défaut aux yeux de l'histoire, c'est d'être un roman.
Après avoir ainsi fabriqué un cadre on ne peut mieux préparé pour recevoir la légende nationale, Tschudi prend celle-ci des mains de la tradition, telle que la chronique de Samen et EtterUn l'ont façonnée, telle que ses confédérés des Waldstâtten l'ont prié de la reproduire, et il ne dépend pas de lui qu'elle ne sorte des siennes avec une irrésistible
apparence de vérité. La minutie des détails, la connaissance des lieux, le discernement des motifs, la caractéristique des personnes, rien ne manque de tout ce qui peut faire ressembler la fable à la réalité.
Le roi Albert s'étant refusé à rien entendre, raconte Tschudi, les excès de ses baillis redoublent. Intervertissant l'ordre originel des épisodes qui servent à illustrer cette thèse, c'est par celui du Bas-Unterwalden que commence l'écrivain : < Dans VaiUomne de Vannée 1306, Wolfenschiessen, revenant à cheval d'Engelberg, aperçoit dans une prairie la femme de Conrad de Bowmgarten d'Alzellen et s'enflanmie à la vue de sa grande beauté. > Ici vient la narration de la tentative de séduction et du meurtre qui en est la suite, avec quelques nouveaux coups de pinceau, qui n'ont d'autre importance que de révéler l'intention de donner à tout cet incident un tour plus naturel, et d'exciter plus vivement l'émolion du lecteur. Le peu d'intérêt qu'on portait à la victime protège le meurtrier, et Landenberg, sans trop approfondir l'affaire, place un autre lieutenant au château de Rotzberg. C'était un point que, jusque-là, n'avait pas ' éclairci la tradition, et que Tschudi fixe de sa propre autorité , ou plutôt sur les instances de ses amis du Nidwald, qui lui tiennent lieu de document et de renseignement authentique *®.
Vient ensuite l'anecdote du Haut-Unterwalden : < En 1307 vivait un paysan appelé Henri de Melchthal, qui habitait la vallée de ce nom; Landenberg lui en voulait, parce qu'il était chaud partisan des libertés du pays. > On saisit ici sur le fait le procédé systématique de Tschudi : la date, le nom propre, le motif, tout est imaginaire, et imaginé pour la première fois, afin de mieux faire valoir la crédibi-
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lité de la tradition. Après cela suit le récit de renlèvement des bœufs, de l'intervention du fils, Arnold de Melchthal, et de l'attentat commis contre le père. Quelques détails sont encore ajoutés à la version reçue, toujours dans le but d'attribuer à la conduite de chaque personnage mis en scène des mobiles mieux motivés.
Après Unterwalden paraît Uri, où Gessler bâtit sa forteresse et fait dresser la perche surmontée du chapeau, auquel on doit rendre les mêmes hommages < qu'au roi luimême ou à son représentant. > Le bailli choisit, pour l'érection de ce monument dérisoire, < le jour de la St- Jacques, > c'est-à-dire le 25 juillet de l'an 1307. Comment ne pas ajouter foi à un historien qui possède une connaissance si exacte des événements, qu'il peut dire le jour même où ils se sont passés ? Ce trait seul explique tout à la fois l'implicite confiance qu'un récit aussi véridique en apparence a dû longtemps inspirer, et la défiance incurable qui s'est répandue sur la narration tout entière, depuis qu'on sait à quoi s'en tenir sur la valeur d'un procédé aussi arbitraire et aussi peu sérieux. Tschudi, qui ne pouvait pas connaître le jour de l'érection de la perche d'Altorf, par la bonne raison que cette érection n'a jamais eu lieu, Tschudi a indiqué la St-Jacques comme l'un des principaux jours de fête célébrés à Uri, ce qui donnait à la bravade de Gessler un caractère encore plus provoquant et répondait bien à ses intentions malfaisantes. L'auteur renforçait ainsi sa thèse en même temps qu'il accréditait son récit.
lia rencontre du bailli et de Stauffach, qui vient après, offre, comme les épisodes précédents, cette affectation d'exactitude dans les désignations particulières, qui rentre dans le même système que la fixation des jours, des mois
et des années, lorsqu'il s'agit d'événements sans réalité. < A Steinen, à Schwyz, demeurait un homme respectable, d'une vieille souche noble, Wernher de Stouffach, fils de feu Rodolphe de Stouifach, ancien landammann. > Nous savons bien que Rodolphe Stauffach a été, en 1275 et 1282, l'un des quatre amraanns de Schwvz, et peut-être vers 1305 landammann de Schwyz, tandis que Werner Stauffach a exercé cette dernière fonction en 1313 et 1314: ce sont donc des personnages réels. Seulement, comme le second est le fils du premier — (à moins d'admettre que, dans cette famille, il y avait deux pères ayant le même prénom, ayant chacun rempli la même charge, et ayant deux fils également homonymes, ce qui est peu probable), -— la précision de Tschudi s'est ici prise elle-même au piège ; car un document de 1309 nous montre vivant encore à cette époque, c'est-à-dire deux années après celle où, selon l'historien glaronnais, il était déjà mort, Rodolphe Stauffach, père de Werner *^.
On voit qu'il ne suffit pas uniquement de trouver sous sa main un nom historique, pour donner à un récit une physionomie vraisemblable, il faut encore s'abstenir, en ce cas, de maladresses qui justifient les doutes au lieu de les dissiper. Du reste, de tous les noms de confédérés, introduits peu à peu dans la légende, ceux d'Attinghausen, de Stauffach et de FUrst sont les seuls dont on puisse authentiquement constater l'existence à Schwyz et à Uri. Tous les autres, s'ils ne sont pas purement imaginaires, sont attribués du moins à des individus dont pas un ne se retrouve parmi les personnages du temps. Ce n'est pas un des moindres signes du caractère fictif de la tradition, que de n'avoir pas pu, dès l'origine, désigner nominative-
ment des patriotes, dont jamais leurs concitoyens n'auraient oublié les noms, si le souvenir qui s'attachait à leur personne eût reposé sur un fond réel; car ce sont précisément les noms propres que la mémoire populaire retient le plus volontiers et transmet le plus aisément.
Chez Tschudi l'entrevue entre Gessler et Stauffach est> narrée selon la forme reçue : même insolence dans la bouche de l'un, même inquiétude dans le cœur de l'autre, mêmes bons conseils donnés par l'épouse, même empressement du mari à les suivre en se rendant à Uri, où il s'abouche avec € un sage, considéré et respectable citoyen, nommé Wàlther Furst. > Projet formé d'une réunion des trois vallées pour secouer l'oppression commune, et le trio libérateur complété par l'adjonction d'Arnold de Melchthal, dont le nom devenu célèbre est, on se le rappelle, le résultat d'une plaisante bévue d'Etterlin. Les trois conjurés s'engagent par un serment, dont Tschudi ne craint pas de forger le texte, à recruter, chacun dans sa vallée, des auxiliaires pour reconquérir l'ancienne liberté et pour chasser les baillis, en y risquant leur propre vie s'il le faut. Ce serment sera aussi prêté par tous ceux qui s'associeront aux trois premiers confédérés, et, si de nouvelles conférences sont nécessaires, elles se tiendront < devant le Mytenstein, sous le Seelisberg, au Rutlin. > Là-dessus Arnold de Melchthal s'associe Conrad dé Boumgarten d'Alzellen, pour soulever, de concert avec lui, les deux parties de l'Unterwalden. < Tout cela se passait en atUomne (1307). >
Cependant la conspiration mûrissait : on croyait pouvoh' compter sur le baron Wemer d'Attinghausen, landammann dtFri, et < sur le chevalier de Rudenz, gendre de Stauffach ; > la plupart des autres nobles se montraient
également favorables; le nombre des confédérés allait croissant à chaque réunion au Rutlin, en sorte que, dans celle qui fut tenue < le mercredi avant la St-MaHin > (8 novembre 1307), on résolut de fixer au 1*' janvier suivant l'exécution du complot. Les baillis devaient être simultanément expulsés ce jour-là du pays, < sans qu'il leur fdt fait aucun ma], afin de ne pas trop encourir la colère du roi. >
Mais voici que < le dimanche après la St-Othmar, qui était le 18 novembre > (ici encore Tschudi invente mal, car en 1307 ce dimanche tombait le 19 novembre), le dimanche donc après la St-Othmar, un brave citoyen d'Un, nommé Guillaume Tell, qui était du nombre des conjurés, vint à passer devant la perche au chapeau dressée sur la place d'Altorf, sans lui rendre l'hommage voulu. < Le lendemain, > Gessler le fait comparaître, lui enjoint, malgré ses excuses et ses résistances, d'abattre une pomme posée sur la tête de son fils, < lequel n'avait pas plus de six ans, > et le menace, s'il ne s'y soumet pas, de le mettre à mort < avec son enfant. > Suit le récit ordinaire du succès de Tell, de son arrestation, et de son évasion à l'endroit qui, dès lors, a conservé le nom de plateforme de Tell. L'archer franchit rapidement la montagne, < car il n'était pas encore tombé de neige, > et il va s'embusquer dans le chemin creux de Kubsnacht, où il se tient prêt, < son arbalète tendue, > à tuer le baillL En cet endroit, comme à la Tellenplatte, on a élevé, dit Tschudi qui est le premier à en faire mention, de petites chapelles Qieîlig Hiissli) qui subsistent encore. Après avoir commis son meurtre. Tell repasse à Schw yz, < raconte à- Staufiach ce qu'il vient de faire, > et regagne, < dans un batelet conduit par un des conjurés, > le pays d'Uri où il arrive < niiitamment, car
c'était le moment de Tannée où les nuits sont les plus longaes. >
n est inutile d'insister sur les additions purement imaginaires dont Tschudi a enrichi l'épisode de Tell, et que nous avons signalées (comme celles qui vont suivre) par des guillemets. Nous ne pourrions que répéter ce que nous avons déjà dit à propos des autres parties de la tradition soumises par lui au même procédé d'élaboration. Achevons son récit.
< L'acte imprévu de Guillaume Tell causa un assez vif déplaisir aux confédérés, dont il dérangeait les plans, mais il ne changea cependant rien à leur résolution de ne les mettre à exécution que le \1" janvier suivant. Ce jour-là, le château de Botzberg fut pris par une troupe de jeunes gens, qui se hissèrent le long des murailles au moyen d'une corde lancée par une jeune fille à son amant> A Samen, le bailli lui-même, ne se doutant de rien, laissa entrer dans sa demeure les paysans qui lui apportaient des cadeaux, et il s'en alla de sa personne à l'église. Pendant son absence, des renforts arrivèrent aux conjurés, le château fut pillé et rasé, et il en fut de même de celui de Rotzberg. On ne fit aucun mal, ni au bailli, ni à son lieutenant, ni à leurs satellites, et l'on se contenta de les chasser de la vallée.
Le même jour, < lundi 1*' janvier, > on détruisait à Un les forteresses commencées et à Schvn^z le château de Lowerz. < Le dimanche suivant (7 janvier 1308) les trois Waldstâtten concluaient entre eux, pour dix ans, un pacte semblable à celui qu'avaient juré Walther Ftirst d'Uri, Wemher de Stouffach de Schwyz, et Arnold de Melchthal d'UnterwaldeiL Le roi Albert, informé de tout cela, voulut en tirer vengeance, et, vers le milieu d'avril, il arriva à
Baden, pour entreprendre une expédition militaire contre les vallées. > Sa mort violente fit avorter ce projet, que, plus tard, reprirent ses fils et qpi eut pour conséquence la défaite du duc Léopold à Morgarten.
D faut remarquer que, dans tout ce récit, Tschudi n'a pu citer, à l'appui de ses dires, aucun document, aucun témoignage authentique ; ce qu'il ne manque jamais de faire quand il en a. Cela n'empêche pas qu'il n'ait fixé la tradition, parce que tout ce qui, chez les précédents narrateurs, était encore incohérent et décousu a disparu sous sa plume, pour faire place à un enchaînement bien suivi et fortement motivé. 11 sait même, dans l'exécution de ce dessein, tirer parti de ce qui le gêne, en attribuant à ce qui n'est que la soudure mal réussie de deux légendes originairement distinctes le caractère d'un incident inattendu, qui vient momentanément déranger l'unité du mouvement général. Nous voulons parler de la manière dont il introduit l'épisode de Tell, qui n'est, dans la tradition commune, qu'un horsd'œuvre emprunté par esprit de conciliation ou de largeur à la tradition particulière d'Uri, et que Tschudi explique historiquement en en faisant un coup de tête personnel et inopiné, de sorte que cet incident occupe tout naturellement une place à part dans le développement des faits, de même qu'il a eu une origine spéciale dans le travail de la fiction.
En prêtant ainsi à chaque détail une physionomie naturelle et une raison plausible ; en s'appliquant, avec une précision trompeuse à encadrer les événements dans une chronologie positive ; en employant, pour caractériser la condition, le rôle, le langage des personnes, un habile mélange d'éléments réels et d'éléments imagmaires, Tschudi a donné à la légende ce degré de vraisemblance qui met
Fesprit du lecteur en repos et le fait acquiescer sans soupçon à tout ce qu^on lui raconte. Tout se déroule sous sa plume avec tant d'abondance, de simplicité et de bonhomie, que l'on s'y laisse prendre, et que, plus il invente, mieux on le croit.
Il est au fond le vrai père de la légende nationale, bien que ce ne soit pas sa Chronique^ publiée seulement cent soixante-deux ans après sa mort, qui ait servi à la populariser. Mai», dès 1576, Josias Simler de Zurich, son ami, faisait paraître en latin sa BépuUique des Suisses qui, la même année, fut traduite en français et en allemand, et qui, résumant avec une heureuse concision l'œuvre de Tschudi, a propagé la tradition des Waldstâtten, non-seulement auprès du public suisse, ma^s dans le monde entier. Les nombreuses éditions de cet ouvrage, qui fit tout de suite autorité, et les histoires non moins nombreuses qui l'ont copié, ont servi, jusqu'à ce que la Chrmiiqm helvétique fût imprimée, à mettre la thèse qu'elle soutient à la portée d'un beaucoup plus grand nombre de lecteurs que ce gros livre n'en a probablement jamais eu *®.
Mais cette thèse et la légende qui en fait partie ont dû surtout leur succès à un historien de grand crédit qui, en ajoutant à l'autorité de Tschudi le poids de la sienne, aurait irrévocablement consacré la tradition, si jamais les droits de la vérité pouvaient se prescrire, même en faveur du patriotisme et du talent. Jean de Millier, quelque supérieur qu'il fût à Tschudi, comme critique et comme écrivain, n'en a pas moins cédé, ainsi que son devancier, à un sentiment qui les poussait, sans qu'ils s'en doutassent peut-être, à tenir trop de compte de l'opinion et de l'influence que leurs narrations devaient exercer sur l'esprit national. Pour
eux l'histoire n'était pas une branche de la critique qui, indifférente aux résultats de ses recherches, ne tient qu'à leur exactitude. C'était une branche de l'éloquence et un instrument de persuasion. Chez Jean de Millier, comme chez Tschudi, l'histoire tourne à l'apologie et au panégyrique, et, ce point de vue étant donné, ils ne pouvaient ni l'un ni l'autre, sans s'aliéner leurs lecteurs et manquer leur effet, rejeter dans le monde des fables une tradition qui était devenue l'un des articles de foi du credo national.
On trouve donc, dans VHistoire de la Cofifédératmi suisse, très-différemment racontés quant au style, mais très-fidèlement reproduits quant à la forme, tous les incidents légendaires, tels que Tschudi les avait groupés et décrits. On y trouve même quelques détafle de plus, que la tradition toujours active avait introduits depuis le seizième siècle. Ces détails se rapportent principalement à Guillaume Tell et au Griitli, c'est-à-dire aux deux noms de la légende qui, plus que tous les autres, ont obtenu une célébrité universelle.
Interprète fidèle de la tradition antérieure, Tschudi, de même que la plupart de ceux qui s'en étaient faits les organes, s'était contenté de signaler le Griitli comme le rendez- vous général des conjurés déjà entrés dans l'alliance, mais non comme la scène d'un engagement solonnel qui aurait été le principe de leur confédération. Stumpff avait, au contraire, désigné ce lieu comme le théâtre d'une conspiration anonyme qui aurait précédé le soulèvement de 1314, et il faisait intervenir plus tard Tell, Stauffach et le paysan d'Unterwalden, comme les auteurs d'une nouvelle entreprise d'affranchissement. Dans les gravures en bois intercalées dans le texte de sa chronique, il en est une qui
représente ces trois confédérés levant les mains vers le ciel pour le prendre à témoin de lenr serment François Goillimann de Fribourg, dans son Histoire des Suisses ^^ publiée en latin en 1598, di£Fère tout à la fois de Stumpff et de Tschudi. Avec le premier il fait de < la Biittelismatte > le berceau de la conjuration libératrice qu'il place, contrairement à Tschudi, < au mois de septembre 1307 ; > mais- il n'en connaît qu'une et il l'attribue, avec l'historien glaron-* nais, aux trois premiers confédérés, Furst, Stauffach et Melchthal. Ce sont eux qui, par un solennel accord s'unissent en cet endroit pour y fonder l'alliance. Voilà la première apparition du < serment du GriUli > dans l'histoire nationale. On touchait à la fin du seizième siècle.
Environ quatre-vingts ans plus tard, en 1674, il fut décidé dans une conférence tenue à Brunnen entre les cantons d'Uri, de Schwyz et d'Dnterwalden que l'on < érigerait au Rufli, là où les trois confédérés se sont réunis et se sont liés par un serment, une chapelle où chaque année les trois cantons feraient un pèlerinage, et pour laquelle des contributions ont été déjà recueillies. > Cette décision réservée à la ratification des autorités compétentes ne reçut jamais d'exécution, ce qui prouve que, dans l'opinion, le Griitli n'avait pas acquis l'importance qu'on accordait à Guillaume Tell. On ignore, en revanche, quel fut le résultat, soit de la réunion qui dut avoir lieu le 23 juin 1713, < d'une landsgemeinde des trois cantons au BiiUdin, afin de renouveler leur alliance, > soit de la proposition que Schwyz fit en 1727, de < convoquer de temps en temps les conférences des trois cantons à Brunnen ou au Eiitlin, comme cela a été anciennement la coutume ••.> Mais , tandis que, dans les Recès si nombreux qui forment les procès verbaux des conférences et des diètes
tenues entre les divers cantons, il est souvent fait mention de Brunnen comme de leur lieu de réunion, jamais avant 1713 (du moins à notre connaissance) le Griitli ne s'y trouve indiqué comme le rendez-vous de leurs représentants. La tradition se substituait donc ici encore à la réalité.
Elle allait, bientôt en usurper tout à fait la place, en s'emparant de l'opinion avec plus de force qu'elle n'y avait 'jusque-là réussi, et c'est à Jean de Millier qu'elle doit principalement ce succès. C'est lui, en effet, qui a donné au Serment du Grutli le caractère et la physionomie qui en ont fait la célébrité; c'est lui qui a définitivement fait prendre à Walther Furst, parmi les < trois premiers confédérés, > la place que Guillaume Tell lui disputait dans la tradition, et que probablement il lui dispute encore sur le sol même d'Uri.
Adoptant et transfigurant le récit traditionnel, Jean de Millier a su, par l'habile emploi de son style énergique et fier, imprimer à un épisode imaginaire la saisissante apparence d'un fidèle tableau. Il nous montre < dans la nuit du mercredi avant la S*-Martîn, au mois de novembre (c'est la date inventée parTschudi), Ftirst, Melchthal et Stauffacher, amenant au Griitli chacun dix hommes de bien de sa vallée. Lorsque ces trente-trois hommes courageux, pleins du sentiment de leur liberté héréditaire et de leur étemelle alliance, unis de l'amitié la plus intime par les périls du temps, se trouvèrent ensemble, ils n'eurent peur ni du roi Albert,
ni de la puissance des Habsbourg Dans la pensée que
de leur succès dépendait la destinée de toute leur postérité, chacun d'eux regardait son ami avec un visage confiant et lui serrait cordialement la main. Alors Walther Furst, Werner Stauffacher et Arnold an der Halden du Melchthal, le-
vant leurs mains vers le ciel, jurèrent au nom du Dieu qui a créé les empereurs et les paysans de la même race et avec tous les droits inaliénables de l'humanité, de défendre ensemble la liberté en hommes. Les trente entendant cela ^ levèrent aussi les mains, et prêtèrent au nom de Dieu et des Saints, le même serment*'. >
Dès lors, l'esprit révolutionnaire et l'esprit patriotique se sont plu à assigner au Griitli dans la tradition nationale une importance toujours plus grande. En 1798, les fondateurs de la < République lémanique > mettent dans le nombre des décrets qui devront être rendus au nom de cette république éphémère: cXV^'décret.Trois fêtes à solenniser : 1° L'anniversaire du jeudi avant laSt-Martin 1307, époque à laquelle FUrst, Staufifacher et Melchthal, réunis à leurs trente camarades, prononcèrent sur le Grufli le serment àe se prêter un mutuel secours pour la défense de la liberté ; 2** l'anniversaire du 14 juillet 1789... '*.>
1789 et 1307 , la prise de la Bastille et le serment du Griitli ! Etrange rapprochement qui caractérise suffisamment l'esprit de l'époque. Mais, quoique le décret^ où il devait trouver place, n'ait pas vu le jour plus que la création mort-née qui lui aurait donné force de loi, ce décret projeté n'en est pas moins un symptôme du rôle qu'allaient jouer, durant la période de transformation politique que traversait alors la Suisse, les souvenirs légendaires de l'afiEranchissement primitif des petits cantons. La République helvétique, de triste mémoire, après avoir d'abord donné la préférence aux < Trois Suisses, > n'avait-elle pas décrété que < le symbole de son sceau devait être Guillaume-Tell auquel son enfant présente la pomme percée de la flèche, > et ne voit-on pas sur tous ses actes officiels
reparaître cet emblème d'une indépendance qu'avaient détruite ceux-là même qui lui empruntaient son plus fameux représentant " ?
Ce fut sous l'influence de sentiments bien différents que se produisit, il y a quelques années, un mouvement national infiniment respectable dans son principe, et qui a eu pour conséquence l'acquisition, au nom de la Confédération tout entière, de cette petite prairie du Griitli sur laquelle l'opinion populaire persiste encore aujourd'hui, malgré tous les démentis de l'histoire, à placer, avec Guillimann et Jean de Muller, le berceau de la liberté suisse *•.
Il faut convenir qu'on a rarement choisi, pour y placer une scène imaginaire, un lieu mieux fait pour en être le théâtre, si elle s'y était réellement passée. Aux idées de mâle vertu, de farouche indépendance, de sentiments énergiques et tenaces qu'éveille le souvenir des premiers confédérés, répondent ces hautes cimes, ces neiges étemelles, ces grands rochers, qui entourent et dominent de leur imposante masse l'étroite esplanade où se rencontrent les limites des trois vallées, et ce lac aux rives abruptes et aux eaux profondes qui en défend tout la fois et en permet l'abord. La nature conspire ici avec l'imagination pour décon-
certer la vérité.
Jean de MUUer a été moins heureux dans l'épisode de Guillaume Tell. Il reproduit de confiance les ornements nouveaux et purement arbitraires dont la tradition l'avait embelh. Il place à Biirglen le heu de naissance de l'archer d'Uri, il lui donne Walther FUrst pour beau-père, il le dote de deux fils, Guillaume et Walter, et il fait durer sa descendance mâle jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Il reproduit également des détails imaginaires, quand il attri-
bue à Gessler le prénom de < Hermann, > au jeune homme du Melchthal le nom de < an der Halden, > et qu^il appelle la femme de Staufifach < Madame Marguerite Herlobig'^> Dans le récit des aventures de Tell, il commet pour son compte d'étranges bévues. C'est ainsi que, faisant arriver Gessler à Kiissnacht par le lac, il place entre le rivage et le château le chemin creux où le bailU fut tué, tandis que, d'après la tradition et la configuration du pays, ce n'est qu'au delà du village du côté de Schwyz qu'on peut trouver cette route encaissée. De même il raconte que, lorsque la barque où se trouvait Guillaume Tell < fut parvenue un peu au ddà du GriKli, le fôhn s'élança des gorges du S*-Gothard avec sa violence ordinaire ; le lac étroit soulevait ses ondes furieuses et s'entr'ouvrait ; l'abîme grondait ; l'écho des montagnes répétait sa voix effrayante. On rama dans l'angoisse, en longeant les effroyables rochers du rivage, jusqu'à l'Axenberg, sur la droite quand on sort d' Uri. > Cet émouvant tableau n'a d'autre tort que de supposer une disposition des lieux exactement contraire à la réalité. Quand le fohn balaye le lac, une barque qui a dépassé le Griitli ne remonte pas contre le vent vers la Tellenplatte, elle se laisse aisément diriger sur Brunnen. Malgré tout le respect qui est dû à l'illustre historien, on ne peut s'empêcher de sourire de descriptions qui sont aussi peu conformes à la topographie vraie, que les formules de philosophie politique dont il a fait le texte du serment du Griitli, sont peu semblables aux stipulations des pactes d'alliance de 1291 et de 1315.
En voyant avec quelle facilité la rhétorique vient se gUsser sous la plume de Jean de Miiller, on se sent moins disposé à attacher beaucoup d'importance au témoignage
qu'il accorde à la tradition. Et même, en y regardant de près, on serait tenté de croire qu'il n'y croyait peut-être pas aussi fermement qu'il en a l'air. Mais elle se prêtait trop bien à l'espèce d'exaltation patriotique sous l'influence de laquelle il écrivait son histoire, pour qu'il Tait soumise à un examen sévère,, quoiqu'il ait fait preuve, en d'autres occasions, d'une critique devant laquelle cette tradition n'aurait pas tenu. On faisait alors de la légende nationale en général, et de l'existence de Guillaume Tell en particulier, une arche sainte sur laquelle on ne pouvait impunément porter la main. Bien loin de se rendre coupable d'un tel sacrilège, qui aurait irrévocablement compromis son caractère d^historien national, Jean de Millier se déclara, au contraire, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, le défenseur prononcé de la tradition. Mais on ne défend que ce qui est attaqué, et ceci nous amène, pour terminer notre étude sur la légende, à dire quelques mots des attaques, en effet, auxquelles celle-ci avait commencé à se trouver en butte.
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LA TRADITION CONTESTEE
Jusqu'à l'époque où Jean de Millier vint sanctionner de nouveau par son crédit la tradition nationale, elle n'avait été mise en doute que sur un point. La personne et les aventures de Guillaume Tell avaient seules rencontré des incrédules. Pendant longtemps ce scepticisme ne produisit pas d'éclat, soit qu'on prît soin de le dissimuler, soit qu'on ne le laissât percer que dans des ouvrages où il ne risquait pas
de heurter TopinioD. Ce qui est étrange, c'est qu'on en rencontre pour la première fois l'expression sous la plume d'un écrivain qui venait de reproduire lui-même, comme autant de faits avérés, tousjles détails de l'histoire traditionnelle. En 1598 Guillimann, dans son Histoire sui^e^ raconte, sans témoigner le moindre soupçon, l'épisode de Guillaume Tell; en 1607 le même auteur écrit à Goldast, l'un de ses amis :
i Quant à ce que vous me demandez au sujet de Tell, quoique dans mon livre sur. l'ancienne histoire de la Suisse je me sois conformé, en ce qui le concerne, à la tradition vulgaire, je dois dire, après y avoir mûrement réfléchi, que je tiens le tout pour une pure fable, d'autant plus que je -n'ai pas encore pu découvrir un écrivain ou une chronique, anciens de plus d'un siècle, qui en fassent mention. Tout cela semble avoir été inventé pour (Jonner plus d'aliment à la haine, et cette fable doit provenir de l'expression reçue qui, pour faire l'éloge d'un archer, dit de lui qu'il peut abattre une ponune de dessus la tête de son enfant, sans lui faire de mal Les gens d'Uri ne sont pas d'accord entre eux sur l'endroit où résidait Tell ; ils ne peuvent donner aucun renseignement ni sur sa famille^ ni sur ses descendants, quoique plusieurs autres familles qui remontent à la même époque subsistent encora J'aurais bien d'autres raisons à alléguer. Mais à quoi bon vous retenir plus longtemps sur ce sujet '* ? >
Guillimann ne s'était pas même contenté, ainsi qu'il le dit, de suivre la tradition vulgaire, il l'avait accrue de son chef, en indiquant Biirglen comme le lieu de naissance de Guillaume Tell, bien que, suivant lui, l'opinion locale ne se fût pas encore mise d'accord sur ce point. Mais, tandis que
son adhésion à la croyance générale était publique, son , scepticisme demeura caché dans le secret d'une correi^Mmdance, et ce ne fat qu'en 1688, lorsque les lettres adressées à Goldast furent imprimées, que Tincrédulité de Guillimann reçut quelque publicité. Reproduits dans une des notes dont Rod. Iselin avait accompagné la Chronique de Tschudi, quand il la fit paraître en 1734, les arguments de Guillimann y étaient en même temps combattus, et ils ne paraissent pas avoir ému personne. Il en fut de même des objections que deux savants bàlois, Christian et Isaac Iselin avaient, dans la première moitié du dix-huitième siècle, dirigées contre la tradition courante; elles étaient aussi renfermées dans des ouvrages où le public ne les alla point chercher *•. Une phrase de Voltaire qui disait: < L'histoire de la pomme est bien suspecte et tout ce qui l'accompagne ne l'est pas moins, > siurait dû avoir plus de retentissement^®. Mais il est peu probable qu'elle eût pénétré jusque dans les lieux où l'on devait bientôt traiter comme un crime public la tentative d'effacer des annales helvétiques l'histoire de Guillaume Tell.
Le moment, en effet, allait venir où la négation se montrant au grand jour, ouverte et provocante, la réprobation pubhque ferait explosion. Conduite de longue main, l'attar que, avant d'éclater, avait laissé à la défense le temps de préparer ses armes. Vers l'année 1752, Emmanuel de Haller, le savant bibUographe de l'histoire suisse, avait fait part à son ami, Uriel Freudenberger, pasteur de Gléresse au canton de Berne, des doutes qu'il avait conçus sur l'authenticité des incidents groupés autour du nom de Guillaume Tell, et il l'avait engagé à examiner lui-même de plus près cette question. Freudenberger, s'étant mis à l'œuvre, consigna
dans un opuscule écrit en allemand et intitulé : La fable de Guillaume TeU,\e résultat de son étude. Ce travail demeuré inédit porte la date du mois de septembre 1752 •*.
Communiqué par Haller au baron de Zurlauben et à M. Félix de Baîthazar, très-versés tous les deux dans la connaissance de l'histoire nationale, le mémoire de Freudenberger arriva par leur intermédiaire entre les mains de Jean ImhoflF, vicaire de Schaddorf au canton d'Uri, qui devait rechercher s'il n'existait point de documents propres à mettre à néant les objections élevées par le pasteur de Gléresse. Au bout d'un temps assez long, Imhoflf fit parvenir, le 30 mai 1759, à ses correspondants le dossier des pièces qu'on lui avait demandées. Jamais avocat n'a recueilli, pour plaider la cause qu'il a prise en mains, de plus chétifs moyens de défense. Les pièces transmises par Imhoff étaient, en effet, ou parfaitement insignifiantes ou manifestement apocryphes. Il .faut bien en parler toutefois, puisque ce sont, avec deux autres documents que nous mentionnerons plus loin, les seules autorités que les défenseurs de la tradition aient jamais invoquées en sa faveur ®*.
C'est d'abord un récit sur Guillaume Tell, tiré d'un prétendu manuscrit fort ancien, mais qui n'est que la copie de la narration d'Etterlin avec quelques modifications puisées dans Tschudi. Ce sont ensuite des < extraits de documents de 1385, 1408, 1414, 1553, > qu'on ne donne pas, mais desquels il résulte qu'il y < avait à Altorf une place où se tenaient les assises et la landsgemeinde. > C'est encore l'extrait d'une pièce du 29 septembre 1568, dans laquelle il est dit que, sur cette place d'Altprf, il y < avait un tilleul près duquel Grissler avait suspendu le chapeau, et qui fut abattu en 1567 pour être remplacé par une fontame. < On peut
également placer dans la catégorie des documents sans valeur, — d'abord, une attestation postérieure à 1644, dans laquelle un médecin de Kiissnacht déclare que < la chapelle du chemin creux a été bâtie quelque temps après celle de la Tellenplatte ; > — puis, un témoignage, qui paraît daté de 1460, et d'après lequelJean de Brunnen prétend < avoir trouvé dans un ancien écrit que la chapelle érigée à l'endroit du saut de Tell sur le lac d'Uri a été construite en vertu d'un décret rendu dans une landsgemeinde, tenue en 1388, où se trouvaient plus de cent quatorze personnes qui avaient connu le Tell ; > décret qui n'a laissé d'autre trace de son existence que cette vague affirmation; — enfin, la décision prise en 1582 par les autorités ecclésiastiques d'Uri de faire célébrer à Altorf, quand le temps ne permettrait pas d'aborder à cette chapelle, le service religieux en mémoire de Guillaume Tell qui s'y faisait tous les ans.
Comme si de l'existence d'une place, d'un arbre, d'une chapelle, voire même d'un office religieux, on avait le droit de conclure à la réalité des incidents que la tradition s'est plu à y rattacher ! Comme si des témoignages de troisième main, qui par leur contenu même éveillent les plus légiti-
mes soupçons, pouvaient tenir Ueu du document dont ils ont la prétention d'attester l'existence ! Comme si la présence d'une chapelle élevée dès 1388 sur la plate-forme de Tell, eût été jusqu'à Tschudi, qui en parle pour la première fois, passée sous silence par tous les chroniqueurs, tandis que tous ils ont pris soin d'attribuer à l'évasion du prisonnier de Gessler le nom donné à cette localité !
Faut-il attacher plus d'importance à un acte, authentique assure-t-on, quoique l'original ne se trouve plus dans les papiers de la cure de Biirglen, et duquel il résulte qu'en
1582 une chapelle fut construite dans cette paroisse, < en l'honneur de Guillaume Tell, le premier confédéré, qui avait sa maison à Tendroit où est érigée la chapelle et qui y a vécu avec sa femme et ses enfants. > Et cependant, s'il faut en croire Guillimann, les gens d'Un n'étaient pas encore à cette époque d'accord entre eux sur le lieu d'origine de leur héros, que sans doute se disputaient les diverses paroisses de la vallée. Quant à cette chapelle et à toutes les autres qu'on élevait à sa mémoire, leur érection prouve simplement que, depuis le milieu du seizième siècle, la légende avait obtenu dans les Waldstâtten une créance assez universelle pour que la religion même se prêtât à la consacrer. Mais la foi qu'inspire une tradition et les monuments qui l'attestent, ont-ils jamais pu servir à en établir l'authenticité? Il faudrait alors prêter créance à toute la mythologie. Après les témoignages qui ne prouvent rien, viennent dans le dossier d'Imhoff ceux qui prouveraient quelque chose, s'ils étaient vrais. Ce sont des extraits tirés des registres paroissiaux du canton d'Uri, mais qu'on a falsifiés pour leur faire dire ce quïls ne disaient pas. Dans le nécrologe de la paroisse de Schaddorf, on lirait : < Guillaume Tetly Walter, son plus jeune fils; — Walter de Tetlo, Cuni son fils ; > et, dans le nécrologe de la paroisse d'Attinghausen : < En 1675 est décédée Anne-Marguerite Tell et Anne- Marie TeU. — En 1684 est décédé Jean-Martin TéU, le dernier de sa lignée (tdtimus stemmatis). » Examiné de plus près, le nécrologe de Schaddorf, qui existe encore, n'a laissé découvrir nulle part le nom de Guillaume Tell, et, quant à celui de < Walter de Tello, > il ne doit son origine qu'à l'altération des mots : < Walter de TruUo. > Les registres d'Attinghausen mentionnent en 1661 le mariage de < Jean-
Martin NâU, > et ils indiquent la naissance de ses filles qui portent le même nom de famille que lui, tandis que dans les tables mortuaires de la paroisse, ce nom a été changé pour^ les mêmes personnes en celui de < ToR, > sans qu'on y retrouve, en ce qui concerne le père, les mots qui, d'après Imhoff, l'auraient signalé comme < le dernier de sa lignée *'. >
La fraude est ici patente, mais elle ne s'est pas arrêtée là; deux nouveaux documents fabriqués cette fois d'un bout à l'autre, et dont nous parlerons tout à l'heure, sont venus se joindre à ceux qu'Imhoflf avait introduits dans le débat. Mais, c'est seulement des pièces produites par le vicaire d'Uri, que Freudenberger avait connaissance lorsqu'il se décida à porter la question devant le public, et ce fut la faiblesse des preuves fournies par le défenseur de Tell qui le détermina à faire paraître son pamphlet. Il le publia, en français, au mois de février 1760, sous le titre de: Guillaume Tdl, fable danoise.
Le scandale fut aussi grand que l'auteur semble l'avoir désiré. Ecrite avec plus de malice que de talent, cette brochure de trente pages blessa au vif le sentiment patriotique des confédérés. L'authenticité de la tradition et l'existence même de Tell ne pouvaient pas être niées d'une manière plus incisive, et une ironie souvent déplacée aggravait les torts de l'écrivain auprès de l'opinion. Immédiatement le gouvernement d'Uri fit livrer aux flammes l'irrévérencieux opuscule, et il demanda aux divers cantons suisses de le flétrir par une réprobation solennelle. Sévérité mal entendue, car on ne réfute ni les bonnes, ni les mauvaises raisons, avec un bûcher ou des arrêts.
Cependant le public fut presque unanime pour applaudir
à cette condamnation, et Top vit même Tinspirateur de Freudenberger, Emmanuel de Haller, après qu'il eut été témoin de Téclat causé par son ami, se déclarer le défenseur officiel de la tradition. Est-ce un sentiment de résipiscence qui, plus tard, lui faisait écrire à propos du châtiment infligé au pamphlet de Freudenberger: < Une relation contemporaine de Tépoque à laquelle Guillaume Tell a vécu, ou un document authentique eût sans doute mieux démontré Texistence de sa personne, que n'a pu le faire la sentence prononcée du haut d'un tribunal •*? > Et pourtant (sans nous arrêter au recueil d'Imhoff que Haller condamne implicitement par ces paroles), le document contemporain qu'il réclame avait paru et le document authentique qu'il sollicite devait paraître plus tard. Mais il tenait sans doute, et avec raison, le premier pour apocryphe ; il ne vécut pas assez pour en penser autant du second. Revenons à la querelle.
En même temps que sévissait le gouvernement dlJri, M. de Balthazar, mieux inspiré, acceptait la discussion avec l'auteur du pamphlet, et il cherchait à réfuter les arguments de Freudenberger en publiant la Défense de Guillaume Tdl. C'est dans cet écrit que se trouve citée une chronique censée fort ancienne et qui aurait renfermé sur l'archer dlJri le témoignage le plus explicite qu'on eût encore découvert. Voici comment s'exprime Balthazar : < Feu M. le landamman Puntener a fouillé avec soin dans différentes archives pour trouver des preuves de l'existence de TeU, et il trouva entre autres dans une ancienne chronique de Klingenberg les mots qui suivent (vient un texte latin que nous traduisons mot à mot) : < Wilhelm Tell, défenseur de la liberté d'Uri, avec son fils Guillaume et Gualter le plus
jeune, a vécu en Tannée 1307 ; sa lignée (stemma) n'est pas encore éteinte ; il a été après le repos de la guerre intendant à Burgla pour l'église de Zurich et gendre illustre de Walter Furst d'Attingkusa son chef de file (antesignani) ; l'un et l'autre ont pris part à la guerre du Morgarten en 1315 «>
Il a été démontré, d^une part, que la chronique de laquelle aurait été tiré ce passage est un pur fantôme littéraire qui n'a jamais existé, et, de l'autre, que le passage lui-même n'est qu'une fabrication des plus maladroites, qui renferme presque autant de bévues historiques et d'invraisemblances que de lignes ^^. Cela n'a pas empêché qu'on ne l'ait envisagé pendant longtemps comme une démonstration sans réplique de l'existence de Guillaume Tell. Mais une fois la fourberie démasquée, elle devient contre la cause qu'elle devait servir un argument d'autant plus fort. Le succès momentané du faux Klingenberg fit entrer bientôt dans l'arsenal de la défense une autre arme de la même fabrique, eX le < document authentique, > que demandait Haller, vint se joindre au < témoignage contemporain > de la vieille chronique du landamman PUntener.
C'est un décret qui aurait été rendu par une landsgemeinde réunie à Altorf, le dimanche 7 mai 1387, et qui est relatif à une contribution publique pour un pèlerinage entre Biirglen et Steinen, en l'honneur d'une sainte image également vénérée en ces deux endroits. Ce pèlerinage, dont la coutume existait réellement, aurait été, d'après le décret, ' établi par les gens d'Uri et par ceux de Schwyz, < à propos de leurs circonstances si difficiles en l'année du Seigneur 1307. > Le même acte ordonne de plus qu'une prédication se fera désormais à BUrglen, < à l'endroit où se trouve la
maison de notre cher concitoyen, le premier restaurateur de la liberté, Guillaume Tell. > Ce décret est promulgué par le landammann Conrad d'Unteroyen®'.
Comment une pièce qui devait reposer depuis quatre siècles dans les archives d'Uri, avait-elle échappé, jusqu'à ce que Schmid l'eût publiée en 1788 dans son Histoire d'Uri ^ à la connaissance de tous ceux qui étaient intéressés à recueillir les moindres preuves de l'existence de Tell? Comment, en particulier, Tschudi, qui comptait dans ce canton des parents et de nombreux amis et qui avait eu un libre accès dans les dépôts des documents officiels, en a-t-il ignoré l'existence? Car tout ce qu'il a recueilli en ce genre, il Ta pubhé, et cette pièce aurait été pour lui une inestimable trouvaille. Comment, si l'on savait en 1387, que Tell avait résidé à Biirglen, n'était-on pas encore d'accord à Uri, deux cent vingt ans plus tard, sur le Heu de sa demeure ? Comment exphquer, si la prédication de Btirglen date de 1387, que la chapelle où elle devait se faire n'eût été construite pour la premiers fois, comme nous l'avons vu plus haut, qu'en 1582 ? Mais pourquoi discuter sérieusement la crédibiUté d'un document dont le texte fourmille d'invraisemblances, dont la date est fausse et le promulgateur imaginaire? En 1387, le sept mai ne tombait pas sur un dimanche, mais sur un mardi ; ni cette année-là, ni aucune autre, on ne voit figurer un Unteroyen quelconque, ni parmi les landammanns, ni parmi les citoyens d'Uri, et l'on sait en particulier qu'en 1387 et en 1388 cette charge était remplie par Walter d'Erstfeld**.
Le décret de la landsgemeinde de 1387 rentre donc, comme le faux Klingenberg, dans la catégorie de ces écrits fabriqués pour le besoin de la cause, auxquels on donne,
quand on regarde celle-ci comme sacrée, le nom de fraudes pieuses. Les supercheries de ce genre ont rarement porté bonheur à la thèse qu'elles devaient servir. Pour tout esprit éclairé, lliistoire de Guillaume Tell défendue par de tels moyens aurait dû irrévocablement prendre place parmi les chimères. Il n'en fut rien, et elle demeura pendant un demisiècle si solidement afiermie dans Topinion, que non-seulement Jean de Millier déclare solennellement < qu'il est hors de doute que ce héros a vécu en 1307, et que, dans les lieux où on remercie Dieu pour le succès de ses actions, il a exécuté contre les oppresseurs des Waldstàtten des entreprises utiles à sa patrie et mérité de cette manière la reconnaissance de la postérité; > mais encore, qu'en 1837 le savant traducteur de Y Histoire de la Confédération suisse, accordant aux paroles de Miille): sa propre adhésion, ajoute : < Ce que M. Kopp a jeté en passant dans ses Documents n'affaiblira sûrement la croyance de personne à l'authenticité de l'histoire de Tell «». >
C'était exactement le contraire qui devait arriver. M. Kopp a porté < à l'authenticité de l'histoire de Tell > des coiq>s dont elle ne s'est pas relevée et qui ont entraîné peu à peu dans une commune ruine tout l'édifice successivement construit par la tradition. Cet auteur, dont les travaux sur l'histoire suisse pendant le treizième siècle et une partie du suivant ont renouvelé la connaissance de cette période des annales helvétiques, doit être considéré comme le chef de l'école qui, sur ses traces, a inauguré parmi nous la renaissance des études historiques. Il est regrettable qu'à la sûreté de sa méthode et à son érudition aussi solide qu'étendue, M. Kopp n'ait pas uni les talents de l'écrivain et l'art de la composition. Les cinq volumes de sa grande Histoire
(les (Micmces fédérales, bien qu'elle soit restée inachevée, lui auraient assuré une place parmi les historiens du premier ordre. On trouve tout dans son vaste chantier, tout, sauf le monument que les matériaux rassemblés devaient servir à construire. Si ses vues personnelles sont empreintes de quelque partialité et de trop d'humeur contre les travestissements qu'avait subis l'histoire nationale; si parfois il prend trop le contre-pied de ce qui avait été admis avant lui, il n'en a pas moins eu le bonheur, après avoir fait crouler l'édifice que Tschudi et Jean de Miiller couvraient de leur égide, d'avoir pu donner de quoi en reconstruire un autre, moins pittoresque sans doute, mais plus solidement fondé.
Par une conséquence nécessaire, en refaisant l'histoire, du même coup il a fait la légende ; celle-ci n'est, en effet, qu'un occupant délogé dont la vérité vient prendre la place. Les traditions fabuleuses ont toutes, une fois, passé pour de l'histoire; ce n'est que lorsque celle-ci entre en possession de son domaine, qu'elles sont reléguées dans le leur. Voilà l'œuvre à laquelle, pour sa grande part, M. Eopp a attaché son nom dans la révision des origines de la Confédération suisse, n n'est pas sans intérêt de remarquer que c'est de Luceme, cette capitale intellectuelle et reUgieuse des Waldst'àtten, qu'est sortie la transformation de leurs vieilles croyances nationales, et que l'homme qui en a été le promoteur a fini par recevoir de ses concitoyens une récompense publique "*. Devant la lumière qu'a répandue le savant lucernois, et que, dans d'autres points de la Suisse, ont propagée ses élèves et ses émules, le mirage de la tradition s'est peu à peu dissipé. Des notions de plus en plus justes ont pris la place des solutions de fantaisie par lesquelles on
s'était plu, pendant si longtemps, à expliquer le passé des cantons primitifs et la naissance de la Confédération.
Nous avons donc pensé qu'il serait opportun de réunir en un seul corps tous ces membres de la vérité historique dispersés çà et là sur le terrain de l'érudition. C'est le motif qui nous a fait écrire le volume que l'on vient de lire, et dans lequel nous nous sommes efforcé de présenter à tous les lecteurs instruits, sous une forme à la fois plus développée et plus accessible que cela n'avait eu lieu jusqu'à présent, les résultats auxquels des investigations multiples et prolongées ont conduit nos devanciers. Nous avons cherché à y ajouter quelques éléments supplémentaires et quelques arguments nouveaux. Si notre ouvrage ne suffisait pas pour donner l'idée et pour justifier les conséquences du travail de révision et de critique auquel ont été soumises les origines de la Confédération suisse, il faudrait en imputer la faute à nous seul, et ne pas faire rejaillir sur une cause excellente l'échec de son moindre défenseur.
Ce ne serait pas un échec toutefois que de ne point emporter d'emblée l'assentiment de la grande majorité du public. A ses yeux, les faits et les personnages consacrés par l'histoire traditionnelle demeureront longtemps encore des personnages et des faits réels. Sur combien d'auxiliaires, et des plus puissants, ne compte pas l'erreur que nous avons voulu déraciner? La foi, l'imagination, le patriotisme, la passion, la coutume, se rangent en bataille pour protéger des préjugés historiques que leur caractère même élève presque à la hauteur d'une croyance dogmatique. La poésie, la musique, la peinture, tous les arts, semblent encore ajouter par leur prestige à la réaUté de la tradition ; le théâtre la rend vivante, et la nature elle-même lui prête la
magie de ses plus pittoresques paysages. Le groupe des trois Suisses qu'on voit se former sur la scène ou se détacher sur le fond d'un tableau ; les images infinies qui, dans les villes et les chaumières des deux mondes, représentent les aventures de Guillaume Tell ; les souvenirs qui, sur le sol des Waldstâtten, viennent assaillir les voyageurs toujours plus nombreux qui parcourent ces vallées, leur Guide à la main ; tout cela passe pour de l'histoire certaine et authentique. La Suisse a fait du Griitli le patrimoine de tous ses citoyens, et l'on aura de la peine à persuader aux pèlerins patriotes, ou même aux visiteurs indifiérents, qui viennent y saluer le berceau de la Confédération, que jamais, en ce lieu si propice §iu mystère d'une conjuration, ne fut prêté le courageux serment qui fait sa célébrité.
Mais, comme si ce n'était pas assez de l'attrait et de la persuasion des yeux, la tradition trouve encore, pour défendre son caractère historique, im auxiliaire non moms efficace dans ce qu'on peut appeler la complicité de l'opinion. Ici se réunissent en faveur de son authenticité, les adhérents les plus divers. D'un côté protestent les esprits amoureux du passé, et du passé tel que la coutume le leur a fait ; ils ont horreur de tout ce qui dérange et remet en question ce qu'ils n'ont eux-mêmes jamais mis en doute ; ils craignent la contagion des méthodes critiques qui, renversant ici des opinions séculaires, en menacent ailleurs de plus vénérables peut-être. Guillaume Tell, Gessler, les Suisses du Griitli, sont au nombre de ces bornes qu'ils ne veulent pas qu'on remue. D'autre part, les esprits novateurs et amoureux de révolte ne veulent pas davantage qu'on expulse de l'histoire les représentants traditionnels des soulèvements populaires et de la lutte entre la Uberté et la tyrannie. Que
de brillantes prosopopées, que d'éloquentes allusions, dont il faudrait alors faire le sacrifice !
On a donc contre soi, quand on conteste la vérité de la tradition nationale, les partisans de deux opinions aussi ardentes qu'elles sont diverses et qui se coalisent, au nom du patriotisme, pour défendre leurs prédilections contraires. < Oui, > s'écrient-ils les uns et les autres, < c'est le patriotisme lui-même qui est compromis, si l'on transforme en de simples fictions des réalités au souvenir desquelles il s'échauffe et s'enthousiasme ? > Mais , de telles paroles ne rappellent-elles pas le langage de ceux qui, sous prétexte de conserver à la religion sa puissance, disent qu'il faut respecter toutes les superstitions, car elles ont plus d'efficace sur l'esprit des hommes que les vérités sublimes de la foi? Comme si le patriotisme avait attendu, pour naître dans l'âme des confédérés, que Tschudi, Jean de Millier, Schiller, Bossini, eussent imprimé à la tradition son charme séducteur ! Comme si la vieille ligue des huit Cantons n'avait pas été fondée, — comme si la plus belle époque de l'histoire nationale n'avait pas été produite, — comme si les victoires de Laupen, de Sempach, de Nœfels, de Stoss n'avaient pas été gagnées, - par des Suisses qui étaient venus au monde et qui en sont sortis sans avoir jamais rien su d'une légende née un siècle après eux ! Comme si l'imitation des exploits de Guillaume Tell était plus à la portée du vrai patriote, que les vertus politiques des premiers confédérés, ou que l'exemple de courageuse résistance donné par eux au Morgarten !
Puis, à cette incurable faiblesse de l'intelligence, qui, de quelque beau nom qu'elle se pare, ne s'en appelle pas moins la créduUté, vient se joindre encore, comme nouvel auxi-
liaire, l'irrésistible besoin de l'esprit qui, dans les souvenirs du passé, fait toujours préférer à la vérité d'une situation complexe la simplicité d'un acte imaginaire, et qui trouve commode de personnifier dans quelques noms et quelques traits fictifs une œuvre collective, plutôt que d'en retenir l'exacte physionomie historique. Enfin, il n'est pas jusqu'à l'imagmation qui, perdant de vue le rôle qu'elle a joué dans cette métamorphose de la réalité, ne soit dé connivence pour défendre ce qu'on ne veut pourtant pas lui enlever, puisqu'on la sollicite, au contraire, de reprendre ce qui lui appartient. Satisfaite, à bon droit, de l'influence qu'elle exerce sur l'esprit des peuples, elle oubUe que, si les fictions qu'elle enfante, qu'elle propage et qu'elle protège, méritent à tous ces titres d'attirer l'attention de l'histoire, l'histoire ne saurait, en revanche, sans se renier elle-même, les assimiler aux faits réels dont sa tâche est de constater l'authenticité et d'établir la certitude. Mais l'imagination facilement conquérante ne l'entend pas ainsi: la place que ses inventions ont usurpée dans le légitime domaine de l'histoire, elle refuse de l'abandonner, et elle s'obstine à. couvrir d'un drapeau qui n'est pas le sien des créations qu'elle devrait seule revendiquer.
C'est bien ce qu'elle finira par comprendre et ce qu'elle se résoudra à faire. Un jour viendra où la légende des Waldstâtten, définitivement rayée de l'histoire, sera réclamée par l'imagination, et renaîtra, comme le phénix, du miUeu même des flammes qui l'auront consumée. Seulement, du monde des réalités, elle aura passé dans celui des symboles. Un grand poète a préparé pour elle cette transfiguration. Au moment même où commençait à s'allumer l'incendie qui devait détruire tout l'édifice des croyances populaires.
Schiller leur assurait une immortelle vie au sein de rinviolable royaume de Tidéal. La légende a, dans la poésie, retrouvé sa mère, et cette mère sauvera son enfant.
La Suisse devrait être fière d'avoir, comme rancienne Rome, adopté ou forgé des fictions qui se sont incorporées dans un impérissable chef-d'œuvre. Elle peut se consoler d'avoir perdu dans l'histoire ce qu'elle a pour jamais acquis dans l'héritage littéraire de l'humanité, puisqu'elle voit GuUkmme TéU placé parmi les productions de l'art dramatique les plus nobles à la fois et les plus populaires. Elle le peut d'autant mieux, qu'après tout, l'histoire et la réalité qui lui restent ne le cèdent pas à la fiction, et qu'en fait de vertus civiques, de courage, de patriotisme, d'énergique amour de la Uberté, les véritables annales des Waldstâtten n'ont rien à envier au roman des mauvais baillis, au mythe des trois Suisses et à la fable de Guillaume Tell.
Mais que parlons-nous de sacrifice? Bien loin qu'il soit question d'immoler, par une exclusion malhabile, l'histoire ou la légende, l'une autant que l'autre sont un trésor national. Si, 4^ns la première, l'indépendance helvétique retrouve ses fondateurs et ses modèles, dans la seconde elle salue les emblèmes qu'elle s'est elle-même donnés, et qui, pour n'être que des créations imaginaires, n'en ont pas moins acquis sur l'opinion une puissance que nul ne songe à leur disputer. On ne demande à cette opinion qu'une seule chose, c'est de conserver aux fictions traditionnelles leur véritable caractère et de ne pas laisser des fantômes, parce qu'ils sont les symboles d'une noble cause, usurper la place des hommes qui ont réellement agi, vécu, souffert et combattu pour la faire triompher. Est-il donc si difficile de rendre à l'histoire ce qui est à l'histoire, et à la légende ce qui lui
appartient , lorsqu'on peut concilier ainsi, sans rien sacrifier, les conquêtes de la poésie et les droits de la vérité ?
Mais n'insistons pas davantage. La critique, qui n'a d'autre souci ni d'autre devoir que la recherche du vrai, ayant accompli sa tâche se tait et prend patience. Si elle obtient le suffrage des bons juges, elle ne s'affligera pas outre mesure de ses premiers insuccès auprès de la foule ignorante ou lettrée. Elle sait bien que les arguments qu'elle emploie ne renverseront pas tout d'un coup les remparts élevés autour du préjugé par les sentiments les plus respectables et par les penchants les plus naturels. Mais au delà de tous ces retranchements qu'elle ne peut emporter d'assaut, elle entrevoit dans le lointain son invincible auxiliaire : le temps. Contente d'avoir librement cherché et sincèrement convaincue d'avoir trouvé ce qu'on peut savoir de la vérité ; heureuse d'être arrivée, sans effort ni parti pris, à mettre ici d'accord l'indépendance de son jugement et la satisfaction de son patriotisme, elle n'en demeure pas moins toujours prête à se corriger elle-même, si on lui prouve, par un meilleur emploi de sa propre méthode, qu'elle n'a pas tout su ou qu'elle a mal raisonné. En attendant, elle ne s'émeut ni des déclamations, ni des colères, ni des mépris, et l'on peut dire d'elle ce que le grand Allighieri disait de la Fortune :
« Qaest' è coîei, ch' è tanto posta in croce Pur da color che le dovrian dar Iode, Dandole biasmo a tdrto e mala yoce.
< Ma ella s* è beata, e ci6 non ode.
Volve sua spera, e beata si gode. »
P. 6, n. 1. Écrits modernes relatifs en tout ou en partie à Phis-
toire des origines de la Confédération suisse:
1885. J.-Em Kopp, Urloinden znr Greschichte der eidgenôssisclien Btknde. Lnceme, 1 vol. in-8<» de 206 pages.
1837. A. Heuàler, Die Anf&nge der Freiheit von Uri (dans le Schweîz. Muséum for historische Wissenschaften, Fraaenfeld, 1. 1, p. 181-216).
1839. Le même, Die Rechtsfrage zwischen Schwyz nnd Habsborg (ibid. t. m, p. 257-293).
Id. Eseher^ Article Eidgenœsensehcfi (dans l'Encyclopédie allemande d'Ersch et Gmber, t. XXXU, p. 65-92).
Id. J,'J. Hisely, Essai sur l'origine et le développement des libertés des Waldstetten (dans les Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire de la Suisse romande, t. U, l^o livraison). Lausanne.
1841. J.'J. Hisédy^ Les Waldstetten considérées dans leurs rapports avec l'Empire germanique et la maison de Habsbourg (ibid. t. U, 2r* livraison).
1842. Frédp de Gingim-Ltu-Sarraz, Essai sur l'état des personnes et la condition des terres dans le pays d'Ury au zm* siècle (dans Archiv fûr schweizeriscbe Geschichte, t. II, p. 7-66).
1844. Bem. Métier, Die Waldst&tte vor dem ewigen Bunde von 1291 nnd ihr Yerh<niss zum Hause Habsburg. B&le, br. in-8*.
1844. J, Olivier, Nouvelles recherches sur les origines de la Confédération suisse (dans la Revue des Deux Mondes, mai, 576- 602).
Id. J,'F, Bohmer, Die Begesten des Kaiserreichs, 1246-131S, neu bearbeitet. Stuttgart, 1 vol. in-4<* de 380 p.
1846. D' BluntscMi, Die drei Lftnder Uri, Schwyz und Unterwalden und ihre ersten ewigen Bûnde. Zurich, br. in-8®.
1847. J,'E, Koppy Geschichte der eidgenôssischen Bûnde, Zweiter Band : Eônig Rudolf und seine Zeit. Zweite Abtheilung : Die besonderen Zustftnde der ob^m L&nde. Leipzig, 1 vol. in-8^ de 745 p.
1849. J,-F, Bôhmer, Die Regesten des Kaiserreichs 1198-1254, neu bearbeitet. Stuttgart, 1 vol. in-4<> de 392 p.
Id. Le même^ Erstes Erg&nzungsheft au den Regesten des £aiserreichs von 1246 bis 1313. Stuttgart, 1 vol. în-4<', de 393 à 402 .
1850. J.-J. Blumer^ Staats- und Rechtsgeschichte der schweizerischen Demokratien. Erster Theil: Das Mittelalter. St.-Gall, 1 vol. in-8*> de 606 p.
Id. Bem. Meyer^ Zur Entstehungsgeschichte des ewigen Bundes der Eidgenossen (dans les Beitr&ge zur vaterl&ndischen Geschichte. B&le, lY, p. 151).
1851. J»'E, Ko^pp, Urkunden zur Geschichte der eidgenôssischen Bûnde (dans Archiv f&r Kunde (Ësterreichlscher Geschichts- Quellen. Jahrgang 1851, p. 1-204) ; tiré à part avec l'indication sur le titre de : Zweites B&ndchen.
1854. A» Heuaïer, Der Bund Zûrichs mit den vier Waldst&tten am
1 mai 1351, mit Bemerkungen ûber die âitestenVerh<nisse von Uri und Schwyz (dans Beitrftge, u. s. w. Bàle, Y, 199).
1854-56. J.'E. Kopp, Geschichtsblfttter ans der Schweiz. Lucem,
2 vol. in-8», de 370 et 370 p.
Id. Le même, Geschichte der eidgenôssischen Bûnde. Yierter Band, Erste Abtheilung : Kônig und Kaiser Heinrich 1308- 1313. ZWeite Abtheilung : Die Gegenkônige Friderich und Ludwig, 1314-1322. Luceme, 1 vol. in-S^, de 495 p. 1857. Bem, Meyer, Zur Entstehungsgeschichte des ewigen Bundes der Eidgenossen (dans Beitr&ge, u. s. w. B&le, YI, 1-349).
Id. O. WcdiZy Article sur les travaux de Kopp relatifs à l'origine
NOTES eXPUGATIVES. 333
de la Confédération suisse, dans les Gôttingische gelehrte Anzeigen, 4, 7 et 9 mai 1857.
1857. J7. von Liehenau, Die geschichtlichen Ursachen der Entstehong einer schweiz.Eidgenossenschaft. Lnceme, br. in-4o.
Id. K. Hagen, Die Politik der Kaiser Rudolf yon Habsburg und Albrecht I, und die Entstehung der scbweizerischen Eidgenossenschaft. Francfort s. le M. br. in-S^,
Id. J,'F. Bôhmer, Zweites Ergânzungsheft zu den Regesten des Eaîserreichs von 1246 bis 1313, mit Beigabe der Regesten der Grafen von Habsburg und der habsburgischen Herzoge Oesterreichs bis ins yierzehnte Jahrhundert. Stuttgart, 1 vol. in-8«, de p. 403 à 520.
1858. J7. von Liebenau, Fôrderung der Eidgenossenscbaft durch des Hauses Habsburg innere Yerhâltnisse. Lucerne, br. in-4^.
1851-58. G, von Wyss, Geschichte der Abtei Zurich, 112 p. de
texte; 38. dé notes; 504 de documents; dix planches (dans
les Mittheilungen der antiquar. Gesellschaft in Zurich, Vin). 1858. Le même, Ueber die Geschichte der drei Lânder Uri, Schwyz
und Unterwalden in den Jahren 1212-1315. Zurich, br. in-8<^;
et dans Monatsschrift des wissensch. Yereins in Zurich, El,
1860. H, Warimann, Die kôniglichen Freibriefe fur Uri, Schwyz
und Unterwalden von 1231-1316 (dans Archiv for schweiz.
Geschichte, XIE, 106-160).
1860. Otkikar Lorenz, Leopold III und die Schweizerbûnde. Wien, br. in-8o; p. 1-12 et 31-36.
1861. A, Huher, Die Waldstatte bis zur festen Begrûndung ihrer Eidgenossenscbaft. Inspruck, 1 vol. in-S^* de 128 p.
1862. J.'E. Kopp, Gesch. der eidg. Bûnde. Dritter Band, Erste Abtheilung : Kônig Adolf, 1292-1298. Zweite Abtheilung : Kônig Albrecht, 1298-1308. Berlin, 2 vol. in-8o, de 336 et 417 pages.
1865. Th. von Liehenau, Geschichte der Freiherren Ton Attinghusen und von Schweinsberg ; ein Beitrag zur Geschichte der Urkantone. Aarau, 1 vol. in-12 de 220 p.
1866. J.-F.'A. Mûcke, Albrecht I von Habsburg. Gotha, 1 vol. m-Qo de 192 p.
1867. W. Vischer^ Die Sage von der Befreiung der Waldst&dte. Leipzig, 1 vol. in-8° de 202 p. Einleitung, 1-19.
1868. A, BiUiet, Les origines de la Confédération suisse. l'« édit. Genève. 1 vol. in-8*» de 376 p.
Id. P. Vaiuiher, Des traditions relatives aux wigines de la Confédération suisse. Genève, br. in-8<>.
Id. H, Bordier, Le Grûtli et Guillaume Tell, ou défense de la tradition vulgaire sur les origines de la Confédération suisse. Genève, br. in-8°.
1869. (J, H, BurUm), The legend of Tell and Rûtli. Edinburgh Review. January 1869, p. 127-153.
Id. H. HungerMhlerf Étude critique sur les traditions relatives aux origines de la Confédération suisse. Genève, br. in-8<^ (sous presse).
1843-67. Der Geschichtsfreund. Mittheilungen des historischen Vereins der fiinf Orte Lucern, Uri,Scliwyz,nnterwaldenund Zug. Einsiedeln, 22 vol. in-8<>.
1855-68. Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses. Zurich, 2 vol. in-8<» et suite.
Les documents qui se rapportent au sujet traité dans ce volume se trouvent dans les précédents ouvrages ou dans les suivants :
Christoph. Hartmann, Annales Heremi Deiparœ Matris in
Helvetia. Friburgi Brisgouiœ, 1612, 1 vol. in-4®. Libertas Einsidlensis mit Documenten. 1640, 1vol. in-4.
(s. 1.) ^gidii Tschudi, Chronicon Helveticum. Bâle, 1734, 2 vol.
in-folio.
Marq. Herrgott, Genealogia diplomatica gentis Habsburgicœ.
Viennœ Austriœ, 1737, 2 vol. en 3 tomes, in-folio. (J,-E, Kopp), Amtliche Sammlung der âltem eidgenôssi-
schen Abschiede, 1291-1420. Luceme, 1839, 1 vol. in-4<> de
112 et Lxvm p.
F,-V. Schmid, AUgemeine Geschichte des Freistaats Ury.
Zug, 1788 et 1790, 2 vol. in- 12.
J.'F. Bôhmer, Acta Imperii Selecta. Insbruck 1866-68 ; 1 vol.
8<^, de 832 pages (recueil posthume en cours de publication).
P. 9, n. 2. Sur les temps antérieurs à la domination romaine et sur l'époque de celle-ci, voyez BÔlsterli, Die Einfûhrung des Christenthums in das Gebiet des Eantons Lucem. 1861, Lucem, br. in-8®, p. 11 à 15. Il résulte de ce travail fait avec beaucoup de" soins, que, ni à Lucerne, ni dans son voisinage, y compris les Petits Cantons, on ne rencontre aucune trace du séjour des Celtes ou des Romains. — Sur les habitations lacustres, dont les plus rapprochées des Waldstâtten se trouvent dans le lac de Zug, voyez Ferd. Keller, Pfahlbauten, dans les Mittheilungen der antiq. Gesellsch. in Zurich, IX-XV, et en particulier XIV, p. 158. — Sur les monuments romains et les enfouissements monétaires, voyez U même, ibid. XY, Statistik der rômischen Ansiedelungen in der Ostschweiz, 79-80; et lAUhert, Mûnzicschichte u. s. w. dans Geschichtsfreund, XX, 122.
P. 9, n. 3. Voyez de Fortia-d'Urhan, Recueil des Itinéraires anciens, 1845, Paris, 1 vol. in-4°, avec la carte qui l'accompagne, et où Lapie a coordonné les indications des divers itinéraires. Dans cette carte, tout ce qui est compris entre PAar et les Alpes, et en particulier le territoire qui avoisine le lac des Quatre Cantons, forme un espace entièrement vide. Le relevé des localités où se trouvent aujourd'hui en Suisse des ruines d'établissements romains confirme exactement cette délimitation de l'espace demeuré vacant. Cf. Hist. geogr. Atlas der Schweiz von Vôgelin. Zurich, 1844-99 , folio. I*" Blatt : Helvetien unter die Rômer.
P. 9, n. 4. Voici le passage de Ptolemée (Géogr. H, c. 9, § 20) :
Merà to Oitoxeijxevov ôpoç, ô >caA8tTat 'loupacrab;, TEXcutÎtioi y.h Trapà 'Ptjvcv
TTOTaaov. Un siècle avant Ptolemée, Strabon, en parlant des Helvètes, auxquels il assigne exactement les mêmes limites du Rhin et du Jura,' disait que César, après leur défaite, « en avait laissé vivre htdt miUe, afin de ne pas livrer aux Germains limitrophes le pays entièrement désert. » (Géogr. IV, c. 3, § 3 et 4.) La carte dont il est question dans le texte est connue sous le nom de Table de PeuUnger. P. 9, n. 5. Voyez J. L. Wurstemberger, Geschichte der alten Landschaft Bem. 1861-62. Bem, 2 vol. 8°; I, 31, 132, 172.
P. 10, n. 6. Cf. J,'B. Surckhardt, Arch. fur schw. Gesch. , IV, 99 et 35, note. Voyez Fr.-H. Mûller, Histor. geogr. Darstellung von Deutschland im Mittelalter. Erster Theil, 52-53. Kopp^ Gesch. Blfttter, I, 156, n. 4.
On a prétendu, mais sans preuve suffisante, que c'était à propos de la translation des reliques des trois rois Mages de Milan à Cologne en 1162, que Pon rencontrait la première mention du St-Gothard. Vby. Schweiz. Geschichtsforscher, Vm, 351, où l'on cite, en l'interprétant mal, le livre de ScMnz, intitulé : Geschichte der Handelschaft der Stadt und Landsch. Zurich. — Sur l'absence de route en cet endroit du temps des Romains, cf. Th. Mommsen, Die Schweiz in rômischer Zeit, dans les Mittheil. der antiq. Gesellschaft in Zurich, IX, 2, 23 ; Jff. Meyer, Die rômischen Alpenstrassen in der Schweiz, ibid. Xm, 2, 139. — La première mention qui soit faite du pont du Diable (die sUehende hrugge) est du commencement du quatorzième siècle, dans le Habsbiirg-Oesterreichische Urbarbuch, édité par PfeijBFer, p. 94. (Cf. n. 56, p. 154.)
P. 11, n. 7. Voyez Mommsen^ ibid.
P. 11, n. 8. Voyez J. Cœsaris Commentarii de Bello Gallico, I, c. 1-29.
P. 12, n. 9. Voyez Mommsen^ Die Schweiz in rômischer Zeit ; de WysSt ûber rômische Helvetien, dans Archiv fur schw. Gesch., VIT, 38-78; Wûrstemberger, Gesch. der Landsch. Bem, I, 139-144.
P. 13, n. 10. Sur tout ce qui concerne les témoignages anciens relatifs aux Allémans et sur leur organisation politique après l'invasion, voyez Stàlin^ Wirtembergische Geschichte, Stuttgardt, 1841, 3 vol. in-8<>, 1, 116-220.- Cf. Bluntschîiy Staats- und Rechtsgeschichte der Stadt und Landschaft Zurich. Zurich, 1838, 1, 18-48; Blumer, Die schw. Demokratien, I, 3-16.
P. 13, n. 11. Voyez l'article « Aîemanni, oder AUemarmi* dans Pauly, Beal-Encyk. fur alterth. Wissenschaft. I, 2*« Aufl. 702.
P. 13, n. 12. Ce témoin oculaire est l'empereur Julien, qui dit dans son Misopogon : 'Edexaàar.v toi xal rou; ÛTrèp rov 'P^vov pap^âpcu; a^pia aéXYi XéÇit irtircimasva irapawXtiai* rot; xpû^pioi; tûv rpax^» Powvtwv opvtdcov à^ovTftÇ xat eùçpatvopLévc'j; èv toi; ^asXeatv. (Juliani Opéra, éd. Ez.
Spanheim. Lipsiœ, 1696, folio, p. 337.) Julien avait fait la guerre aux Allémans sur le Haut-Rhin entre Mayence et Constance, de 355
à 359. Voyez AmrrUen MarcéUm^ Reruin gestarum Lib. XVI-XVin.
P. 14, n. 13. Voyez SiaLin, Wirt. Gesch. I, 200-219.
P. 15, n. 14. Voyez l'article Alemanmi^ dans Pauly, Real-Encykl. I, 699 ; iStôlm, ibid. I, 119.
P. 16, n. 15. Voyez l'analyse de la loi des AUémans dans Stàlin^ ibid., 198-221, et dans Wursteniberger, Gesch. der Landsch. Bem, I, 294-309.
P. 16, n. 16. Voyez Stàlin, Wirt. Gesch. I, 188-195, et Gélplce, Eirchengeschichte der Schweiz, II, 254-266.
P. 16, n. 17. Sur l'étendue du comté de la Thur, ou Thurgau, cf. Neugarty Episcopatus Constantiensis Alemannîcus, S. Blasii, 1803, I, LxxxvT : « Ad Turgoviam ager Suitensis, Uraniensis, Tugiensis,
Turicensis spectabat. *» Dans un diplôme du 10 septembre 744,
il est question des propriétés situées « in pago Durgauginse et in sito Zurichgowia ; » ce qui indique que le futur comté de Zurich faisait encore partie intégrante du Thurgau. V. le même^ Codex diplomaticus Alemanniœ et Burgundise, 1791-95. S. Blasii, 2 vol. 4^, I, 14; de Wys8, Abtei Z. 13. Erstes Buch, Anm. 30.
P. 17, n. 18. St. Gall, voulant se construire un oratoire dans les lieux où s'élève aujourd'hui la ville qui porte son nom, s'informe de l'état de la contrée, on lui répond : « Est heremus iste asper et aquosus, habens... bestias diversas, ursos plurimos etluporum grèges... Timeo ne forte irruant in te. » Vita S' Galli, dans Pertjs, Monum. Germanise Historica, U, 8, et Gasus S' GaUi, ibid. 63. — Voyez sur la forêt qui couvrait une grande partie du canton de Zurich : Casus S» Galli, ibid. 83 ; cf. Mûller, Hist. geogr. Darstell. von Deutschland, I, 209. — Sur Glaris, voyez Blumer, Das Thaï Glarus, dans Archiv fur schweiz. Gesch. III, 5. — Sur les alentours du lac des Waldst&tten, voyez Boîsterli, Die Einfiihrung des Christenth. im E. Lucem, 33-35. — Sur l'Oberland, voyez Wursiemberger, Gesch. der Landsch. Bem, I, 211, 314.
P. 18, n. 19. Voyez Wuratemberger^ ibid. I, 290-291. — Le monastère deLuceme, qui fut la première maison religieuse établie dans le voisinage des Waldstâtten, avait été fondé selon toute vraisemblance vers la fin du règne de Charlemagne (814), sous l'influence du couvent de St-Gall. Cf. H. von Liebenau, Die gesch. Ursachen der Entsteh. der Eidgen. 6, et Bôlsterlij ouvrage cité, 60-61.
P. 18, n. 20. On lit, dans une des chartes de dotation du monastère de Lucerne : « Lucema juxta fluvium qui Rusa vocatur, qui de summitate magni lad fluit. » (Geschichtsfreund, I, 135.)
P. 19, n. 21. Sur l'organisation politique sous les premiers Carolingiens et sur le régime social introduit par les Oapitulaires, voyez Guizot, Hist. de la civilisation en France, Leçons 20 et 21. — Cf. plus loin dans le texte p. 30 et la note 2, p. 28.
P. 20, n. 22. n en fut de la vallée du Hasli comme des Waldstâtten avec lesquels, Unterwalden surtout, cette vallée entretint de tout temps des rapports qui attestent une origine commune. U est probable que les Allémans qui l'ont peuplée y sont arrivés par le Brûnig, car elle paraît, dès qu'elle donne un signe de vie au XII"** siècle, avoir une existence distincte de la basse vallée de l'Aar qui faisait partie du diocèse de Lausanne, tandis que le Hasli, comme les Waldstâtten, appartenait à l'évêché de Constance.
La légende ethnographique des Petits Cantons (voy. dans le texte p. 233) donne aussi une place au Hasli dans ses récits, et l'origine Scandinave qu'elle attribue aux habitants de cette contrée a été admise, non-seulement par ceux-ci et consignée, en 1534, dans leur cadastre (Landwrhar) et dans le chant dit d'Ost-Frise composé vers la même époque, mais elle fut, en 1565, empruntée de toutes pièces aux gens du Hasli par ceux de Frutigen qui, dans une visite de vallée à vallée, eurent connaissance de cette flatteuse généalogie et voulurent en partager la gloire. Ils eurent grand soin d'en consigner à leur tour, dans leur livre de bourgeoisie (Landleutébtuïh), l'authentique attestation. (Voyez Schw. Geschichtsforscher, VUI, 317, et Wurstemberger^ Gesch. der Landsch. Bem, I, 348-354.) « Il ne subsiste, dit encore ce dernier historien, il ne subsiste aucun document relatif aux vallées des Alpes bernoises, qui soit antérieur au douzième siècle. C'est pour combler cette grande lacune historique, qu'un habitant du pays, Ënlogius Kyburger curé de St-Michel à Einigen, composa en 1460 le récit légej^daire connu sous le nom de chronique de Strâtlingen, et qui fait remonter jusqu'à l'époque de l'empereur Adrien (120 ap. J. C.) l'existence des comtes de ce nom. » Ibid. II, 136.
P. 21, n. 23. Sur toute cette question de la population primitive des Petits Cantons, voyez le mémoire spécial du D' J.-22. Bmckhardt,
Untersuchungen ûber die erste Bevdlkening des Alpengebirgs, insbesondere der Urkantone, dans Archir fOr Schw. Gesch., IV, 2-115. Il termine et résume son travail par ces mots : « Avant le huitième ou le neuvième siècle, le pays était encore un désert, sans population et sans histoire. » Voy. aussi Fr. de Gingins, Essai (cité n. 1). Les principaux passages des Capitulaires relatifs à la possession et à l'exploitation des pays inoccupés se trouvent dans ce dernier mémoire. Ou peut en voir d'autres plus récents ci-après, aux notes, n. 17, p. 41.
P. 23, n. 24. Voyez de Cfingms, ibid. ; Kopp, Geschichte, II, 210, n. 2 et ibid. 237-281; plus haut dans ce volume p. 27-42; 54^70. Sur les Fiscalini, cf. Bîunischîi, Gesch. der St. Z. I, 49 u. folg. Sur les pionniers, voyez dans de WyeSj Abt. Z. Beil. n. 20, a, (880) « proprietatem meam quam labore proprio de incultis silvis exstirpavi, et quicquid meo sudore acquisivi.... »
P. 24, n. 25. Voyez Kopp, ibid. 210, n. 2; et ibid. 298 et 308; Blumer, Die schw. Demokr. 1, 79 ; plus haut dans ce volume p. 43-50 et 70-88.
P. 25, n. 26. Voyez Kopp, ibid. 193-210; Bhmer, ibid. 29-34; plus haut dans ce volume p. 50-52 et 88-95.
P. 28, n. 1. C'est M. Q. de Wf^ qui, dans sa bi^iveillaute récension de la première édition du présent ouvrage, a signalé le passage, déjà cité par Oelpke (Eirchengesch. der Schweiz, II, 290), où il est fait mention pour la première fois de la vallée d'Uri. Ce passage se trouve dans la chronique d'Hermann, moine de Eeichenau, surnommé Contractus ou le paralytique ; mais les premières éditions de ^cette chronique, publiées dans divers recueils des historiens allemands du moyen âge ne le renfermaient pas. Le voici tel qu'il est rétabli dans la collection de Pertz (Monum. Germ. hist. VII, 98, HerimoMm Augiensis Oromcûvi) : « An. 732. Eto, Augiœ abbas a Theodebaldo ob odium Earoli [Martelli] in Uramam relegatus^ sed eodem anno, pulso Theodobaldo, a Earolo restitutus est. » — Sur Pirmimift^ voyez la même chronique, ibid. an. 727.
P. 28, n. 2. On trouve la trace des confiscations royales dans le passage suivant d'un diplôme de Charlemagne « Tempore genitoris Pippini quondam régis et avuncali nostri Garolomanni, res alique in âucatu AUmamde fisci ditionibua redacte fuerunt. » Voyez Neugart, Cod. dipl. Allem. I, 110. BlurOscM, Gesch. der St. Z. I, 48. SiàJm dit expressément : « La plus grande partie des biens royaux situés dans le duché d'Allémannie avaient sans doute été originairement des propriétés ducales. » (Wirt. Gesch. I, 185, n. 4.) — Sur la dévolution à la couronne des territoires inhabités, voyez plus loin n. 21, p. 46.
P. 29, n. 3. Voyez à l'appendice, N<> I, la partie du diplôme de 853 relative à Uri. Le texte entier de ce document se trouve dans Hartmann, Annales Heremi, 14 ; Hisely, Les Waldstâtten, 383 ; de Wyss, Abtei Z. Beilage N<^ 1, avec fac-similé. Par un autre diplôme, daté du 13 mars 857, Louis le Germanique donne en viager à un prêtre les deux chapelles de Bûrglen et de Silenen « dans la vallée d'Uri ; » mais cette pièce offre quelques signes d'inauthenticité. Voy. de Wyss, ibid. Beil. N° 2, et Erstes Buch, Anm. 63.
P. 31, n. 4. « Si le privilège de l'immunité n'affranchissait pas de toutes les charges publiques, il enlevait du moins ceux auxquels il était concédé à la juridiction des officiers royaux, et il les mettait à l'abri de leurs exactions arbitraires. » {Stalin, Wirt. Gesch. I, 350). — Le même auteur, à propos des franchises accordées à l'église de Wimpfen en 856, s'exprime ainsi : « La même immunité étendue à tout le district est un des premiers exemples de la concession faite par le souverain, aux habitants qui étaient originairement libres et non pas sujets de l'église, de l'exemption de juridiction accordée à celle-ci, afin que, sur le même territoire, il n'y eut pas à cet égard de diversité. » Ibid. n. 5. On trouve la trace de cette assimilation dans le diplôme même de Louis le Germanique : hommeê libéras ihi commanentes.
P. 31, n. 5. Stàlin, ibid., 351.
P. 32, n. 6. On trouve dans les chartes du couvent de St-Gall ime foule d'actes relatifs à l'usage de la, précaire. Une seule citation peut suffire pour donner l'idée de cette transaction. « Illas res quas nobis (Abb. et Mon. S^ Galli) Rihloh et Boadhohz .... tradiderunt .... eis itemm per precariam represtare debuerimus, quod etfecimus, cavi-
delicet ratione ut annis singulis nobis inde censum persolvant... et, siçut àlii îiberi homines servîlia opéra nobis exhibent, ita et illi et illorom cuncta posteritas .... » 1 oct. 825; Codex Tradit. S^ Galli, 152. — Sur lea privilèges des ressortissants des couvents, voyez H, EscTier, Die Yerh<nisse der freien Gotteshausleute, dans Arch. fur schv^. Gesch. ni, 14 et 17; Blumer, Die schw. Demokr., I, 47; Huher^ Die Waldst., 31-32.
P. 33, n. 7. Voyez JTopp, Urkunden, I, 93; Bitumer ^ ibid., I, 58-60, 67; de Wyss, Abt. Z. 53 et 89. — Les dîmes se payaient à Uri, (vacare débent, kdig werden) le 1«' avril et le 1«' juillet, d'après ce qui est dit dans un règlement du duc Berthold de Zâbringen du 27 mars 1210. Voyez l'acte dans de Wyse, ibid. BeU. N"» 51 et 52, en latin et en allemand.
P. 33, n. 8. Voyez de Wyss, Abtei Z. 26, 49, 53. Erstes Buch, Anm. 65, 82 et 116. Le rapprochement des indications contenues dans ces dernières notes permet d'attribuer aux Nellenbourg l'avouerie du couvent de Zurich. Blumer^ ibid., 91-94, 104-108; Hvher, Die Waldst., 39-41.
P. 34, n. 9. Voyez de Wysa, ibid., Beil. N» 29.
P. 34, p. 10. Voyez Kopp^ Gesch., Il, 243-265; Blwner, ibid., p. 17-22 ; HubeTy ibid., p. 26. — Sur les domaines possédés par le Fraumûnster de Zurich à Uri, voy. de Wyas, Abt. Z. 55, 78.
P. 36, n. 11. Voyez le texte de ce document à l'appendice N<» H. L'expression querere est le terme technique du temps pour indiquer l'acte de revendication : « res in Alamannia sitas quas missi nostri ... ad dominium nostrum legali jure qitesiverunt ^ seu querendum, censuerunt, » dit l'empereur Othon dans un acte du 29 octobre 980. Cod. Trad. S^ Galli, 454. La redevance que désignent les mots < in lumine reddendo ad ecclesiam quotannis » est expliquée par les termes employés dans un acte du 29 mars 1290 otl il est dit, à propos de la fondation d'une égb'se à Spiringen dans le Sch&chenthal : < Ecclesiœ assignatur de luminaribus tam in oleo quam in cera ... pro luminaribus ecclesise et altaris tredecim quartalia nucum, decem libras cerse ad altare et très libras cerse ad sacerdotem » De Wyss^ Abt. Z. Beil. N<* 326. — On trouve, dans un acte du 24 février 946, le procès verbal d'une enquête par témoins faite sur des dîmes contestées entre deux églises de Zurich ; de Wyss, Abt. Z. Beil. N^ 27.
P. 38, n. 12. Le texte se trouve dans £opp, Gesch., n, 74, et de WysSj Abtei Z. Beil. N<> 50. Un autre acte, relatif à la même délimitation entre Uri et Glaris et contenant une sentence arbitrale rendue en 1063 par le duc Rodolphe de Souabe, est apocryphe. Cf. Blumer, Das Thaï Glarus, dans Archiv fur schw. Gesch., m, 11, note ; de Wyes, ibid., N° 47, et erstes Buch, Anm. 91.
P. ^8, n. 13. Voyez Huher, Die Waldst. 35. La communauté dite hcndnes de Monte qui existait alors à Zurich est un exemple de ces corporations bourgeoises. Cf. Bîuntschli, Gesch. der St. Z. I, 61-63.
P. 89, n. 14. Voyez de Wyss, Abtei Z. Beil. N® 51. Voyez sur les empiétements du dernier des Z&hringen, de Wyss; ibid. 52*53, 60, 73, et, sur les exactions des avoués ecclésiastiques en général, BhmtschU, ibid. I, 132, n. 24.
P. 39, n. 15. Voyez de Wyss, ibid., Beil. N° 59.
P. 40, n. 16. Voy. V.-F. Eichham^ Deutsche Staats- und Rechts- Geschichte, §§ 290, 294, 297; 5*« Ausg. Gôttingen, 1843.
P. 40, n. 17. « De même que ses prédécesseurs s'étaient acquis des partisans en prodiguant les biens de l'Empire, de même Frédéric s'en procura, quand ces biens furent épuisés, en trafiquant des droits de l'Empire, » dit Bôhmer, Die Reg. 1198-1254, LVII. — Sur les rapports entre l'empereur Frédéric II et le comte Rodolphe de Habsbourg, voyez le même, Zw. Erg.-Heft zu den Reg. p. 458-469, au 5 octobre 1212 et au 5 septembre 1214. — Voyez plus haut, p. 54-56, l'a^alyse, et à l'appendice N« IV, le texte du rescrit qui enlève à Rodolphe de Habsbourg la possession d'Uri.
P. 42, n. 18. Le numéro d'ordre du roi Henri est placé entre parenthèses, pour indiquer qu'il n'en a pas été tenu compte dans la succession au trône d'Allemagne, où le nom d'Henri VH est porté par le prince qui fut élu en 1309. Cf. Bôhmery Die Reg. 1198-1254, LX. — Henri (VH) emploie dans un diplôme, accordé le 31 décembre 1224 au couvent de Riigisberg, relativement à l'avouerie qu'il possède sur ce couvent, des expressions identiques à celles de la charte donnée à Uri : « Eandem advocationem semper ad manus nostras detinebimus, nec eam infeodando vel obligando a dominio nostro alienabimus. » Voyez Hmllard-BréhoUes, Hist. dipl. Friderici Secundi, II, 2, 821. Cf. plus loin n. 1, p. 54.
P. 43, n. 19. On lit dans le Libei* heremi qui forme le cartulaire
NOTES EXPUCATIVES. 343
d'Einnedeln : « 970. Dedenint nobis cœnobitse Fayarienses villicationem in Suuiies saam.... habnimos ante in Sanites aliqua prsediola a Luitone comité de Toggenbnrg nobis donata. » 972. « Otto junior, siYe secnndus, ratificat bona cœnobii : videlicet.... in comitata Zurichgpaue.... et Suuites;* dans Gescbichtsfireund, I, 109 et 111.
P. 43, n. 20. Sor le Zurichgan, voyez de WysSy Abtei Z. 13, et Erstes Bach, Anm. 30. — A l'extinction des Lenzbourg, l'empereur Frédéric Barberousse donna l'avouerie sur le couvent de Zurich aux Zfthringen qui déjà l'avaient possédée, et confia la charge de comte du Zurichgau à Albert de Habsbourg, dit le Riche. Cf. de Wyssj îbid., p. 41, Erstes Buch, Anm. 96; Bôhmer^ Zw. Erg.- Heft zu den Reg. 457.
P. 45, n. 21. Conrad prend le plus souvent dans ses diplômes (dans* celui de 1144 entre autres) le titre de «C. second roi des Romains; » mais, dans la série des monarques d'Allemagne, il est compté comme le troisième de son nom. — On trouve le texte des rescrits royaux de 1114 et de 1144 dans Tschudi, Chron. Helv. I, 54 et 68; Libertas Einsidlensis, Docum. 31 et 47; Hartmann, Annales Heremi, 176 et 203. Le Schweizerisches Urkundenregister, I, n^ 1581, donne pour < douteuse* la première de ces chartes. Comme elle est citée dans la seconde, ce serait une pièce fabriquée peu auparavant, en sorte qu'elle peut servir de témoignage contemporain pour les questions où l'intérêt des moines n'est pas engagé. — Voici le passage de la charte incontestée relatif au droit régalien sur les terres désertes : « Totam circumpositam sylvam, sive eam Forestam, seu Heremum vel vastam solitudinem, appellari placeat.... imperatores.... tradiderunt, tanquam possessionem que omnium jndicio ad regni proprietatem pertinere comprobatur. » On retrouve le même principe exprimé, un siècle plus tôt, dans la donation faite par le roi Henri II au monastère d'Einsiedeln le 2 septembre 1018 : « Silvam inviam et incultam, et ob hoc nostrœ proprietati deputatam. »
P. 47, n. 22. Le texte de cet arbitrage n'existe en entier que dans une ancienne traduction allemande qui se trouve dans Libertas Einsidlensis, Doc. 63. Hartmann (ibid. 235) et Tschudi (ibid. 113) donnent l'original latin, qui ne renferme que la seconde partie de cette pièce. Hisely (les Waldst., 387) publie les deux textes. On trouvera à l'appendice, N<>in, les principaux passages qui sont tous tirés de la portion traduite en allemand.
P. 51, n. 23. Dans les actes de fondation et de dotation du couvent de Lucerne, qui sont apocryphes, mais fort anciens , il est fait mention de Samen, d'Alpnach, de Giswyl. C'est là que se trouve aussi la première mention qui nous soit connue de la montagne de l'Unterwalden, appelée aujourd'hui le Pilate, mais qui, jusqu'au quinzième siècle, a été nommée Frakmund, ou, comme il est dit dans les actes sus-indiqués, Fractus Mom. Voyez Geschichtsfreund, I, 156 et 158.
P. 51, n. 24. Voyez Kopp, Gesch., Il, 193-210, 213; Blumer, Die schw. Demokr., I, 29-34.
P. 52, n. 25. Voyez Kopp, ibid., 211-212; Huher^ Die Waldst. 37 et 42. — On lit dans un acte de 1240, que Rodolphe de Habsbourg, dit le Vieux, en faisant (en 1210) un échange de biens avec le couvent d'Engelberg, avait consenti: « ut, si qui libère œndicioni$ Jmnines seu jure advocatione(sic)eidem (id est comiti de Habsp.) subjecti, a quibus de jure tallia seu servicia vel in eos aliquam justiciam exercere possemus,.... a nostra jurisdictione et servicio penitus essent iinmunes. » Geschichtsfreund, XU, 196.
Il n'est pas sûr que les mots «jure advocationis (advocatiœ) eidem subjecti » se rapportent aux « libère condicionis homines ; » ils peuvent indiquer une autre catégorie de personnes, soumise, comme les hommes libres, à des redevances et à des prestations. Les expressions advocattis et advocatia, Vogt et Vogtei, sont employées à cette époque avec des sens si divers, qu'il est difficile d'en saisir toujours exactement la véritable signification.
P. 52, n. 26. Voyez Kopp, ibid., 205-208, 237 et 299. Cf. Indicateur d'hist. et d'antiq. suisses, année 1859, 37-40.
P. 54, n. 1. Voyez à l'appendice N°IV le rescrit d'Henri (Vil). — Les engagements qui y sont pris envers les gens d'Uri rappellent ceux que le roi Guillaume prit en 1254 envers les habitants de Francfort, en écrivant à cette ville : « Nec volumus ipsos amodo distrahi, vel ùbligari^ sive àlienari, autinfeodari, » — «Cette promesse, confirmée par des monarques subséquents, est devenue, dit Fichard (Entstehung
der Reichstadt Frankfort, p. 169), l'origine de l'indépendance politique de Francfort. » Exactement comme pour Un.
P. 55, n. 2. Henri était né en 1212; il fut élu, le 23 avril 1220, roi des Eomains et couronné le 8 mai 1222. Sur le gouvernement de l'Allemagne que son père lui avait remis en allant se faire sacrer empereur à Rome, voyez Bôhmer, Die Regesten 1198-1254, lv-lvi. < Pater nostre dicioni deputavit terram Alemannie plenius et commisit, » dit-il lui-même, le 17 mars 1232, ibid., 240. A propos des projets de rébellion de son fils l'empereur Frédéric II écrivait à la même époque : «Incepit principes et aMos dUectos nostros per multipliées impetere molestiarum instantias et vexare .... Patemaçi in eo correctionem e^^imus recipiendo ab eo juratoriam cautionem quod mandata nostra observaret.» Ibid. — «Le roi Henri, » dit HmUard- Bréhoîles en parlant de sa première tentative de rébellion, « le roi Henri dans une pensée ambitieuse avait cherché à s'appuyer sur les communes, en fortifiant leur indépendance locale. » Hist. diplom. Frid. Sec. ; Introduction, ccxxrv. — Henri déploya ouvertement l'étendard de la révolte en septembre 1234. Au mois de juillet de l'année suivante, il fut abandonné de ses partisans et contraint de demander grâce à son père, qui le fit jeter en prison ; il mourut sans avoir été relâché, le 12 février 1242. Voyez Bôhmer, ibid. 251 et 254.
P. 55, n. 3. Voyez Bôhmer, ibid., 238.
P. 58, n. 4. L'existence, au conmiencement du treizième siècle, de confédérations bourgeoises ou rurales, est attestée par les actes mêmes d'Henri (VH). Dans un rescrit du 20 janvier 1231 adressé aux Liégeois et à tous «les autres bourgeois de l'évêché de Liège, » il leur enjoint d'avoir à se désister « ab omnibus communionibus, confederaUonibus, seu cor\jurationibus, quas inter vos illicite fecistis,» et à rendre à leur évêque la plénitude de sa juridiction temporelle : «in onmi eo jure et dominio in quo predecessores sui fuerunt esse plenarie permittatis. » Huillard-Bréholles, Hist. dipl. Frid. Sec. ; IH, 445. — Déjà en 1224, le 28 décembre, le même prince ordonnait, sur la plainte du comte de Baufremont, la suppression d'une, confédération locale formée par les vassaux de celui-ci dans les vallées d'Hauspurgh: «Vasalli et ceteri homines sui de vallibus in Hauspurgh, auctoritate propria, quasdam communitates et cor^uncUones vinculo fideifirmatas inierunt.... Conjunctiones, fidei interpositione
ab eisdem de novo firmaias, penltus revocamas. » Ibîd., II, 820. — Un peu plus tard, et plus près encore des Waldstâtten, en 1275, le Hasli se confédéré avec Berne à des conditions et avec des termes qui rappellent la future alliance des petits cantons: «juraiômus ad deffendendum hinc et inde jura nostra et possessiones nostras, et quod mutuum nohis dehemus impendere conailium et oMûcilium contra perturbatores nostros quoslibet, cum alterutra partium nostrarmn ab altéra requierit, sine dolo....» Cf Zecrfeder, Urkunden der St. Bern, II, n*" 680. —Plus tard encore, en 1302, dans le bailliage de Eûssnacht, les paysans, pour résister à leur seigneur, cherchent à se confédérer : « Die dorflut von Kussnach, von Haltikon und yon Ymmense sprachen sie moechten nut gelougnen sie hetten sich gern anderswa hin verbmiden..,, Sond sich auchdie dik genanden lut nienderhin verbinden nu noch Mernach toeder ze herren noch zt stetten noch ze lendern,... » Cf. Kopp, Urk., I, 59-61, et plus haut dans ce volume p. 135. — Dans le nord de l'Empire germanique, le même esprit de liberté produisait des effets semblables, comme le prouvent les luttes des Stedinger entre 1200 et 1230 avec les archevêques de Brème, l'organisation fédérative de la Frise orientale dans le treisième siècle sous la mouvance directe de l'Empire, et la longue résistance des Dithmarschen du Holstein aux princes voisins. La mer et les marécages jouaient là, pour favoriser les essais d'affranchissement, le même rôle que les montagnes au cœur de la Suisse. Mais ces foyers d'indépendance et ces tentatives de confédération ont eu, dans l'histoire, de moins heureuses et de moins durables 'Conséquences, que cela n'a été le cas pour les ligues helvétiques.
P. 59, n. 5. Voyez les deux rescrits d'Henri (VII) dans Tachudi Chron. I, 128 et 130; de Wyss, Abtei Z. Beil. N»» 80 et 81. Le premier de ces actes imposait encore au couvent l'obligation de payer le tribut royal (advocatia) ; le second l'en exemptait.
P. 59, n. 6. Voyez Kopp^ Gesch. H, 270, Anm. 1; 111,1; 116, Anm. 4.
P. 61, n. 7. Sur les plaintes de Wettingen et la bulle d'Innocent IV du 11 juin 1249, voyez Kopp, Gesch. II, 448-49. Pour ce qui concerne les deux bulles en faveur de l'abbaye de Zurich, cf. de Wys8y Abtei Z. Beil. N<> 95 et 111. On lit dans la première, qui est datée du 30 janvier 1244 : « Monasterium vestrum, cum omnibus
bonis que possidet.... sub beati Pétri et nostra protectione suscepimus. Specialiter autem ecclesiam de Altdoff in Huren, com pertinentiis suis, terras et alia bona vestra. ».... Et, dans la seconde, datée du 26 ayril 1247 : cReligiosam vitam eligentibus apostolicum convenit adesse presidium.... eapropter, dilecte in Cbristo filie, vestris justis postulationibus clementer annuinvus et monasterium Turicense...sub b. P. et nostra protectione suscipimus... Quascumque possessiones, quecumque bona idem monasterium possidet.... firma .Yobis et illibata permaneant. In quibus haec propriis duximus exprimenda vocabulis.... de AUdarf, de Buirgelon et de SUermum ecclesias,cumcapellis ab eis dependentibus, e^ectmis et aliis periinentiis esirundem ,..de Buirgelon etde8il&fitium(^\ieaoxasi) curtes. » Cf. le bref du même pape du 6 juillet 1248, où il est dit: «Cum monasterium Turicense, olim in temporibus babundare sôlitum, pcr hostes ecclesie ad gravem penuriam sit redactum, ita ut abbatissa et conventus ipsius monasterii de bonis ejusdem vix valeant sustentari, .... ecclesiam de Altorf,,. eis in usus proprios perpetuo retinendam contulisti. » (C'est à Pévêque de Constance que le Pontife s'adresse.) Cf. de Wyss, ibid., n° 114.
P. 62, n. 8. Voyez cet acte dans Schmid, Gesch. des Freystaats Uri, n, 194; Geschicbtsfreund, IX, 3; de Wyss, Abtei Z. Beil. No 506. Faite au nom de « Cuonradus villicus cognomine Niemirschin, » cette pièce se termine ainsi : « presentem paginam, quia sigillum non habeo, yenerabib's Domine J. abbatisse Thuricensis et vallis uni-
versitatis Uranie sigillis Abbati et conventui de Wettingen
tradidi communitam. » Elle est datée : « M.CC.XLYIII, XIIII Kal. Marcii (16 février), Indictione VI, in provindâ Uranie', in loco qui dicitur Scachdorf . »
P. 62, n. 9. Cet acte est à l'appendice N*» VII, a.
P. 63, n. 10. Voyez à l'appendice N^ VII, b. — Parmi les vingt personnes du parti d'Izeli qui, dans l'acte du 23 décembre 1257 (N*» Vna), sont mentionnées comme cautions, figure, après Izeli lui-même et son oncle, « Chuno, des Grothus ammann von Wettingen, »
P. 64, n. 11. Appendice N*» VIII. — Sur la charge d'avoué impérial confiée à Rodolphe de Habsbourg, Cf. de Wyss^ Abt. Z.,.Zw. Buch, n. 30. — L'expression jure hereditario désigne, par opposition à jure propridario, la possession des biens que l'on tenait en
usufruit perpétuel, sous coadition du paiement d'un cens et avec l'éventualité du retour au véritable propriétaire ou aux siens, dans le cas d'absence d'héritiers successibles ou de l'indignité personnelle du détenteur du fief. Ces biens pouvaient se vendre, comme les autres, en restant soumis aux conditions de leur institution. De nombreux exemples de ce genre se trouvent mentionnés dans les chartes du couvent de Zurich. Cf. de Wyss, Abt. 2. Beil., n° 101, 108, 126, 131, 132, 143, 144, 146, etc. Un seul passage suffira pour établir la distinction sus-indiquée : « Ego Roedegerus dictus Manez significo quod permutationem factam .... super area .... ad monasterium abbatie Txinceusia jure proprieUmo, ad homines vero de Wibechingen hereditario jtire spectante, et super nemusculo ...jurepropnetario ad monasterium heremitarum, ad me autem jure feodatorio pertinente. . . . JnmemoTiBmjuris proprietatis.,,, nomine census, ego et mei hèredes.... dimidiam libram cerœ dicto monasterio persolvamus. » Ibid., N<» 126. Et encore : «Haemma.... vineas quasdam, quasi Utuloproprietatis possidere videbatur, quasdam etiam a nostro monasterio jure hereditario habebat, annuatim.... pensionis nomine solvendo. > Ibid., N« 159.
P. 65, n. 12. Le premier sceau d'Uri avait pour légende : Sigtllum, VaUis. Uranie ; sur celui qui, vers 1250, prit sa place, on lit : 8. Hominum. Vallis. Uranie. Voyez Kopp, Gesch., Il, 271, n. 2; {H. V. Liebenau), Das ftlteste Siegel Uri u. s. w. dans Kopp, Geschichtsblâtter, I, 10-22, avec planches (c'est là que se trouve Te passage cité dans le texte) ; Geschichtsfreund, VIII, 15, note, avec pi. ; E. Schulthess, Die Siegel der Urkantone, dans Mittheil. der ant. Gesellsch. in Zur., IX, 1 ; 65-75, avec pi. —Le document où le sceau d'Uri est mentionné pour la première fois est un acte de vente passé entre un particulier et le couvent d'Engelberg le 24 août 1243. Voyez Geschichtsfreund, IX, 202. — Sur Passau, voyez Contin. Ratisb. Ann. Altahens. dans Pertz, R. G. Script. XVn, 409: « Sigillum et campanas Episcopo tradiderunt. » Cf. le rescrit*du roi Albert du 30 novembre 1298 sur ce sujet, n'' 92, dans BÔhmer^ Die Reg. 1246-1313. — On lit dans le Schwaben Spiegel (Art. 288): « Les villes peuvent avoir des sceaux, mais avec l'autorisation de leurs seigneurs. » Eichhom (Deut. St. und R. Gesch., § 341, note finale) s'exprime ainsi sur l'usage du sceau dans les communautés
de l'Empire germanique : « Le droit d'employer on sceau pour la confirmation des actes n'appartenait qu'à ceux qui avaient la faculté de passer lesdits actes en leur propre nom et indépendamment de l'autorisation d'autmi. De cette faculté différait le droit de confirmer par son propre sceau les actes de quelqu'un qui n'en possédait pas lui-même. Ce droit dépendait d'abord des rapports particuliers qui existaient entre les personnes, et ensuite, quand de tels rapports n'existaient pas, de l'exercice de la puissance publique. » Voyez n. 14, p. 68, l'application dé ces principes.
P. 68, n. 13. Voyez ce rescrit royal à l'appendice N<» VIII. — - Le diplôme accordé le lendemain par le roi Rodolphe à Luceme rappelle, par le ton général du style, et même par le choix particulier des expressions, celui qui venait d'être octroyé à Uri. Voyez Kopp, Urk.1, 21. Cette ressemblance est plus sensible encore dans la lettre royale adressée à Berne par le même prince, le 16 du même mois de la même année: «niis specialius propitiam se exhibere débet nostra regalis magnificentia, quos commendabiles effecerunt viriutum opéra regiis aspectibus graUosa. Eapropter civitatis ....Bemensis cives dilecti ! Ad memoriam revocantes qaaliterfidei vestre sinceritas ac devoUonis puriias circa ipsum Imperium . . . semper enituerit , . . . . vos tanquam spéciales Imperii suhditos specialiter complectimus ... » (Voyez Zeerleder, Urk. der St. Bem, H, No 608.) — n écrivait à Fribourg, le 12 juin 1289 : « Oh gratmta obsequiorum munera et devotionis insîgnia, quibus prudentes viri... de Friburgo... se nobis tradiderunt benevolos, placides et acceptos .. . » (Ibid. N® 815.) A Worms (7 décembre 1273) il promet « graciam seu ïibertatem hactenus observatam non minuerey sed poeius augfnentare. » (Voyez Bohmer, Acta Imperii selecta, 317.) n accorde à la bourgade fortifiée de Kirchberg près Burgdorf « ut omni jure, libertate, honore, et honesta consuetudine quibus oppidum Bemense munitur, gaudeat. » {Zeerl. ibid., N^ 760.) La même phrase se retrouve dans un diplôme pour Kreuznach,du 9 janvier 1291; Bâhmer, ibid., 362. C'est dire que le rescrit adressé à Uri est rédigé selon la phraséologie usitée dans la chancellerie de Rodolphe de Habsbourg, et que son style ampoulé serait une preuve de son authenticité, si celle-ci pouvait être mise en doute.
P. 68, n. 14. Gertrude, qui porte dans sa lettre le titre de «comtesse de Habsbourg, élue reine des Romains, » a pris plus tard le
nom d'Anne, cf. Bôhmer, Die Reg. 1246-1313, p. 56, 58; Kopp, Gesch. I, 129. Cette lettre en date du 10 octobre 1273 se trouve dans Tsehitdi, Chron. 1, 179; Kopp, Gesch., II, 729; de Wyss, Ahtei Z. Beil. N<>232. Elle est adressée: cB. ministre suo ceterisque ministris ac hominibus universis vallis Uranie. » L'initiale B. désigne évidemment Burkhard Schûpfer, qui, en 1275 (voyez l'acte cité note suivante) et en 1284 (voyez l'acte du 25 janvier 1284 cité plus loin), porte le titre de «Amman von Vre, ou, von Vren. » En 1291 (acte du 28 mars 1291, cité plus loin), Arnold de Silennon est qualifié de « Minister vallis. » — Sur les rapports entre Uri et Engelberg, voyez la note suivante.
Les décisions que la 'communauté d'Uri était appelée à prendre concernaient soit les transactions relatives à des personnes ou à des biens existant dans la vallée, soit des objets d'un intérêt plus général. Ainsi elle intervient, le 15 novembre 1246, pour garantir un échange fait par l'un de ses membres, Rodolphe de Wiler, avec le couvent de Wettingen : « Und das dise ding unversehrt und unzerbrochen bleibent, so ist an disen Brieff des gemeinen Landts Ury Insigel gehenckt worden» (Schmidj Gesch. des Fr. St. Uri, I, 216). Elle intervient également, le 18 novembre 1249, pour corroborer l'engagement que prend ce mêmeR. de Wiler d'observer plus fidèlement la précédente convention : « et bec nos per presens scriptum, sigUlo Universitatis vailis Uranie communitum, rata et firma promittimus habituros » (Schmid, ibid.. Il, 196). Le 25 janvier 1284 elle fait, à propos d'une convention passée entre Grégoire de Silenen et l'abbaye de Zurich, ce qu'elle a fait pour celle de 1246 : « Wir die Landlûte von Uren, henken unser Ingesigel an disen brief zeim Urkunde und zeiner sterkerunge ailes des so hie vor geschriben ist » (de Wyss, Abtei Z. Beil. N» 285). On lit à la fin de l'acte de fondation de l'église de Spiringen dans le Sch&chenthal, dressé le 29 mars 1290 à l'instance de l'évêque du diocèse, la clause confirmative suivante: «Ego Wemherus Nobilis dictus de Attingenhusen, de voluntate et eonsensu Ubero et eospreaso universitaiis vaUis Urame, sigillmn universitatis vallis eiusdem michi commissum huic instrumento apposui et appendi » (de Wyss, ibid., N*' 326). Un arrangement conclu, le 28 mars 1291, entre les couvents de Zurich et de Wettingen relativement à des propriétés dans la vallée d'Uri, est confirmé de même
NOTES EXPLICATIVES. 3ol
par cette clause finale : € Ego Wemhems Nobilis de Attingenhosen, ad petîtîonem domine Âbbatisse Thuricensis et hominnin proxime saper scriptoram (ceux qui étaient parties dans l'acte), et ad mondatmn hominum vaUis Uranie, sigillmn hominom predicte vallis presentîbus apposai et appendi» (de Wyss, ibid., N<> 334).
Toat montre qae la commonauté d'Uri était considérée comme un pouvoir dont l'intervention était nécessaire pour valider les transactions passées sur son territoire, lequel était régi en matière civUe par ane législation locale particulière ; si, du moins, il est permis d'interpréter ainsi ce qui est dit, dans le^ document du 18 novembre 1249 cité plus haut, à propos d'un échange de propriétés : « Sollempni et légitima jt«rto morem et consuetudinem Provôîcie facta permutatione. » Ce document est daté : « in provincia Uren. in villa Altdorf.» Voyez ce même terme de promncia ci-devant note 8, p. 62.
P. 70, n. 15. Voyez le texte de cet acte dans Kopp, Urkunden, ^11, 136 et en extrait à l'appendice N<> £^. — L'acte passé à Zurich dont il est ensuite fait mention dans le texte est du 27 juin 1304 : il forme le sixième article du code appelé Bichtebrief. Voyez Archiv fur Schw. Gesch., V, 266.
P. 71, n. 16. L'acte de partage n'a pas été conservé, mais on en peut conclure les dispositions d'après les biens et les titres dont se trouvent ensuite nantis les copartageants ou leurs héritiers. Voyez Kopp^ Gesch., U, 582-584; Blumer, Die Schw. Demokr. I, 89-90. Le texte d'un arbitrage relatif au même sujet est rapporté par HerrgoU, Gen. Dipl. Gent. Austr., H, 255, N*> 311, et par Kapp, Gesch.-BL, I, 54; cf. Bôkmer^ Zw. Erg.-Heft zu den Reg. 461.
P. 71, n. 17. Voyez Bôhmer, ibid., 461, 470, 471. — Albert et Hartmann de Habsbourg meurent avant 1253.
P. 72, n. 18. Voyez le bref d'Innocent IV, du 28 août 1247, dont le texte est à l'appendice N<> VI.
P. 73, n. 19. Voyez Bohmer, Zw. Erg.-Heft zu den Reg. 462, 472, avec les rectifications de de Wyss, dans l'Indicateur d'hist. et d'ant. suisses, année 1857, p. 15-17, 52.
P. 74, n. 20. Voyez le texte de ce diplôme à l'appendice N<>V. — On peut rapprocher du rescrit accordé par Frédéric aux Schwyzois,
celui qu'a octroya deux ans plus tard aux citoyens d'Erfurt, parce qu'ils avaient aussi, dans la lutte entre l'Empire «t l'Eglise, embrassé la cause de l'Empereur : « Attendentes fidem puram et devotion&n sinceram quam cives Erfordienses, fidèles nostri, ad nos et Imperium gerunt, nec non grata valde et accepta serviUa que nobis et Imperio exhibent, considérantes- etiam qualiter iidem cives... nosirum dominium speciàliter complectantes nobis .... adheserunt, .. predictam civitatem .... swb nostra et imperii protectione.., accepimua specicdi; » d'Avezzano, en juin 1242. Voyez Huilîard'Bréhoïle8,Bist, Dipl. Frid. Sec. ; ¥1,57. Les rapports qui existent entr^ les deux actes pourraient servir, s'il en était besoin, à garantir l'authenticité du diplôme qui se trouve dans les archives de Schwyz.
P. 74, n. 21. «L'Empereur peut, comme étant la source de tous les droits qui résultent des décrets que son autorité souveraine lui confère le pouvoir d'édicter, accorder à son gré aux hommes libres établis dans le ressort d'un prince (Landeshemn) des prérogatives qui restreignent ou modifient la haute juridiction concédée à ce dernier, n n'y a presque aucun privilège limitatif de la souveraineté princière, telle qu'on la concevait alors, qui n'ait été octroyé par les chefs de l'Empire aux sujets d'un prince, sans que jamais celui-ci se soit cru autorisé en droit à s'opposer à cet exercice du pouvoir suprême. » Eichhom, Deut. St. und B. Gesch. § 290 fin. On lit, dans la charte accordée par le roi Rodolphe de Habsbourg à la ville de Colmar, le 29 décembre 1278 : «La majesté royale est la source du droit et c'est par elle que subsiste toute justice. » Voyez TrauUîat, Monum. de l'évêché de Bâle, II, 300.
P. 76, n. 22. Voyez à l'appendice N° VL
P. 76, n. 23. Voyez la charte d'inféodation dans dé Wyss, Abtei Z. Beil. N° 98. — - Sur les ruines du château, voyez Geschichtsfreund, IX, 182-195. — Dans un acte du 8 juillet 1244, Rodolphe le Taciturne dit : « quod cum, inter nos et cives Lticemenses^ lites et contentiones aliquo tempore verterentur, tandem dicte controversiones sopite sunt. » Ce qui indique, comme pour Schwyz, un état de lutte et de raccommodement provisoire. Voyez Geschichtsfreund, I, 175.
P. 77, n. 24. Voyez à l'appendice N<> VT.
P. 79, n. 25. Cette mention est tirée de l'inventaire des titres qui avaient été déposés à Baden en Argovie, dans les Archives autri-
NOTES EXPUCATIVES. 383
chiennes; ce document a été publié par Koppj Gesch., n, 739; Y, 497. C'est le même historien (ibid. n, 328, n. 3) qui a proposé Pinterprétation que nous avons suivie. Yoici comment est conçu le passage de l'inventaire : « £in brieff wie Graff Hug (Hermann) von Froburg die wn Swite irs eides lidig seite und veriht das su denvon Habspurg angeh&rent. » — On. peut rapprocher ce qui se serait passé en cette occasion de ce qui eut lieu en 1336, quand le roi Louis de Bavière déclara légitimes les prétentions des ducs d'Autriche sur les Waldst&tten et délia les gens des vallées du serment qu'ils lui avaient prêté comme au chef de l'Empire (« erlat sy ouch ira Eides so su Im geswom haut »). Seulement ce monarque ne put faire exécuter sa décision. Voyez l'inventaire de Baden, dans Kopp^ ibid., V, 600, g.
P. 80, n. 26. Voyez Tsékuâi^ Ghron., I, 172, qui prétend qu'il s'agissait des gens de Steinen; lerescrit d'Henri VU du 5 mai 1310, ibid., 254; et plus loin p. 155, note 58.
P. 81, n. 27. Voyez le récit de Justinger dans le texte de ce volume, p. 222-223. — On lit dans l'inventaire de Baden (£opp, Gesch. n, p. 741): cEin brieff wie greffe Anne von Eiburg, graff Eberhartes von Habspurg elich wirtin, gab graff Rudolff von Habspurg, f&r viertzehen thu^ent mark silbers, Lentzburg.... Zug, Art.... und der egenant graff Eberhart gab Im ouch f&r daz egenant gut, Willisowe, Sempach, SwiU^ Sianns^ Buoks, lûte und gut in dm wcdU 8tetUn.>
P. 81, n. 28. On lit dans l'engagement pris le 25 avril 1278 par le roi Rodolphe envers le roi Edouard d'Angleterre, à l'occasion des fiançailles de la fille de celui-ci, Jeanne, avec Hartmann de Habsbourg : « Nosse volumus universos quod nos Domicellse Johannœ, in ha/erediiariis et pecuUcmhus terris nostris et bonis (im Eigen), in donationem propter nuptias, mille marcarum argenti redditus annuos, et de aUis terris nostris, castris, oppidis, bonis et possessiombuSj ad valorem decem milium marcarum,.... damus et assignamus eidem DomicellsB.... (pleno et Ubero interveniente consensu universorutn et singulorum nostrorum Uberorum) castrum de Lenzburg.... opidum Zuge.... vallem Agrei (Egeri); vaHem in Sunze, ctim curOs de Kyhurg et de Vrébmg (Froburg) » .... Si Hartmann meurt \e premier, Jeanne conservera sa vie durant la jouissance des biens engagés ;
mais à sa mort, si elle ne laisse pas d'enfants, « ipsa bona ad ha/eredes naeiroa îegiMimùs Ubere reversura » (Bymer, Fœdera, lY, 112, Londres, 1705).
Hartmann de Habsbourg périt en se noyant dans le Ehin, le 20 décembre 1281. Le 13 février 1281, il intervjient encore avec son frère Albert, futur roi, pour ratifier un acte par lequel leur mère aliénait yiagèrement une portion du domaine qui lui avait été assigné sur le patrimoine héréditaire des Habsbourg (imEigen), Yoyez Herrgotty Hist. DipL, Gent. Austr. H, 495, N^» 596.
Dans un registre des domaines de la maison de Habsbourg qui avaient été engagés par le roi Rodolphe lui-même (Pfandrodefj, on trouve la mention suivante, à l'année 1281 : « Hec sunt bona que obligata fuerunt comiti Eberhardo, de quibus debeat singulis annis recipere marcas cclx minus una.... item de Uberis homimbus de' Switz mar. Ix.... de curia Froburg marc. xiij. De curia de Eiburg mar. xv » (Das Habsburg Oesterreichische Urbarbuch, herausgeg. von F. Pfeiffer; Stuttgart, 1850, p. 345). K(ypp (Gesch., H, 595, n. 5) paraît croire que cette rente était destinée à servir l'intérêt d'une portion du capital de 14,000 marcs encore dû par Bodolphe à Ëberhard de Habsbourg. Dans ce cas le roi aurait engagé à sa bru des biens qu'il n'aurait pas encore payés à son cousii^.
P. 83, n. 29. Yoyez la sommation du comte de Tilendorf, datée du 24 avril 1289, dans Tschudi^ Chron., I, 198; Kopp^ Gesch., H, 736, — celle de Hartmann de Baldegg, du 7 janvier 1275, dans Tschudi, ibid., 181; Kopp, ibid., 729, — celle de la reine Anne (la même que Gertrude, v. plus haut, n, 14, p. 68) du 4 septembre 1275, dans Tschudi, ibid., 184; Kopp, ibid., 731. Ces trois documents se trouvent dans Geschichtsfreund, YH, 49-52. Lors même que le comte de Tilendorf ne s'adresse pas nominativement aux gens de Sçhwyz, ce n'est qu'à eux que peut se rapporter l'interdiction de ne frapper d'aucun impôt ( « gewerf oder stûre » ) le couvent de Bteinen à Schwyz { «in der Owe von Steine ze Swiz in der WàUstat*). C'est la première fois (sauf erreur) que paraît la dénomination locale de Wailtstat.
P. 83, n. 30. Yoyez Bodmann, Codex Epist. Rudolfi, reg. Rom. LipsiiB, 1806, folio, p. 186, et Kopp, Urk., I, 30.
P. 84, n. 31. Yoyez le texte de ce rescrit à l'appendice, N<*X. —
NOTES BXPUGATIVBS. 385
Sur les exemptions des tribanaux extérieurs accordées par Rodolphe, Yoyez Bôhmer^ Die Reg. 1246-1313, an 20 septembre 1274, pour Zurich; an 23 juillet 1275, pour Fribourg; au 2 août 1276, pour Solenre; au 17 octobre 1281, pour St-Gall, etc. — Le terme judex s'appliquait à des fonctionnaires revêtus de charges différentes. Bans l'ordre administratif on le rencontre comme synonyme de Jltfdster^ Ammann, le chef ou le président d'une communauté rurale ou urbaine; voyez Kopp^ Gesch., U, 181, n. 1; Bîumer^ Die schw. Demokr., 1, 130. Le roi Rodolphe s'adresse le 9 janvier 1274: € ilfinistro et universis civibus in Lucemft, » et le 4 novembre 1277 : « Jifdû», concilie, et universis civibus Lucemensibus. » Cf. Kopp, Urkunden, I, 21, 23.
« Dans le treizième siècle les nUnistériaux forment deux classes distinctes : l'une supérieure, dont les membres peuvent posséder des fiefs nobles, Fautre inférieure, composée de roturiers qui rentrent dans la catégorie des serfs {serv^^ ou des serviteurs subalternes {famiUa) de leur seigneur. » Telles sont les conclusions de M. le baron de Schede à la fin de son mémoire : Ueber die Freiheit oder Unfreiheit der Mimsterialen des Mittelalters ; 1 vol. in-8<*, Frankfurt am Main, 1868. n l'avait commencé par cette phrase : € Le mot mimatériaux désigne tous ceux qui sont obligés envers un seigneur à des senrices personnels dans des emplois auliques ou domestiques. H n'implique pas nécessairement l'idée du servage. »
P. 85, n. 82. On trouve fréquemment, dans les actes de Rodolphe, la formule suivante : « Privilégia a Friderico ultime Romanorum imperatore, ante îatam in eum papàlis excomirumicationis et deposiUO' nis sententiam, confirmamus^ > et, dans un diplôme du 15 janvier 1274, il ratifie les libertés que Frédéric II était censé avoir octroyées à Berne, « dans le temps oii il en avait le droit. » Voyez Zeerleder, Urk. der St. Bem, U, 125. Cf. Ed. von Wattemoyl^ Gesch. der St. Bem ; Schaffhausen, 1868, 1 vol. in-S^; 126 et 353-371. Voyez Bokmer, Die Reg. 1246-1313, au 21, 26 et 27 novembre 1274.
P. 67^ n. 32. Il résulte des lettres de Rodolphe de Baldegg et de la reine Anne, citées plus haut, note 29, p. 83, qu'en 1275 il y avait à la tète de la vallée de Schwyz deux Ministri ou Ammftnner, Rodolphe de Stauffach et Wemer de Sewen : « Viris discretis, Rudolfo et Wernhero Mnistris wilUs de Swites et universitati ejusdem loci, >
dit Baldegg : « Yiris providis et honestis, Bod. MînlBtro de Sthovfach et Wernh. de Sewen Ministro, » dit la reine. Mais, en 1281, la communauté possède quatre Ammâimer, c'est-à-dire, outre des deux déjà nommés, Ulrich Schmid et Conrad Ab Iberg ; on retrouve en 1286 ce même quadrille, dans lequel Ulrich de Wile et Wemer Tirmg ont remplacé Stauffach et Sewen. (Yoy. les deux actes cités dans l'avant-dernier paragraphe de cette note.) Mais, que les Ammans fussent deux ou quatre, il y en avait toujours un qui remplissait les fonctions principales, comme Ta fait observer .Eopsp, Gesch., U, 882, n. 5. Ce fonctionnaire est appelé « Landammann, » dans le traité du 16 octobre 1291 (voyez à l'appendice, N<> XII), et dans la lettre royale du 13 janvier 1299 (voyez n. 14, p. 118).
Le droit que s'attribuait la communauté de Schwyz de mettre des impôts dans son territoire est constaté par l'interdiction même qui lui fut faite à plus d'une reprise d'en lever sur les religieuses de Steinen.
On reconnaît d'ailleurs dans les paroles suivantes le langage de
gens habitués à prendre des décisions communes pour la gestion de leurs intérêts : « Wir , die Landt-Lût von Schwitz kûndend allen 4enen die disen Brief jemer ^esechend, dass wir, mX gutem lUxi und mit voUJeommenem Willen, dese ûberein sind kommen das wir .... das gut Jesinen .... Cunrad dem Hunnen handgeben ze kouffen umb x Pfondt und fur die arbeit, so Er dafur unss und dess Lands Eere erUtten hat^ wann daher In die Land-IM sandten .... Dass dise Geschrifft s^te und feste sige, so hand wii" unsers Lande Ineigél an disen Brief geben und gehenckt .... zu Schwiz in der Kilchen. »
Le sceau de Schwyz, qui parait pour la première fois dans ce document daté du 25 décembre 1281, porte en légende : S. Univer' eitatis. In. Swiiee, (Voyez Tschudi, Chron. I, 189 ; SehuUhese, Die Siegel der Urkantone, cité plus haut, p. 65, n. 12.) On lé retrouve dans un acte du mois d'avril 1286, par lequel Conrad Hesso et sa femme font don aux religieuses de Steinen de terres sises dans la vallée : « in ci\jus donatfonis testimonium praesens scriptum tradidimus monialibus memoriatis sigillo communitatis de Swites communitum. >
Le roi Rodolphe, reconnaît toujours aux Schwyzois, comme son prédécesseur Frédéric n, la qualité « d'hommes libres, » qui ne constituait pas, il est vrai, l'émancipation. politique proprement dite.
mais qui était un des échelons qui y conduisaient, comme l'avait dit l'empereur Frédéric aux Schwyzois eux-mêmes. (Voyez à l'appendice les N«» V et X.)
P. 88, n. 34. On trouve ces expressions, employées pour la première fois le 4 mai 1252, dans un document latin et allemand, relatif à un accord entre les seigneurs de Rothenbourg et la ville de Luceme, où il est fait allusion à un état de guerre « under den Waiiluim, > « apud Intramontanoe » (Kopp, IJrk., I, 5). Ce dernier terme se rencontre aussi dans, un acte du mois de juin 1267, cité par Kapp, Gesch., n, 204, n. 4; 205, n. 2.
F. 89, n. 35. On a cru longtemps que le diplôme impérial de 1240 accordé à Schwyz par Frédéric n avait été aussi octroyé aux deux autres vallées. C'était une erreur introduite et propagée par Tsckuâi, comme l'a i)éremptoirement démontré H. Wartmann, Die kônigl. Briefe fiir Un, Schwyz und Unterwalden, dans Arch. fOr schw. Gesch., Xm, 155-160.
P. 90, n. 36. Voyez dans Kopp, Urk., I, 2-3, la lettre adressée à Zurich. (Cf. plus bas n. 39, p. 90.)
P. 90, n. 37. Voyez ci-dessus, p. 77-78, à l'appendice, le N*> VI et, en outre, le document cité note 25, p. 52, où Rodolphe le Taciturne, tout en confirmant la renonciation de son père aux droits qu'il possédait sur les « honmies libres et ceux qui lui étaient soumis ^tire advocoMonia {cLdvocaMé), » ajoute que, pour lui, il ne consentira plus à de nouvelles concessions de ce genre : « ita tamen, ut, de caetero, nullus talium kominum ad eadem loca (les domaines d'Engelberg) a w>8tra juridictione transferatur. »
P. 90, n. 88. Voyez à l'appendice le N° VI. L'acte mentionné ci-dessus, note 34, p. 88, et celui dont il est question, note 23, p. 76, signalent soit un état d'hostilité entre Luceme et les Habsbourg, soit la disposition chez les bourgeois de cette ville à prendre part à la lutte que soutenaient les Waldleute. Le document du 4 mai 1252 s'exprime ainsi à ce sujet : « Si vero a lacu Lucemensi apud Intramontanos aliquot préUtan exortum fuerit, omnes iUuc ire voîenks idem prelium laborent destruere, partes suas probonopacisinterponentes; et, si quis noètrûm anUco suo ibidem préUanH subvemre vokbefU^ arvm, suie vd consilio suo suibveniat, ita tamen quod personâ propriâ cum eo, quando prelii finis non fuerit, non permaneat. Si autem perso-
naliter eidem prelio interfuerit, nequaquam cmtatem intret antequam v libris illud emendet. » Par le même acte on renonce, pour le présent « à toute confédération formée pendant la guerre » (aile Sicherheit wie si dar komen waz in dem kriege), et l'on menace d'une amende de dix livres ceux qui en contracteraient une dans l'ayenir (der mâche dehein solich ubelliche sicherheit daz er daz bezsern sol mit cehen marchen silbers).
P. 90, n. 39. On lit dans la lettre citée ci-derant, n. 36, p. 90: « Turegi civitatis egregie consultis.... R. de Winchilreit, W. de Buochs et filius eius W. milites, et W. de A. et Stanglini 01. et W., et Nidirwile mimster, et H. frater eius, et B. de Woluinschiezin .... salutem et super inimicia victoriam iriumphalem, » Voyez de Wyaa^ Abtei Z., 65, sur la situation critique de Zurich en 1247; ce serait donc à cette année*là qu'il faudrait fixer l'époque de cette lettre sans date.
P. 91, n. 40. Eodolphe avait hérité dans l'Unterwalden de ce qui était échu à son père par le partage de 1232 (voyez note 16, p. 71) ; de plus il avait acquis de son cousin Ëberhard des biens situés dans la vallée inférieure (voyez note 27, p. 81). Une partie de cette dernière vallée appartenait au comté de l'Aar ou Aargau, à la tête duquel il était lui-même placé, comme cela résulte de la transaction de 1239 (voyez plus haut note 16, p. 71), qui lui donoe le droit de faire comparaître les € hommes libres » de ce comté devant ses assises. L'on voit, en eflfet, le 22 février 1257, Ulrich de Russegg, qui s'intitule : « Judex a Lancravio Ergaudiae constitutus, » rendre une sentence juridique dans un différend soulevé entre le couvent de Hohenrain et des hommes de l'Unterwalden, relativement à une propriété sise à Bùrgen {Kopp, Urk. I, 8). Dans l'acte du 11 août 1275 (voyez plus haut, note 15, p. 70), Marquard de Wolhusen se qualifie de € Richter in Argôw und Zurichgôw dess .... Her Rudolffs.... rœmischen-Kûngs. » L'achat que fit, le 16 avril 1291, le roi Rodolphe des droits du couvent de Murbach à Lucerne le mit encore en possession de nombreuses propriétés dans l'Unterwalden, avec les privilèges seigneuriaux qui y étaient attachés. Voyez Kopp, Gesch., II, 187; Bltmer, Die schw. Demokr., I, 28-34.
P. 92, n. 41. Voyez Blumer, ibid., I, 73-81 ; de WysSy Abtei Z., 77-78.
NOTES EXPUGATIYES. 380
P. 93, n. 42. YojezEiehhom, Deutsche St.- undR.-Gesch., § 2d4; H, von lÀebenaUj Die Wmkelriede von Stanz, dans Mittheil. der ant. Ges. in Zurich, IX^ 2, 34-37 ; Plndicateiir d'hist. et d'antiq. suisses, année 1858, p. 3-4. De TFy<8^ AbteiZ.,p. 81, parle de « la jeunesse guerrière des vallées que dominent le St-6othard etlesMythen, qui s'exerçait dans les armées de l'Empire au métier des combats. >
P. 93, n. 43. Christian KikhemeUter, qui vers 1335 composait les Neue Casus Monast. S* Galli (dans Mitth. zur Taterl. Gesch., St-GaU, I), dit (p. 8) : « Unser Her der abt hatt och Soldner von Swytz und Ure und darzuo des Gotzhus lût, » et (p. 13) : c Da waz Baprechtswyler hobtherr Walther Ton Vatz und gewan der alz vil lût von Swyte und von Glams und von Kurwahlen, daz unser lût entwychen muossten. »
P. 94, n. 44. On lit dans la chronique de Matthias de Neuentourg (voyez plus loin p. 215, note 2) : « Quidam de Swida, quorum rex mille quingentos habuit, soliti currere in montanis, descendentes montem irruerunt in castra comitis Ferretarum .... aliquibus occisis ipsius spolia deferendo ac plurima laniando, ita quod commocio facta est clamorosa. > (Chronica, éd. Studer, Zurich, 1867, p. 24.) Le chiffre de 1500 hommes, s'il est exact, ne peut évidemment pas s'entendre du contingent fourni par les montagnards des Waldstâtten seuls.
P. 95, n. 45. Voyez à l'appendice, N® XI, le texte de ce document.
P. 96, n. 46. Nous avons dit, p. 91, que « l'antique confédération » dont il est question dans ce pacte doit probablement s'entendre des alliances passagères formées de 1240 à 1270 entre les gens des Waldstâtten pour résister aux comtes de Habsbourg. L'épithète antiqua s'appliquait alors à une durée beaucoup moins longue que celle dont le mot antique éveille la pensée. En 1273, lors de l'élection du roi Rodolphe, les électeurs s'intitulent : « Principes electores quibus in romani electione régis jus competit àb antiquo, » Or, cette dernière expression ne peut indiquer une époque antérieure à 1254, car le roi Conrad lY, qui mourut alors, avait été élu en 1237 par d'autres princes que par ceux qui sont ici désignés. Voyez Bohmety DieEeg. 1246-1313, p. 58; voyez aussi plus loin, note 11, p. 116.
Quant à l'expression cjuramenio vallata, » appliquée à cette confédération, ce n'est point un terme qui dédgne un serment d'une
360 TRœSIÈJfE ÉPOQUE.
nature particulière ; on le retrouye ailleurs, pour caractériser un engagement quelconque : « pacta sacramento vallata; » (dans Kapp, Gesch. m, 265, n. 2). On a vu plus haut, n. 11, p. 58, que le serment était usité dans ces sortes d'unions politiques.
Sur le sceau du Nidwald, qui se trouve, avec ceux d'Uri et de Schwyz, appendu au parchemin du pacte de 1291, se lisent en légende les mots : S, Ufdversitatis, Hominum De, Starmes; puis on a plus tard ajouté à l'intérieur du champ : Et Vcdlis. Superioris. Cf. Kapp, Gesch. n, 210, n. 4 ; et Mitth. der antiq. Ges. in Zurich, IX, 1, 74.
P. 97, n. 47. Par un accord du 16 août 1293 les bourgeois de Bàle et ceux de Lucerne conviennent de même de toujours recourir aux tribunaux pour obtenir justice : « dekeine an libe noch an gute besweren noch behaften wand mit gerichte. » Kopp, Urk. U, 147.
P. 98, n. 48. Voyez le traité du 16 octobre 1291 avec Zurich à l'appendice, N*» XII.
P. 100, n. 49. « Cum vacabit imperium, judicem vel judices possint constituere, super delictis que requirunt penam sanguinis. » Diplôme du roi Adolphe du 11 janvier 1293, dans Zeerleder^ Urk. der St. Bern, II, 391.
8KC0NDE PÉKIODB
P. 104, n. 1. Sur les événements qui se passèrent en Suisse immédiatement après la mort de Rodolphe de Habsbourg, voyez Kopp, Gesch., m, 1, 3-13.
[P. 105, 1. 26, au lieu d'^Wsfeld, lisez : Erstîéid,]
P. 105, n. 2. Voyez le traité d'alliance entre les deux Waldstâtten et Zurich à l'appendicç N^ XII.
On plaçait ce traité à l'année 1251 jusqu'à ce que Kopp, ayant examiné l'exemplaire original déposé dans les archives de Zurich, eût reconnu que ntin^^ avait été grossièrement changé enfunzig^ cf. Urk. I, 37. La même altération se rencontre dans deux actes passés à Uri en août 1294 (cf. de Wyss, Abtei Z., N° 362; Kqpp, Gesch., n. 1, 260, n. 8), tandis que, dans Schtnid, Gesch. des Freyst. Uri, I, 217 et 220, ils portent « zwùU hanàert fut\ffzig und vier jar. »
P. 106, n; 3. Voyez Bîumer, Die schw. Demokr., I, 80. — Sur les
Attinghausen, voyez Th. von Liebenau, Gesch. der Freiherm Yon Attinghasen und Yon Schweinsberg ; Aarau, 1865.
P. 108, n. 4. Voyez Kopp, Gesch., III, 24-34.
P. 108, n. 5. On lit dans on acte du 30 marâ 1293 émané du comte Othon de Lichtenstein, bailli du duc d'Autriche, que les bourgeois de Luceme ont juré pour trois ans « la paix du pays ; » mais sous réserve d'être dispensés de comparaître aux assises du comté : « aile die wlle daz urîige wert von dien WaMeutenj man si umb enhein dink an den Lantag twingën sol. » D'après une déclaration de marchands milanais du 10 avril suivant, le bailli de Baden, qui gouvernait PArgovie (per Argoyam procurator) pour Albert, duc d'Autriche, avait peu auparavant interdit tout transit de marchandise par la vallée d'Uri « propter disçordiam hominibus vàllia de Ure motam. » Voyez Kqpp, Urk., I, 42 et 45. — Sur Luceme, ibid., 41 et 47.
P. 110, n. 6. On voit, le 13 août 1294, « Wemher von JËtUghtisen, der Lantammann, » paraître comme premier témoin laïque dans une transaction conclue entre l'abbaye de Zurich et le couvent de Wettingen au sujet de propriétés situées dans la vallée d'Uri. Cf. de Wyss, Abtei Z., Beil. N*» 363. — Dans un autre acte, du 17 novembre 1294, « Wemherus de Attingenhusen, Minister vallis Uraniœ » intervient comme acquéreur de biens possédés par un des serfs du couvent de Wettingen. Cf. Xopp, Urk., H, 150.
P. 111, n. 7. Le texte de ce décret se trouve dans Kothing, Das Landbuch von Schwyz, p. 265; Blumer, Die schw. Demokr., I, 557; Kopp, Urk. n, 150. Nous en donnons les principaux passages à l'appendice N*^ Xin. Le juge dont il y est question est le landammann de Schwyz, et les ammans sont les fonctionnaires chargés de la répartition et de la perception des impôts (cf. note 31, p. 84; note 38, p. 87; note 14, p. 118). — Dans une transaction du 3 février 1295, intervenue entre les gens de Schwyz^ et le couvent de Steinen, à propos d'une question d'usufruit et de propriété, il est dit que les biens dont il s'agit étaient en la possession des religieuses « aecundum jus et œnsuehidinem vaïUs de 8wiz et prescriptione légitima ; » ce qui indique, comme nous l'avons vu pour Uri (note 14, p. 68), une législation civile propre à la vallée, et, peut-être aussi, l'effet non rétroactif du décret de 1294 relatif aux acquisitions de terres par les couvents. — Dans un autre arrangement, fait le 10 février sui-
vant entre le même couvent et des citoyens schwyzois, parmi lesquels se trouve Eodolphe Stauffach, ceux-ci demandent qu'on appose à Pacte « sigillum communitatis de Simcz, » En conséquence c Chunradus rràmsief^ dictas de Iberg, et dicta communitas » font apposer le dit sceau. Voyez ces deux pièces en abrégé dans Tschudi, Chron., I, 213 et Kopp, Urk., II, 152.
P. 112, n. 8. Yoyez Bôhmer, Reg. 1246-1313. Reg. Alb. N»* 154, 292, 385, 526.
P. 113, n. 9. Voyez le texte de ce rescrit à l'appendice N° XTV. — C'est à tort qu'on l'a regardé comme ayant été aussi concédé à Unterwalden. Cf. Wartmann, Die kônigl. Freibriefe, dans Archiv fur schw. Gesch., VIII, 157. — Le roi Adolphe confirme le l*»' juillet 1292 à la ville d'Aix-la-Chapelle les privilèges que lui avait accordés le roi Richard en 1257, sans nommer ce prince. Cf. Kopp, Gesch., m, 40, n. 6. Il confirme également au duc Jean de Lorraine les fiefs et les droits que lui avait concédés Frédéric U, « ante latam in ipsum depositionis sententiam. » Voyez , au 15 septembre 1292, BÔhmer, Reg. 1246-1313, p.*163, et Kopp, Gesch., III, 48, n. 5.
P. 115, n. 10. Voyez dans Kopp, Gesch. Bl. II, 306, cet acte où Frédéric, « dei gracia Romanorum rex, » donne à ses frères les ducs d'Autriche, « pro aliquali reformacione dampnorum et recompensa laborum suorum, viginti sex millia marcarum argenti puri
obligantes pro eàdem summâ de nostris et Imperii bonis : « Primo, videlicet, opidum Schafifhusen itam valkm in Ure. »
P. 116, n. 11. Le rescrit du roi Albert adressé « JMimsiro vallis Uranie fideli suo » lui enjoint de laisser les religieux de Wettingen « ac homines suos in valle Uranie morantes » jouir de tous les droits et privilèges « quibus ab cmtiquis ieinporibus sunt gavisi. » H n'y avait pourtant que soixante-quinze ans que le couvent de Wettingen avait été fondé. Voyez cet acte du 1«' avril 1302 dans Tschudi, Chron., I, 228; Kopp, Urk., H, 172. — Werner d'Attinghausen, landammann d'Uri en 1294 (voyez plus^haut, note 6, p. 110), reparait comme tel en 1301, pour sanctionner une transaction privée : « Eûnden wir Werner von AUinghtisen, der Lant-
Ammann von Ure Das dis stâte blibe darumbe henken wir,
der vorgenande Lant Ammann, unser Ingesîgel an disen Brief ze einem Urkunde. » Voyez Schmid, Gesch. des Freyst. Uri, II, 214.
NOTES EXPUGATIVfiS. 363
— Dans l'acte du 11 novembre 1308 on lit : < Etknden wir Her Wemher Frie von AtUngenhusen LantAmmatm und die Landlut ee
Uren das wir, anf das gaot das dem Gotzhus (l'abbaye de
Zurich) gekonfft wart hi Kanig AJhrechtens Seîigen von Borne ziien sture leiten; nnd loben wir swas gaotz ieze das Gotzhus Ton Zurîch in dem Lande ze Ure hat ze sinen handen das wir dar uf
niemer sture gelegen es si von kunge, oder von urluge, oder
swas not uns an komen mag » Voyez Kopp, Urk., I, 91 ;
de Wy88, Abtei Z. Beil. N° 404. En 1302, les gens d'Uri (Landt- Lûten gemeinlich Yon Uri) font un accord avec les seigneurs de Wagenberg, qui leur avaient servi de cautions dans un différend avec Glaris. Voyez JMmdiy Chron. I, 228 b.
P. 117, n. 12. Voyez plus haut note 6, p. 32. — Lorsqu'en 1241 Henri de Raperschwyl céda au couvent de Wettingen « jpredium in Uren, » il le fit : « ad preces hominum eidem predio attinentes; homines dicti predii questum magnum estimantes secularem dominationem evadere. » (Voyez Tschudi, Chron. I, 136; Schnnd, Gesch. des Freyst. Uri, I, 214.) Un autre acte de Pan ^291, relatif à l'acquisition par Wettingen de terres possédées à Uri par la comtesse de Raperschwyl, dit que cette acquisition a en lieu, « hominibus, quos cum possessionibus comparavimus, eorum cooperantibus laboribus et expensis ; » aussi le couvent les rend-t-il « consortes et particij^es omnium conditionum et libertatum quas nostri predecessores fecerunt hominibus nostris in Ure. » (Voyez Kopp, Gesch., II, 1, 738.) — La vente faite à Wettingen par la comtesse de Raperschwyl de tout ce qu'elle possède « in universo districto vaïHs Urarde, » est du 29 avril 1290. (Voyez Jbchitdi, Chron. I, 199; Sehmid, Gesch. des Freyst. Uri, I, 226, la place par erreur en 1293.)
P. 117, n. 13. Dans cet acte le roi Albert investit l'abbesse de Zurich de l'administration des biens temporels de son couvent, et il epjoint « universis et singulis vasallis, ministerialibus et hominibus
suis quatenus ipsi Abbatisse, tanquam Principi nostre, domine
sue intendant in omnibus et pareant reverenter. » Voyez de Wyss, Abtei Z. Beil. N» 403.
P. 118, n. 14. Les deux lettres de la reine Elisabeth sont adressées : < officialibuB seu ministris, totique Universitati in SwUia, »
Dans la première, conçue en termes généraux, elle déclare prendre les religieuses de Steiuen sous sa protection ; dans la seconde, datée du même jour, s'autorisant du consentement du roi son mari, elle interdit que les religieuses « aliquam precariam dare a nostris officiatis aliquatenus compellantur. Et, cum intellexerimus quod, tu Landamrriann^ ad ordinationem offîcialium seu ministrorum, memo-
ratas sanctimoniales ob huiusmodi precarie exactionem impigno-
raveris, volumus quatenus ipsis denarios restituere
debeas indilate; ceterum Universitati vestre prelibatas sanctimoniales a quorumlibet violentiis, iniuriis et offensis, pro vestris viribus, recommitimus gubernandas. » Les deux lettres sont dans Tschudiy Chron. I, 221 et Kopp, Urk. II, 167-168. -= Les Ammanner étaient chargés de répartir les impôts, de dresser les rôles, de signaler les retardataires ; c'est pour donner force de loi à leurs décisions, « ad ordinationem, » qu'intervient le Landammann, comme représentant la puissance executive supérieure. Cf. note 32, p. 87 : note 7, p. 111.
P. 120, n. 15. Voyez Kopp, Urk. I, 54. C'est pour des motifs semblables, que fut érigée en mars 1290 la paroisse de Spiringen dans le Scbâchenthal. Yoyez Geschfr. III, 256.
P. 120, n. 16. Le 21 mai 1324 le duc Léopold d'Autriche intervient dans la collation de la cure de Steinen; en 1338 le duc Albert confère encore celle de Morschach. (Voyez Geschichtsfreund, I, 44, 51.) Dans le premier accord fait entre l'Autriche et les Waldst&ten, après la bataille duMorgarten, le 19 juillet 1318, les confédérés déclarent que « les ducs d'Autriche pourront, pendant la paix, exercer sur les domaines qu'ils possèdent dans les vallées tous les droits dont ils jouissaient du temps de VEmpereur Henri, et les faire administrer par des gens de l'endroit où les dits domaines sont situés, pour tout ce qui concerne les impôts, les redevances et la juridiction, selon ce qui a été d'usage jusque-là; et si, durant la paix, il venait à vaquer quelque bénéfice ecclésiastique ou quelque fief qui relevât des susdits ducs, ceux-ci pourront en disposer sans être inquiétés » (Tschudi, Chron. I, 285 : Eidg. Abschiede, 1839, Beil. N<> 3). En 1352 les gens de Schwyz reconnurent encore les droits seigneuriaux des ducs d'Autriche (Tsckudi, ibid., 419).
P. 121, n. 17. Ce document est donné par Tachudif ibid., 230.
P. 121, n. 18. On trouve cette lettre dans Kopp, Urk. I, 63.
P. 122, n. 19. Les parties qni interviennent dans cet acte passé à Samen déclarent « wand wir nit Ingesigels han, da von haben wir gebetten den erebaren man hem Buodoîven von Oedimet Lantammann ze Underwaidm daz » (Kopp, ibid., 66.)
P. 123, n. 20. Voyez plus haut p. 96, n. 46.
P. 123, n. 21. Voyez dans HerrgoU, Gen. Dipl. Gent. Austr. H, 581, N*> 689, cet acte daté de Zurich le 23 janvier 1300.
P. 125, n. 22. Ces paroles se trouvent dans un document de 1806, d'une authenticité douteuse, et où l'abbé de Pf&ffers se plaint des usurpations dont il a eu à souffrir : « precipue vero advocatia nostra in loco Weggis, per nimiam Alberti régis rapacitatis sitim valde exaninata dicitur. » Cf. Kopp^ Gesch. lU, 2, 306, n. 3.
P. 125, n. 23. Voici comment s'exprime sur le compte du roi Albert un annaliste du quatorzième siècle : « Amicis lenis, adversariis gravis, probos diligens, improbos cohercens, immaculatum thorum suum retinens, nuUum quacumque noxa reum ad suam venientem curiam offendens, improperia patienter sufferens, ii^urias simul di-
missas nunquam revolvens (Jeem de Vktring, dans Fontes rerum
germanicarum, éd. Bôhmer, I, 357, cf. note 1, p. 213). En revanche, Jean de Winterihur, autre contemporain, dit de lui : « Hune regem Albertum fama vieio avaricie nimis excessive irretitum testatur. Nam tantum lucris et rébus temporalibus inhyavit, quod castra, civitates, et opida suorum consangwineorum sibi indebite usurpavit; quod causam ante tempus morti sue dédit. » Chronicon, dans Thés. Hist. Helv. 15, et dans Archiv filr schw. Gesch. XI, 42, éd. de Wysa; cf. n. 4, p. 217. Voyez dans le texte de ce volume p. 128, le témoignage d'un autre chroniqueur de la même époque. StàUn (Wirt. Gesch., m, 96-113), Hagen (Die Politik der Kaiser Rudolf und Albrecht I, cité note 1, p. 6), (fe Wyss (Die Gesch. der dreiL&nder, 13; Abtei Zurich, 90), MûcJce (Albrecht I von Habsbourg, cité note l,p.6, 173-181), et Ed. von Wattenwyî (Gesch. der Stadt und Landsch.Bem. Schaffhausen, 1868, I, 199-213), ont réformé, avec plus ou moins de réserves, le jugement défavorable qui pesait sur la mémoire d'Albert d'Autriche.
P. 126, n. 24. Voyez la lettre d'Albert du 5 juillet 1298 à l'évêque de Passau, dans Kopp, Gesch. El, 1, 286.
P. 126, n. 25. A Pappui des allégations contenues dans ce paragraphe on peut consulter : !<> Kopp, Gesch. ni, 1, 23, sur les ménagements observés envers les Styriens révoltés. 2^ Dans Pez, Ber. Austriac. Script. I, 1083, les observations d'un chroniqueur sur la punition infligée aux persécuteurs des Juifs : « Alberecht nam In leib und gut die den Auflauff hâtten gemachet. wer hat den argen ratt dem edlen Fûrsten gegeben ! Layder ! Ich besorg daz darumb Christus, dess feind die Juden sind, hat hincz Im den bitterleichen tod verhengt, daz er von seinen argen blut alz iemerleich ward getôttet. » 30 Décret d'Albert (de 1298) dans PerU, Mon. Genn. Hist. lY, 481. Rescrit du même du 10 mai 1301 dans Bôhmer, Acta Imp. Sel., 404 : « fecimus pacem generalem ....pro tranquillitate et pacifico statu Imperii ordinari, et, ad ejusdem pacis observantiam, et ad dimittendum et extirpandum indebita thelonea, rapinas, spolia, violentias, re-
belliones et quaslibet injurias, juramentis publice prestitis se
astringi. » 4? Sur la lutte entre Albert et le pape Boniface YIII, où le premier se montra peut-être moins courageux que ne le dit notre texte, YOjezKqpp, Gesch. III, 2, 118-136 etMucke, Albrechtl von Habsbourg, 101 et 119-126. 5^ La guerre contre les trois électeurs ecclésiastiques pour affranchir la navigation du Rhin au profit des villes est racontée dans Kopp, ibid. 68-111, et dans Mûcke, ibid. 110-119. 6*» Voyez plus haut p. 112, n. 8. 7« Rescrit du 29 octobre 1301 pour Francfort, Friedberg et Wetzlar, dasisBôhmeY, Acta Imp. Sel. 406. 8<> Enumération des franchises octroyées ou confirmées aux villes, dans Kqpp, ibid. 20-22 ; sur les libertés de l'Ostfriese, voyez rescrit du 10 mai 1301, Bôhmer, ibid. 405. 9^ « Commune bonum terre et potissimum uUUtatem mercoitorwn attendentes, » dit Albert à propos du péage de Jougne transporté à Lucerne; voyez Bôhmer, ibid. 400, acte du 23 août 1299 ; sur les foires et les péages, ibid. 412, 413 et Reg. Alb. No 82. lOo Voyez id. Reg. Alb. N» 117, et Kqpp, Gesch. III, 2, 414, une lettre au doge de Venise du 29 mars 1307. 110 Bôhmer, Acta Imp. Sel. 390, lettre du 28 août 1298 à l'évêque de Liège : < de plenitudine potestatis nostre sibi concessa in hac parte. » 12<> Id. Reg. Alb. du 7 mai 1301.
P. 128, n. 26. Voyez la première de ces pièces, Geschichtsfreund, I, 44 et 45, et la seconde, du 12 juillet 1307, ibid. 41.
P. 128, n. 27. Pour Uri voyez dans le texte p. 116 et pour Schwyz p. 121.
P. 128, n. 28. C'est l'aateur de la chronique zorichoÎBe, publiée par EUmuUer^ dans les Mitth. der antiq. Ges. yon Zurich, II, 61.
P. 129, n. 29. Voyez plus loin dans le texte de ce volume, p. 280, le passage où le Zurichois Stumpff, qui écrivait en 15é5, affirme formellement que le roi Albert « respecta Pindépendance des Waldst&tten, » et p. 292 et suiv. le récit de Tschudi qui, en 1570, lance contre ce monarque, pour la première fais^ les imputations sur lesquelles s'est greffée la tradition vulgaire de l'affranchissement des Petits Cantons.
P. 130, n. 30. Le prender des historiens cités est M. G- de Wyss, Abtei Zurich, 90, Geschichte der drei Lânder, 14 et 28 ; le second est M. Ed. de Wattenwyl^ Gesch. der St. Bem, I, 212.
[P. 131, 1. 11, à la fin du paragraphe, ajoutez : 30*].
P. 131, n. 30*. Voyez Mûdce, Albrechtl von Habsburg, 5-8; et Kapp, Gesch. UI, 21-23 ; 225-26 ; et dans ce volume p. 107.
P. 132, n. 31. On peut constater, d'après Bohmer, l'emploi que le roi Albert fit de son tanps pendant les quatre mois qui précédèrent sa mort (Reg. 1246-1313, p. 250). Il avait l'usage de passer chaque année les fêtes de Pftques dans quelque endroit de la Suisse. Cf. de Wyss, Abtei Z. Zweites Buch, Anm. 44. La chronique rimée d^Ottokar de Homeck donne de minutieux détails sur les derniers jours de sa vie. Voyez Paet, Ber. Austr. Script. III. — Sur le siège du château de Furstenstein, cf. Matthias de JSfeuenbowrg, Chronica, 40, 44. — Pour le décret en faveur de l'abbaye de Zurich, voyez note 13, p. 117. — Sur la mort d'Albert d'Autriche, on trouve dans MOcke (1. c. p. 167-168) le résumé des témoignages contemporains.
[P. 132, 1. 20, après 1308, ajoutez : 31*].
P. 132, n. 31*. « Cum rex (Albertus) multos haronutn bonis et juribus spoliaret, instante fréquenter regina ut liberos sues sibi commendatos haberet ... Waltherus quoque de Eschbach, cum à rege 8&n ahlata repeteret ...» McdiMas de Neuenbourg, Chron. 42. Cf. plus haut, n. 23, p. 125, la situation de Jean de Wmterthur. — Ed. de Wattemoyl (Gesch. der St. Bem, I, 210) dit très-bien : < Le roi Albert, poursuivant la politique de sa maison, chercha à enrichfar ses fils, soit par des achats, soit par dès inféodations. Les dettes de la noblesse libre lui offrirent souvent des occasions propices. Lors même que ces acquisitions s'effectuaient d'une manière régulière, elles n'en
menaçaient pas moins l'indépendance des nobles. C'est ce qui explique comment le duc Jean put trouver parmi eux des complices, et pourquoi les fils d'Albert en punirent un si grand nombre pour venger le meurtre de leur père. »
P. 133, n. 32. Voyez Kopp, Urk. I, 106.
P. 134, n. 33. Voyez les actes du 12 octobre 1352, dans Amtl. Samml. der Abschiede, et à l'appendice N^ XVŒ.
P. 135, n. 24. Sur la famille des chevaliers de Eûssnacht et le fief de ce nom, voyez Kopp, Urk. I, 63, 125; II, 157; Gesch. H, 1, 131-134. On trouve l'acte relatif au conflit de 1284 dans Geschiclitsfreund, I, 64, et celui qui se rapporte à la querelle de 1302 dans Kopp, Urk I, 58. On peut comparer, avec les vexations dont ces actes font foi, celles que s'étaient permises les baillis de Rothen- . bourg envers les ressortissants du couvent de Luceme, et qui rentrent dans la même catégorie de méfaits ; voyez l'acte du 24 mars 1274, dans Geschichtsfireund, I, 190. Ce sont des exactions analogues commises à l'égard des hommes de l'abbaye de Zurich, qu'impute à luimême et à son père Walter d'Eschenbach, dans un acte du 24 août 1264, publié par de Wyss, Abtei Z., Beil. N« 194. On trouve aussi consignées dans le terrier de Habsbourg (voyez plus loinn. 56, p. 154) des plaintes du même genre sur le gouvernement des baillis, qui y est appelé : € bôse gewonheit der vôgten » (p. 82) ; ailleurs il est dit : « Die vôgte tûen den liuten mit arbeit so nôt » (p. 246) et encore : « Die vogUtmre sind so verre uf ir lib und uf ir guot getriben, .... dass das niht wol mêr beschecken, wand die Uuie es niht erîûden » (p. 240). D'actes de cruauté ou de libertinage, il n'est jamais question dans aucun des documents parvenus à notre connaissance.
P. 137, n. 35. Ceci résulte, soit des considérants des diplômes accordés par Henri VU aux Waldstâtten (voy. dans le texte p. 139-142), soit de la réserve faite par ceux-ci, dans l'accord de 1318 avec l'Autriche (voyez note 16, p. 120), de ne reconnaître que l'état de choses qui existait < du temps de V empereur Scnri; » ce qui implique que le règne d'Albert avait été pour eux, comme celui de son père Rodolphe, une époque où leur émancipation s'était trouvée entravée.
P. 138, n. 36. Sur les engagements pris par Henri VH avec les ducs d'Autriche, voyez Bôhmer, Reg. 1246-1313, au 30 novembre
P. 139, n. 37. Les symptômes de brouillerie entre le roi et PAutriche sont indiqués par Bôhmer, îbid., au 17 septembre 1309, époque de leur raccommodement.
P. 140, n. 38. Voyez les rescrits d'Henri VU en faveur des Waldstôtten, à l'appendice N°" XV a, b, c.
P. 142, n. 39. Voyez à l'appendice N*» XVI, le décret d'Henri VH sur l'institution d'un bailli impérial pour les Waldstâtten. Il faut remarquer que le roi se réserve la faculté de révoquer ce privilège, selon son bon plaisir. Les trois fonctionnaires auxquels cette charge fut confiée sont cités, le premier, dans un acte du 22 juin 1309 (Kopp, Urk., I, 107), le second, dans un acte du 1" mai 1310 {Tschitdi, Cbron. I, 253), le troisième, dans un acte du 24 avril 1313 (Tschudi, ibid., 261). Gi. Kopp, Gescb., IV, 1, 102, n. 8.
P. 143, n. 40. Ce traité, que Bôhmer appelle « la première trace d'une lutte entre V Autriche et les Waldstâtten, » se trouve dans nchudi, Chron. I, 248.
P. 145, n. 41. Cette pièce est donnée par Kopp, Urk. I, 107. C'est dans cet acte, où l'Etat de Schuoyz stipule, à Sianz^ pour ses confédérés^ que G, de Wyss (Mitth. der ant. Ges. in Z., XIH, 2, 8) ^ voit apparaître pour la première fois une Diète,
P. 146, n. 42. Voyez Xoptp, ibid., 108. « kunden wir der
Ammann und die lantlûte gemeinlich von TJren, daz wir der hoiher
Herren des Herzogen von Oesterreich gtJiotfrunde worden sin
und soUen, v^eder die vorgenamden Herren, noch nieman ander
der an der getat schuldig was, besweren mit worten noch mit wercken, wan daz wir luterlich und genzelich soUen iemerme allermenliches frunt sin, an aile geverde » Voyez ibid, 35, une lettre de réconciliation analogue à celle-ci, donnée le 30 août 1291 par la duchesse Agnès d'Autriche.
P. 146, n. 43. Kopp, ibid., 91 ; de Wyss, Abtei Z. Beil. No 404. Voyez plus haut la note 11, p. 116.
P. 147, n. 44. Kopp, ibid. 109.
P. 148, n. 45. Des trois actes mentionnés, les deux premiers ont été déjà indiqués, note 40, p. 143 et note 41, p. 145. On trouvera le troisième à l'appendice N^ XVH. On peut le considérer, quoique de nouvelles ruptures soient survenues entre les Waldstâtten et Luceme, comme une pierre d'attente pour l'entrée future de cette ville
dans la Confédération. Il ne porte pas de date d'année, mais on doit, selon toute vraÎBemblance, le placer en 1309, en rapprochant les deux circonstances suivantes : Dans le traité des ducs d'Autriche avec Zurich du 2 août 1309, on avait prévu le cas où ces princes porteraient, « pour Lucerne, » la guerre chez les Waldst&tten. En 1310, cette ville décide que le second jour de Pan on fera une offrande « dur dez heiles willen, so inen Gott getan hat an der Sœne der WaltsteUen; » (voyez Aelteste Stadtbuch Lucem, dans Kopp^ Gesch. Bl. I, 351) ; cette décision prouve que P accord du 9 novembre était déjà intervenu, ce qui en fixe la date à P année 1309.
P. 149, n. 46. Ces plaintes des moines d'Einsiedeln sont reproduites ])Sir-Kopp, Gesch., lY, 1, 245-248, d'après le Klagrodel, qui se trouve encore dans les archives du couvent.
P. 149, n. 47. Tout ceci résulte des allégations du Klagrodel] voyez Kopp, Gesch., IV, 1, 3, n. 4; 53, n. 3.
P. 150, n. 48. Voyez dans Kopp, Urk., I, 117, le texte du bref pontifical.
P. 150, n. 49. Kopp, Urk., II, 183.
P. 151, n. 50. Le décret d'excommunication, daté du 13 mai 1310, est dans Kopp, ibid., 188.
P. 151, n. 51. Tschudi, Chron. I, 255-257.
P. 151, n. 52. Kopp, Urk. H, 187.
P. 151, n. 53. C'est ce que l'on peut conclure du document cité plus loin, note 55, p. 153.
P. 152, n. 54. Ceci dut se passer à la fin de l'année 1312. La lettre adressée par la communauté de Constance à celle de Schwyz ne porte pas de date, mais un compte de journées de voyage, qui se trouve aux archives de Constance, mentionne dans les derniers mois de 1312, « V tage gen Zuge und gen Stvize mit ij rossen in Zûricher dienest, » Voyez Kopp, Gesch., IV, 1, 342 ; et le texte de la lettre, ibid. 343.
P. 153, n. 55. TscJmdi, Chron. I, 261-262.
P. 154, n. 56. IjUrbarbuch autrichien a été commencé en 1303 et continué jusqu'en 1311, par maître Burkhardt de Fricke. Il se trouvait déposé dans les archives de Baden, qui, lors de la prise, de cette ville par les confédérés, le 17 mai 1415, furent transportées à Luceme. Réclamé en 1432, au nom des ducs d'Autriche, avec les
NOTES EXPUGATIVES. 371
autres papiers de Baden, par Hermann GesskTf leur envoyé auprès des cantons, il ne fut point rendu. L'original a dès lors été morcelé en divers fragments qui se trouvent dans les archives de Zurich, Berne, Luceme, Zug, Aarau et ailleurs, mais il en existe d'anciennes copies. Voyez JEV. Pfeiffer, Das Oester. Urharbuch, p. x-xxn, Kopp, Gesch. m, 2, 305-306, et A. LiîMf, J. E. Eopp als Geschichtsforscher, Luzem, 1868, 1 voL 8«, 287-289.
P. 155, n. 57. Ce sont les expres»ons de l'accord du 19 juillet 1318, où les Waldstâtten reconnaissent aux ducs d'Autriche les droits dont ceux-ci ont joui, « du temps de l'empereur Henri. » Voyez plus haut, note 16, p. 120.
P. 155, n. 58. Voyez Tschudi, Chron. I, 278, et plus haut p. 80. VoicMes termes essentiels de ce rescrit : « Nos, hominibus habitantibus in vaUe Sîoie, qui se de nobili viro Eberhardo quondam comité
de Habspurg redemerunt per pecuniam et exhibere potuerunt
quod nobis et sacro romano Imperio pertinent, hanc graciam duximus faciendam, quod eosdem homines Uberamus, prout alii in eadem valle aut circumpositis vallibus existere dinosCuntur. » Il existe un acte tout semblable du roi Albert, du 27 janvier 1300, en faveur des hommes Ubres du comté d'Ëglof, qui s'étaient aussi rachetés à prix d'argent pour se placer sous la mouvance directe de l'Empire. Voyez Borner, Reg. 1246-1313, pag. 219.
P. 156, n. 59. Voyez Kopp, Urk. Il, 59, n, 2. La date est fixée par Bôhmer, Zw. Erg.-Heft zu den Reg. 1246-1313, p. 503 au bas ; cf. le même, Reg. 1246-1313, au 3 juin 1309. Voici le texte original du passage cité dans notre texte : « Dominus noster rex in quibusdam nos impedit, super quibus ipsius patentes literas obtinuimus. Impedimur enim in civitatibus sihxmis et plerisque aliis bonis et juribus nobis pertinentibus ; a quo si cessatum fuerit, libentius, ut tenemus, prefato domino nostro régi toto posse omidque promptitudine serviemus. »
P. 157, n. 60. Voyez, à l'appendice, leN° XVIII et p. 158, n. 61. Ce qui prouve bien que c'est par erreur que la vallée d'Uri se trouve mentionnée dans la revendication des ducs d'Autriche, c'est que quelques années (dus tard, Léopold obtint de Charles IV, roi de France, la promesse, dans le cas où celui-ci serait nommé roi des Romains, d'être remis par lui en possession « des deux vallées de Switz et
d'Underwalden. » H n'est pas question d'Uri, qni fut an contraire hypothéqué par le roi Frédéric le Beau à ses frères, comme relevant de l'empire et non de leur maison. Dans l'arbitrage du 12 octobre 1351 , aucune réclamation n'est élevée, au nom du duc d'Autriche, sur la vallée d'Uri, tandis qu'on réclame pour lui « les domaines, la collation des bénéôces,«t la juridiction comtaXe » (hoefe, kilchensetzte, Grafschaft) dans le ressort d'Unterwalden, de Schwyz et d'Art. (Tschudi, Chron. 1, 399; Eidg. Abschiede, 1839, Beil. N^ 15.) Voyez pour l'engagement de Charles IV, iopp, Gesch., V, 1, 481, et, pour celui de Frédéric, lemême^ Gesch. EL, 11,305; plus haut p. 115, n. 10.
Dans toute cette question le roi Henri Vil était guidé par le principe qu'il exprimait lui-même en ces termes : « Ex assumpti regiminis debito, aliénât^ jura Imperii recuperare et dimiùuata seu restricta ad statum debitum reducere. » (Voyez iSd^mer, Beg. 1246-1313, au 29 octobre 1309.) Il faut remarquer que la lettre adressée par Henri VII au bailli impérial d'Alsace pour la revendication des propriétés de l'Empire est du 2 avril 1310 (v^p. 159, n. 62); que le rescrit en faveur d'habitants de Schwyz est du 10 mai, même année (v. p. 155, n. 58), et que la réclamation des ducs d'Autriche sur les empêchements qu'on met à l'exercice de leurs droits est du mois de juillet suivant (v. p. 156, n. 59). C'est un motif de plus pour penser que ces divers actes sont en corélation immédiate, comme on l'a établi dans le texte.
P. 159, n. 61. Appendice N^ XVIH.
P. 159, n. 62. Voici le texte des pleins pouvoirs donnés par Henri VII à Geoffroy de Linange : « Heinricus dei gracia Bomanorum rex semper augustus. Nobili viro loffrido de Lyningen, advocato Elsacie, fideli suo dilecto, graciam suam et omne bonum. Ht hona imperii sub cœnmisso iibi regimine ohîigata, eo iure et modo qnibus obligata noscnntur, nostro nomine redimere valeas, tibi tenore presencium plenam concedimus facultatem. In cuius rei testimonium présentes literas nostre maiestatis sigillé iussimus consignari. Datum Nordlîngen iiii nouas apprilis, anno domini M. ccc decimo, regni vero nostri anno secundo. » (Bôhmer, Acta Imp. Sel. 428.) Le roi Albert avait souvent donné en hypothèque soit à ses proches soit à ses partisans des biens de l'Empire. On en trouve un exemple dans l'aliénation hypothécaire de deux villages faite au profit de Jean de
Lichtenberg, précédent bailli d'Alsace, le 21 octobre 1302 (ibid. 405). Geoffroy de Linange devint Grand maître de la cour d'Henri YII, et il reçut de celui-ci pour lui-même et pour ses héritiers l'inféodation perpétuelle du bailliage d'Alsace, sous réserve des revenus et des droits de l'Empire (ibid. 455, 457).
P. 160, n. 60. Voyez à l'appendice N° XVIII.
P. 160, n. 64. Les prétentions ultérieures de l'Autriche confirment également ce point de vue, qui trouve d'un autre côté sa justification dans le soin avec lequel les confédérés, lorsqu'ils font des accords avec l'Autriche après Morgarten, écartent tout ce qui concerne la Grafschaft, pour ne reconnaître que les droits seigneuriaux. Voyez les actes des 18 juillet 1318 et 3 juillet 1319 dans Amtl. Sammlung ^ der àlteren eidg. Abschiede ; Beil. N** 3 et 7, et, pour la revendication de la juridiction comtale, l'arbitrage de 1351, cité dans la note 60, p. 157, et la sentence de la reine Agnès de la même date; ibid. Beil. No- 15 et 16.
P. 162, n. 65. L'engagement de Jean de Bohême se trouve dans Koppy Gesch. Bl. 1, 175, 5. Voyez le même, Urk. Il, 186-187 a, b.
P. 167, n. 66. Le poëme de Radegg est intitulé : Capelîa Heremitana. U renferme quatre livres, dont le dernier est consacré au récit de l'invasion d'Einsiedeln par les Schwyzois. On le trouve dans Geschichtsfreund, X, i80-230.
P. 173, n. 67. Ces diverses lettres sont dans Tschudi, Chron. I, 2*65 et 266, et plus correctement dans Kopp, Urk. Il, 202.
P. 174, n. 68. Sur cette élection contestée, qui eut lieu le 19 et le 20 octobre 1314, voyez Kopp, Gesch., IV, 2, 34-59.
P. 175, n. 69. Voyez Tschudi, Chron. I, 269.
P. 176, n. 70. Ceci résulte du contenu de la première pièce citée dans la note suivante. Ceux que frappait l'excommunication étaient mis par suite au ban de l'Empire ; dans le cas actuel c'était Frédéric le Beau, qui avait prononcé cette peine contre les Waldstâtten. Cf. Kopp, Gesch. III, 1, 49, n. 6.
P. 176, n. 71. La lettre de Louis^de Bavière du 25 mai et son décret du 17 juillet 1315 se trouvent dans Tsehudi, Chron. I, 269. Nous en donnons l'extrait à l'appendice N^ XIX, a, b.
P. 177, n. 72. Nous adoptons ici une conjecture de Kopp basée sur l'extrait suivant de l'inventaire de Baden : « a) Item Ein brieff
Yon Eeyser Ludwigen, wie er ussprach daz die herschaft bliben sol bî allen îren rechten, so stt haut ze Switz, Underwalden, Ure und Ursern, und widerrucft damitte aile die fryung die er in hette geben, die der herschaft schedelich weren (Bl. I, b, 4). b) Aber ze gelicher wise ein Brieff von Eûnig Friderichen (Bl. I, b, 5). » Cette dernière pièce, dont le contenu était .donc tout semblable à celui du premier document, ne peut se placer à un meilleur moment qu'au début du règne de Frédéric, qui devait avoir à cœur de procurer à ses frères ce qu'ils avaient été sur le point d'obtenir de son prédécesseur. Les prétentions sur Uri et Urseren sont justifiées en ce qui concerne cette dernière vallée qui était un fief de l'Autriche; mais, ^uant à • Uri, voyez ci-dessus, note 60, p. 157.
P. 178, n. 73. Sur les préparatifs de Luceme contre les Waldst&tten, voyez Aeltestes Stadtbuch Lucem, dans Kopp, Gesch. Bl. I, 334-335; 352-353; le même, Gesch., IV, 2, 187-138. La chronique àeJiLBiiss, publiée par J. Schneller (Berne, 1834) renferme, p. 28-35, le récit d'expéditions entreprises par Luceme contre les Waldstatten et réciproquement, en employant la voie du lac; l'auteur semble les placer au commencement du schisme impérial. — Le comte de Strassberg n'était pas seulement bailli de l'Autriche dans l'Oberland (voyez plus loin note 92, p. 190), il venait en outre de recevoir en gage du duc Léopold et de son frère Henri, ses neveux, les châteaux d'Interlaken, d'Unspunnen et d'Oberhof. (Voyez l'acte du duc Henri daté de Bàden,30 mai 1315, dans Gesch. -Freund, XV, 109.)
P. 178, n. 74. Homberg tenait ce péage de Henri YH depuis le 13 janvier 1313; Frédéric le lui confirma avec d'autres fiefs le 18 mars 1315 (Kopp, Urk. 1, 126; Gesch. IV, 2, 93). Voyez de Wyss, dans Mittheil. der ant. Ges. in Zurich, XIH, 2, 12, 21. D'après sa déclaration du 22 novembre 1315, Homberg consent à ne pas rendre les gens d'Uri responsables des obstacles qu'ils ont mis à l'exercice de ses droits et dont ils pourraient avoir à porter la peine « so ein einwelig chuenig wirt. » (Kopp, Urk., 1, 125; de WysSj ibid. 22.)
P. 178, n. 75. Sur les relations nouées par Uri avec Urseren, voyez Kapp, Gesch. IV, 2, 133, n. 4. Elles nous semblent résulter de la force même des choses qui devait amener et qui amena plus tard l'union des deux vallées, plutôt que des actes de 1309 et de 1317, d'où Eopp les déduit.
L'acte de réconciliation avec les gens du haut bailliage de Glaris et avec leur bailli, le comte de Toggenbourg, est dans Tschudi, Chron. I, 270; Kopp, Gesch., IV, 2, 457.
P. 178, n. 76. Pierre Villinger, qui était curé d'Arth en 1575, dit que, d'après les documents qu'il a trouvés dans sa paroisse, ce fut à l'occasion des mesures de défense à prendre contre l'Autriche, que les Schwyzois attirèrent à eux ceux d'Arth. Voyez dans Kopp, Gesch., U, 2, 141, n. 1.
P. 178, n. 77. Cette trêve du 7 juillet 1315 est dans Kopp, IV, 2, 456. Elle devait durer jusqu'à Noël, à moins que l'une ou l'autre des parties contractantes ne fût obligée par des ordres supérieurs d'entrer en campagne (avsziehen). Cette prévision se réalisa au mois de novembre suivant.
D'après Kopp (ibid. 134, 141) il faudrait rattacher encore aux précautions que les circonstances commandaient de prendre, une réunion tenue à Stanz, le 1^^ mai 1315, à laquelle, sous prétexte de servir de témoins dans la vente de deux serfs faite par W. d'Attinghausen à l'abbaye de Zurich, assistaient des citoyens marquants d'Uri et d'Unterwalden. Mais il nous semble Ique l'absence des Schwyzois ne permet pas de voir ici un de ces conciliabules, qui durent incontestablement avoir lieu à plus d'une reprise entre les confédérés, et dont le Grutli est devenu plus tard le symbole.
P. 180, n. 78. Jean de Victrittg, Fontes Ker. Germ. I, p. 386. Voyez p. 213, n. 1.
P. 180, n. 79. Jean de Winterthur, Thésaurus Historiœ Helveticœ, p. 25, et dans Archiv fiir schw. Gesch., XI, éd,de TFys5,p.70.
P. 182, n. 80. Le même, ibid.
P. 182, n. 81. Jean de Victring, 1. c.
P. 183, n. 82. Ce qui est dit dans ce paragraphe résulte des indicaticms que renferment les récits contemporains, le Eégeste de Bôhmer (Zw. Erg.-Heft zu den Keg. 1246-1313, p. 514), et les obituaires du temps; cf. Kopp, Gesch., IV, 2, 149, n. 6, 150, n. 4.
P. 183, n. 83. Voyez cet accord dans Kopp, Gesch., IV, 2, 459. On y lit : « Wir Graf Hartman von Kyburg veriehen vûr uns und vur unsern Bruodem Eberharten.... daz wir dem.... Edlen Kûnig Friderich von Rome, unserm Herr Hertzog Lûpolten von Osterich.... di wil der Krieg wert, der erhaben ist um daz Eœmisch Eeich ge-
gen Hertzog Ludwig von Baigem, .... dienen soUen.... und mit namen gen Stoitz und gegen allen WaMstetten^ mit unsem lûten ze Ros und ze Fuezz, an aile geverde.... »
P. 183, n. 84. Tout le contenu de ce paragraphe s'appuie sur ce que les préparatifs déjà signalés et la suite du récit permettent d'affirmer. — Depuis qu'a paru la première édition du présent ouvrage, M. E. Bambert a publié une narration nouvelle sur la bataille du Morgarten: Les Alpes suisses, 3 vol. in-8**, Bâle et Genève, 1866-69 ; m, 162-174.
P. 183, n. 85. Le curé Villinger (voyez plus haut note 76, p. 178) prétend que l'avis de l'attaque fut donné par l'ancien bailli d'Art, le seigneur d'Hunenberg, qui écrivit sur une flèche : « Ce n'est pas ici qu'il faut attendre, défendez-vous au Morgarten. » Kopp, Gesch., rV, 2, 141, n. 1. Jean de Winterthur, de son côté, attribue au comte de Toggenbourg cette information : « Praescientes autem Swicensea per revelacionem Comitis se in illa parte aggrediendos. » (Thés. Hist: HelV., p. 25. Archiv fur schw. Gesch., XI, 72.)
P. 184, n. 86. C'est ce que prouve la lettre que Louis de Bavière écrivit aux Waldstàtten,le 24 novembre 1315; voyez Tschudi, Chron, I, 274, et plus loin n. 94, p. 191.
P. 184, n. 87. Sur l'expérience militaire des habitants des Petits Cantons, voyez plus haut, p. 93, n. 38 et 39. Uri, si peu peuplé, ne pouvait envoyer qu'un bien petit nombre de combattants, et, quoique Unterwalden le fût davantage, son contingent se diminuait de tout ce qu'il lui fallait retenir pour sa propre défense. Il ne faut pas oublier que le territoire de Schwyz était alors beaucoup moins étendu qu'aujourd'hui.
P. 185, n. 88. On a vu plus haut, n. 49, p. 150, que l'Altmatt était fortifié ; la tour qui a donné son nom au village de Rothenthurm est considérée comme im reste des travaux de défense élevés sur ce plateau. Il en est de même de celle qui se trouve encore à Schorno, près du lac d'Egeri, à l'endroit où des actes, publiés par Tschi*di (Chron. I, 294-295), nous apprennent que les fortifications furent réparées en 1322 (hein daz gelt an die Mure ze Houptsee geleit). Les vestiges de murailles dans l'île de Lowerz indiquent que là aussi avait été élevée une tour protectrice. Cf. Kopp, Gesch. IV, 2, 139, n. 6. Quant aux fortifications d'Art, voyez ce qu'en dit le curé Villinger, ibid., 141, n. 1.
P. 186, n. 89. Ce double mouvement peut se conclure des passages où Jean de Winterthur, parlant des troupes qui ne faisaient pas partie du corps principal, dit d'abord : « cid alias vias directi ad ter- ' ram capiendam evaserunt hosUum minus cruentas; nam aiidientes altos tam ferodter cœdi ab hostibus, cunctis postpositis ad salvandas animas fugierunt; » et plus loin: «de opido Wintertur nuUus periît, nisi unus civis qui se ah aZtis sequestravit et in malum sui nobUihus associavii; ceteri omnes sani corpore et salvis suis rébus ad propria redierunt. » H faut remarquer d'ailleurs que, dans son récit, Jean de Winterthur ne fait pas la moindre allusion à l'attaque dirigée par le comte de Strasberg contre l'Unterwalden. Voyez Thés, ffist. Helv. p. 26; et Archiv far schw. Gesch. XI, 73.
P. 188, n. 90. Ce récit est rédigé d'après les divers renseignements fournis par les historiens du temps et d'après la topographie du pays. Le « chroniqueur » dont il est question dans le paragraphe suivant est Jean de Victring, et le « contemporain » mentionné plus loin est Jean de Winterthur.
P. 189, n. 91. On lit dans une chronique de Bohême à l'année 1315: «In provinciâ, que Sweycz et Uberach dicitur, Leupoldo vix evadente, fere duo millia pugnantium, per populum satis inermem et humilem, ferro et fluvio sunt extincta. » Citée par Kapp, Gesch., IV, 2, 149, n. 4. Jean de Winterthur parle de 1500 morts et de 20,000 combattants du côté du Duc. C'est également lui qui raconte qu'il était encore à l'école lorsque Léopold, aprèa sa défaite, traversa Winterthur, et qu'il le vit en allant lui-même à la rencontre de son père qui revenait aussi de la bataille. (Thés. Hist. Helv., 26 ; Archiv fur schw. Gesch., XI, 73.)
P. 190, n. 92. On lit dans Matthias de Neuenbourg (Voyez p. 190, n. 2) : « Cum Otto de Sirasherg, cum uno exercitû ingrederetur per vallem Underwalden, artans eam partem et declinare volens ad ducem... populus Swicie.... ducem fugavit. Qnod Strasberg intelligens, per clivos montis per quem descenderat pedes festinanter ascendit. » (Edit. Studer, p. 59.) — La vengeance que les gens d'Unterwalden tirèrent de ceux d'Interlaken est rappelée dans un acte du 4 mai 1342, où il est dit: « Incolae vallium, dicti vulgariter Die Wàldlute, monasterium Interlacense in Grindelwald, in Habkerr en et in Iseltwald hostiliter invaserunt, abducentes omnes res mona-
steni et ejns hominum de dictis locis.... incendie domas perdentes et occisione personas.... quœ quidem damna praefati incolœ dicti Wàldlute praescripto monasterio inflixerunt quod, tempore illustris Principis Lutjpoldi quondam dticis Austriœ, praefati monasterii homines cam comité Ottone quondam de Sirasaberyy Domini nostri de Ostereich tune advocaio, in expeditionem iveront contra praefatos incolas dictos Wàldlute, in praedicti Domini nostri de Ostereich famulatu. » (Solothumer Wochenblatt, 1826, p. 279.) Nous ne voudrions cependant pas affirmer que cette invasion de POberland ait eu lieu immédiatement après la bataille du Morgarten.
P. 191, n. 93. Voyez ce décret rédigé en latin et tiré du Uvre des anniversaires de l'église d'Attinghausen au 13 novembre, Kopp^ Gesch. IV, 2, 149, n. 1 ; le même donne aussi le texte qui se trouve dans Pobituaire de Steinen, et Tschudi (Chron. I, 274) celui de l'obituaire d*Altorf.
P. 191, n. 94. Dans sa lettre du 24 novembre 1315, écrite neuf jours après la victoire remportée par les confédérés, le roi Louis répondant : « Officiato, consiUo, civibus et universis hominibus in Sunz, » s'exprime ainsi : « Considérantes graves labores, nec non varia pericula, quibus a nostris et Imperii hostibus gravati fuistis, vobis Clementia nostra digne compaUtur..,, quod autem Fidelitas vestra œnfortationis solidœ valeat recipere fulcimentum, vos tenere volumus pro constant i, quod volumus.... ut, vemcÀi tempore^ sic muniamur potentia, quod vos de manibus inimicorum possimus eripère ac de cœtero magnifiée defensare. » (Tschudiy Chron. I, 274.)
P. 192, n. 95. Voyez à l'appendice N*» XX le pacte de 1815.
P. 195, n. 96. Les dispositions qui sont relatives à la reconnaissance en commun du dépositaire de l'autorité suprême et à l'interdiction des rapports avec Pétranger n'étaient pas contenues dans le pacte du U' août 1291 ; mais elles se retrouvent presque textuellement dans le décret rendu par le conseil et les bourgeois de Zurich le 24 juillet 1291, et il est probable que c'est à cet acte, dont ils n'avaient pas encore pu avoir connaissance quand ils rédigèrent leur premier traité d'alliance, que les confédérés ont emprunté plus tard ces nouvelles clauses. Voici les passages analogues du décret de Zurich : « Die burger an eiihein herm komen suln, wan mit gemeinem Rate der mengi von Zurich.... Swer dehein sicherheit ald deheinen
NOTES EXPUGATIVES. 379
teil machet, ald mit eiden sich bindet ze dem andern, dem sol man dar umbe sin beste hus nider werfen. » (de Wyss^ Abtei Z. Beil. N<> 338.) Seulement les précautions prises par Zurich étaient limitées à un espace de trois ana; celles qu'adoptaient les Waldfltatten avaient un caractère de perpétuité. On peut rapprocher encore de ces dispositions préventives , les mesures analogues qu'en 1312 avaient adoptées, dans leur traité de combourgeoiae, les villes de Zurich, Constance, SchafEhouse et St-Gall. Voyez Kopp, Urk. II, 196.
P. 213, n. 1. C'est pendant les années 1314 à 1348, que Jean de Viciring fut abbé du couvent de ce nom, situé en Oarinthie, au sudouest de Klagenfurth. « Il était, » dit Bohmer, qui a publié sa chronique, « il était appelé au rôle d'historien par sa position personnelle, par sa liaison avec des contemporains éminents, par sa culture d'esprit et par son caractère. Sa narration appartient aux sources du premier ordre. » Fontes Rerum Germanicarum, I, Vorrede, xxvii- XXIX. Le texte de la chronique se trouve ibid., 271-450, et le passage que nous en citons est à la page 386.
P. 215, n. 2. Cette chronique a été longtemps placée sous le nom d'Albert de Strasbourg; mais M. Studer, dans l'édition récente (Zurich, 1867) qu'il en a donnée, a démontré que ce personnage problématique devait céder la place à Matthias de Neuenhourg en Brisgau, qui, en sa qualité de secrétaire laïque de l'évêque Berthold de Strasbourg, fut chargé de missions diplomatiques auprès du pape Benoit XII à Avignon, entre 1334 et 1340. D'après M. Studer (Einl. xxxvm) il ne serait cependant pas impossible qu'il eût simplement reproduit, dans la première partie de son ouvrage (où se trouve, chap. 39, p. 59, le passage que nous citons), le travail antérieur d'un chroniqueur bâlois; ce qui rapprocherait encore le témoignage relatif aux Waldstâtten des événements eux-mêmes.
P. 216, n. 3. Voyez plus haut n. 28, p. 128.
P. 217, n. 4. Jean de Winterthur était un moine franciscain qui, après avoir étudié dans sa ville natale, séjourna un certain temps dans les couvents de Bâle, de Schaffhouse et de Lindau, d'où il lit de fréquentes excursions en Suisse et en Souabe. Sa chronique a été écrite de 1340 à 1347. Cf. plus haut, n. 79, p. 180.
P. 218, n. 5. Thés. Hist. helv. 48 et 74; éd. de Wyss, 137-139.
P. 227, n. 6. La chronique de Justinger a été publiée par E. Stierlin et J.-R. Wyss. Berne, 1819, 1 vol. in-8*>. Mais le texte donné dans cette édition est différent de celui qui existe dans deux recensions manuscrites, l'une plus étendue, portant le nom de Justinger, l'autre plus courte et anonyme, entre lesquelles les experts
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hésitent encore à désigner celle qui doit être considérée comme la rédaction originale. (Cf. G. Studer^ Archiv des hist. Yereins des E. Bem, lY, 4, 15 ; Y, 5, 523-24. Le passage relatif aux Waldstâtten est discuté ibid., 572-575; cf. W. Vischer. Die Sageu. s. w., 21-29.) Cette indécision n'influe du reste en rien sur la conclusion que l'on peut tirer du témoignage de Justinger en ce qui concerne les exactions des baillis, car sur ce point les deux textes sont d'accord. Nous avons suivi dans notre traduction celui qui est le plus étendu.
P. 231, n. 7. Yoyez Schmid, Gesch. des Freyst. Uri, I, 94-101 ; J.'B, Burckhardt, Archivfur schw. Gesch., lY, 72.
P. 232, n. 8. Yoyez Tsckudi, Chron. U, 365.
P. 232, n. 9. L'extrait que nous donnons de l'opuscule de J. Fhind est tiré d'une copie manuscrite qu'a bien voulu nous communiquer M. Hugo Hûngerbûhler, et dont nous espérons qu'il publiera intégralement le texte original dans un avenir prochain. Quoique ce petit traité ne porte pas de nom d'auteur, il doit, d'après ce que dit Tschudi (Haupt-Schlussel zu versch. Alterthûmem, u. s. w. Constanz, 1758, p. 113) de la dissertation de J. Frûnd, être attribué à celui-ci. U est vrai que Nauclerua (voir n. 29, p. 266), qui donne de cet opuscule un résumé très-fldèle, dit qu'il est l'œuvre d'un certain Ëulogius : « Hsec refert quidam Eulogius» (Chron. 871). S'agirait-il d^Etdogitts Kyhurger, auteur de la Chronique, dite de Str&tlingen, écrite vers 1460, postérieurement à l'ouvrage de Frund dont elle contiendrait^ des extraits ? Yoyez plus haut, n. 22, p. 20. Ce qu'en ditHaller, Bibl. der Schw. Gesch., lY, 676, laisse la question douteuse, et nous n'avons pu la résoudre d'après l'abrégé manuscrit de cette chronique qu'a bien voulu nous confier son possesseur, M. Fréd. de Mtdinen, car ce n'est qu'un résumé exclusivement relatif à la maison de Strâtlingen et à l'église d'Ëinigen (summariseher wys u88Zogen uss historischer Bschribung).
P. 235, n. 10. FeMcis MdUeoîi, vulgo Hemmerleinj de Nobilitate et rusticitate Dialogus.... Ëjusdem de Suitensium ortu, nomine et confœderatione, moribus et quibusdam (utinam bene ! ) gestis. Ëjusdem, etc., etc. Cet ouvrage a été publié après la mort de l'auteur, sans date, mais avant la flil du quinzième siècle. Tout ce qui est relatif à l'histoire suisse a été reproduit dans le Thés. Hist. Helveticse.
P. 236, n. 11. Outre les Goths, les Suédois et les Saxons, on a
fait venir la population des Waldst&tten, des Cimbres, des Taurisques, des Ostrogoths, des Vikings. On a même prétendu que PUnterwalden avait été peuplé par une émigration romaine composée de victimes des guerres civiles. Jean de MûUer a répété la légende sur l'origine suédoise et frisonne des Schwyzois, sans savoir qu'elle était de l'invention de Frund(Hi8t. de la Conféd. suisse, liv. I, ch. 15). Tout en évitant de se prononcer lui-même sur les ancêtres des habitants dçs Petits Cantons, il considère ceux-ci comme étant d'une autre race que leurs voisins.
P. 236, n. 12. Voyez Thés. Hist. Helv. Hemmerlein, Dial. 2-3.
P. 238, n. 13. Il s'agit de Félix Fàber, Zurichois, établi à Ulm, qui a écrit, vers 1485 : Historiée Suevorum libri duo (dans Goldast, Scriptores rerum Suevicarum; Francfort, 1605, in-4<», 46-317). Un chapitre de cet ouvrage, intitulé : « Origo comitum de Habchspurg, » renferme sur le soulèvement des Waldstâtten, qui est placé après la mort du roi Albert, un récit tout semblable à celui d'Hemmerlin.
P. 238, n. 14. Ce qu'on a nommé la « guerre des seigneurs » dans la dernière partie du quatorzième siècle, pourrait être aussi bien appelé « la guerre des châteaux ; » car c'était à faire disparaître du milieu d'eux ces menaçantes demeures de la noblesse autrichienne, que s'attachaient surtout les confédérés. Une fois le manoir détruit, on avait supprimé tout à la fois le foyer et le symbole de la tyrannie féodale, dont il s'agissait de se débarrasser.
P. 239, n. 15. Voyez M. Lutz, Beschr. des Schweizerlandes, a. s. w. au mot Landenberg. « La colline près de Samen où, depuis 1647, se tiennent les landsgemeinde, s'appelle le Landenberg; on voit, dans un acte de 1304 passé à Sarnen, figurer comme témoin Landenberg l'hôtelier (Kopp, Urk., II, 43), dont la famille tirait sans doute son nom de cette localité où elle était établie. » (Viacher^ Die Sageder Befr. derWaldst. 153.).
P. 241, n. 16. La ballade, en tête de laquelle apparaît, pour la première fois, la légende de Guillaume Tell, se trouve d'abord en manuscrit dans la chronique des guerres de Bourgogne, rédigée en 1501 par Louis Sterner, et qui appartient à M. le romte de Diesbach, de Fribourg. Il est possible qu'elle eût été déjà imprimée en 1478, immédiatement après le moment où elle a dû être composée ; mais on * n'en connaît pas d'édition antérieure à celle qui parut, avec des
NOTES EXPUGATITES. 383
strophes nouTelles intercalées dans le Tdlenlied, vers 1540 à Zurich, chez Angostm Friess, et qui a été sonrent reproduite dès lors. Le texte qu'en donne Boehhdlz (Eidg. Lieder-Chronik, Tom XIII bis zumXYIJahrh. Bem, 1842, p. 206) a été modemiaé. Voyez LiUeneron. Die hist. Yolkslieder der Deutschen, Leipzig, 1867, II, 109-115, et TF. Vischer, ibid., 44-48.
P. 242, n. 17. Nous donnons à l'appendice, seconde partie, A, le texte du TéOenUed.
P. 245, n. 18. Voyez Thom. Gheysmer, Compendium hist. danic», dans Langebék , Scriptores rerum Danicarum , U, 347. Cf. Sojio {jhrammaticuSy Hist. Dan. I, X, p. 166, éd. 1576, et plus bas, n. 21, p. 248. L'épisode de Tokko, d'après Gheysmer, est à l'appendice, B.
P. 247, n. 19. Le premier qui a rattaché l'épisode de Guillaume Tell à la mythologie est Jacob Grimm: < Notre antiquité la plus reculée, dit-il, doit avoir été remplie de ces coups hardis tirés avec l'arc ; la légende se montre sur plusieurs points et toujours d'une manière spéciale.... Le mythe trouva des conditions très-favorables à sa croissance sur le sol suisse récemment affranchi. Guillaume Tell dut avoir accompli l'ancien coup d'adresse. H n'est pas douteux que l'événement ne possède aucun caractère historique » (Deutsche Mythologie, 2*«Ausg. Gôttingen, 1844, 353, et 355) ; et ailleurs (ibid., Nachtrâge, 1214) : « Le fonds mythique de la fable de TeU est emprunté à une légende du Haut-Rhin, qui se trouve dans le Malleus maJUficarum^ partie 2, c. 16. »
La plus récente tentative, à notre connaissance, qui ait été faite pour donner à l'histoire de Tell une origine mythologique, est due à Heino Pfannenschmid (Der mythische Gehalt der Tellsage, dans Germania, Jahrschrift fur deutsche Alterthumskunde, 1865, X^*'' Jahrg. 1-40). L'auteur procède selon les règles et la méthode qui ont fait prendre à la mythologie comparée sa légitime place parmi les branches de la haute critique. « Nous reconnaissons, dit-il, dans le rayon solaire ou dans l'éclair, dont le symbole naturel est la flèche, le plus ancien élément mythique de la légende de Tell. L'archer primitif est Indra- Wodan ; en Suisse il s'appelle Tell (p. 19 et 28). » Pfannenschmid cherche l'origine étymologique du mot Tall, qui est, selon lui, la forme première du nom de l'archer suisse, dans la racine germanique daU, qui désigne ce qui est brillant, ou dans la racine
grecque 6*>., d'où ftaXXw et ôaXww, c'est-à-dire les deux verbes qui, indiquant les effets de la croissance et de la chaleur, conviennent également au Dieu-soleil (p. 36-38). Que les ingénieuses explications du savant mythologue puissent rendre compte de l'introduction, dans la famille aryenne, des plus anciennes légendes sagittaires, nous le voulons bien. Mais il nous paraît impossible d'admettre, comme le propose Pfannenschmid, que le procédé mythologique qui, dans la haute antiquité, divinisait les phénomènes naturels et faisait du soleil Indra ou Wodan, et qui plus tard, sous l'influence de l'individualisation, donna naissance aux légendes des archers fameux, — il nous paraît impossible, disons-nous, d'admettre que ce procédé se soit si bien perpétué dans la vallée d'Uri, qu'on ait pu, vers la fin du quinzième siècle, transférer à un personnage tenu pour réel un rôle et un nom mythiques.
P. 248, n. 20. Four tout ce qui concerne la question de Guillaume Tell et les légendes analogues, voyez F,-L. Ideîer, Die Sage von dem Schuss des Tell, Berlin, 1826, 1 vol. in-8«>, vm et 102 pages ;^. Schiemy Wanderung einer nordischen Sage, besonders mit Hinsicht auf die Sage von Wilhelm Tell, dans le Journal historique publié par la Société d'histoire du Danemarck, I, 1840 ; L. Hàusserj Die Sage vom Tell, Heidelberg, 1840, 1 vol. in-8<>, xn et 110 pages; J.-J, Htsély, Recherches critiques sur l'histoire de Guillaume Tell, dans Mémoir. et Doc. de la Soc. d'hist. de la Suisse romande, U, 3"® livraison, 1843, p. 427-673 ; J,-E, Kopp, Zur Tell-Sage, dans Geschichtsblâtter der Schweiz,!, 1854-1856, 234, 314, H, 323; G, de Wyss, dans Gesch. der drei Lânder, 1858, p. 30-33 ; K Hidber, Ueber die Tellsage, AUgem. Zeitung, juillet 1860; A. Hub&r, Wilhehn Tell und seine Bedeutung, dans Die Waldstœtte, 1861, p. 89-128 ; H, van LièbenaUy Die Tell-Sage, zu dem Jahre 1230; Aarau, 1864, 1 vol. in-12°, X et 171 pages ; H, Pfamenschmid, cité n. 16, p. 241 ; S, Baring-Gould, William Tell, dans Curious myth& of the middle âges, Londres, 1866, 1 vol. in-8o, p. 105-125 ; W. Vischer, Die Sage der Befreiung der Waldstàdte, cité p. 6, n. 1, passim; G. IJepping, Guillaume Tell et la légende de la pomme, p. 315-329, dans Les merveiUes de la force et de l'adresse ; Paris, 1869 ; et notre propre texte, p. 310-320.
P. 248, n. 21. La chronique latine de Scuco Grammaticus a été pu-
bliée pour la première fois en 1514, Paris, 1 vol. in-fol. L'extrait qu'en a fait Gheysmer (note 15, p. 212) a été traduit en bas saxon et imprimé en 1480 sous le titre : « Dyt is de denscke kronecke Saxo Grammaticus de poeta, ersten geschreef in dat latine, unde daer na in dat dudesck ghesettet is ; » petit in-4<', ou grand in-8®, sans lieu ni date. Voyez Vamer^ Annalen der <eren deutschen Litteratur, Nûrenberg, 1788, 4«, J, 40 ; 2e wèiMy Annales typographici, IV, 110,
P. 250, n. 22. Cette opinion, mise en avant par M. Visdyer (Die Sage der Waldst., 53), nous paraît tout à fait vraisemblable. A la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, la poésie populaire destinée à célébrer les événements historiques était cultivée en Suisse avec beaucoup d'ardeur, comme le dit l'auteur de l'un de ces chants :
«c Er hats gesungen uss freiem mût
Als noch maneher fromer aidgnoas tût. »
Voyez LiUencronf Histor. Volkslieder, H, 460. On trouve souvent à la fin de ces ballades le nom de leur auteur, et, dans le nombre, nous distinguons celui de Jean Wick^ de Luceme, qui, en terminant un chant qu'il avait composé en 1499 sur le combat du Schwaderloch, s'exprime ainsi :
Der uns das lied niiwes sang
Hans Wick ist er gênant ;
Von Luzem ist er geburtig
Und zu Ure lool erkant. (Ibid,, 390.)
Si J. Wick n'est pas le poète qui, vingt-cinq ans plus tôt, s'est gagné < la reconnaissance des gens d'Un, » par le chant destiné à leur rapporter l'honneur de l'origine de la Confédération et à célébrer Guillaume Tell, ce qu'il dit autorise du moins à croire qu'il n'était pas le seul Lucemois faiseur de ballades, qui eût mérité la gratitude de ses voisins d'Un. — Sur les poètes lucemois qui versifiaient l'histoire nationale, voyez A. Lûtolf^ Lucerns Schlachtlieder Dichter im XV*«" Jahrhundert, dans Geschichtsfreund, XVUI, 184 ; ibid., IV, 3.
P. 252, n. 23. Voyez plus bas, p. 316, n. 63.
P. 252, n. 24. Elle a été publiée pour la première fois par Joseph
fifeftneUer.'Melchior Russen eidgenôssische Chronik, Berne, 1834, 1 vol. m-12, xxvi et 272 pages. L'auteur était greffier de la justice à Luceme ; il fut fait chevalier par le roi Matthias de Hongrie, auprès duquel il avait été député en 1479 ; trois ans plus t6t il faisait partie d'une ambassade envoyée à Louis XL ; ibid. , v-zvi.
La créance que mérite Bttaa (et non pas Biiss comme porte notre texte) quand il parle des événements du siècle qui a précédé le sien, peut s'estimer d'après le passage suivant de sa chronique (p. 71) : «Le jour des saints Philippe et Jacques apôtres (!«' mai), ceux de Luceme se mirent en marche avec leur bannière pour Windisch où Albert, comte de Habspurg et alors roi des Romains, se trouvait avec une très-grande armée, après avoir dévasté tout le pays. Ceux de Luceme furent les premiers à marcher contre lui, et l'ayant atteint ils le tuèrent lui-même et beaucoup des siens avec lui, à Windisch sur la Reuss. » Que l'on rapproche cette incroyable allégation d'un magistrat de Luceme haut placé, des inventions de Frund, 4'Hemmerlin, de Eybui'ger, et en général des grossières bévues historiques de presque tous les chroniqueurs du quinzième siècle, et que l'on dise si, lorsque de tels écrivains parlent des temps passés, ils sont dignes du moindre crédit.
P. 253, n. 25. Voyez ibid., 53-59 et 63-65.
P. 256, n. 26. Cette chronique a vu le jour pour la première fois en l'année 1856, où elle fut publiée par G. de Wyss: Die Chronik des weissen Bûches im Archiv Obwalden, 22 p. in-8<». Meyer de Knonau la fit paraître en 1857, dans Geschichtsfreund, XIII, 66-86. Le volume où elle se trouve renferme les copies d'un grand nombre de documents officiels relatifs à l'histoire suisse, du quatorzième au dixseptième siècle. La date de la chronique résulte du passage où il est question du duc Galéace Marie Sforce, « qui est maintenant seigneur de Milan. » Ce prince a régné de 1467 à 1476. Écrite de la même main que les plus anciennes copies du recueil, elle doit être considérée comme ayant été, de même que celles-ci, reproduite d'après un texte antérieur ; d'autant plus qu'on y trouve des lacunes qui seraient inexplicables dans un exemplaire écrit par l'auteur lui-même (cf. ibid., 2-3). L'analyse que nous en donnons se rapporte aux pages 4 à 11 de l'édition de de Wyss.
P. 260, n. 27. Le nom de Thall ou Tall est, dans la chronique.
toujours précédé de l'article ; ce dernier se retrouve souvent placé avant des noms propres, mais pas d'une manière aussi inséparable et aussi persistante que devant celui de l'archer, dont il semble ainsi faire nécessairement une épithète. Quant au sens de celle-ci, il s'explique suffisamment par l'expression qui lui est opposée : « Were ich ujiteig, ich Messe anders und nit der TaU. » Pris dans ce sens, le Inot TaU se rattache à la racine dcUen qui signifie : € Eindische, l&ppische Dinge reden und thun, ^ocan nugari-, » d'après J.und W. Grimm^ Deutsches Wdrterb. I, 696. c Tâll heisset nach dem Buchstaben ein Einf<iger, von talen einfâltig und kindisch thun ; » dit J,'J. Spreng, professeur de littérature allemande à Bâle, dans ses notes sur la Chronique d'Etterlin, p. 29 (voyez note 30, p. 267).
Quant à la forme Tell ou Théll, qui seule paraît dans la ballade et les écrits postérieurs au Livre blanc, elle se retrouve, soit pour des personnes, dans des documents du huitième et du neuvième siècle étrangers aux Waldstâtten, et où se lisent les noms de Tello, Tallo, Tailo, soit pour des localités, dans des noms composés que l'on rencontre ici et là en Suisse, comme Tellwyler, Tellenmoos, Tellinchon, et à Uri même, Tellingen (cf. H, von Liehenau, Die Tell-Sage, 10) ; à quoi il faut ajouter pour ce dernier canton , TeUenmatte près de Seedorf, Telliberg entre Wasen et Amstag et la dénomination c ze Téllen blatt » contenue dans le Livre blanc : cf. ci-dessus, p. 261. — Dans le canton de Luceme sept localités portent des noms dans la compositions desquels entre le mot Tell, et, à ce propos, on a fait observer que dans l'Emmenthal lucemois le sapin est appelé Telle ou Deïle, et que, de même que l'expression ordinaire Tanne, employée pour désigner cet arbre, se retrouve dans la composition de plusieurs noms de lieux, son synonyme a également servi au même usage (Indic. d'hist. et d'antiq. suisses, 1868, 102.) — Quant au « ze Teïlen blatt, » une opinion a été proposée qui, rapprochant de la douane établie à Fluelen (cf. ci-dessus, p. 178, n. 74), le sens de taxe, impôt, que le mot Tell possède dans l'allemand suisse {Stalder, Schweiz. Idiotikon, I, 275), fait venir ce nom donné à la plate-forme rocheuse qui avoisine Fluelen, de l'impôt qu'il fallait acquitter en arrivant à cette douane, comme on dirait : le rocher de V octroi, ou le promontoire du péage.
P. 262, n. 28. J, Grimm: « William of Cloudesle dessen VonMime
an Tell gemahnt » (Deutsche Myth., B55); 6r. de Wyss: « Der Yomahine Wilhelm kommt in den Urkunden der Lauder vielleicht
nicht ein einziges Mal Tor Da ist es niin auffallend dass auch
das angels&chsische Yolkslied des funfzehnten Jahrhunderts, als geschicktesten Schûtzen,*^ der seinem Sohne den Apfél vom Haupte schiesst, einen Wilhdm von Cloudeslay feiert. » (Die drei Lânder, 31, 32.)
P. 266, n. 29. L'ouvrage de Nauderus, souvent publié, porte le titre de Chroniea ; l'édition que nous avons consultée a été imprimée à Cologne, en 15^, in-folio. La partie relative aux origines de la Confédération suisse s'y trouve p. 870-871.
P. 267, n. 30. Peterman Ëtterlin était secrétaire d'Etat à Luceme, et il avait pris part aux guerres de Bourgogne, comme il le dit luimême dans le titre de la première édition de sa chronique, publiée à Bâle en 1507. La seconde parut en 1752, à Bâle également, avec des notes de J.-J. Spreng. 1 vol. in-folio de 268 p. et une table alphabétique. Ce qui est relatif aux origines de la Confédération est aux p. 20 à 41.
P. 268, n. 31. C'est M. W. Vischer qui, à la suite d'une visite faite à Samen en 1867, a publié dans l'Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses de la même année (décembre, p. 72), les renseignements dont nous avons fait usage dans notre texte.
P. 269, n. 32. Voyez plus haut, n. 22, p. 20.
P. 271, n. 33. Chronika, éd. 1752, p. 22, 69, 71.
P. 272, n. 34. Sur D. Schilling, voyez Kopp^ Urk. 1, 44, note, et TT. Vischer, Die Sage der Waldst. 66-67.
P. 272, n. 35. Outre son Panegyricon, Gîareanus a composé une Descriptio Helvetiœ, d'où est tiré le premier hémistiche que nous citons (v. 6), les suivants sont dans le Panégyrique (v. 220-221). Ces deux pièces de vers se trouvent dans le Thés. Hist. Helv. accompagnées d'un commentaire d'Oswald Myconius.
P. 272, n. 36. W. Vischer a de nouveau mis au jour (Die Sage, 155-201) l'édition de cette pièce, qu'il croyait la plus ancienne, et qui a été imprimée sans date à Strasbourg chez Chr. Mûller, sous ce titre : «Ein hubsch spyl gehalten zuUry in der EydgnossschafiPt von dem Wilhelm Thellen ihrem landtmann unnd ersten eydtgnossen. » Dès lors M. Vischer a retrouvé une autre édition qu'il regarde
comme antérieure à celle-là, mais qui ne renferme aucune différence importante. Cette édition princeps a été publiée par Aug. Friess à Zurich vers 1540 (Indic. d'Hist., 1868, 113), en même temps probablement qu'il faisait paraître le Teîlenlied sur l'origine de la Confédération; voyez plus haut, n. 16, p. 241. La pièce a été reproduite, avec quelques modifications de style, en 1579, 1648, 1698, 1740, 1765, et, chaque fois, dès l'origine, des gravures en bois ont été intercalées dans le texte. En 1545 parut à Zurich un autre drame sur G. Tell, qui était toutefois moins une œuvre originale qu'un remaniement de la précédente, comme l'indique déjà le titre et comme le contenu le confirme : « Ein hûpsch und lustig Spyl vorzyten gehalten zu Urij in dem loblichen Ort der Eijdgnoschafft, von dem frommen und erstenEijdgnossenWilhelm Thellen irem Landtmann. Yetz nûwlich gebessert , corrigiert, gemacht unn gespilt am niiwen Jarstag von einer loblichen unn junge burgerschafft zu Zurich, im Jar als man zalt M.D.XLV. Per JocoftMW Buef^ urbis Tigurinse chirurgum.» Ce second drame, dont on ne connaît qu'un seul exemplaire, a été réimprimé, en 1843, àPforzheim, parFr. Meyer, 1 vol. in-12 ; il comprend 96 pages. C'est la date certaine de 1545 qui permet de placer quelques années plus tôt (vorzyten) la composition du premier «hûpsch spyl» d'Uri, dont celui-ci se donne pour n'être que la réédition perfectionnée.
P. 276, n. 36. Mutins a publié une histoire générale d'Allemagne sous le titre : De Grermanorum prima origine, moribus, .... exprobatioribus germanicis scriptoribus in latinamlinguamtralati, auctore JT. Muiio. Bâle, 1539, 1 vol. in-fol. C'est dans le livre XXU, p. 230- 233, qu'il s'occupe des origines des Waldstàtten, et il suit, en l'amplifiant par des ornements de rhétorique, le texte de Kauclerus (voy. plus haut, p. 266). C'est d'après celui-ci qu'il cite les traditions ethnographiques tirées de Frûnd et de Hemmerlin ; il les rejette en disant : « Ego non aliunde credo originem eos duxisse quam ex Germanis, qui Gallos ex his montibus expulerunt ; » p. 232. Il diffère seulement du prévôt deTubingue, nOu plutôt des auteurs qu'a suivis celui-ci, par la date et le lieu assignés à la première origine de la Confédération; c'est à Uri non à Schwyz, qu'il place l'épisode du comte de Habsbourg ; c'est en 1300, non en 1306, qu'il place le commencement de l'alliance des Waldst&tten.
P. 278, n. 38. Voyez sur ces deux historiens, W, Vischer, Die Sage der Befreiung der Waldstâtten, 89-96.
P. 278, n. 39. Jean Stumpff était né à Bruchsal ; mais, après l'établissement de la Réforme, 'il se fixa à Zoricli, où il devint pasteur et où il composa son livre : « Gemeiner loblicher Eydgenoschafft, Stet-
ten, Landen und Vôlkeren, Chronick Durch Johann Stumpffen
beschriben. M.D.XLVm. Zûrych. » 2 vol. in-folio. 332 et 467 feuillets, avec tables alphabétiques. Des gravures en bois sont intercalées dans le texte.
P. 282, n. 40. Les passages de la chronique de Stumpff, dont nous avons donné l'analyse, se trouvent 1, 268, 327-329; II, 174-175, 178- 179, 193-194. Il faut remarquer que, dans la seconde édition de cette chronique, publiée en 1586 à Zurich, le nom de Wolfenschiessen a remplacé celui de Landenberg dans les endroits que cite notre texte. Cette correction faite à deux reprises (p. 232 et 468) provient de Tschudi; cf. plus loin n. 47, p. 295.
P. 284, n. 41. La partie de la chronique de SiUer dont nous tirons ce qui suit dans notre texte, a été publiée en 1865, par Th, de Liehenau, dans l'Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses, N<» 2, p. 23-24. — Nous aurions pu ajouter à notre énumération des chroniqueurs suisses, RenwardCysat, secrétaire d'Etat à Luceme, Pierre Villinger, curé d'Arth, Christophe Silbereîfeen, abbé de Wettingen. Us suivent en général les données d'Etterlin et de Stumpff, mais toutefois avec des divergences qui montrent toujours mieux combien la tradition était encore flottante et indécise. Voyez Kopp, Gesch.- BL, n, 336-340, reproduit par W. Vischer, Die Sage der Waldst., 102-104.
P. 287, n. 42 [par erreur 24]. Aegidii Tschudii Chronicon Helveti-
cum zum ersten maie aus dem Originale herausgegeben von J.-R.
Iselin. Basel, 1734-36, 2 B. in-folio. Erster Theil, von Anno M bis A. M.CCCCXV; 682 pages. Zweiter Theil, von AnnoM.CCCCXV bis A.M.CCCCLXX ; 712 pages. Sur Tschudi, voyez J. Vogel, Egidius Tschudi als Staatsmann und Geschichtschreiber. Zurich, 1856, 1 vol. in-8 de x et 186 p. Anhang : 1° Tschudi's Briefe, 187-282 ; 2» Tschudi's Schriften, 283-311. « Notre histoire nationale repose en bonne partie sur la chronique de Tschudi, » dit Vogel (ibid., 183).
P. 288, n. 43. TJiucydide, Guerre du Péloponèse, 1, 22.
P. 290, n. 44. Lettres de Tschudi à Josias Simler, du 25 ayril 1570 (J. Vogél, Eg. Tschudi, 262), et à Zacharîe Bletz, du 21 mai 1569 (ibid. 258).
P. 291, n. 45. Sur les corrections arbitraires faites par Tschudi dans la partie de sa chronique relative aux Waldstatten^^voy . de Wyss, Die drei L&nder, n. 22, p. 29, et TT. Vischer, Die Sage der Waldst., 112-125, dans les notes.
P.'292, n. 46. Nous croyons ce résumé, tiré de VEaupt-ScMusseî (voyez note 9, p. 232) et des trois premiers livres de la Chronique de l'schudi , assez fidèle, pour que nous ayons pu sans scrupules le placer entre des guillemets.
P. 295, n. 47. Lettre de Tschudi à J. Simler (n. 44, p. 290) : « Wie ich verschinens Ougstens ze Underwalden gewesen, habend si mich, ob und nid dem wald, bericht das einer von Wolfenschiessen (des vesU tmverr von Aîzeîlen) im Bad erschlagen und nit der von Landenberg, .... derselbe Wolfenschiessen ist ouch ein ôsterreichischer Amptmann ixS Rotzberg gewesen ; also hab ich der Unterwaldnem bericht ge- Yolgt und sôlichs in meiner arbeit geendert. » ( Vogel, ibid. , 263.) — Sur ce qui concerne le prétendu chevalier Gessler, et sa prétendue résidence à Eûssnacht , voyez plus haut , notre texte, p. 134, et Kopp, Geschichtsbl. I, 241-244; Urk., Il, 43-44. Quant aux Beringer de Landenberg, cf. îe même, Urk., U, 44-46, et plus haut, n. 13, p. 206.
P. 296, n. 48. Voyez la note précédente. On trouvera, à l'appendice, C, quelques extraits de la chronique de Tschudi et la traduction complète de quelques passages, comme spécimens du procédé littéraire par lequel la fable devient de l'histoire. Il faut signaler encore, comme un exemple de ses inventions, la fameuse date du i" janvier 130S, qui n'apparaît nulle part dans la tradition avant lui et qui passe aux yeux de l'opinion pour le jour où les Waldstâtten se défirent de leurs tyrans. Il l'a substituée à celle de Noëîy que le Livre blanc et Etterlin sans fixer d'année, et Stumpff en indiquant l'année 1314, avaient attribuée à l'attaque des châteaux et à l'expulsion des bailli^. Cette substitution provient de l'usage définitivement ad(^té du temps de Tschudi de fêter le commencement de l'année le l'^' janvier, plutôt qu'à Noël ainsi que cela avait encore lieu en Suisse au quinzième siècle, comme si un événe-
392 SEGOiNDE PARTIE.
ment réel pouvait s'être transporté d'une date à l'autre, avec le changement de la coutume !
P. 298, n. 49. C'est dans un bref du Pape Clément Y, en date du 12 septembre 1309, que se trouvent nommés, parmi d'autres Schwyzois : « Rodolfus dictus Stephaher, Henricus et Wemerus eiusdem filii » {Kopp, Urk., I, 117). Cf. notre texte, p. 150.
P. 303, n.'ôO. De Republica Helvetiorum libri duo, auctore Josta SitrUero, Tigurino, 1 vol. in-S» de 409 pages. Zurich, 1576 ; Zurich, 1577 ; Paris, 1577 ; Zurich, 1602, 1608 ; Leyde, 1627, deux édit. dans la collection des Républiques des Elzévirs ; Zurich, 1734, 1735, dans le Thés. Hist. Helv. En allemand: Zurich, 1576, 1577, 1580, 1610, 1639, 1645, 1648, 1722, 1735. En français : Genéye, 1576, 1577; Paris, 1578 (avec les portraits de Tell, Stauffacher etMelchthal, et la date de 1296 pour l'alliance ; cette gravure rappelle, par les noms des personnages et par la date, d'un côté la «jolie pièce » d'Uri, et, de l'autre, une médaille frappée vers 1580 par Jean Stampfer de Zurich ; cf. G. Emm, von Hàller, Schw. Mûnzen- und Medaillenkabinet, 1, 1-2) ; Anvers, 1579 ; Genève, 1598, 1607, 1639.
P. 305, n. 51. Frandsci GruilUnianni, De rébus Helvetiorum, sive antiquitatum libri V. Friburgi Helvet., 1598, 1 vol. in-4*>, et dans Thés. Hist. Helv. Zurich, 1735. Il dit (1. 3, ch. 16) : « Secrète cum Valtero Fûrstio antiquo amico Stauffacherus super rerum statu coUocutus, Arnoldum quoque a Melchthal in auxilium adsumere placuit.
Hi très jure jurando libertatis tum quidem Helvetise prima con-
siUa iniere Ista sunt libertatis Helvetiorum /unt^amento, tribus
his auctoribus jure et necessitate exiguo adparatu et loco
obscuro, Buttelismatien nomen est, prope Mitlerstein, e conspectu ferme Brunnae vici Suitiorum; quîe fundamenta et initia.... in eam se altitudinem erexerunt, ut a nemine subrui potuerint. Acta sunt hac anno Domini M.CCC.VH, mense septembri. »
P. 305, n. 52. Voyez, pour 1674, Amtl. Sammlung der eidg. Abschiede, VI, 1, 938, au 16 août; pour 1713, ibid. VII, 1, 31; et pour 1727, ibid. VH, 1, 318, au 23 septembre.
P. 307, n. 53. Dans la première rédaction de sa chronique, Tschudi fixait au 17 octobre l'assemblée où chacun des trois premiers conjurés devait amener avec lui « neuf ou dix hommes des plus sages et des plus avisés; » (cf. W, Vischer, Die Sage der Waldst. 121,
NOTES EXPUCATIVES. 393
note *). Il se décida ensuite pour' le 8 novembre qu'a aussi adopté J.deMvMer; nous avons vu que Gtdllimann fixait le serment prêté par les trois confédérés sur le Grûtli, au mois de septembre. Il n^y a pas lieu de rechercher laquelle de ces trois dates arbitraires est la bonne, puisqu'elles sont toutes le produit de la fantaisie. Cf. n. 48, p. 296.
L'ouvrage classique de Jean de MuUer parut d'abord, en 1780, sous le titre : Die Geschichte der Schweizer durch Johannes Mùller ; Boston (Berne), 3 vol. in-8. Entièrement retravaillé, il reparut, en 1786, sous celui de : Die Geschichten schweizerischer Eidgenossenschaft, durch J. Mùller ; Winterthur, 1. 1 et n ; Leipzig, 1788-95, t. m ; et sous sa forme dernière (durch J. von Mùller), en 1806-1808, Leipzig, t. I-Y. Ce livre a été traduit en français par Ch. Monnard, Paris, Genève, 1837-40, 8 vol. in-8<». La citation faite dans notre texte est tirée de cette traduction, t. U, p. 231-32.
P. 307, n. 54. Voy. Amtl. Samml. der eidg. Abschiede, VIII, 704.
P. 308, n. 55. Voyez ie Moniteur Universel dû 3 février 1798, et le Bulletin des Lois et Décrets du corps législatif de la République helvétique. Lausanne, 1798, 1, 69 ; Loi du 22 mai 1798.
P. 308, n. 56. La Société suisse d'utilité pt4blique, réunie à Schwyz en 185Ô, ayant appris, dans une excursion qui l'avait conduite devant le Chrutlif que l'on se proposait de construire une auberge en cet endroit, résolut aussitôt de prévenir cette « profanation » (Entweihung) en acquérant, au moyen d'une souscription publique, la possession de ce lieu consacré par la tradition. Après des pourparlers, où l'intérêt surexcité du propriétaire et le prudent enthousiasme des acheteurs eurent quelque peine à se mettre d'accord, on finit par s'entendre, et le marché, — dans les items duquel on lisait : « Plus value, comme endroit historiquement classique, dix mille francs, » — fut définitivement conclu pour le prix total de 55,000 francs. La souscription ouverte afin de couvrir cette somme avait rapporté 40,000 frs. de plus. On s'est aussitôt occupé de conserver ou de rendre à ce berceau présumé de la liberté suisse son caractère agreste et retiré. On a particulièrement pris soin de protéger les trois sources qui, au moment du serment des Trois Suisses, jaillissaient déjà, disent les un^, qui ont dès lors jailli, disent les autres, sur la place même où la conspiration libératrice avait été jurée. Ceci rappelle les trois fontaines, célèbres dans le martyrologe romain comme marquant les places que toucha.
par trois bonds successifs, la tête de Papôtre St. Paul au moment où il fut décapité. Dans Tun et l'autre cas on a su faire d'un phénomène naturel et fortuit l'auxiliaire d'une superstition. Voyez Verhandlungen der ^chweiz. Gemeinnûtz. Gesellsch. Berichte von 1869 und 1860.
Les rédacteurs de l'appel qui, à l'occasion de cet achat patriotique, fut adressé au peuple suisse par la Société d'utilité publique, se prononcèrent pour donner au nom de RûUi la préférence sur celui de Griitli, et à l'appui de ce choix, on avança plusieurs raisons, en oubliant celle que fournit l'étymologie. Bûtîi vient de reuten, rûten, défricher, cultiver, et c'est un mot qui, sous cette forme ou sous des formes analogues, se retrouve fréquemment en Suisse. Mais, dans les cantons où l'on parle français, le mot Grûili l'a emporté par euphonie ; il n'est pas d'ailleurs sans avoir , dans l'allemand suisse (cf. Stalder, Schweiz. Idiotik, II, 295), et dans la tradition écrite, (cf. plus haut, p. 285) quelque argument à faire valoir en sa faveur.
P. 309, n. 57. C'est d'après Guillimann (note 44, p. 266), que MtiUer fait naître Tell à Bûrglen ; c'est d'après le faux Klingenberg (note 66, p. 318), qu'il en fait le gendre deFtirst et lui donne deux iîls ; c'est d'après les registres falsifiés de la paroisse d'Attinghausen (note 63, p. 316), qu'il parle de sa descendance ; c'est dans une pièce de théâtre publiée en 1779, qu'il a trouvé pour tressler le prénom de Hermann (cf. W. Vischer, Sage der Waldst. 202) ; c'est dans une note sur la Chronique de Tschudi, I, 234, ou dans le Dictionnaire suisse de Leu (art. Meîchthàl), qu'il a dû prendre le nom d'An (von) der Halden ; celui de Marguerite Herlobig est emprunté à C. Lang, curé de Frauenfeld (Grundriss der christl. Welt, I, 808; cf W.Vischer, Sage, 145). Aucune de ces additions à la version de Tschudi ne se trouvait dans la première édition de l'ouvrage de MûUer; elles sont toutes dans l'édition de 1786, sauf la dernière qui n'apparaît qu'en 1806.
P. 311, n. 58. Le passage de la lettre adressée le 27 mars 1607 par Guillimann à Goldast se trouve dans Epistolœ ad Goldastum, Francfort, 1686, 1 vol. in-4°, Ep. 143. Nous l'avons tiré d'une note de J.-R. Iselin sur la chronique de Tschudi, I, 238.
P. 312, n. 59. Jacques-Christian Iselin a exprimé ses doutes sur Guillaume Tell dans son Histor. und geogr. allgem. Lexicon, Bàle, 1727, 4 vol. in-folio, art. Tell et Tocho; Isaac Iselin a manifesté les siens dans Observationes hist. miscellane». Bâle, 1754, br. in-4°.
NOTES EXPUGATIVES. 395
P. 312, n. 60. Annales de l'Empire, Genève, 1754, 1, à l'année 1307. Voltaire a, plus tard, dans ce même ouvrage, remplacé sa phrase par cette autre : « Avouons que toutes ces histoires de pommes sont bien suspectes ; celle-ci l'est d'autant plus qu'elle semble tirée d'une ancienne fable danoise. » Bans l'Essai sur les mœurs (cbap. 67) il a redit : « Il faut convenir que l'histoire de la pomme est bien suspecte » et il ajoute : « Il semble qu'on ait cru devoir orner d'une fable le berceau de la liberté helvétique. »
P. 313, n. 61. On trouve sur ce qui concerne l'épisode Freudenberger-Imhoff des renseignements très-complets dans Hiselî/j Rech. crit. sur G. Tell, p. 439-450. Ils proviennent d'un recueil de la bibliothèque de Berne coté: «Manuscr. VI, 63. Chart. Miscell. Helv. varia, » où sont réunis tous les éléments de la controverse..
F. 313, n. 62. Les pièces communiquées par Imhoff sont reproduites par Hisély, toujours d'après la même source, ibid. 637-643 ; 647-653. F. 316, n. 63. C'est Kopp qui a constaté les altérations commises dans les nécrologes de Schaddorf et d'Attinghausen (Gesch. Bl. I, 314-316). Un honorable cito)'en d'Uri, le capitaine C.-L. MtQler, a dû reconnaître, après avoir contrôlé les résultats des recherches de Kopp, non-seulement qu'ils étaient exacts, mais en outre que « nulle part dans les registres paroissiaux de la vallée on ne trouvait le nom de Tell, » ainsi qu'il l'a déclaré lui-même dans une séance de la Société d'histoire tenue à Altorf en 1859. En outre, il s'est aSsuré que c'était à un curé, qui, de 1672 à 1691, avait tenu les registres delà paroisse d'Attinghausen, qu'était due la substitution du nom de Tàll à celui de N&ll, lequel appartient à une famille qui ne s'est établie à Uri qu'en 1420. Voyez Geschichtsfreund, t. XVI, p. xv-xvi. C'est donc avec raison que, déjà en 1834, Jos. Schnéller pouvait dire : « Wohlunterrichtete woUen in allen vier Archiven der Urkantone und in den âltesten Jahrzeitbûchern des Landes keine Sylbe von einem Wiîhelm TcWfinden.» {Eîtësen, Chronik,58,note 806.)— Imhoff avait encore donné, comme un témoignage en faveur de la réalité de G. Tell, l'indication suivante : « Copia libri vitœ in Altorf et Seedorf, ao. 1360 renovati. Famiharum priscarum eiusdem gentis liberae conditionis nomina : der Fûrst, 1257, 1307, 1313, 1315; vonMooss einRitter, 1317, 1388, 1346 ; der Telle, 1307. » Or, il se trouve que les dates qui accompagnent ces trois noms ne sont, comme ceux-ci, autre chose que
des relevés de la chronique de Tschudi aux années indiquées. C'est un renseignement de plus sur les procédés suivis pour la fabrication des pièces d'Imhoff.
P. 317, n. 64. Gottl. Emm, von Haller, Bibliothek der Schweizer- Geschichte, Berne, 1785-87; 7 vol. in-8*>, V, 24. C'est en 1772 que Haller prononça à Berne, dans une séance publique, son discours sur Guillaume Tell : Wilhelm Tell, eine Vorlesung, gehalten im àussem Stand zu Bern den 21*"'Mârz 1772. Après l'avoir mentionné dans sa bibliographie (ibid., 27), il ajoute : « Je me suis efforcé d'exposer, d'une manière aussi plausible que j'ai pu le faire, la vérité de cette histoire. Il faut mettre sur le compte des circonstances ce qu'il y a d'oratoire dans la composition. »
P. 318, n. 65. Haller, dit de la Défense de Cruillaume Tell (brochure de 30 pages sans nom d'auteur, et dont deux traductions allemandes, l'une par J.-R.-A. Fùsslin, l'autre par Sal. Wolff, parurent immédiatement) ; « Ce beau travail, dû à mon très-honoré protecteur, M. Joseph- Antoine-Félix de Balthasar, défend de la manière la plus solide l'histoire de Guillaume Tell . Le louable Etat d'Uri lui a envoyé à cette occasion une lettre de remercîments très-flatteuse et deux médailles d'or. » (Bibl. V, 25.)
P. 318, n. 66. Depuis que la chronique attribuée à Klingenberg a été publiée en 1861, par A. Henné, il a été reconnu que c'était simplement le texte allemand d'une chronique zurichoise dont Stumpff et Tschudi s'étaient servis, en lui donnant sans motif, pour auteurs, des membres de la famille de Klingenberg. Voy. Bibl. Univ. de Genève, mars 1861, 470 : La Chronique de Klingenberg, et G. Scherer, Ueber das Zeitbuch der Klingenberger, dans Mittheil. zur vaterl. Gesch.; St-Gall, 1862, I, 65-109. — On trouvera le texte latin du prétendu Klingenberg à l'appendice, seconde partie, D. Cf. la critique qu'en a faite Kopp, Gesch. Bl. I, 239-240.
P. 319, n. 67. Voyez Schmid^ Gesch. des Freystaats Uri, I, 252. Cette pièce, qui aurait dû figurer dans le recueil d'Imhoff, ne s'y trouve point, mais elle avait été mentionnée par lui comme devant faire l'objet d'un envoi subséquent. Cf. Hisely, Rech. sur G. Tell, 442-443. Ce ne fut qu'en 1788 que Schmid publia ce document, sans indiquer, en le faisant paraître, comment il se l'était procuré. Il le donne pour authentique (urkundlich), mais il n'existe que dans son livre.
P. 319. n. 68. Le dimanche, jour de la réunion des landsgemeinde, tombait le 7 mai, en 1758 au moment où Imhoff recueillait ses preuves , et en 1786 au moment où Sch$nid travaillait an premier volume de son Histoire d'Uri, qui parut en 1788. C. von IJnteroyen, qui signe le décret de 1398 « ans gebothe der Landleuthen, » comme « ir Amme erwehlt, » est mentionné par Tschudi (Chron. 1, 541-542), au nombre des victimes du guet-apens nocturne de Wesen le 22 février 1388, et, avant cette mention, on ne trouve son nom nulle autre part. Mais ce nom même, Tscbudi l'a fabriqué en altérant celui que donnait la chronique dont il s'est servi, et qu'il attribuait à Elingeni berg (voyez note 66, p. 318). Elle dit : « Der aidtgenossen houptmann ze Wesen hiess Ammann von den auwi,.. Die von Un die iren ammann och da verloren hatten. » Voilà d'où provient le landammann d'Un Conrad d'Unteroyen ! D existe dans le canton d'Un une localité appelée, dans un acte du 9 juin 1284 « undir Oien > (de WysSf Abtei Z. Beil. n*" 287), et ailleurs : « ze underœge » (Gesch. £r. U, 77, acte du 8 mai 1287). On aura pris ce nom de lieu pour celui de l 'ammann d'Un tué à Wesen, et on aura en même temps confondu ce personnage avec « l'ammann von Ouwi, capitaine des confédérés. » Le 6 mars 1387 et le 4 juin 1388, c'est Walter Meyer d'Erstfeld, qui intervient dans des actes authentiques, comme landammann d'Un (Geschichtsfreund, Yin, 68 ; XII, 31).]
On rencontre dans l'ouvrage publié en 1692 à Einsiedeln par C. Lang (Hist. theol. Grundriss der Christl. Welt, I, 786), un passage qui a probablement servi à composer le décret apocryphe du 7 mai 1387 : Parlant du pèlerinage entre Burglen et Steinen,Lang dit que les confédérés se rappellent, à cette occasion, « wie dièse Wallfarten von ihren getreuen lieben Altvorderen, um anno 1307, wegen damahligen schweren Trangsalen, angestellt worden ; » et, dans le décret, on lit : « 80, in iren hôchstennôthen, imjahr des heren 1307 zalt, unsere lieb altvordere haben geordnet. » Or, comme Lang, qui cite toi]jours ses sources, ne dit pas un mot du décret de 1387, la ressemblance si frappante des termes permet de conclure que c'est Lang qui est l'original et le décret qui est la copie. Hisely (Rech. sur G. Tell, 685), Zbpp (Gesch. Bl. II, 335), iwto?/'(Ge8chichtsfreund, XIX, 184), et W. Vischer (Die Sage u. s. w., 143, note) sont d'accord pour ranger ce document parmi les plus incontestables supercheries historiques. On le trouve à l'appendice, E, tel que le donne Schmid.
P. 320, n. 69. Hist. de la Conf. suisse, II, p. 234. Le passage auquel Monnairà fait allusion et dans lequel Koj^ laisse pour la première fois entrevoir, plutôt qu'il ne les exprime nettement, ses doutes sur l'histoire de Tell, se trouve Urk. I, 43.
P. 321, n. 70. Eopp a donné pour second titre à son histoire : « Die Geschichten von der Wiederherstellung und dem Verfalle des heiligen rônûschen Eeichs. » Tout ce qui, dans ce livre et dans les autres écrits du même auteur, concerne les origines de la Confédération suisse se trouve dispersé de côté et d'autre, sans avoir jamais été réuni par le savant historien en un tout unique et suivi.
L'un des hommes les ^^ plus, compétents pour apprécier les travaux qui ont l'histoire pour objet, M. le prof. G. Waitz, a porté sur le grand ouvrage de Kopp le jugement suivant : « Chacun rend justice aux labeurs et à l'érudition de l'âûteur, ainsi qu'à ses efforts pour éclaircir, d'après les documents authentiques, tous les points douteux et pour rassembler aussi complètement qu'il est possible tout ce qui reste de renseignements sur l'époque dont il s'occupe ; mais on est généralement d'accord pour reconnaître que ce qu'il donne n'est pas une véritable histoire. D met bout à bout les pièces originales qu'il analyse, sans parvenir à les grouper dans une exposition d'ensemble, à laquelle la quantité même de ses matériaux l'empêche de s'élever. En le lisant, on ne peut jamais embrasser les événements dMn coup d'œil général, ni bien saisir le sens des détails au milieu desquels on se perd. Le talent de raconter lui manque d'ailleurs au plus haut degré, ses phrases sont longues, gauchement construites et remplies de provincialismes suisses. C'est tout un labeur que de le lire, et lorsqu'un écrit pèche par la forme, l'excellence de son contenu ne lui vaudra jamais l'estime qu'il mérite. Voilà ce qui explique comment il se fait qu'un ouvrage, auquel les juges les plus autorisés ont décerné tant d'éloges, est demeuré si peu connu. > Gôttingische gelehrte Anzeigen, Mai 1857, 715-717.
Cf. Joseph Eutych Kopp, als Prof essor, Dichter, Staatsmann und Geschichtforscher, dargestellt von AUm I/ûtdlf» Luzern, 1868, 1 vol. 8<>.