‹ Les origines de la Déclaration des droits de l'homme de 1789Chapitre 109 sur 157 · G2 LES ORIGINES DE LA DÉCLARATION · texte numérisé non relu

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son Ecole à jouer un rôle direct dans la Révolution : il avait à côté de lui Condorcet dont l'influence devait être bien supérieure à la sienne et qui comme lui avait travaillé avec Turgot.

Celui-ci avait inspiré à Condorcet « le goût de l'économie sociale. Leurs idées, dit M. Arago \ leurs espérances, leurs sentiments s'étaient complètement identifiés. 11 serait vraiment impossible de citer un seul point d'une science si ouverte aujourd'hui à la controverse sur lequel Turgot et Condorcet aient diffcré même par d'imperceptibles nuances ». On peut donc faire honneur aux Physiojrates de l'œuvre accomplie par Condorcet ■ : dans la société de Turgot, Condorcet était devenu un homme de progrès non seulement en économie sociale, mais aussi en politique ; placé très près du pouvoir pendant dix-huit mois, il vit jusque dans les détails les plus secrets le jeu des rouages vermoulus de l'ancienne monarchie; pour connaître les améliorations dont la France était avide, il n'eut pas besoin en 1789 de consulter les instructions que les membres dô l'Assemblée Consti-

1. Arago, liiographie de Condorcet ù l'Académie des sciences, 28 décembre 1841. OEuvres de Condorcet, t. 1, p. 18.

2. M. Daire, dans son ouvrage consacré aux Economistes, n'hésite pas à ranger Condorcet parmi eux. 11 en est de même de M. de Lavergne, dans son livre sur les Eco)iomistC!< franrais du xviii'' sii-clc, ]>. 194,

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tuante apportaient de tous les points du royaume, il en avait trouvé les éléments dans une étude philosophique et approfondie des droits naturels dont une société bien organisée ne doit pas, ne peut pas priver le plus humble citoyen. »

Et en effet, bien avant la Révolution, Condorcet avait indiqué et défendu dans ses nombreux écrits les principales réformes qui s'imposaient.

La réforme de la jurisprudence criminelle alors si barbare était une des graves questions qui attiraient son attention; il l'avait examinée en détail dans des lettres adressées à Turgot alors intendant à Limoges et quand celui-ci fut devenu contrôleur général, son ami Condorcet dans ses « Réflexions sur la jurisprudence criminelle » (1775) mit en relief les iniquités du Code pénal des gabelles, œuvre de Colbert encore aggravée par ses successeurs.

En 1770, il fit une propagande active en faveur de la liberté de la presse et il publia, quelques années après, un recueil d'écrits sur l'état des protestants en France, dans la préface duquel il s'écriait : « Il est honteux d'avoir sous sa vue un million d'hommes privés des droits de l'humanité, de l'état de citoyen, soumis à des lois barbares, et de ne point songer à les soulager. En vain sent-on son impuissance et l'inutilité de ses efforts, on ne peut ni se détourner de ces

objets ni en être spectateur tranquille; on écrit pour ainsi dire malgré soi » '.

Condorcet prit donc une part active au mouvement littéraire qui précéda la chute de l'Ancien Régime et ses écrits tiennent une large place dans les publications d'une époque où les brochures furent si nombreuses: on raconte, en effet, qu'un amateur en réunit deux mille cinq cents rien que dans les derniers mois de 1788 et qu'il renonça à continuer une collection qu'il désespérait d'avoir complète 2.

A mesure d'ailleurs qu'on approchait de la crise finale, Condorcet, revenant à son point de départ, cessait de se faire le champion des libertés particulières pour devenir l'apôtre des droits de l'homme considérés dans leur ensemble.

Il publia en 178G un remarquable écrit ayant pour objet l'élude de l'influence de la Révolution d'Amérique sur l'Europe, où il reprenait l'idée phj'siocratique que le bonheur de l'homme en société ne peut consister que dans la jouissance et le développement de ses droits naturels, c'est-à-dire la liberté et la propriété, sous toutes leurs formes et avec toutes leurs conséquences. Il se félicitait pour la France de

1. Cf. Dide^ Article sur Condorcet dans la Révolution française, 1882, p. 705.

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