Cf. Chcrest, Chute de l'Ancien régime, ch. xii^ | VII
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l'exemple donné par les Etals-Unis, car « la France, disait-il \ tirera plus d'utilité qu'aucun des peuples de l'Europe, des idées saines des Américains sur les droits de la propriété et de la liberté naturelles, parce qu'avec un plus grand besoin de ces idées que la nation anglaise, elle est dans ce degré de lumières qui permet d'en profiter ».
Les partisans de l'origine américaine de la Déclaration française se sont beaucoup prévalu de cet écrit, comme de tous ceux d'ailleurs parus à cette époque et consacrés à la Révolution d'Amérique : il faudrait pourtant se garder de commettre une confusion ; s'il est vrai, comme on l'a dit, que « la guerre d'Amérique inspire aux Français quantité de récits, d'histoires, de voyages, d'estampes » -, il est vrai aussi que très peu s'occupent de la Déclaration des droits de l'homme • et encore ceux qui s'en occupent ne ménagent-ils pas leurs critiques aux divers actes américains *.
La brochure de Condorcet n'était en réalité qu'un hommage rendu à ce qu'il croyait être l'application
1 Condorcet, op. cit., chap. iv, OEuvres, t. VIII, p. 31.
2. Aulard, Histoire politique de la Révolution française, Première partie, ch. i.
3. Les livres de Ghatellux (Voyages du marquis de Chatellux en Amérique) et de Raynal (Révolution d'Amérique) n'y font même pas allusion.
4. Condorcet, Idées sur le despotisme, % XXII, OEuvres, t. IX, p. 173.
des idées pour lesquelles il luttait depuis longtemps et un argument de plus, adressé aux Français pour vaincre leurs dernières résistances.
Comme tous les Physiocrates, Condorcet n'admettait qu'un moyen d'améliorer le sort de l'humanité, c'était d'accélérer le progrès des lumières, ce qui revient à dire, dans le langage de Quesnay, d'enseigner le droit naturel : or cela est particulièrement intéressant à rapprocher de ce fait que lui aussi est l'auteur d'un projet de Déclaration des droits de l'homme ; nous verrons plus tard ce qu'il contient, mais il fallait d'ores et déjà le signaler, ne serait-ce que pour montrer comment les deux anciens collaborateurs de Turgot, Dupont de Nemours et Condorcet, se sont rencontrés sur ce point.
Tout concourt d'ailleurs à mettre en pleine lumière le rôle des Physiocrates puisqu'il appartenait, comme nous le verrons, au fils du précurseur de Quesnay, à Mirabeau, d'être le principal rédacteur de la Déclaration de 1789; sans doute ici, moins que partout ailleurs, on ne saurait conclure des idées du père à celles du fils, cependant il n'est pas douteux que, malgré ses démêlés avec lui, le comte de Mirabeau n'ait, dans une large mesure, subi l'influence de son père, dont les théories se retrouvent dans r « Essai sur le despotisme ».
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Celle opuscule publié seulemenl en 1776 avait clé composé, suivant M. Mérilhon ', par le comte de Mirabeau pendant sa détention à l'île de lié, c'est-à-dire en 1772, et il est d'autant plus intéressant à noter qu'il nous montre Mirabeau professant bien avant la Révolution d'Amérique les idées qu'il défendra en 1789.
Déjà dès celle époque le respect du droit naturel lui paraît le seul moyen d'échapper au despotisme ; il faut se souvenir, dit-il ^ que tous les hommes sont égaux en droits, « que l'on dit maître un tel. Monsieur un tel, Monseigneur, Votre Altesse, Votre Majesté même, que derrière tout cela il n'y a qu'un homme, mais aussi que derrière tout cela il y a un homme ; que l'intérêt de la liberté publique réside également dans chaque membre de la société établie pour la sûreté et l'avantage de tous ceux qui la composent ».
Déjà dès cette époque Mirabeau trouve contraire à la nature « que les droits des hommes puissent être arbitrairement diminués par ceux qui ont été chargés de les défendre M); il attribue « à l'ignorance si longue des droits de l'homme * », le despotisme qui, suivant
1. Mérilhon, Ivlition de» ipuvrcs du comte de Mirabeau, t. H, Avant-propos, p. 225.
2. Mirabeau, Essai sur le despotisme; édilioa Mérilhon, t. H, p. 292.