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LES CAHIERS DE 1789 ET LES PROJETS DE DÉCLARATION

Rien ne reflète mieux l'état d'esprit de la nation .française à La veille de la Ilévolulion que les cahiers du Tiers-Etat, œuvre commune des paysans et des bourgeois.

Ceux-ci dans l'assemblée de village « se trouvent confondus, causent ensemble, discutent publiquement. C'est la première fois, dit M. Aulard ', que ce colloque a lieu, il est fraternel et l'on tombe d'accord assez vite. Le bourgeois s'aperçoit que le paysan est plus intelligent ou moins stupide qu'il ne croyait, que l'esprit du siècle a pénétré jusqu'à lui par d'obscurs canaux. Les paysans une fois réunis s'élèvent à l'idée d'un intérêt commun, se sentent nombreux et

1. Aulard, Histoire pulilicjuc do la Révolution IVaiKaise, première partie, ch. ii, p. 31.

forts et reçoivent] des bourgeois,, une "sorte de conscience de leurs droits ». Le cahier rédigé par eux va en subir l'influence, et par suite aussi le cahier qu'on soumettra plus tard aux Etats.

Les cahiers de 1789 furent, comme on le sait, rédigés à deux degrés : l'assemblée des habitants de village, en même temps qu'elle arrêtait un cahier de doléances, désignait des députés pour représenter le village à l'assemblée supérieure ; celle-ci se tenait à la ville. Là les députés, réunis dans l'auditoire du juge et sous sa présidence, lui remettent les cahiers dont ils sont porteurs, entendent les doléances des gens de la ville faites souvent de vive voix, puis ils choisissent entre eux une commission de six ou huit membres chargés de fondre en un seul cahier toutes les doléances locales : l'assemblée se réunit plus tard une seconde fois, elle entend lecture du cahier, le modifie et l'arrête, puis elle désigne ceux (jui seront chargés de le porter à la grande assemblée de bailliage.

C'est là que nous trouvons pour la première fois le clergé et la noblesse ; mais pour ne nous occuper que du Tiers, il s'agit de fondre encore tous les cahiers en un seul : on lit celui qui paraît le plus complet, tous les députés suivant sur le leur; chacun raye les articles au fur et à mesure qu'ils sont lus et à la fin

il n'y a qu'à tenir compte des articles non rayés, c'est-à-dire des articles qui ne figurent pas sur le cahier principal ; les députés du bailliage portent alors le cahier aux Etats-Généraux où le travail de fusion recommence pour donner naissance au cahier général du Tiers '.

Ainsi donc, tout repose en définitive sur les doléances premières des paysans et des bourgeois dont le cahier rédigé dans la paroisse a inspiré tous les autres, et cela est important à noter au point de vue de l'influence respective qu'ont pu avoir sur eux les divers partis philosophiques.

Est-il vrai, comme l'affirme M. Champion -, que « contrairement à l'opinion commune Rousseau ne fut jamais mieux connu, mieux étudié, mieux goûté qu'en 1789 »; est-il vrai qu' « on n'en finirait pas d'enregistrer l'admiration universelle qu'il inspirait à la veille et au début de la Révolution »? Sans doute on ne saurait contester son influence sur les nombreuses brochures politiques publiées à cette époque ; nous avons à plusieurs reprises parlé de ces « Maximes du droit public » où l'on déclarait que les rois étaient faits pour les peuples et non les peuples pour les rois : d'autres remontant aux origines de la mo-

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