‹ Les origines de la Déclaration des droits de l'homme de 1789Chapitre 118 sur 157 · Champion, Esprit de la Révolution française, p · texte numérisé non relu

Champion, Esprit de la Révolution française, p

180 Li:S ORIGINES DE LA DÉCLAKATiON

narchie établissaient, nous l'avons vu, que « le roi et la loi recevaient leur autorité d'une même source qui était l'unanimité des vœux de la nation » et que celle-ci « avait le droit de s'assembler de son propre mouvement pour délibérer sur les aflaires de l'Etat » '. Faut-il rappeler enfin le livre de Raynal ^ le plus hardi de tous et dans lequel l'auteur attaquait toutes les puissances de la terre, ministres, prêtres et roi. Tous ces écrits avaient puissamment contribué ;*i répandre et à faire connaître les théories de Rousseau dont on ne saurait nier l'influence, à un certain point de vue considérable, sur la rédaction des cahiers : comment, en efTet, ne pas songer au Contrat social, lorsqu'on voit les cahiers proclamer d'une façon unanime que le pouvoir législatif réside essentiellement dans la nation ; tous admettent, il est vrai, la réserve de la sanction royale, mais ce n^cst là qu'une concession bien naturelle aux exigences de l'époque ; c'est encore à Rousseau évidemment qu'il faut attribuer les demandes relatives à la périodicité ou à la permanence des Etats-Généraux K Bref, tout ce qui a trait à la souveraineté nationale vient en

1. InauguralioD de Phamarond, Baclaumont, l. XXIV, additions 121-128.

2. Raynal, Histoire philosophique et politique des établissements el du commerce des Européens dans les deux Indes.

3. Cf. Rapport de Glermont-Tonnerreù l'Assemblée Conslituanle.

droite ligne de Rousseau, mais celle pari faite, et elle est grande, à son génie, il ne faut pas l'exagérer.

On peut en effet, sans diminuer les mérites de Kousseau, reconnaître que l'influence des Physiocrates était en 1789 plus considérable que la sienne. Gomment d'ailleurs en aurait-il été autrement? A côté de leurs théories politiques Quesnay et ses disciples donnaient une large place aux problèmes économiques et ceux-ci, on le conçoit aisément, intéressaient au plus haut point les paysans et les bourgeois qui devaient plus tard rédiger les cahiers : la liberté du travail, la liberté de la culture et la liberté du commerce dont ils s'étaient fait les champions n'avaient pas peu contribué à répandre leurs théories sur l'ordre légal et la force du droit naturel.

Nous avons vu Condorcet les reprendre dans ses écrits et cela sous forme de brochures qui pénétraient jusqu'aux coins les plus reculés du royaume : les « Lettres d'un bourgeois de New-Haven à un citoyen de Virginie », les « Lettres d'un citoyen des Etats- Unis à un Français sur les affaires présentes », les « Idées sur le despotisme » sont autant de publications où revit la doctrine de Quesnay. « .;Le seul moyen, y dit Condorcet ', de prévenir la tyrannie

1. Condorcet, Idées sur le Despotisme, § XVIII, UEuvres, t. IX, p. 1G5.

c'est-à-dire la violation des droits des hommes, est de réunir tous ces droits dans une déclaration, de les y exposer avec clarté dans un grand détail, de publier cette déclaration avec solennité en y établissant que la puissance législative ne pourra, sous quelque forme qu'elle soit instituée, rien ordonner de contraire à aucun de ces articles »; plus tard dans ses « Réflexions sur les pouvoirs à donner par les provinces à leurs députés aux Etats-Généraux », il conseille de « refuser tout secours pécuniaire, à quelque titre que ce soit, avant que les droits de la nation ne soient reconnus et constatés », il énumère ensuite les principaux de ces droits et il ajoute : « Des hommes qui n'en jouiraient pas ne seraient pas libres, la charte qui constate leur reconnaissance est le premier devoir des Etats-Généraux *. »

C'est sous l'influence de ces écrits que furent rédigés les cahiers et nous allons voir jusqu'à quel point la doctrine physiocratique avait pris possession des esprits.

Nous n'insisterons pas sur les demandes relatives à la suppression du régime féodal : les cahiers sont unanimes et il faudrait les citer tous. Mentionnons cependant le cahier du tiers état de Draguignan, l'un

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