‹ Les origines de la Déclaration des droits de l'homme de 1789Chapitre 134 sur 157 · Rapport de Mounier, AP, VIII · texte numérisé non relu

Rapport de Mounier, AP, VIII

Au surplus la preuve que la Constituante n'avait aucun modèle devant les yeux ne résulte-t elle pas des discussions vives et quelquefois orageuses auxquelles elle se livra en ce qui concerne non seulement la forme, mais le contenu même de la Déclaration. On discuta longtemps en effet pour savoir si la Déclaration serait rédigée par articles, comme le voulaient Lafayette et Mounier, ou si on lui donnerait une forme raisonnée, d'après l'exemple du projet de Siéj^ès. Un parti important se forma dans l'Assemblée pour adopter cette dernière manière de voir, car il parut à beaucoup que « la raison et la vérité rendues évidentes par le raisonnement devaient fortifier des droits fondés sur la vérité et la raison. » Cet avis ne fut pas écouté et la question en resta là, mais le fait même qu'elle fut posée et longuement discutée ne prouve-til pas que les idées philosophiques propagées depuis un siècle avaient fortement marqué de leur empreinte l'esprit des députés de la Constituante; ce qui pouvait plaire en eliet dans la Déclaration de Siéyès, c'est que « s'emparant pour ainsi dire de la nature de l'homme dans ses premiers éléments, et la suivant sans distinction dans tous ses développements et dans ses combinaisons sociales, elle avait l'avantage de ne laisser échapper aucune des idées qui enchaînent les résultats ni aucune des nuances qui lient les idées elles mê-

mes ' ». La Déclaration de Siéyès rappelait en somme les nombreuses brochures dont on s'était nourri l'esprit: elle était, suivant l'expression de Mirabeau, « l'œuvre d'un métaphysicien qui dans la méditation du cabinet saisit la vérité dans son énergique pureté », bien plus que « l'œuvre d'un homme d'Etat qui est obligé de tenir compte des antécédents, des difficultés et des obstacles. - »

Comment d'ailleurs expliquer, si la Constituante avait eu un modèle en rédigeant sa Déclaration, cette motion faite par le député Bouche et volée par la majorité le 27 août: « L'Assemblée nationale reconnaît que la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen n'est pas finie, qu'elle va s'occuper sans relâche de la Constitution. Si dans le cours de là discussion il se présente quelque article qui mérite d'être inséré dans la Déclaration il sera soumis à la délibération lorsque la Constitution sera terminée. En conséquence de son arrêté de ce jour, elle décrète comme articles de la Déclaration des droits ceux qui ont été consentis » ^ En réalité l'Assemblée faisait et savait qu'elle faisait une œuvre nouvelle : Mounier en avait tracé les grandes lignes dans son rapport au

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