Cf. Walcfi, op. cit., p
elle s'est reposée sur nous, s'assurer de notre fidélité, s'y conformer et reconnaître l'obligation et le devoir qui naissent pour elle de se soumettre à des lois qui maintiennent inflexiblement tous ces droits. Vous avez senti que ce serait pour nous une garantie continuelle contre la crainte de nos propres méprises, et vous avez prévu que, si dans la suite des âges une puissance quelconque tentait d'imposer des lois qui ne seraient pas une émanation de ces mêmes types, ce type original et toujours subsistant dénoncerait à l'instant à tous les citoyens ou le crime ou l'erreur. »
Toutes ces idées sont reproduites dans le préambule de la Déclaration rédigé en ces termes : « Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une Déclaration solennelle les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme, afin que cette Déclaration constamment présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique en
soient plus respectés : afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. »
C'est la théorie de Quesnay résumée en quelques mots; elle ne pouvait l'être d'ailleurs par une voix plus autorisée puisque c'est Mirabeau qui rédigea le projet définitivement adopté; nous n'avons pas à entrer dans le détail des discussions qui précédèrent la rédaction définitive, le discours de M. de Volney, cité plus haut, nous est d'ailleurs un indice des préoccupations auxquelles obéissait l'Assemblée ; qu'il nous suffise de rappeler que celle-ci, après avoir écarté en bloc le projet du Comité des Cinq, finit cependant par l'adopter dans ses grandes lignes: le préambule notamment lui fut tout entier emprunté et Mirabeau s'était souvenu en l'écrivant des théories professées par son père et reprises par lui quinze ans avant la Révolution, dans son « Essai sur le despotisme ».
Il est vrai que si Ton en croit certains auteurs, Mirabeau en 1789 n'aurait été rien moins que favorable au vote d'une Déclaration des droits de l'homme. M. Walch, entre autres, se montre particulièrement sévère et il n'hésite pas à voir dans la conduite de Mirabeau « le but de faire traîner le débat en longueur, de gagner du temps, de discréditer la Décla-
2lG LES OKiM.\i:s bi: la déclakation
ration et de lasser l'opinion » '. Est-il vrai, comme le dit cet auteur -, que déjà à cette époque le grand orateur cherchait à « gagner à lui la bienveillance royale en faisant échec à une déclaration qui allait mettre en question les droits et les pouvoirs de la monarchie? » Il ne nous appartient pas d'intervenir dans le débat, quoique au fond l'allégation nous paraisse injustifiée; peu nous importe d'ailleurs car, serait-elle fondée, cela ne ferait pas que Mirabeau n'ait publiquement professé la doctrine physiocratique et toutes les précautions qu'il pourrait avoir prises pour cacher son jeu seraient autant de preuves de plus que celle-ci dominait dans l'Assemblée.
La Déclaration des droits de l'homme a donc été considérée par ses auteurs comme un moyen de donner aux peuples cet enseignement réclamé par Quesnay.
On se plaint en elfet, en 1780, de l'ignorance profonde où se trouvent à l'égard du droit naturel la plupart des peuples civilisés. « Si vous daignez jeter les yeux, dit le comte de Castellane à la séance du l*""^ août ■, sur la surface du globe terreste/vous frémirez
1. Walc/t, op. cit., p. 13U. — Cf. Aîtlard, op. cit , première partie, ch. II, p; 42.