Comte de Mirabeau, Kssai sur le despolisme, p
3. Maxirnos du droit public français, ch. i. p. 8G, cli. vi, p. 103.
difficile de voir en lui le précurseur de l'individualisme à outrance qui inspira la Révolution.
Mais ne faut-il pas aller plus loin et ne semble-t-il pas que cette toute-puissance reconnue par lui au Souverain dût le conduire à la négation absolue des droits de l'individu: c'est ce que nous allons examiner.
Sans doute, il n'est pas impossible de découvrir chez Rousseau l'idée de droits individuels inaliénables, car Rousseau est, pour le moins en apparence, l'homme de toutes les contradictions. Dans le domaine économique et social il est partisan de la propriété qu'il place sous la garantie du Contrat Social et en même temps par la critique qu'il fait de la richesse, de l'inégalité et de ses effets, il prête la main aux communistes. Dans le domaine religieux, il plaide pour la liberté de conscience, attaque vigoureusement l'intolérance qu'il reproche au catholicisme et en même temps il veut imposer à la société politique une religion civile sanctionnée par la législation positive. Au point de vue qui nous occupe c'est à-dire dans le domaine politique, on pourrait voir chez lui en isolant certaines parties de son œuvre suivant les cas, l'auteur de l'individualisme le plus outré ou le partisan de l'étatisme le plus absolu. Il s'en était d'ailleurs rendu compte, et il s'excuse lui-même quel-
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que part ' de ces coiilradictions qui n'existent, dit-il, que dans les ternies et qui sont dues à la pauvreté de notre langue.
Les auteurs qui veulent voir en Rousseau l'inspirateur de la Déclaration des droits de l'iiomme font grand cas d'an passage de son œuvre où en termes véhéments il proteste, contre l'opinion de Grotius qu'un homme peut se réduire en esclavage. « Renoncer à sa liberté, dit-il -, c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs: une telle renonciation est incompatible avec la nature de l'homme. » D'ailleurs quand bien môme elle serait possible, ajoute-t-ii, « quand chacun pourrait s'aliéner lui-même, il ne peut aliéner ses enfants : ils naissent hommes et libres; leur liberté leur appartient, nul n'a le droit d'en disposer qu'eux...; il faudrait donc, pour qu'un gouvernement arbitraire fut légitime, qu'cà chaque génération le peuple fut le maître de l'accepter ou de le rejeter, mais alors ce gouvernement ne serait plus arbitraire. » L'homme a donc des droits qu'il tient de sa nature et dont il ne peat se dépouiller, il les a réservés en entrant en société, car « ce que chacun aliène par le pacte social de sa puis-