LES ORIGINES DE L\ DÉCLARATION
ticulièrement énergique ; l'homme, disent-ils *, est propriétaire de sa personne ce qui le met à l'abri de toute atteinte ; il peut jouir librement de ses organes et de ses facultés, c'est- à dire de ses attributs corporels et intellectuels, sans être gêné par qui que ce soit; la propriété de sa personne lui est accordée par la nature de la manière la plus inviolable, car c'est le seul moyen d'assurer son bonheur et sa conservation.
Voilà le principe d'où vont sortir tous les droits individuels. Et d'abord, la propriété de la personne engendre la liberté personnelle : qui dit propriété, dit en effet droit d'user et d'abuser; rien, si ce n'est le droit égal d'autrui, ne peut restreindre l'usage que l'homme veut faire de ses forces ou de son intelligence; il est absolument libre de ses actions et la liberté personnelle est cette « faculté non empêchée de faire à son gré un usage raisonnable et légitime de ses organes corporels, de ses qualités morales et intellectuelles » -.
Cette liberté d'agir inipli(iue évidemment pour l'homme le droit de conserver privativement ce qu'il aura produit par ses efforts : « L'idée de liberté ne
1. Bandeau, op. cit., ch. vr, art. lll-ii ; Quesnay, op. cit., p. 374; Marquis de Mirabeau, Les devoirs, premier cours.
2, Bandeau, op. cit.. ch. ii, art. Ill-ir, p. 749.
L'ÉCOLE PHYSIOCRAÏIQUE 139
pouvait naître dans l'esprit de l'iiomme sans qu'il y associât au même instant celle de la propriété sans laquelle la première n'eût été qu'un non-sens, n'eût représenté qu'un droit illusoire et sans objet. Pour l'individu, la liberté d'acquérir les choses utiles par le travail suppose nécessairement celle de les conserver, d'en disposer et de les transmettre à ses descendants '. »
On a ainsi la propriété mobilière qui engendre à son tour une seconde espèce de liberté : la liberté de faire ce qu'on veut de ses objets mobiliers, et, comme il est probable, ajoutent les Physiocrates. étant donné les avantages de la terre, que les hommes emploieront leur fortune à acquérir des biensfonds, on voit apparaître la troisième espèce de propriété, la propriété foncière qui engendre la troisième espèce de liberté, c'est-à-dire le droit de faire ce qu'on veut des héritages fonciei^.
Pour les Physiocrates tous les droits se résument donc en un seul, la propriété sous trois faces, personnelle, mobilière et foncière, et ces trois propriétés forment un tout dont aucune partie ne peut être détachée sans ruiner les deux autres.
Sans doute les Physiocrates étaient surtout des