QUÉBEC AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
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Une Avant-Courrière de la Bienheureuse Marguerite-Marie
La Vénérable Marie de l’Incarnation
ANS la zone tempérée, la plus parfaite des trois, parce qu'elle tient le milieu entre les excès opposés des deux autres, l’astre du jour se lève lentement de sa couche royale, embellissant la nature des lueurs variées de l’aurore, et habituant peu à peu les yeux des mortels à l'éclat de sa plénitude.
Le divin Soleil de justice, JÉSUS-CHRIST, qui éclaire tout homme venant en ce monde, en agit parfois ainsi dans l’ordre de la grâce et de la vérité. Il connaît à l’avance ‘‘les temps et les moments que le Père tient en son pouvoir,’’ et il mesure l’éclat de sa révélation sur les exigences de la foi, et l’abondance de sa grâce sur la faiblesse et la pauvreté spirituelle de ses serviteurs.
‘{ Venu pour allumer le feu sur la terre, et désireux pardessus tout de le voir brûler,’” il n’en tempère pas moins les ardeurs selon que l’exigent la gloire de son Père et le
. salut des âmes.
La dévotion à son Cœur Sacré ne date pas d'hier, bien que deux siècles à peine nous séparent de sa manifestation la plus éclatante. Il faut en chercher l’origine à la dernière Cène, où JÉsuSs institua le Sacrement de l’amour, et où Jean, le disciple bien-aimé, lut dans les battements du Cœur de son Maître toute la profondeur de sa charité ; ou bien sur
le Caivaire, où la lance du soldat, transperçant le Cœur du Sauveur, mit le sceau à l’œuvre de notre Rédemption.
Corollaire du mystère de l’Incarnation, de l'union des deux natures en JÉSUS-CHRIST et de l’unité de sa personne, le culte du Sacré-Cœur est à la tase même de notre foi, essentiellement compris dans le symbole catholique.
Mais le monde se refroidissait à la fin du dix-septième siècle, frigescente mundo, selon l'expression de la liturgie dans l’oraison de quelques saints suscités pour réchauffer la piété des fidèles. Une secte aveugle et obstinée, qui s'était donné pour mission d'imposer des limites à ‘‘ l’abondante rédemption” du Sauveur, menaçait de paralyser la vie chrétienne en fermant les sources de la grâce.
Au jansénisme envahissant il fallait le contrepoids d’une dévotion qui ranimât la foi et la charité eu ouvrant tout grands les bras du divin Crucifié et en révélant aux fidèles son ‘‘ Cœur qui a tant aimé les hommes.’
C’est une vierge de France, la Bienheureuse Marguerite- Marie, qui fut choisie par JÉSUS lui-même pour annoncer à tout venant l'excès de sa miséricorde. Apôtre zélée, s'il en fut jamais, la sainte visitandine de Paray-le-Monial eut, avant la fin de sa courte vie mortelle, la joie de voir le Cœur de son céleste Époux connu et aimé d’une grande partie de l'univers.
Dieu, dans sa sagesse, avait depuis longtemps préparé les voies à l'épanouissement de ce culte salutaire, en suscitant dans l'Eglise des âmes d’élite, embrasées de l'amour du Cœur de son divin Fils.
Ces amants et amantes du Cœur de JÉsUS sont les précurseurs et les avant-courrières de la Bienheureuse Marguerite- Marie. La liste, même en se bornant à ces dernières, en serait longue, et, au reste, elle est déjà connue des clients du Sacré-Cœur. ;
Le Nouveau Monde, qui compte encore si peu de noms au catalogue des saints, ne devait pourtant pas échapper à l'influence de ce rayonnement salutaire. Les deux saintes de l Amérique Méridionale, Rose de Lima et Marie-Anne
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fondatrice et première Supérieure du couvent des Ursulines à Québec (1639).
D'une peinture de BOTTONI, Rome, 1878
Paredès de J£sus, surnommée ‘‘ le 1ys de Quito,'’ ont connu le Cœur de JÉsus et en ont parlé avec transport.
Mais il était réservé à la Nouvelle-France, le plus beau fleuron de la couronne de saint Louis, de posséder l’avantcourrière par excellence de la Bienheureuse Marguerite- Marie, avec qui, au reste, elle offre plus d’un trait de ressemblance.
Favorisée dès sa tendre enfance de visions divines, la vénérable Marie de l’Incarnation devait durant toute sa vie être en communication intime avec le céleste Epoux de son âme. Mais la révélation la plus mémorable du Sacré-Cœur à la future missionnaire du Canada eut lieu vers 1636.
‘‘ Un soir, raconte-t-elle, entre huit et neuf heures, j'étais dans notre cellule, traitant avec le Père Eternel de la conversion des âmes, souhaitant avec un ardent désir l’extension du royaume de JÉSUS-CHRIST. Je connus, par une lumière intérieure, que sa divine Majesté ne m'écoutait point, et qu’elle ne se rendait pas propice comme à l’ordinaire aux vœux et aux instances que je lui faisais. Cela me piqua le cœur d’une angoisse extrême, accompagnée d'huuiliation. Je me consumais à ses pieds et m’abîmais au centre de mon néant, supoliant sa divine bonté de mettre en moi ce qui lui plairait davantage pour mériter d’être exaucée en faveur de mon Epoux. Alors j'expérimentai un écoulement et un rayon divin en mon âme, lequel fut aussitôt suivi de ces paroles : ‘ Demande-moi par le Cœur de Jésus, mon très aimable Fils, c’est par lui que je t'exaucerai.’ Cette divine touche eut son effet immédiat ; car tout mon intérieur se trouva dans une communication très intime avec cet adorable Cœur, en sorte que je ne pouvais plus parler au Père éternel que par lui. Je ressentais sans cesse de nouvelles effusions de grâces dans le divin Cœur de JÉsus, qui me faisait produire des choses admirables, que ma plume et ma langue ne peuvent exprimer, touchant le règne de JÉsus-CHRIST sur la terre."
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Voici textuellement la réponse de cette Ame fidèle à la douce injonction du Père Céleste : ‘‘ Demande-moi”par le Cœur de Jksus, c'est par lui que je t'exaucerai.’
‘C'est par le Cœur de mon JÉSUS ma voie, ma vérité et ma vie, ‘‘ que je m'approche de vous, à Père Eternel. Par ce divin Cœur ‘‘ je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas ; je vous aime ‘! pour tous ceux qui ne vous aiment pas ; je vous reconnais pour tous ‘‘ les aveugles volontaires, qui par mépris ne vous reconnaissent pas. ‘{ Je veux par ce divin Cœur satisfaire au devoir de tous les mortels. Je ** fais en esprit le tour du monde pour chercher toutes les Âmes rache- ‘‘ tées du Sang très précieux de mon divin Epoux, afin de vous satis- “‘ faire pour toutes par ce divin Cœur.’ Je lesembrasse pour vous les pré- ‘ senter par lui ; et par lui je vous demande leur conversion. Eh ! quoi, *‘ Père Eternel, voulez-vous bien souffrir qu'elles ne connaissent pas ‘‘ mon Jésus et qu'elles ne vivent pas pour Celui qui est mort pour tous ? ‘{ Vous voyez, à divin Père, qu'elles ne,vivent pas encore. Ah ! faites ‘‘ qu'elles vivent par ce divin Cœur, (C'est ici que je fais mention par- ‘‘ ticulière de cette nouvelle Eglise.) Sur ce divin Cœur je vous pré- ‘* sente N., votre petit serviteur, et N., votre’'petite servante. Je vous de- “ mande au nom de mon divin Epoux que vous les remplissiez de son ‘ Esprit, et qu'elles soient éternellement avec vous sous les auspices “* de ce divin et Sacré Cœur, etc., etc. Puis je m'adresse au Sacré ‘ Verbe incarné lui disant : Vous savez, mon Bien-Aimé, tout ce que +‘ je veux dire à votre Père par votre divin Cœur, et par votre sainte -‘ Ame ; je vous le dis en le lui disant, parce que vous êtes dans votre ‘‘ Père et que votre Père est en vous : faites donc tout cela avec Lui : ‘* Je vous présente toutes ces âmes, faites qu'elles soient une même ‘* chose avec vous, etc., etc. Voilà, conclut la Vénérable, l'exercice ‘* du Sacré-Cœur de JÉsus.”’ (1)
‘‘ Quarante années, dit son historienne (2), s’écouleront encore avant que Notre-Seigneur confie solennellement à la Bienheureuse Marguerite-Marie ila mission de propager au sein de l'Eglise la dévotion à son divin Cœur. C’est donc en ce moment comme le prélude de cette heure de salut, qui tardait trop au gré de l'amour infini. JÉsUS, laissant échaprer
(1) Cette prière, connue sous le nom de PRATIQUE DE LA VÉN. MARIE DE L'IN- CARNATION, imprimée au ver50 d'une image du Sacré-Cœur, et revêtue de l’approbation de LL. KE. les Cardinaux Taschereau et Richard, était distribuée, il y a quatre ou cinq ans, aux portes de la basilique du vœu National à Montmartre,
(2) Wie de la Vén. Marie de l'Incarnation, par une ‘religieuse du même ordre, p 122, L'auteur, une Ursuline de Nantes, e:t, de tous ses biographes, celle qui a le mieux saisi et mis en relief la figure de la Véuérable.
son secret, le déposa dans une âme d’apôtre, afin qu’elle commençât à le faire fructifier en elle et autour d’elle.’?
‘ C'est surtout, continue-t-elle, à titre de médiateur que ce Cœur sacré fut présenté à notre vénérable Ursuline : la vierge de Paray-le-Monial verra ce divin Ami, accablé par l’ingratitude des homimes, réclamer à son tour la médiation des cœurs fidèles et leurs humbles réparations en faveur de leurs frères coupables. Là, comme ici, il fallait que le ciel révélât de si profonds mystères. En un temps, dit le P. Ramière, où la dévotion au Sacré Cœur était encore inconnue, Marie de l’Incarnation n’en pouvait rien avoir appris des hommes! (1) D'autant plus qu’elle en traite ouvertement et sans aucune ambiguité ; c’est bien au Cœur de Jésus, Cœur humain et divin tout à la fois, que s'adressent désormais ses hommages et ses supplications. Il est son refuge dans toutes ses nécessités ; elle invite ses novices et toutes les âmes qu’elle peut atteindre à l’honorer et à ne prier que par lui.” ‘‘ Oh ! dit-elle, écrivant à une de ses sœurs, que je voudrais vous pouvoir placer dans le Cœur de notre aimable JÉSUS ! C’est dans ce sacré sanctuaire que je vous visite et que je vous vois chaque jour; visitez-y-moi de votre côté, je vous en conjure, afin que nous puissions nous conjouir de ce qu'étant si plein d'amour, il souffre que nous en approchions.’”’ (2)
Depuis la grande faveur qu’elle reçut en 1635, la Vén. Marie de l’Incarnation ne cessa aucun jour de sa vie d’honorer le Cœur de JÉSUS-CHRIST.
C'est à Tours, en France, au monastère des Ursulines, que cette révélation lui fut accordée.
La deuxième gravure reproduite dans le corps de cette notice représente l'ancien monastère des Ursulines, à Tours, qui, à l’époque de la Révolution Française, changea de mains, et, depuis 1835, est devenu le Petit-Séminaire du diocèse.
(1) Messager du Cœur de Jésus 156 p. 166.
P'(2) Lettre du 11 octobre, 1649.
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Ce vénérable édifice, malgré de nombreuses modifications rendues nécessaires par sa nouvelle destination, est resté, en grande partie, ce qu’il était du temps de la Vénérable Marie
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de l’Incarnation. On y reconnaîtra facilement cette architecture austère, dont la fondatrice du monastère de Québec voulut conserver les allures, et dont la physionomie est fidèlement maintenue dans l'aile de la Sainte-Famille et
l'aile Saint-Augustin du couvent actuel, reconstruit après le second incendie du couvent en 1686.
Le monastère de Tours, vraie pépinière de sainteté, eut
le privilège d’abriter trois vénérables servantes de Dieu, dont la cause de béatification se poursuit actuellement à Rome : ce sont Marie de j’Incarnation, Madame Barat et Marie de Sainte-Euphrasie Pelletier. (1) Toutes trois, et surtout les deux premières, ne sont-elles pas, à un degré remarquable, des amantes du Sacré-Cœur et des zélatrices de son culte ?
” Le Monastère de Tours a été le théâtre des révélations du Sacré-Cœur à la Vénérable Marie de l’Incarnation. C'est le foyer où fut allumé le divin amour qui l’embrasa jusqu’à son dernier soupir et la poussa à traverser les mers pour conquérir des âmes à JÉSUS-CHRIST.
Les vues qui représentent l’ancienne chapelle, le cloître d'autrefois, et l’ermitage de Saint-Joseph, rappellent autant de lieux témoins des faveurs de son divin Epoux. En effet, c’est surtout dans l’oraison, dont elle a atteint le degré le plus sublime, (2) et dans la sainte communion, que s’opérait entre le Cœur de JÉSUS et le sien l'échange mystérieux dont il est question danssa vie (3).
L'image de l’ermitage de Saint-Joseph a été placée à dessein en regard de celle de la première chapelle du Sacré- Cœur à Paray-le-Monial, pour faire ressortir la ressemblance frappante qui existe entre ces deux sanctuaires primitifs, fréquentés par deux amantes du Sacré-Cœur qui, sans s'être jamais connues ni concertées ici-bas, ont pourtant toutes deux, chacune dans son rôle spécial, contribué si efficacement à l'extension du culte du Sacré-Cœur.
(r) Ces détails et les suivants, concernant le Monastère de Tours, sont empruntés à une étude fort intéressante intitulée L'Ancien Monastère des Ursulines de Tours, par l'abbé A. Buisard, qui a eu la gracieuseté d'en adresser quelques exemplaires à la Révérende Mère Supérieure des Ursulines de Québec, avec les petites photographies reproduite: dans ces pages.
(2) C’est le sentiment de 1 ossuet, dans son 7raïté des éla's d'oraïson.
(3) Vie déjà citée, p. 61,
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C'est à l’ermitage de Saint-Joseph, ‘‘ami du Sacré- Cœur,” que Marie de l’Incarnation a entendu l'appel à son apostolat auprès des infidèles
La première charelle dédiée au Sacré-Cœur, à rarayle-Monial, par la B. Marg. Marie.
du Canada.
C'est
là qu’elle se trouvait, ‘faisant ses dévotions pour la
:solennité du jour,’ (1) quand
Madame de la Peltrie vint à Tours,
que.
L'Ermitage de St-Jcseph à Tours.
(rt) La fête des Fiançailles de la Très Sainte Vierge et d
e Saint Joseph.
en 1639, la prendre pour l’amener dans les lointaines régions de l’ Améri-
Est-il étonnant que le nom vénéré de Saint Joseph ait été choisi par la plus sainte de ses compagnes, la première qui
1.—La première chapelle des Ursulines 162%-1657) où la Vén. Marie de l'Incarnation a prié et communié.
2.- Ia même chapelle vue de la cour intérieure, A droite, la grille du chœur des religieuses.
lui fut adjointe comme missionnaire. (1) Faut-il voir autre chose qu’une simple coincidence dans le nom du vaisseau,
(1 La Mère Marie de la Troche de Saint-Joseph, mor'e à Québec à la fleur de l’âge, en odeur de sainteté, Voir Les Ursulines de Québec, tome I, p. 183.
h ait été ière qui
arie de
grille
oir autre vaisseau,
À la fleur de
le Saint-Joseph, qui, du port de Dieppe, les conduisait vers. un pays déjà placé sous le patronage du glorieux Patriarche? Quoi qu’il en soit, c'est à ce grand saint, que sera dédiée la première chapelle extérieure commencée en 1656 (1), ainsi que la chapelle actuelle, dont la première pierre fut bénite en 1722.
Il existe, entre les deux amantes du Sacré-Cœur, la Bienheureuse et la Vénérable, certains traits de ressemblance. Outre les révélations du Sacré-Cœur dont toutes deux furent favorisées, la vision de la Sainte- Trinité fut accordée à chacune d'elles. La Vén. Marie de l’Incarnation contempla même par trois fois, en 1626, en 1628 et en 163r, les trois Personnes adorables, étant instruite d’une manière infuse du mystère de la génération du Verbe et de la procession du Saint-Esprit, et c’est à la suite de la seconde vision que s’opéra son mariage spirituel avec le Verbe divin. (2) Enfin, toutes deux, pour me servir de l’expression d’un écrivain récent, (3) ‘‘ apparaissent dans l’histoire comme des antithèses vivantes du jansénisme.’”” Le rôle salutaire de la Bienheureuse Marguerite-Marie dans la réaction contre cette erreur est connu de tous. Celui de Marie de l’Incarnation l’est moins. Il importe cependant de le signaler. En traversant Paris, elle était entrée en relations avec la Mère Angélique de Port-Royal, qui, à différentes reprises, gratifia de ses largesses l’œuvre naissante des Ursulines de Québec. Mais l’amante du Sacré-Cœur, divinement éclairée, flaira bientôt le danger et cessa brusquement toute correspondance. Aussi, pour se venger, la secte, durant tout le XVIII siècle, fit-elle le silence autour de sa mémoire. L'auteur de la monographie citée plus haut, (4) n’hésite | 11 Cette chapelle fut commencée aux dépens de Mme de la Peltrie, et achevée grâce à la générosité du Marquis de Tracy, vice-roi de la Nouvelie France, qui fit à lui seul les frais de la chapelle latérale dédiée à sainte Anne. L'entrée de l’église faisait face à la rue Saint-Louis, et la nef s'étendait parallèlement à la rue du Parloir. Le point exact où se trouvait la pierre sacrée du maître-autel est indiqué dans le corridor actuel qui conduit au chœur par une petite croix en clous de cuivre. (2) Vie déjà citée, pp. 57 et 59.
(3) Le P. F, Tournier, Æïudes religieuses, 20 juin 1809, p. 744. (4) L'abbé A. Buisard.
pas à attribuer aux conseils et aux prières de la Vénérable la préservation de sa famille religieuse du poison de l’hérésie. En effet, dans un diocèse infecté par l’erreur janséniste, dont l’évêque même s'était déclaré le protecteur, et dont presque tous les chapîtres, curés et communautés en appelèrent de la bulle Unigenitus à un futur concile, les deux premières communautés de femmes qui acceptèrent la bulle furent les chanoinesses de Luynes et les Ursulines. (1)
‘Le fils de la Vénérable, Dom Claude Martin, doit également aux avis et aux prières de sa sainte mère d’avoir été préservé de ces dangereuses nouveautés.
‘{ Vivons en notre JÉSUS, mon bien cher fils ! lui écrivaitelle le 23 octobre 1649. Que les approches de son Sacré-Cœur fassent découler dans les nôtres la vraie sainteté ; car c’est de ce Cœur sacré que s’épanchent tous les trésors de grâce et d'amour qui nous font vivre de sa vie, et nous animent de son esprit.’”
Le fils se montra toujours fidèle aux injonctions de sa mère. (2)
Le Père de Galliffet nous dit que la vie de ‘‘ cette incomparable religieuse fut pleine de merveilles, et par les vertus héroïques qu’elle pratiqua, et par les dons surnaturels dont elle fut comblée, et par les faveurs les plus rares du divin époux, et par les communications ineffables de la Divinité, -et par l'intelligence infuse des Ecritures et des Mystères de la Foi.’ Il ajoute que ‘‘ cette admirable servante de Dieu eut pour le Cœur de JÉSUS-CHRIST une dévotion exéraordinaire, dans un temps où cette dévotion était encore inconnue,’” et que ‘‘ c’est de Dieu même qu’elle l’apprit dans une révélation céleste.’ ?
‘Que faut-il conclure de tout ce qui précède? Que la gloire (2) L'illustre bénédictin, que Bossuet appelle ‘‘ un vénérable et saint religieux, -qui fut plus encore le fils de sa sainte mère selon l'esprit que selon la chair, ’’ avait exercé pendant dix-sept ans auprès de quatre supérieurs généraux la charge d'assistant de la Congrégation de Saint-Maur. 11 avait présidé cinq chapîtres de la
Congrégation à Marmoutiers et, dans le deruier, allait être élu Supérieur général “sans une lettre de achet du roi provo quée par les menées Ces jans£énistes.
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de Marie de l’Incarnation peut faire pâlir celle de la Bienheureuse Marguerite-Marie? Loin de là : c'est plutôt le contraire qui est vrai. L'étoile du matin ne fait qu’annoncer la splendeur de l’astre-roi ; les lueurs de l’aube, quelque ravissantes qu’elles soient, ne servent que de prélude à sa majesté.
Que faut-il penser de ces âmes qui, comme Marie de l’Incarnation, — pourquoi ne pas ajouter: mais nulle plus qu'elle ? — ont été favorisées des apparitions du Sacré-Cœur plusieurs années avant la vierge de Paray-le-Monial, et cependant n’ont pas reçu comme celle-ci la mission de le révéler au monde ? Qu'’elles furent les avant-courrières qui pouvaient dire avec le Précurseur : Z{/am oportet crescere, me autem minui. ‘‘Il faut que celle-ci grandisse et que je disparaisse.”” C’est l’aurore qui devait s’effacer devant le grand jour. Au reste, avec l’envahissement du jansénisme, on voyait se multiplier ces manifestations sensibles, par lesquelles le Fils de Dieu préludait à cette apparition dernière qui devait rappeler au monde les richesses de son Cœur. (1)
La cause de la béatification de la Vénérable Marie de l’Incarnation a déjà franchi les étapes préliminaires, qui sont les plus longues et les plus laborieuses. Que la foi de notre peuple obtienne par son intercession un ou deux miracles éclatants, et la voix du Pontife infaillible proclamera Bienheureuse cette amante insigne du Sacré-Cœur.
Son ‘‘sépulcre sera alors vraiment glorieux’ comme celui de la vierge de Paray. En attendant, dans l'intimité
. du cloître, il est entouré de la vénération de ses filles et de
leurs enfants. (2)
(1) P. F. Touruier, article cité
(2) Ceux qui n’ont pas le privilège de franchir la clôture monastique seront heureux de voir, en image, l'ossuaire qui renferme les restes précieux de la Vénérable. C'est un sarcophage en chêue artistement sculpté par un fils de Monsieur David Ouellet, de Québec. Sur le couvercle on a ciselé les armoiries de la famille de Chauvigny, qui était celle de Madame de la Peltrie. Sur l’écusson, qui est écartelé, les 1 et 4 de sable, portent un lion d'or ; aux 2 et 3 d'or, trois bandes de gueules. L'écusson qui figure sur le pan antérieur est celui de la famille Guyart, à laquelle appartenait Marie de l'Incarnation. Il est d'azur à trois glands d'or, avec, en chef, un soleil du même,
Sur un guéridon devant 1: sar cophage est placé un coffret en bois qui renferme
Sarcophage contenant les restes de la Vén. Marie de l'Incarnation. Au-dessous, la boîte contenant le cœur de Mme de la Peltrie,