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Les origines de la diatribe romaine

On a étudié souvent l'influence de la littérature grecque sur les formes d'expression choisies par les écrivains romains; les travaux sur la parenté morale et intellectuelle des auteurs grecs et latins sont plus rares, car les faits sur lesquels ils doivent se baser ont un caractére moins précis. La comparaison de deux textes montre d'une façon tangible la similitude des formes; ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle révèlera avec clarté la filiation des idées ou la similitude d'inspiration. Il faut recourir à un plus grand nombre de preuves et aux impressions que donne l'ensemble de l’œuvre. La démonstration parait moins décisive. Malgré cette difficulté, il faut faire l'histoire philosophique des littératures, et cette étude est philologique au premier chef, puisque sans elle l'explication des textes reste tout extérieure.

L'inspiration des lettres latines s'est, au commencement de l'Empire, profondément transformée; sa tendance morale et pratique s'accentua brusquement. Sans doute les œuvres de but utilitaire ont-elles été, des l'origine, en honneur à Rome; il n'en est pas moins vrai que l'esprit a changé: aprés avoir pris leurs modéles dans presque tous les genres helléniques, les Romains ont opéré une concentration de leurs efforts dispersés. Un courant puissant a orienté dans une seule direction les activités littéraires. Formellement, les genres subsistent aussi variés, mais l’âme inspiratrice est partout la méme. La volonté d'améliorer le monde, d'annoncer une loi morale, de stigmatiser des vices se trouve méme dans les écrits les moins austéres.

D'oü vient cette inspiration moralisatrice? quelles furent à Rome ses premiéres manifestations littéraires? comment évoluat-elle par le fait des événements et des hommes? Telles sont les questions que je me suis posées.

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L'origine de la tendance moralisatrice de certains écrivains romains a été recherchée depuis longtemps déjà, avec raison, dans la diatribe grecque. Des études comme celles de Weber, Heintze, Hense, Wendland, Giesecke, Gerhard, etc..., ont prouvé que quelques auteurs latins montraient une connaissance trés particuliére des ouvrages de philosophie populaire qu'on désigne

sous le nom de «diatribes». Les rapports de style ont été ἔπ - :

mérés; des passages d'œuvres romaines permettant des parallèles avec des écrits grecs ont été rassemblés. Cependant le développement des idées morales de la diatribe dans la littérature romaine n’a pas encore été étudié. |

De nombreux écrivains latins manifestent une familiarité très grande avec les prédicateurs populaires de la Grèce; ils utilisent leurs thèmes le plus fréquemment développés, et cela donne à leur œuvre une tournure particulière. ἢ importe, pour les juger, de déterminer, autant qu'il est possible, l'étendue de leurs emprunts ainsi que les causes individuelles et sociales de ces imitations.

ll ne s'agira pas pour moi de discerner à quels auteurs . grecs on peut faire remonter l'origine de certains développements. Chercher à distinguer par exemple, chez des écrivains qui connaissent Ariston aussi bien que Bion, où commence. l'action du maitre et où s'arréte celle du disciple ne pourrait conduire à aucune certitude. L'existence de quelques manuels de vulgarisation, d'extraits nombreux tirés des auteurs de diatribes rendrait illusoire toute enquéte de ce genre; on est obligé de considérer le mouvement de la philosophie populaire grecque comme un ensemble dont il s'agit de déterminer l'influence sur la littérature romaine.

Dans l'introduction, je définirai la diatribe grecque, en rappelant quelles sont les sources utilisables pour la connaitre, en résumant son histoire philosophique et en énumérant ses thémes principaux. C'est là une étude préalable oü je ne puis guére qu'élaborer les résultats des travaux antérieurs; elle fixera pour le lecteur d'indispensables points de comparaison.

Je tiens, à la fin de cet avant-propos, à exprimer ma profonde gratitude à ceux dont l’aide me fut précieuse au cours de la longue élaboration de cet ouvrage.

t ITO.

C'est à mon père, M. le professeur Paul Oltramare que ce livre est dédié comme un faible témoignage d'une reconnaissance infinie. J'ai toujours trouvé en lui le conseiller le plus éclairé à qui je pusse confier mes doutes et mes hésitations.

M. le professeur Edouard Norden, l'illustre philologue, dont j ai, avec admiration, suivi l'enseignement à Berlin, m'avait engagé à poursuivre et à développer mes recherches entreprises dans son séminaire sur la philosophie populaire des Romains. Lorsque mon livre fut rédigé, il a bien voulu me témoigner son approbation et me communiquer bon nombre de remarques pénétrantes dont j'ai pu tirer profit.

Je remercie chaleureusement aussi mon ami, M. le professeur Jules Dubois, qui m'aida avec un dévouement inlassable dans la revision du manuscrit et la correction des épreuves.

L'intérét bienveillant témoigné par ces trois savants m'a encouragé à mener à bien cette publication longtemps retardée par des circonstances adverses.

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