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L'ÉCOLE SEXTIENNE ET LES RHÉTEURS

Sextius paraît avoir joué un rôle décisif dans l’évolution qui nous occupe. C’est dans le mouvement de réaction morale dont il fut l’initiateur que nous pouvons trouver l'origine de la grandiose renaissance diatribique dont Sénéque et Epictéte sont les lumineux génies.

Cependant l'action du chef d'école s'exerca surtout indirectement; ses intermédiaires furent les rhéteurs. Il importe donc, avant toute chose, de préciser la place que tiennent les éléments diatribiques dans la rhétorique romaine, contemporaine de Sextius ; l'étude des orateurs qui ont suivi et qui ont recu l'enseignement du réformateur nous permettra ensuite de mieux juger de l'influence qu'il exerça.

Nous avons parlé plus haut, pages 22, 23 et 116, de la maniére dont les représentants de la seconde sophistique grecque utilisaient les thémes diatribiques. Encouragés par la publication de livres comme les Paradoxa de Cicéron, les maitreg qui professèrent dans les premières années du principat d'Auguste, utilisèrent largement la mine oü avaient puisé leurs prédécesseurs helléniques. Leurs écoles bénéficiaient des loisirs forcés auxquels étaient condamnés les citoyens !. Dans leur longue dispute pédagogique avec les philosophes, ce sont les rhéteurs qui vont vaincre en s'appropriant les armes de leurs adversaires.

Citons quelques-uns des plus notoires contemporains de Sextius le Pére.

Que fait Poncius LATRO pour renouveler la matiére de son enseignement? Certains jours, il ne s'occupe que des lieux communs moraux : /Y/Ai/ preeter has translaticias, quas proprie sententias dicimus... tamquam quae de fortuna, de credulitate, de sæculo, de divitiis dicuntur?. Et Sénéque le Père, qui signale cette habitude, nous en fournit aussi des exemples caractéristiques. On voit par eux où le grand rhéteur si spontané et si simple a cherché son inspiration. Il semble par instants que Caton revive

! Cf. SÉNÈQUE LE PÈRE, Controv. Il, préf. et BORNECQUE, Les déclamations et les déclamateurs, Lille, 1902, p. 43. ? SENECA RHET. Controv. I, praef. 23.

en lui, Caton qui était l'orgueil de sa gens et qu'il 4 célébré en suivant l'exemple de Cicéron 1. Comme le Censeur l'avait fait, il attaque avec vigueur les mœurs de ses contemporains ?; mais c'est bien sur la fragilité de la fortune? et sur le mépris des richesses * qu'il fait ses développements moraux les plus significatifs. Son réquisitoire contre le luxe éhonté des femmes est d'un précurseur de Juvénal *.

ARELLIUS Fuscus joue le méme róle avec moins de spontanéité sincére, mais avec une connaissance encore plus étendue des /oci tirés de la diatribe par les rhéteurs grecs. Lui aussi lance des traits satiriques contre les débauches des efféminés, qui abusent des parfums et portent la toge comme un manteau de femme : Quod unguento coma madet, tuum est; quod laxior usque in pedes demittitur toga, tuum est*. Lui aussi parle des fluctuations de la fortune * et proteste contre les richesses excessives * et l'avidité?; quand il vante la pauvreté, c'est avec une exagération pathétique qui n'a rien d'étonnant chez le rhéteur « asiatique », mais qui nous renseigne sur le caractére du poncif qu'il emploie : Amo æque paupertatem quam patrem 19, — Quam te, paupertas, amo, si beneficio tuo innocens sum". —

Ce qui le distingue de Porcius Latro, c'est d'abord une lecture philosophique et littéraire plus vaste ©, ensuite une audace

! Controv. X, 1, 8.

? [b. Il, 7, 1 et 3-4.

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*'Controv.1l, 1; et X, 1, 5.

? [b. MI, 7, 3. ll demande que la femme borne sa toilette à la propreté (ne inmunda sit) et vante la rougeur de la timidité comme l'avaient fait Diogène et Caton (cf. Diog. L. VI 54): /n necessaria resalutandi vice multo rubore confusa 511.

$ Controv. Il. 6, 2; cf. Il, 1, 6: Madentem unguentis... incedentem, ut feminis placeat, femina mollius. Cf. th. 39 d.

TIDAL HZ:

5 Ib. 11,44, 4: et.11; 1, 8.

* Hb; IL, 4

D ID. Mol. 9.

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15 Fuscus cite volontiers les poètes, Homère en particulier; cf. Controv l, 7, 14 et I, 8, 15. A propos de la crainte de la mort, il lance un couplet d'allure posidonienne sur la fragilité du corps opposée à l'immortalité de l'âme: Animus vero, divina origine haustus... ad sedes suas et cognata sidera recurret (Suas. VI, 6). Cf. Suas. II, 2.

fort srande dans ses attaques contre un pouvoir redoutable, le clergé romain. Les sarcasmes contre les haruspices dérivent directement de la diatribe cynique : Futura nuntrant : plerosque diu dixere victuros, at nihil metuentes oppressit dies ; aliis dedere finem propinquum, at illi superluere agentes inutiles animas !. Il voudrait réformer le culte et revenir au temps des //ct7les dii?. Le regret des temps révolus où la simplicité était la régle s'exprime avec insistance dans ces déclamations; Tubéron y intervient pour la premiére fois comme l'exemple de l'ancien Romain frugal et austére ?.

Le terrain, on le voit, était préparé pour l'enseignement de Sextius. Les prédicateurs populaires dans la foule, Horace dans . |a haute société romaine, Latro et Fuscus dans les écoles avaient annoncé sa venue.

Les textes de Sextius parvenus jusqu'à nous sont des fragments d'une briéveté et d'une rareté ‘ si peu en rapport avec l'importance du róle joué par leur auteur, qu'on se voit forcé de tirer parti des moindres renseignements biographiques et de recourir à tout ce qui est resté des disciples du maitre pour se former une image cohérente de la doctrine sextienne. Nous nous occuperons donc en premier lieu des personnalités et des ceuvres; ensuite, nous ferons un exposé synthétique de leur enseignement. C'est ainsi seulement qu'il sera possible de préciser les origines de cette pensée et la portée de son influence.

Q. SEXTIUS parait être né aux environs de 70 av. J.-C.; il serait donc exactement le contemporain de Virgile. L'an 2 avant J.-C. nous est donné par la Chronique d'Eusébe?, comme la date de l'apogée de son activité. Il dut mourir peu de temps après, puisque Sénéque le Philosophe, auquel son maitre Sotion, entre 10 et 15

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