A SUAS IV
" Ce corollaire romain du thème a passé aux élégiaques (sur Tibulle, cf. chap. IX). Ovide, qui fut l'éléve d'Arellius Fuscus, s'exprime de méme (cf. chap. IX). Par l'intermédiaire de Fabianus, un autre éléve de Fuscus, Sénéque le Philosophe a hérité de l'expression (Epist. 31, 11). Cf. ROLLAND, De /'influence de Sénéque le Père et des Rhéteurs sur Sénèque le Philosophe, Gand, 1906, p. 56.
* Controv. II, 1, 8. Cf. pour l'imitation de SÉNÈQUE, Epist. 120, 19 et 95, 72-73 ; ROLLAND, op. cit. p. 49.
* Les sentences intitulées Σέξτου yvouu sont du Ille siècle et n'ont aucun rapport avec l'école sextienne.
δ EUSEBE Chron. OI. 195 (— 2 av. J.-C.) p. 144 sq. ed. ScHOENE Berl. 1866.
après J.-C., parlait fréquemment de Sextius, n'a pas pu personnellement le connaitre. Le texte de Sénéque (Epist. 98, 13) qui permet de faire une hypothèse sur la date de naissance de . Sextius nous renseigne aussi sur sa situation sociale et le dédain qu'il manifesta tout jeune pour les affaires publiques: /fa natus ut rem publicam deberet capessere, latum clavum Divo Tulio dante non recepit. ll est évident qu'en 44, dernière année de la. vie de César, Sextius devait avoir plus de 25 ans pour qu'on lui fit l'offre en question ; il ne pouvait guére, d'autre part, avoir à ce moment atteint la trentaine, puisque 42 ans plus tard il était encore en activité.
Les débuts du réformateur furent douloureux, nous dit Plutarque, qui fait à ce propos un rapprochemeut bien significatif. avec la crise analogue de Diogène le Cynique: Kz0zzse φασὶ X£tτιον τὸν ᾿Ῥωρμιαϊον ἀφειχκότα τὰς ἐν τῇ “πόλει Taxe χαὶ ἀρχὰς διὰ quA ean, τῷ φιλοσοφεῖν x) πάλιν δυσπχθοῦντχ χαὶ χρώμενον τῷ λόγῳ χαλεπῷ τὸ πρῶτον, δλίγον defaut χχτχβαλεῖν ἕχυτὸν ἔχ τινος διήῆροὺς À. ;
Pour parachever sa conversion et écarter définitivement les tentations de suicide, Sextius partit pour Athènes, où il fit un long séjour d’études. Nous devons en effet interpréter ainsi une anecdote de Pline ?, qui montre que Sextius donna du méme coup. en Grèce des preuves de son intelligence, de sa science et de son mépris de l’argent. Renouvelant une prouesse de Démocrite, il sut prévoir un renchérissement des olives, spécula hardiment, puis abandonna dédaigneusement tout le bénéfice de l'opération. C'est à Athénes, nous le verrons plus loin, que Sextius dut se nourrir l'esprit des diatribes grecques, au point de ne pouvoir écrire ses propres traités, aprés son retour à Rome, que dans la langue de Bion *.
Quelle fut la carrière de Sextius? Comment s'y prit-il pour créer une secte dont la vogue fut aussi brillante que brève ? C'est ce que nous pouvons déterminer en étudiant de prés quelques allusions de Sénéque le Rhéteur et de son fils, le Philosophe.
! Quomodo quis suos in virtute sentiat profectus, chap. 5 (77 E. F et 78 A).
? PLINE, Mat. H. 18, 68, S 274: (Democritum) ita probasse opes sibi in facili, cum vellet, fore. Hoc postea Sextius, e Romanis sapientiae assectatoribus, Athenis fecit eadem ratione.
# SEN., Epist. 59, 7: Sextium graecis verbis philosophantem.
Sextius avait renoncé aux honneurs pour se consacrer à la propagande morale; comme tous ceux qui rompent avec leur milieu 1, il alla sans doute à l'extréme et ne se distingua des vulgaires précheurs de carrefour que par sa science, son talent et son autorité morale. Tous les fragments de ses lecons, qui nous ont été conservés et que nous commenterons plus loin, sont parénétiques. Ce sont les pressantes exhortations d'un directeur de conscience enflammé par le désir de faire des prosélytes ?. Sénéque veut-il caractériser l'éloquence de Sextius et son action sur les auditeurs, les mots vigor, robur, animus reviennent sans cesse sous sa plume ?. Sextius est resté comme un symbole de l'énergie morale qui sait imposer son influence par la force de l'expression ; c'est le type du vir acer.
Le succès de sa propagande fut immédiat et irrésistible, mais il dépendait de sa puissante personnalité; si la doctrine du maitre, transposée par les disciples et adaptée à des besoins nouveaux, eut une extraordinaire destinée, la secte ne survécut guère à celui qui l'avait créée : Sextiorum nova et romani roboris secta Inter Initia sua, cum magno impetu coepisset, extincta est ?.
Parmi les éléves nombreux auxquels il se consacra, en leur insufflant son idéal austére et sa loi morale, il y eut des rhéteurs, des écrivains, des savants 6. Deux d'entre eux furent assez intimement liés avec leur maitre pour que leur pensée et leur production puissent nous fournir des documents sur la doctrine de Sextius lui-méme.
Le fils du novateur, SEXTIUS NIGER, est l'auteur de plusieurs ouvrages techniques qui, dans l'ensemble, ne peuvent avoir pour nous qu'un intérêt indirect. Il écrivit en grec * comme son père; sa spécialité est la pharmacopée ; il sert de source à Pline, Dioscoride 8, Erotian ? et peut-être à Plutarque, comme nous le
! SEN. Epist. 98, 13; le passage a été cité plus haut.