SOU
tions et les villas qui font reculer à perte de vue les flots de la
mer !.
C'est avec rancune qu'il énumère dans les Pontiques (1 3, 61-86) tous les exemples historiques et mythologiques qui encom-
brent les diatribes sur l'exil (th. 19) : Rutilius, Diogene, Aristide,
Tydée; etc.
Î nunc et veterum nobis exempla virorum, qui forti casum mente tulere, refer...
Il connait toute cette littérature moralisante et il l'utilise quand il le croit nécessaire; mais, le plus souvent, il préfère raconter les mythes, sans y exprimer la moindre intention parénétique, ou bien il ne fait qu'indiquer en passant le théme, sans le développer. Minerve apparaissant comme une vieille femme à Arachné lui dit seulement ces mots sur les avantages de la vieillesse (th. 24) :
| ..INon omnia grandior aetas quae fugiamus habet : seris venit usus ab annis *.
C'est par Varron qu'Ovide apprit les thèses végétariennes du néo-pythagoréisme longuement et rhétoriquement rapportées au livre XV des Métamorphoses ?. On se rend compte que l'auteur des Antiquitates mélait à son exposé des enseignements de métaphysique et de morale posidoniennes *; toute la portée éthique du probléme est résumée en quelques vers :
Quam male consuescit, quam se parat ille cruori
impius humano, vituli qui guttura ferro
rumpit et inmotas praebet mugitibus aures ?.,. quo transitus inde paratur 5?
Nous trouvons bien maintenant la confirmation de l'hypothése que nous avons précédemment émise *; c'est en imitant des ceuvres romaines que les Sextiens ont fait entrer certains traits posidoniens dans l'exposé diatribique de leur végétarianisme; ce passage est intéressant pour nous à ce point de vue, mais son isole-
! Cf. p. 142 et 187, note 2. Dans les Pontiques(Il 2, 31 sq) on voit de méme une allusion amérement ironique au thème 20 f sur les avantages de la pauvreté.
? Metam. VI 28 sq.: Ovide parait d'ailleurs suivre ici EURIPIDE, Phoen- 591 sq.
? V. 72-469. Sur cette question, cf. LA FAYE, Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modéles grecs, p. 199-201.
* Cf. surtout OVIDE, Metarn. XV 456-462 ( volucres animae suus... etc.). ? Metam. XV 463-465.
6 [bid. 460.
OE g/1061.
Tem
ment dans un discours de quatre cents vers nous renseigne aussi sur l'indifférence d'Ovide à l'égard de toute question morale; le poète la manifeste ainsi au moment méme où, pour racheter ses méfaits antérieurs, il utilisait sa verve à créer des œuvres austères sur la religion et les origines de Rome : le sujet des Fastes et des Métamorphoses cadrait suffisamment avec les intentions impériales pour qu'Ovide se dispensát d'insister ; en fait, s'il flagorne sans cesse Auguste pour ses hauts faits d'armes, on ne trouve qu'une allusion chez lui à la législation morale : Urbs quoque te et legum lassat tutela tuarum et morum, similis quos cupis esse tuis !.
Les sources d'Ovide sont trés nombreuses; les auteurs grecs qu'il a utilisés, Callimaque, Nicandre, Parthénius, Philodéme de Gadara n'ont guére pu lui offrir de développements diatribiques; il n'en était pas de méme des écrivains romains ; il recourt le plus souvent, en effet, à Varron et à Tite-Live pour se renseigner au point de vue étiologique et mythologique?, et à Lucréce, Virgile, Tibulle, particulièrement dans les descriptions de l’âge d’or*. Tous ont plus ou moins utilisé la diatribe. Enfin, et c'est fort important pour expliquer la présence d'un théme ascétique chez ce décadent, Ovide est le premier grand poéte romain chez qui se manifeste avec-évidence l'influence des rhéteurs : Porcius Latro eut en lui un disciple enthousiaste et fidèle *.
Parmi les autres élégiaques, citons LYGDAMUS ; comme son ami Tibulle, il suit fidèlement les traces d'Horace?. Quant au Cynegeticon lib. | de GRATTIUS FALISCUS, il contient une courte diatribe contre le luxe dans les nations étrangères ὃ; rien n'est plus inattendu que cette parénèse de morale populaire aprés des renseignements sur l'alimentation des chiens de chasse.
! Tristia, M 233 sq.
* Cf. HüLSEN, Diss. Berlin, 1880; SOFER, Progr. Wien, 1909.
? Comparer Metam. | 135 sq. avec ViRG. Georg. | 126; Metam. | 99 sq. acec TIBULLE, I 3, 35 sq.
* Cf. SÉNÉQUE-LE-RHÉTEUR, Controv. Il 2, 8; la dispute d'Ajax et d'Ulysse (Metam. XIII 1-381) doit être rapprochée de la déclamation d'Antisthéne ; cf. p. 12, note 2. Sur les consolationes d'Ovide, cf. WuNscH, Rhein. Mus. 56, p. 398.
? Cf. Corpus Tibull. MI 3, 11-22 et HORACE, Carm. ll 18, 1 sq.; epist. 1 10, 22; Lydgamus fut imité par Ovide (cf. SKUTSCH, Ga//us und Vergil, Leipz. 1906, p. 13).
AEMILIUS MACER fit, autant qu'on le devine d’après un vers d'Ovide', un poème didactique sur les herbes médicinales; on peut le rapprocher vraisemblablement de la tendance de Sextius Niger; mais nous nous aventurons là sur le terrain des hypothéses.
Tels sont les poètes élégiaques qui furent, suivant leur tem--
pérament et le hasard de leurs lectures, plus ou moins influencés par la morale populaire. :
I nous reste à examiner les THÈMES LES PLUS IMPOR- TANTS qui leur sont communs ; tous dérivent de l'idéal romantique du retour au passé national; la diatribe élégiaque dépend donc directement de la politique augustienne. :
Quel rôle joua antérieurement ce Boutas dont parle Plutarque * comme du premier auteur d'élégies étiologiques ? — Nous n'en savons rien ?. Pour nous, à ce point de vue, tout commence à Virgile décrivant la simple demeure d'Evandre qui s'éléve a l'endroit où s'entasseront les trésors de Rome“.
Détail significatif: les démonstratifs accumulés dans le récit de l'Enéide (77inc lucum ingentem (VIN 342), hinc ad Tarpeiam rupem (347), haec duo oppida (355), hoc nemus, hunc... collem (351), hanc lanus Pater, hanc... arcem (357), laniculum huic, illi fuerat... nomen (358) et surtout: /7aec, inquit, limina victor Alcides subiit, haec 1llum regia cepit- 362 sq.) se retrouvent dans les périodes des élégiaques: Tibulle remet en scéne Enée recevant de la sibylle les prédictions nécessaires, au moment où aucune ville ne s'élevait encore sur les collines sacrées :
Sed tunc pascebant herbosa Palatia vaccae et stabant humiles in lovis arce casae.
ILLIC sanctus eris.
Carpite nunc, tauri, de septem montibus herbas, dum licet : HIC magnae iam locus urbis erit.
(II 5;:25 sq. ; 42 ,55:5q.)
! OvIDE, 7ristia, IV 10, 43 sq. : Saepe legit mihi... quae iuvat herba, Macer. ? PLUTARQUE, Romulus, 21: Povrüc δὲ τὰς αἰτίας μυθώδεις ἐν ἐλεγείοις περὶ τῶν Pouaixov ἀναγράφων. Ἢ .? On peut supposer, en se basant sur un texte de PLUTARQUE (Cato min. 70) qu'il s'agit d'un ami de Caton le Jeune. * Cf. p. 198.
2 APT E | - ^ iln. fcre asa de ar EE VE
Properce reprend le procédé virgilien de l'explication à un étranger :
« HOC quodcumque vides, hospes, qua maxima Roma est, ante Phrygem Aenean collis et herba fuit,
atque ubi Navali stant sacra Palatia Phoebo, Evandri profugae concubuere boves »'.
Ovide entonne le méme couplet :
HIC, ubi nunc Roma est, incaedua Silva virebat tantaque res paucis pascua bubus erat *.
| le répète :
HIC, ubi nunc Roma est, orbis caput, arbor et herbae et paucae pecudes et casa rara fuit”.
Il le met dans la bouche du Tibre et paraphrase le livre VIII de l'Enéide:
HAEC loca desertas vidi sine moenibus herbas : pascebat sparsas utraque ripa boves *.
Properce, immédiatement aprés les vers rapportés plus haut, rappelle de quelle humble matiére étaient faites les statues des dieux: ce sont des Âctiles dii: la TERRE CUITE des coupes comme celle des statuettes est devenue trés vite le symbole de la simplicité primitive, en opposition avec le luxe coüteux des moeurs contemporaines :
Fictilibus crevere deis haec aurea templa nec fuit opprobrio facta sine arte casa ὃ.
C'est, en ce qui concerne au moins la vaisselle, un théme traditionnel de la diatribe (th. 38 a); Horace l'a utilisé également; Tibulle, qui célèbre son culte domestique devant des dieux de bois *, déclare que, si dans l’âge d'or on ne connaissait que les coupes de hétre 5, il se sert lui-méme de vaisselle en terre campanienne ?.
? OVIDE, Fasti, | 243 sq.
? Fasti, V 93 sq.
* Fasti, V 630 sq.; cf. III 178-186, un passage plus personnel sur le méme sujet: petits commencements, grandes conséquences.
* PROP, IV 1, 5 sq. ; cf. III, 5, 4: rec bibit e gemma divite nostra sitis.
$ Sat. I 2, 114-125; etc.
* | 10, 17 ; neu pudeat vos esse e stipite factos ; οἷ. 37.
1 ΟΠ, sg:
? II 3, 47 sq.
Ovide décrit, avec une nuance d'ironie, les statues archai-
ques de Jupiter et leurs foudres en terre cuite:
Iuppiter angusta vix totus stabat in aede, inque lovis dextra fictile fulmen erat !.
Fort de ces exemples glorieux, le poéte élégiaque aime à vanter LA PAUVRETÉ (th. 20 /); il souhaite que son humilité le garantisse de tous les tracas des puissants: 716. mea paupertas vita traducat inerti ?, souhaite Tibulle; et le vœu de Lygdamus est semblable : //ceat mihi paupere cultu securo cara coniuge posse frui?. Properce se défend comme d'une honte d’être riche:
Nec mihi mille rugis Campania pinguis aratur nec miser aera paro clade, Corinthe, tuo *.
Il aime à répéter le lieu commun diatribique: à quoi bon la
richesse, puisque la mort égalisera toutes les conditions 5?
C'est la simple VIE CAMPAGNARDE que l'élégiaque aime à considérer comme la condition actuelle du vrai bonheur. Toute la première élégie de Tibulle développe ce thème virgilien sur
lequel il revient du reste constamment. Properce le reprend ",
et Ovide lui-méme croit qu'il est de son intérét de passer pour un amoureux de l'existence bucolique :
Ipse ego pendentes, liceat modo, rupe capellas, ipse velim baculo pascere nixus oves... etc.
Tous trouvent dans les habitudes paysannes les détails par lesquels ils s'efforcent de renouveler leurs descriptions de l'AGE D'OR. Tibulle suit Virgile”: comme lui, il ne connait que deux époques : celle de Saturne, qui est sans travail, sans propriété particulière, sans navigation, sans guerre, et celle de Jupiter où nous peinons dans une perpétuelle insécurité.
! Fasti, 1 201 sq.; cf. V 522: Hyrieus pose devant les dieux qu'il reçoit chez lui son humble vaisselle: ferra rubens crater, pocula fagus erant; il en est de méme pour Philémon et Baucis, Metarm. VI 668 : omnia fictilibus.