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les apologies du double manteau, du bâton et de la besace munie d'un gobelet, d'une écuelle, d'une fiole et d'une brosse. !
Les charlatans-philosophes se sont d'ailleurs multipliés car la mendicité est entrée dans les mœurs des disciples de Bion et la carriére du sage peut étre lucrative; la foule se fait parfois hostile; aussi le Cynique devient-il misanthrope. Quel mal y aurait-il que disparût le genre humain ?? Le «sage» en arrive à détester ses semblables * et à se réjouir de leurs souffrances comme de justes punitions. Ce pessimisme haineux.est aux antipodes du cynisme primitif^; mais les nouveaux prédicateurs ignorent souvent les traditions de leur secte. Ils se contredisent aussi entre eux et des échos de leurs polémiques se perçoivent dans les lettres apocryphes.
On peut ainsi distinguer deux écoles: l'une est ascétique, en réaction contre Bion; l'autre, celle des misanthropes, doit étre issue de la tendance hédoniste et continue sa lutte contre le stoicisme optimiste en ridiculisant toute métaphysique comme toute croyance à une survie personnelle’. Au contraire, les Cyniques austéres du premier groupe sont devenus mystiques. Ils ont subi l'influence de Posidonius, le grand écrivain stoïcoplatonicien. Quelques lettres apocryphes expriment en effet un ascétisme tout différent de celui que nous avons étudié jusqu'ici; elles invitent à se préoccuper de la mort, en se préparant à rentrer dans le grand «tout» divin dont l’âme humaine est sortie à sa naissancef: un bonheur immédiat sera la récompense du sage".
Les sources de quelques autres textes sont évidemment contemporaines des diatribes utilisées par les auteurs des lettres apocryphes. Un poème cynique anonyme πρὸς τὴν χἰσχροχέρϑειλν
!. Ps. DiOG. ep. 7, 26, 30, 34.
? Ps. DiOG. ep. 47; la masturbation est recommandée, ep. 35, 27 et 42 de Ps. DIOG. |
* Ps. DiOG. ep. 28, 2: .Miosi. à $uàc où μόνον ὁ xóov ἀλλὰ xal ἡ Φύσις αὐτή (ed. HERCHER, p. 242, 16).
* La diatribe qui fut la source de l'épitre 36 de Ps. Diogéne attaquait Hercule, le patron du cynisme.
Cf. Ps: Drioa; ep. 12:et 22.
5 Ps. DIOG. ep. 39, 1: μελέτω cot xal τῆς ueroixtac τῆς ἐντεῦθεν... (ὃ 4) εἰς τὴν τοῦ ὅλου ἁρμονίαν.
7 Ps. DIOG. ep. 39, 4.
TQ dia
atteste le posidonisme! de ce mouvement en affirmant que les: crimes ne resteront point impunis et qu'un δχίλων est chargé par. la divinité de les faire expier. C'est sans doute une réponse à une objection fondée par les Cyniques hédonistes sur la prospérité de: certains criminels ?. | |
On voit quelle est la complexité des caractères philosophiques de la diatribe après Bion. Elle est soit ascétique et posidonienne, soit hédoniste et sceptique. À côté des polémiques, certains compromis ont eu lieu entre les deux tendances’. La vie de la diatribe n'avait jamais été plus intense; elle va étendre alors son action sur la littérature romaine et pénétrer profondément la rhétorique grecque et latine.
Telle est, résumée en ses traits essentiels, l'évolution de cette doctrine, jusqu'au contact de la philosophie populaire avec le monde romain. Dès la fin du [er siècle av. J.-C. son succès est considérable: les Cyniques pullulent en Gréce, à Alexandrie et méme à Antioche!; les uns sont d'effrontés charlatans qui se drapent orgueilleusement dans leurs haillons de comédie; ils ne sont que des caricatures des vrais sages-mendiants. Tous les écrivains sympathiques à la pensée diatribique les renient et les accablent de sarcasmes.
Parmi les sincéres, les plus nombreux sont des missionnaires; ils arrétent la foule autour d'eux dans les carrefours et préchent, en phrases frappantes, sur les joies du renoncement. La morale cynique est enseignée ainsi jusque dans les couches les plus basses de la population urbaine; elle se répand infiniment plus qu'au temps des grands ascètes qui l'ont fondée. Quelquesuns de ces apôtres ont écrit et ont exercé leur influence sur les classes cultivées. Ils reprennentinlassablement les développements des anciennes diatribes. On les sent moins préoccupés de faire. œuvre de penseurs originaux que d'agir sur beaucoup d'ámes comme directeurs de consciences. Il ne s'agit plus alors d'hédo-
' Cf. BERNAYS, Lukian una die Kyniker, p. 4, a montré que la lettre 35 de Ps. Cratés débutait par une formule platonicienne de salutation. Platon a été célébré dans certaines chries cyniques.
? Papyr. Heidelberg., v. 67 sq.: " Ecrtv yàg ἔστιν, óc τάδε σχοπεῖ δαίμων, etc.
? Le chapitre 17 du De exi/io de Plutarque doit dériver d'une diatribe (de | |
la fin du Ier siècle av. J. C.) où le courant hédoniste et le courant mystique se trouvaient unis.
* Cf. v. ARMIN, Dio., p. 137.