‹ Les origines de la guerre de CrimeeChapitre 34 sur 112 · EST ACCRÉDITÉ AUPRÈS DU PRINCE · texte numérisé non relu

EST ACCRÉDITÉ AUPRÈS DU PRINCE

Durant cet intervalle, il s'était produit des faits notables dans la politique française, tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur. A l'extérieur, l'action de la France avait continué à être, sur un certain nombre de points, contraire à la Russie ; elle avait même, nous allons le dire, pris en Orient une initiative qui devait, en moins de quatre ans, mener les deux pays à la rupture et à la guerre ; mais à ce moment l'empereur Nicolas, tout en ressentant les diverses démarches de la diplomatie française, contraires à ses idées et à ses vœux, ne leur attribua pas une grande importance et n'en fit guère état. Au contraire, il vit avec un vif plaisir plusieurs des événements politiques qui survinrent en France, eh particulier plusieurs des actes personnels du président.

Lord Palmerston, après avoir accepté les bons offices de la France pour le règlement des réclamations élevées par lui contre la Grèce, n'avait pas voulu laisser la négociation se poursuivre à Athènes, où le délégué du gouvernement français, le baron Gros, s'était rendu; mais il s'était, de son côté, mis à l'ouvrage à Londres avec l'ambassadeur de France, M. Drouyn de Lhuys. Ainsi la négociation se poursuivait en partie double; mais tandis qu'à Londres

les négociateurs réussissaient, au bout de quelques semaines, à conclure un arrangement qui adoucissait considérablement les exigences primitives de l'Angleterre, à Athènes M. Wyse, par son opiniâtreté, empêchait tout accord, et le baron Gros se voyait obligé de déclarer la négociation rompue. Aussitôt, bien que Ton eût déjà reçu à Athènes des indices sur la grande probabilité d'une entente entre les négociateurs de Londres, M. Wyse renouvela son ultimatum du mois de janvier, et l'amiral Sir William Parker recommença à bloquer le Pirée. Alors, voyant le pays sans défense et menacé, s'il y persistait dans la résistance, de subir une ruine complète, le gouvernement hellénique se rendit et concéda à M. Wyse tout ce qu'il lui avait plu de stipuler. Cette capitulation se produisit le 27 avril, onze jours après la conclusion à Londres de l'accord négocié par Lord Palmerston, et seulement quarante -huit heures avant que le texte authentique de ce document n'arrivât entre les mains de M., Wyse; il était évident ■ que ce dernier, avisé de ce qui se préparait à Londres, avait brusqué le dénouement à Athènes, afin de faire pratiquement sentir au gouvernement hellénique les graves risques encourus par lui en se mettant en opposition avec l'Angleterre.

A Paris l'indignation fut grande quand on se rendit compte du double jeu de la diplomatie anglaise. Le président fit demander par M. Drouyn de Lhuys à Lord Palmerston de désavouer M. Wyse; l'orgueilleux vicomte refusa; alors le prince, pris de colère, se décida, quoique un peu à contre-cœur, à rappeler d'Angleterre l'ambassadeur, M. Drouyn de Lhuys, « la prolongation du séjour de celui-ci à Londres n'étant plus compatible avec la dignité de la République1 ». M. Drouyn de Lhuys quitta Londres le

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