Récits de la captivité
menait à l'anarchie, celle des rois au despotisme. Napoléon entreprit contre les rois la défense des droits populaires ; et, en les forçant d'assurer aux peuples la satisfaction de leurs désirs légitimes, essaya d'arrêter le mouvement révolutionnaire dans ses justes limites. Il combattit les rois pour sauver d'eux ce qui pouvait et devait être Sauvé; il défendit les peuples pour avoir le droit de modérer leurs exigences. Il était « le médiateur naturel dans cette lutte du passé contre la Révolution française' », « l'arche de l'ancienne et de la nouvelle alliance' ». Lui tombé, l'arbitre disparu, la guerre allait recommencer, sanglante et ruineuse pour tous^.
Cette dernière idée, la plus vaste et la plus haute, se retrouve maintes fois dans les mémorialistes ; mais c'est Napoléon lui-même qui l'a exposée avecle plus de précision et d'ampleur*:
« Quand j'ai reçu de la nation française le mandat de la gouverner j'ai compris la nécessité de mettre son organisation sociale en harmonie avec celle des
1. Becils .le la capih'lte, I, 275. — Cf. II, 377 : « J>i ennobli les peuples et raffermi les rois. »
2. Mémorial, 24 août 1816. — Cf. 10-12 mars, 13, 18, 28 avril, 25 octobre 1816.
3. Voir encore le Journal de lady Malcolm, 3 mai 1817 : « Je détruisais les principes révolutionnaires en France et dans les autres pays, les puissances alliées les ont relevés. »
4. Dans les Insfritctions tlonitées à Gouri^aittl, lors de son départ, pour sa mission auprès de l'empereur Alexandre [Récits de la eaplirilé, II, 253).
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autres nations d'Europe, afin de fermer le gouffre des révolutions et d'opérer la réorganisation de tous, en me servant des rois pour satisfaire les intérêts légitimes des peuples. Ce système devait avoir aussi pour résultat infaillible d'accroître la splendeur et la sécurité de la roj-auté, tout en donnant aux libertés publiques toute satisfaction ; seulement son application devait être plus ou moins libérale, suivant le degré de développement de l'intelligence et de la civilisation des peuples auxquels il s'appliquait. Jamais pensée plus vaste, et en même temps plus royale et plus populaire ne fut conçue pour la réconciliation de deux grands intérêts devenus ennemis par les effets de la Révolution française : les vieilles royautés et les peuples. »
Ainsi se constitue la physionomie de l'empereur populaire. Héros désintéressé, chef et modérateur de la croisade révolutionnaire, conquérant des justes réformes, sauveur des traditions nécessaires, tous lui sont redevables, et il ne peut eflrayer personne. Pour résoudre le problème de la réorganisation sociale, il reste nécessaire, — lui ou Napoléon II.
yote additionnctîe. — On trouve dans la Captit'ilé dç Sainte- Hctène (Biblio»^raphie, \'2) des conversations de Montholon avec Montchenu, où l'on attribue à Napoléon des opinions et paroles tout à fait opposées à celles que nous présentent les Mémoires et Mémoriaux (sauf Gourgaud). Je ne crois pas qu'il faille attribuer d'importance à ces conversations où l'on voit Napoléon conseiller à la Restauration une politique antidénu)cra-
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tique, anlilibérale, très favorable à TÉglise : 1° Napoléon a très bien pu donner cette politique comme étant dans la logique de la dynastie bourbonienne, sans la conseiller comme bonne en soi; 2° Montchenu, — qui a donné de nombreux exemples de déformation inintelligente de ce qu'il entendait, — a très bien pu s'y tromper; 3" ces conversations paraissent avoir eu pour but essentiel de cajoler et de gagner Montchenu : elles se terminent (p. 206-207) par une insinuation tendant à ce qu'on laisse Napoléon revenir en France, où on le traiterait « comme Ferdinand à Valençay ». Ce qui tendrait à expliquer la subite orthodoxie politique attribuée à Napoléon dans ces conversations.