Mémorial^ 24 août 181G
diplomates fraiiçnis ne surent pas démêler le désir d'une forte compensation plutôt que celui d'une rupture; Alexandre refusa de recevoir Narbonne et Lauriston, qui, au dernier moment, venaient négocier encore ; et si Napoléon n'accepta pas la proposition de discuter à Vilna en faisant retirer son armée derrière le Niémen, c'est qu'il ne croyait plus h la bonne foi du tsar. La guerre ne fut pas de son fait '.
Vinrent les revers, puis les succès de la première campagne de Saxe, et les négociations de 1813 : Napoléon ne fut pas là le conquérant obstiné, décidé h ne rien céder de ses prises, qu'on a trop souvent représenté. Il savait, à n'en pouvoir douter, par son ambassadeur à Vienne et par des pièces saisies à Dresde, que l'Autriche avait déjà lié partie avec la Russie et la Prusse; l'armistice imposé par l'Autriche n'était pour elle qu'un expédient pour avoir le temps de mettre son armée en état, et Napoléon, en adhérant aux conditions qu'elle proposait, n'aurait pas obtenu la paix : en échange de ses concessions, il n'eût recueilli qu'une trêve courte et trompeuse ".
Aussi décevantes furent les négociations de
1. Voir les Inslrucliuns pnui Goiirgaud, très nettes et très précises; — Mémorial, 28 avril 1816; — Napoléon en exil, 22 août 1817.
2. Napoléon en exil, 6 mars 1818. — Mémorial, 13 août 1816. — Bécils de la captivité, 1, 253, 278; II, 497. — Manuscrit de l'île d'Elbe, chap. vi.
Francfort : au moment où Napoléon acceptait la réduction de la France ;i ses limites naturelles, les alliés rompaient la discussion et violaient la neutralité de la Suisse, pour envahir plus facilement le territoire français'. Enfin, le congrès de Chàtillon ne fut qu'une dérision : pendant toute la première quinzaine de février 1814, Caulaincourt ayant carte blanche pour signer la paix, les alliés traînèrent les affaires en longueur pour pouvoir demander davantage, jusqu'au jour où Napoléon, vainqueur à Champaubert, eut enlevé à Caulaincourt ses pleins pouvoirs. A la fin de février, ils ne consentaient qu'un armistice, pendant lequel ils auraient occupé non seulement le territoire conquis, mais des places encore défendues; enfin, ils arrêtèrent les pourparlers, comme à Dresde et à Francfort, au moment même où ils semblaient sur le point d'aboutir-.
A Fontainebleau, Napoléon pouvait lutter encore : il se sacrifia à la paix et abdiqua ^ Son retour en 1815 était justifié par la nécessité de préserver la France d'une réaction féodale, mais h cette raison il faut ajouter que Napoléon, comme toujours, fut provoqué. Toutes les stipulations de Fontaine-
1. Manuscrit de File d'Elbe, chap. VL — .Xapoléùn en exîi^ 6 mars 1818.
2. yotes surFleun/ de Chaboulon, Mémoires. 1822, t. IV, p. 316.
3. Note XLI sur le Manuscrit de Sainte-Hélène. Mémoires, 1822, IV, p. 275.
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bleau avaient été violées par les Bourbons on par l'Europe, et le congrès de Vienne se préparait ;i attenter à sa liberté, et à le faire transporter dans un lieu de captivité'; son attaque ne Cul qu'une légitime défense.
Rétabli sur son trône, il ne demandait qu'à ratifier le traité de Paris, qu'à vivre en paix, dans la patrie réduite, mais libre. Comment au reste eût - il pu suivre une politique agressive ? Il dépendait de l'opinion, et l'opinion était lasse de guerre; des Chambres, et des Chambres malveillantes, le surveillaient jalousement-. La folie de Murât, qui attaqua l'Autriche malgré les ordres réitérés de son beau-frère, fut pour beaucoup dans la formation de la coalition nouvelle, et acheva de le perdre ^ Malgré cette unanimité de l'Europe contre lui, Napoléon était toujours sans haine; avant de passer la Sambre, il fit offrir la paix à l'Angleterre, et, « vainqueur à Waterloo, il n'aurait rien changé aux paroles qu'il avait fait porter à Londres avant de passer la Sambre* «.
1. Napoléon en exil, 25 mars 1817. — Mémorial, 14 septembre 1816. — L'Ile d'Elbe el les Cent-Joitis, passim. — Troisième lettre du Cap.
2. Napoléon en e.ril, 4 avril 1817 ; — Mémorial, 10-12 mars 1816.
3. Napoléon revient souvent sur cette idée : voir Napoléon en exil, 9 novembre ISIB, 10 juin 1817; — Récits de la captivité, II, 37; — Mémorial, 7-8 février 1816, 1-4 juillet 1816; — L'Ile d'Elbe et les Cenf-Jours, Relations extérieures.
4. Bécits de la captivité, I, Tak; — Mémorial, 10-^2 m;irs 1816.
NAPOLEON AMI DE LA PAIX. 2'l9
La prédilection de Napoléon pour la paix se retrouve donc au fond de toute sa politique : dans ses offres constantes de traiter malgré les provocations; — dans le but final de ses eft'orts, la réorganisation d'une Europe où tous les intérêts satisfaits ne laisseraient plus de raison à la guerre ; — dans la modération qui, malgré son désir d'atteindre ce but, le fit toujours hésiter à entreprendre les guerres nécessaires. Pour résumer, et marquer la liaison de ce chapitre avec le précédent, on peut dire : la paix était impossible entre la France révolutionnaire et l'Europe monarchique; pour la fonder, il fallait réorganiser l'Europe : toutefois Napoléon n'a pas tenté cette réorganisation de plan préconçu et de propos délibéré : il y a été poussé, forcé, par les attaques successives des rois européens. Ses intentions pacifiques n'ont pas été comprises, mais il n'en reste pas moins vrai de dire que l'Empire, dans son principe, c'est la paix.