‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 178 sur 286 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

L'étude des idées et des convictions de Napoléon en matière religieuse est aussi intéressante que délicate; on ne trouve pas chez lui des opinions durables et nettement définies, un état d'esprit stable et fixe, une position prise une fois pour toutes vis-à-vis de ces problèmes. Il a varié suivant les temps; et, si on le prend à un moment déterminé, on ne lui voit pas de système arrêté, il exposera à quelques jours de distance des croyances logiquement contradictoires. Ces variations et cette incertitude sont d'un vif intérêt chez un homme représentatif comme lui; et l'on y retrouve trois influences, qui se combinent en proportions diverses suivant les moments : celle de son enfance croyante; — celle des philosophes du xviii° siècle, qu'a dévorés sa jeunesse; — celle de la bourgeoisie française au milieu de laquelle il a vécu, et qui lui a transmis sa conception de la

« religion bien entendue », dont on retranche les gènes, dont on garde les promesses et les consolations, h laquelle on croit, sans la croire beaucoup plus vraie que les autres.

A qui étudie ses idées dans les écrivains de Sainte-Hélène (Gourgaud toujours excepté), une affirmation apparaît fixe au milieu de ces variations : Napoléon croit à l'existence de Dieu. « Tout proclame l'existence d'un Dieu, c'est indubitable '... » — « Je n'ai jamais douté de Dieu... On croit à Dieu parce que tout le proclame autour de nous, et que les plus grands esprits y ont cru ; non seulement Bossuet, dont c'était le métier, mais encore Newton, Leibnitz, qui n'y avaient que faire-... »

Il ne s'est pas toujours contenté de cette simple croyance : enfant, il a été catholique fervent : « L'homme lancé dans la vie se demande : D'où viens-je? qui suis-je? où vais-je? Ce sont autant de questions mystérieuses qui nous précipitent vers la religion. Nous courons au-devant d'elle, notre penchant naturel nous y porte... Telle a été la marche de mon esprit : j'ai eu besoin de croire et j'ai cru '. »

Mais alors sont intervenus, à l'âge du raisonne-

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