‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 2 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Je crois utile, au début de ce travail, de placer, non pas un lécit de la vie de Napoléon à Sainte- Hélène, mais quelques indications sur les faits et les dates qui forment le cadre de cette vie et sur les personnages qui furent l'entourage de Napoléon pendant cette période. J'épargnerai ainsi au lecteur pas mal de notes et d'éclaircissements fastidieux au cours de l'ouvrage.

Ce fut le 15 juillet 1815 que Napoléon s'embarqua sur le Bellérophon, pour aller demander asile à l'Angleterre. Les espérances d'une retraite en Angleterre ou en Amérique furent bientôt déçues : le 7 août, il partait pour Sainte-Hélène, sur le Northuinberland, qu'escortait une escadre com mandée par l'amiral Cockburn. Autorisé à se faire suivre par trois officiers, il avait choisi le général Bertrand, qui emmena avec lui sa femme, le général de Montholon, accompagné de sa femme

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et de deux cillants, et le général Gourgaud; de plus, à litre de secrétaire, venait le comte de Las Cases, conseiller d'Ktat, et son fils avec lui. Au dessous de ces quatre compagnons, le valet de chambre de Napoléon, Marchand; au-dessous de celui-ci, une dizaine de domestiques.

Le 17 octobre 1815, Napoléon débarqua à Sainte-Hélène. Après avoir couché une seule nuit dans la capitale de l'île, Jamestown, il se fixa dans un petit cottage situé à quelque distance de la ville et appelé « the Briars)), en attendant que l'on eût aménagé pour lui la résidence de Longwood (18 octobre 1815). Il y demeura près de deux mois, avec quelques domestiques et Las Cases; ses autres compagnons, logés à Jamestown, venaient le voir pendant la journée. Le 10 décembre 1815, il s'installa à Longwood; établi là, il se trouva enfermé dans d'assez étroites limites, que ni lui ni ses compagnons ne pouvaient franchir sans être accompagnés par un officier anglais affecté h ce service. Bertrand et sa femme logeaient à quelque tlistance de Longwood, dans le cottage de Iluts- Gate.

Jusqu'au 14 avril 1816, Napoléon fut sous la surveillance de l'amiral Cockburn, qui avait à la fois le gouvernement de Sainte-Hélène et le commandement de l'escadre chargée de surveiller l'île. Napoléon avait eu parfois des difficultés avec

lui, mais il l'estimait. Le 14 avril 18iG, le nouveau gouverneur de Sainte-Hélène, sir Hudson Lowe, débarqua. Un mois à peine après son arrivée, la rigueur des instructions qu'il avait reçues et son caractère pointilleux, qui exagérait tous les inconvénients de cette rigueur, avaient rendu difficiles les relations entre Napoléon et lui; bientôt, il ne communiqua plus avec son prisonnier que par l'intermédiaire de Bertrand ou de iMontholon.

Le 17 juin 1816 arrivèrent à Sainte-Hélène les commissaires délégués par la France, l'Autriche et la Russie, pour s'assurer constamment de la présence de Napoléon dans l'île, et pour renseigner leurs gouvernements sur ses actes et sur ses sentiments : le marquis de Montchenu, le baron de Sturmer, et le comte de Balmain. Napoléon, sans jamais les voir personnellement, entretint, par l'intermédiaire de ses compagnons, d'assez bonnes relations avec eux, surtout avec le comte de Balmain. Les commissaires ne restèrent pas tous a Sainte-Hélène jusqu'à la mort de Napoléon : seul le marquis de Montchenu fut dans ce cas; le baron de Sturmer quitta l'île dès le il juillet 1818; et le comte de Balmain, en mai 1820.

L'amiral Cockburn fut remplacé dans le commandement de l'escadre de surveillance, d'abord par l'amiral Malcolm (17 juin 1816), qui entretint avec Napoléon d'excellentes relations, puis (29juin 1S17)

12 OUICIXF.S l)i; LA LlicEXDE N A PO I. l; O M K X N E.

par l'ainiiMl Planipiii, qui so montra lieaiicoup plus réservé.

Napoléon ne (ut pas jusqu'au bout entouré de tous ceux qui l'avaient suivi à Sainte-llclène. Le 19 octobre 1810, sir Hudson Lowe renvoya en Europe, sous prétexte d'économies ii faire, un officier polonais, Pioutowski, qui était venu renforcer la petite colonie, et trois domestiques. Le 25 novembre 1816, Las Cases fut enlevé de Longwood pour avoir tenté de correspondre secrètement avec l'Europe, et, le 30 décembre, il fut expulsé de l'île. Gourgaud, pour des motifs restés assez obscurs, quitta Longwood le 13 février 1818, et Sainte-Hélène le 14 mars de la même année. O'Meara, médecin anglais dont Napoléon avait agréé les services et aimait la compagnie, fut rappelé en Angleterre le 25 juillet 1818, étant devenu suspect au gouvernement anglais. Madame de Montholon retourna en Europe en juillet 1819.

En revanche, un médecin corse, Antommarchi, vint, le 21 septembre 1819, remplacer O'Meara. Il était accompagné de deux prêtres, Vignali et Buonavita, et de quelques domestiques. L'abbé Buonavita, éprouvé par le climat, repartit le 17 mars 1821.

Sans qu'il y ait jamais eu de véritable réconciliation entre Napoléon et sir Hudson Lowe, les relations, tendues au début de 1820, se rétablirent

un peu à partir de la fin de la même année; mais cette tranquillité fut bientôt troublée par la maladie de Napoléon. Dès le temps où O'Meara le soignait, Napoléon avait ressenti les premières atteintes du mal qui devait l'emporter; à partir du moment où, O'Meara parti, Napoléon refusa de recevoir aucun médecin anglais, le mal s'aggrava. Antommarchi réussit h l'enrayer quelque temps, et, pendant l'année 1820, la santé de Napoléon fut meilleure. Mais, en mars 1821, le mal reparut plus violent, et le malade, qui ne se laissa que difficilement soigner, succomba le b mai 1821.

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