‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 249 sur 286 · Paru à partir de · texte numérisé non relu

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5. Pour suivre plus loin la même veine, je signale en 1853 (Paris, Giraud), l'Histoire populaire de Sapoiéon I", par Fadeville. C'est une revision et réfutation des reproches adressés à Napoléon 1°'. Parmi les chapitres : le 18 Brumaire; — les titres de noblesse rétablis, etc. Très insignifiant en lui, l'ouvrage est significatif par ses tendances : c'est un plan que Las Cases eût aiiué à remplir; il avait projeté de publier " les paroles de l'Empereur, cousues avec un art infini, de manière à répondre à toutes les objections » (Mémoires du roi Jérôme [Bibliographie, 106], t. VII, p. 335.)

des premiers rôles. Napoléon tloit lui phiire : il est l'honinu' du Concordat, il a en France, snivant son expression, relevé les autels. Il est vrai que le hienfaiteur de l'Kgliseest devenu son persécuteur. Savone et Fontainebleau sont des souvenirs que l'on n'efface pas aisément. Mais, pour réparer ces torts, il y a les déclarations respectueuses pour la religion, que Las Cases a recueillies, et la conversion définitive allumée par Montholon et Marchand. Le chevalier de Beauterne donne en 1841 le signal du rapprochement par un ouvrage un peu bizarre, mais très lu et influent, les Sentiments de Xapolèon sur le christianisme' . De lui s'inspirent une multitude d'ouvrages et de brochures, qui se succèdent presfjue chaque année jusqu'en 1848". L'opinion du parti catholique se fait de ces ouvrages, et rien n'empêchera Montalembert, en 1848, de mettre sa main dans celle de Louis-Napoléon. Au cours du Second Empire, les écrivains catho-

I. Paris, Waille. Il y a eu au moins 8 éditions. — Du même auteur : L'Enfance de ^'apoléon, Paris, Fulgence, 1846.

'2. Par exemple : la Vie religieuse, mitifaire et politique de .Xapoletm, par Doublet, Paris, Ardant. 184'i (10 éditions jusqu'en 1870). — Sapoleon conversant ai^ec le général Bertrand sur ta divinité du christianisme, Lille, Lefort, 1845, in-18. — Histoire de Napoléon Bonaparte, par .\médée Gabourd, Tours, Mame, 1845 (10 éditions jusqu'en 1870). — I/ommaf;es éclatants rendus à la religion par .Xapolèon, Lyon, Girard et Guyet, 1847, in-18. — Paroles impériales prononcées à Sainte-Hélène et réunies par un croyant, Paris, lîonaventure, 1848. — Deux apparitions : la religion protestante et la religion cat/ioliquc jugées par Xapolèon le Grand, Laon, Fleury et Chevergny, 1848, in-8.

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li([iios feront durer l'alli.Tnce et, très tard pendant > cette période, la descendance de Beauternc se perpétuera, précieux ap])ui pour le neveu de l'Empereur '.

1848 est venu : les masses paysannes ont décidé du pouvoir, et le prince est devenu le prince-président; contre les /•otiircs, le neveu du grand réorganisateur a paru le garant naturel de l'ordre; mais les niasses se prêteront-elles à crc'er l'Empire? Le peuple, moins belliqueux que la bourgeoisie, veut la paix qui lui permettra de gagner sa vie. Mais Napoléon n'a-t-il pas été toujours contraint à la guerre? N'a-t-il pas conquis l'Europe malgré lui? Las Cases et Montholon sont là pour en témoigner; la presse napoléonienne en tire parti et développe leurs thèmes -, et, devant l'opinion ainsi préparée, le prince peut dire à Bordeaux : L'Empire, c'est la paix.

Les paroles venues de Sainte-Hélène ont donc agi, chacune à son heure, pendant ce demi-siècle, sur nos destinées. Napoléon n'avait pas oublié sur

1. Par exemple : Napoléon à Sainte-Hélène, ses senlirnenls religieux et sa mort, Toulouse, Bouladoure, 1854. — Napoléon à Sainte-Hélène, détails sur sa mort, ses pensées sur la religion et la difinité du Christ, Troyes, 1855. — Pensées de .Xapoléon I" sur la religion, Toulouse, 1860, in-32. — Testament religieux de Napoléon 1", sa profession de foi sur Dieu, sur J.-C, etc., Paris, Paulmier, 1861, in-18. — Xapcléon l" dans sa fie intime, par le vicomte de Maricourt, Paris, Lethielleux, 1862, — La divinité de J.-C. démontrée par Napoléon à Sainte-Hélène, Toulouse, 1864.

2. Voir, par exemple, [Histoire du Petit Caporal, Paris, 1848.

CONCLUSION

son loclier l'nrt ilc niaiiior les hommes; son ouvrage avait été exactement mesuré à l'esprit français, aux désirs du temps, à l'intelligence et à la sentimentalité populaires. Sans préjugés sur le choix des moyens, il avait crié à son siècle de toutes les manières, sûr que tout ce qu'il dirait, par quelque bouche que ce fût, on l'entendrait.

Ses paroles, répétées de bouche en bouche, ont porté partout le détail de sa légende, et ce qui la couronne, le récit de son agonie, de sa Passion, dira Heine, sous Hudson Lowc. Les historiens et les poètes, Thiers et Norvins, Béranger et Hugo ont entonné le chant triomphal ; et lui, le maître du chœur, a donné le mouvement à tous ces chantres de ses louanges, le ton à tous ces orateurs de sa gloire.

On ne peut s'empêcher de penser, au terme d'une semblable étude, que l'homme de Sainte- Hélène valait encore l'homme d'Austerlitz. Ses fautes politiques, il les avait comprises, et, dans la mesure du possible, réparées; la leçon des événements n'avait pas été perdue pour lui, et, des ennemis qui l'avaient renversé, il travaillait à faire les appuis de son fils. Pas plus que l'intelligence, le caractère ne parait avoir fléchi, quand on songe à ce qu'était l'homme qui, déchu de quelle hauteur ! assiégé de regrets stériles, tiraillé entre des gardiens sans tact et des amis jaloux, malade et

voué à la mort lente, eut le courage patient de lutter pendant six années pour une œuvre, dont malgré les illusions toujours renaissantes, il savait bien que lui ne profiterait pas.

Mais la sagesse humaine est toujours courte par quelque endroit, et l'on trouve que l'histoire a parfois de singulières ironies, à réfléchir que le fils de Louis Bonaparte, dont le libelle de 1820 était une atteinte à la légende, devait porter un jour la couronne si patiemment tressée pour le roi de Rome par le captif de Sainte-Hélène.

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