Napoléon, ia dernière pliase^ cbap. vni
tieuses de sir Hudson Lowe, — et, d'autre part, le caractère enfantin ou fabuleux des projets attribués aux bonapartistes d'Europe et d'Amérique', en sont des preuves plus que suffisantes. Mais lord Rosebery a insisté avec raison sur ce fait, confirmé par des textes nombreux de Montholon-, que Napoléon, quand même il aurait pu s'évader, ne l'aurait pas voulu : il en eût été empêché par la crainte de rencontrer, une fois libre, des assassins soldés par les Bourbons, et surtout par la persuasion oii il était que, se retirer en Amérique, c'était se faire oublier, abdiquer définitivement son rôle en Europe. On comprend très bien ces raisons : il ne suffisait pas à Napoléon de quitter Sainte-Hélène, il fallait qu'il trouvât l'Europe préparée à le recevoir; si la France en 1815 n'avait pas été mécontente des
1. Voici les principaux textes sur la question : deux vagues avis de vigilance adressés au gouvernement anglais en 1816 (voir Forsyth [Bibliographie, 96 bis], I, 392); — trois lettres adressées à Napoléon ou aux siens en 1816 et 1818, l'une d'un vague qui ne dit rien, les deux autres donnant des détails d'une précision déconcertante sur un projet d'évasion : toutes trois paraissent eti-e de simples mystifications à l'adresse des ministres anglais (Forsyth, III, p. 64 et 451); — enfin, sur les projets d'Amérique, les intrigues de Joseph aux États-Unis et l'entreprise du colonel Latapie (toutes intrigues que lord Kosehery n'a peutêtre pas assez prises au sérieux), on trouvera les principales pièces au Brilish Miiscum, t. 20200 et 20201. — On peut consulter également les Mémoires d'ilyde de Neuville (Bibliographie, 108), et Schlitler, Kaiser Franz I und die Napoleoniden (Bibliograpliic, 109).
2. Récits de la cay:î^/t/i7e (Bibliographie, 23 his), I, p. 278, 286, 348; — II, p. 100, 151.
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Bourhons, il no lui aurait servi à rien de quitter l'île il'Elbc. 11 ne voulait donc reprendre sa carrière qu'avec la complicité de l'Europe; il ne vouhiit sortir de sa prison que si on venait l'y chercher. Pouvait-il raisonnablement espérer un tel changement dans les dispositions de ses ennemis? Etait-il probable que ceux qui le mettaient hors la loi en 1815, qui prenaient, pour le garder, de si soupçonneuses précautions, fussent jamais portés il se dessaisir de leur captif, à lui rendre sa liberté, ou même son trône? Ce qui prouve que Napoléon pouvait l'espérer sans déraison, c'est que les puissances européennes, de 1815 h 1821, ne cessèrent pas de se suspecter mutuellement d'en avoir l'intention. Les commissaires européens envoyés à Sainte-Hélène étaient là pour surveiller les actes des Anglais aussi bien que ceux de leur prisonnier. Un rapport du marquis de Montchenu, en 1820, insinue qu'il pourrait bien exister entre le gouvernement anglais et Napoléon une négociation de nature à amener la mise en liberté du captif'; et l'aventurier Maubreuil, réfugié en Angleterre, conseillait au ministère anglais de remettre Napoléon en possession de son trône, et de partager avec lui l'empire de l'Europe '-. Inver-
1. Rapportdu 7 novembre 1820. — Affaires étrangères, Mémoires et documents, t. 1805, pièces 79-80.