TagUamento, IX, et Lèoben, VI
.3. TagUamento, \II.
LA METHODK DE TRAVAIL D H NAl'OLI-OX. (11
Certaines parties enfin sont complètement refondues : le Sièi^e de Toulon, Venise, Léohen, la plus grande partie do la Campagne (TEgypte sont dans ce cas. Alors, çfénéralement, le second état, mieux documenté, est sensiblement plus long : de 31 pages, le chapitre de Toulon passe à 55; celui de Léoben, de 14 à 23; la description de l'Egypte, de 27 à 92; le récit du siège d'Acre, de 10 à 18. Mais il n'y a pas seulement gonflement : la chronologie mieux connue, la suite des faits mieux observée amènent des changements dans le plan, un ordre meilleur, plus de clarté.
Dans la première version du sièoe de foulon , par exemple. Napoléon, après avoir raconté la sortie des Anglais le 30 novembre 1793, se rappelle l'assaut manqué par la faute du général Doppet et le raconte : or ce fait s'est passé le M novembre, et a précédé, dans la réalité, celui qui, dans le récit, le précède : on a là des souvenirs écrits un peu au hasard, tels qu'ils reviennent à la mémoire et dans l'ordre où ils y reviennent : quelques épisodes saillants sont mis en lumière, mais la suite manque. — De même la première version de Léohen est, par le manque de chronologie, une vraie macédoine de faits sans suite : la seconde version rétablit l'ordre, et, d'une série de souvenirs personnels, fait un chapitre d'histoire de France.
(12 ORIGINES Di: LA L li C li M) K N A P <) I. E () M i; N XK.
Ce que l'on constate à rintérieiii' de cluujue chapitre se retrouve dans l'ensemble de la campagne d'Italie ou d'Egypte. Dans la première version, chaque chapitre semble un tout destiné à se suflire h lui-même. Dans la seconde, quelques phrases, quelques réflexions d'introduction et de conclusion le remettent dans l'ensemble du récit, et en font une partie d'un tout bien lié. Napoléon a donc marché, sans cesse et avec méthode, vers l'ordre, la précision, l'organisation.
Cette méthode de travail m'apparaît, somme toute, comme digne de l'esprit sûr et précis de Napoléon. Ce dépouillement soigneux des sources, ce travail répété de digestion et de refonte, qui arrive visiblement à plus de clarté, de précision, d'impersonnalité, tout cela est remarquablement conduit; et comme Napoléon, dans la dernière partie de son séjour, a été suffisamment renseigné, nous pouvons estimer que l'on a, sur les sujets par lui traités, sa pensée définitive; ce qu'il a dit, c'est bien ce qu'il a voulu dire, ce qu'il a voulu qu'on pense de son œuvre.
Dernière preuve de la sûreté de cette méthode : il n'aurait pas voulu que les premières esquisses de son histoire fussent publiées. Il n'abandonna quelques chapitres h Las Cases qu'à son corps défendant ; quand Gourgaud partit, Napoléon voulait qu'il rendît tous les brouillons en sa posses-
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sion ' : il ne voulait laisser subsister que l'état définitif de sa pensée, jugeant les ébauches insuffisantes. Mais ce que nous avons de ses es(iuisses nous garantit la conscience avec laquelle l'œuvre totale a été faite et nous prouve que les Mémoires représentent bien la pensée clairement consciente d'ellemême, et bien informée, de Napoléon.
1. Gourgaud, 5 février 1818. — Voir l'exagération et la déformation de ce désir de Napoléon dans les Soui'enirs dip/omaiiqius de lord ïlolland. Paris, Rouvier, 1851, p. 275.