‹ Les origines de la légende napoléonienneChapitre 72 sur 286 · août, 29 octobre · texte numérisé non relu

août, 29 octobre

5. B. M. 20215 : Extracls of the uiipublished part of count de Las Cases's journal.

« LE MEMORIAL DE S A I XT E - Il E L E X E ». |i)3

nous permet de contrôler Forsyth. Le principiil parmi eux a été cité — tronqué — par lui'. « Il ne nous restait, écrit Las Cases, que des armes morales : pour en faire l'usage le plus avantageux, il fallait réduire en système notre attitude, nos paroles, nos sentiments, nos privations mêmes, afin qu'une nombreuse population en Europe prit ua tendre intérêt à nous, et que l'opposition en Angleterre combattît le ministère dans la violence qu'il exerçait contre nous. » Ce passage isolé, laissé dans un vague inquiétant, laisse penser que cette « réduction en système » doit avoir pour effet d'altérer la vérité des faits; mais l'exposé du système, que Forsyth ne donne pas, rassure : il n'y a là qu'une bonne petite diplomatie : elle n'a pas pour but d'inventer des griefs sans fondement, mais de n'imputer les maux réellement soufferts qu'à certaines personnes : « ne se plaindre jamais, mais faire tellement reporter les mauvais traitements que nous éprouvions, que les spectateurs eux-mêmes nous plaignissent, et nous rendissent à plaindre par tous ceux qui nous aiment en Europe: fournir ainsi à l'opposition les armes qu'elle désire, en lui découvrant des griefs véritables et révoltants ne faire la guerre ici qu au

jiarjs^ et en Angleterre à la seule administration - ».

i. B. M. 20215, p. I. — C est-à-dire : n'accuser à Sainte-HLUcne

104 oiugim;s de la légende napoléonienne.

On ne peut pas donner i) ce passage d'autre sens que celui-ci : il faut apitoyer l'opinion sur les souffrances du prisonnier et ne rendre responsables de ces souffrances que le moins de personnes possible, peur ne pas s'aliéuer les autres. Ce passage montre en outre qu'à cette date du 30 novembre 1815, où il fut écrit, les e.\ilés, ne songeant h « faire la guerre » qu'au pays, n'avaient pas de mauvaises intentions contre l'amiral Cockburn, moins encore contre son successeur, sir Hudson Lowe, qui n'arriva que quatre mois plus tard. Las Cases a pu penser que cette diplomatie n'était pas bonne à étaler en 1823, mais l'omission n'est pas grave, ni de nature h inquiéter sur sa sincérité.

Autre suppression : à la date du 17 juin 181G, le journal manuscrit portait une liste de commissions données par Las Cases à des officiers du iVorihumberland en partance pour l'Europe (probablement le lieutenant Blood et le docteur Warden). Ce passage a disparu dans le journal imprimé. On en comprend la cause : Las Cases n'aura pas voulu compromettre ces officiers complaisants '.

Enfin, à la date du 16 avril 1816, le journal racontait que sir Hudson Lowe, venu pour visiter

que le climat et la position de l'île, non les agents du gouvernement, — et en Angleterre, se plaindre du ministère, non de la nation anglaise.

« Lli MEMORIAL DE S A I NT E - H E L E \ E )) . 105

Napoléon, n'avait pas été reçu et ajoutait : a Le gouverneur, après avoir hésité longtemps et donné des preuves évidentes de mauvaise humeur, a dit qu'il désirait (ju'il fût bien entendu que sa visite n avait été tjuun objet d' empressement ; quil était venu aussitôt après son débarquement, que sa venue n avait d'autre but que de présenter son respect, nullement de traiter d'affaires, et il nous a quittés'... )) Le passage en italiques a été supprimé. Evidemment il y a là une trace de mauvaise volonté contre le gouverneur, dont on supprime les paroles courtoises, mais la question est de bien peu d'importance. — Et toutes les autres suppressions signalées dans les papiers de sir Hudson Lo\ve sont absolument insio-nifiantes.

Sir Hudson Lowe a dû le sentir lui-même : il n'a rien publié de ces Extraits et n'en a pas tiré parli contre Las Cases, malgré l'autorisation qu'on semble lui en avoir donnée à Downing Streel -. On s'étonne après cela que Seaton, dans son ouvrage sur sir Hudson Lowe et Napoléon', reparle avec une importance mystérieuse des passages supprimés du Journal : mais il est probable que Seaton, abréviateur oratoire de Forsyth, n'est pas allé aux textes.

2. Lettre de B. Wilmot-Histon à sir Hudson Lowe, du 3 novembre 1823. Jl. y. 24, p. 327.

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