forsylb, I
ports h partir des restrictions odieuses étnblies par sir Hiidson Lowe le 9 octobre 1816.
De ces deux allégations, la seconde est h coup sûr fausse, car plus de la moitié des lettres en question sont postérieures à octobre ISK!. La première est fort suspecte sous la forme qu'elle revêt, et paraît être une dramatisation un peu forte de la vérité, destinée à frapper le public. Tirons-en ce qu'elle contient d'exact.
Il est vrai qu'à son arrivée, sir Hudson Lowe eijt désiré remplacer O'Meara par le docteur Baxter, et qu'il l'eût fait, sans le refus de Napoléon : luimême le déclare '. Rien ne prouve c[u'il ait fait à O'iSIeara une obligation stricte de lui rapporter les conversations de Napoléon, mais il est vrai que ces rapports ont eu pour effet de concilier au médecin la bienveillance du gouverneur '. Et lorsque sir Hudson Lowe dit que les rapports de O'Meara étaient « generally uiisolicited » par lui, il avoue qu'il les demandait quelquefois, comme le texte de certains rapports suffirait au reste à le prouver'. Il est possible que O'Meara, désireux de se concilier les bonnes aràces du iioii-
1. Lettre à lord Dathurst du 20 janvier ISIS Forsvlli. IV, 345 sqq.).
3. Dans sa lettre au -on vi-nifiir, d.i :11 octobre ISIG ,«..)/. 1 :.729), O'Meara dit ([u'il envoie la conversalloii •• you wi;re desimus of having yesterduy •>.
124 OR ICI Ni; S DE LA LÉGENDE NAPOLEONIENNE.
veilleur, ;iit liiit quelquefois les premiers p;\s. Y éUiit-il autorisé par Napoléon ?
La vérité à ce sujet semble être dans ce qu'il nous rapporte dans le Napoléon en exil, de deux conversations tenues avec Napoléon, le 5 et le G mai 1816. Interrogé par Napoléon, il lui déclare qu'il est son médecin et non un espion chargé de le surveiller, qu'il n'est pas chargé de faire des rapports sur lui et n'en fera pas; que, pourtant, il lui est impossible de garder un silence complet sur ce qu'il dit ou fait, étant donné qu'il est souvent intermédiaire entre le gouverneui- et lui. Napoléon répond que cela lui suffit, pourvu qu'il se conduise en galant homme, qu'au reste il ne veut pas le contraindre au silence ni l'empêcher de répéter ses bacardages. Il y a là une demi-permission qui ne me paraît pas invraisemblable : Napoléon, assuré du dévouement de O'Meara, ne devait pas voir d'inconvénient à ce qu'il fût le porte-parole de quelques-unes de ses thèses favorites '.
Il faut remarquer aussi les sujets des conversations rapportées par O'Meara. Ses premières lettres se rapportent h des sujets tels qu'avec un peu d'imagination il pouvait se croire tenu, en loyal Anglais, de les faire connaître à ses supé-
1. Comparer Las Cases, qui n'est présent qu'à la conversation du 5 mai.
rieurs : il s'agit de l'expédition anglaise de 1816 contre Alger ', de la bataille de Waterloo -, des projets d'invasion en Angleterre en 1804 ^, de l'état présent de l'Angleterre ', des catholiques d'Irlande °, des agents que Napoléon avait en Angleterre ^; et ces sujets semblent rentrer dans la définition de O'Meara qui disait h sir Hudson Lowe, le 9 octobre 1816 : « Si Napoléon disait quelque chose d'une importance politique, racontait quelque anecdote capable d'éclaircir une partie quelconque de son histoire ou qui pût être utile, je vous en avertirais ». Mais on peut trouver la définition un peu large déjà, et peu à peu se glissent dans ses lettres des sujets que son loyalisme ne l'obligeait pas à résumer pour le gouverneur : l'appréciation des Lettres de Warden ', la bataille de Brienne ', la dissolution de la Chambre
1. Lettre à Reade du 8 juillet 1816, B. X. 4, pièce 40. — Forsyth, I, 296.
2. Lettre à sir Hudson Lowe du 31 octobre 1816, Forsyth, II, 41.
3. Lettre du 28 janvier 1817 à sir Hudson Lowe, B. M. 20214, p. 77 (original). — Forsyth, II, 192.
4. Lettre à sir H. Lowe du 1" février 1817, B. M. 20145. — Forsyth, II, 218.
5. Lettre du 2 février 1817, B. M. 20145 (copie). — Forsyth, II, 225.
6. Lettre du 5 mars 1817 à sir H. Lowe, B. M. 20145. — Forsyth, II, 229.
7. Lettre du 10 mars 1817 à sir H. Lowe, B. .V. 8. — Forsyth. II, 252.
8. Lettre du 15 mars 1817 à sir H. Lowe, B. .V. G. — Forsyth, II, 255.
120 OUIGIXES DE LA L K (; li N D IC NAPOLEONIENNE.
introin'cih/c' ,Miivnl, son rôle et sa mort^. O'Meara semble bien avoir dépassé là la permission accordée'. Aussi s'en est-il rendu compte, il avouait ;i sir Lowc, le 18 décembre 1817, qu'il l'avait fait sur sa demande « et parce que cela pouvait intéresser le gouvernement. D'ailleurs, ajoutait-il, je croyais pouvoir, en certaines clioses, m'écarter de ma promesse sans inconvénient*». O'Meara avait là la conscience un peu largo ^
Sur un autre point encore, sa loyauté laisse à désirer : la correspondance commencée avec l'Amirauté par l'intermédiaire de Finlaison continuait, abondante et détaillée; on peut compter onze longues missives de l'arrivée de sir Hudson Lowe au départ de O'Meara ". C'est en vain que celui-ci tentera plus lard de faire passer cette correspondance comme un moyen de combattre à Londres