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PROJET D'ASSOCIATION

pour la formation et le développement det bibliothèques communales dans le Haut^Rhin,

sous le nom de Société des Bibuotblques communales du Haut-Rbin.

L'associaUon a pour but principal de propager l'idée des biblioUièques communales dans le département du Haut-Rhin et de stimuler l'initiative locale dans toutes les communes où ses membres auront accès.

La société recueillera et publiera tous les ans les renseignements relatifs à ces bibliothèques, décernera des primes d'encouragement aux communes qui se seront le plus distinguées et des récompenses honorifiques aux bibliotliécaires qui auront montré le plus de plus de zèle, prendra en main la cause des bibliothèques dans les cas de legs contestés, et subsidiai rement aidera à leur établissement par des dons d'argent, quand cela sera reconnu nécessaire.

72 UN PROJET d'association

Elle s'interdit tout achat direct et toute désignation otTicielle de livres, voulant se tenir en dehors des préférences d'opinions et de librairies, ses membres se réservant d*aider de leurs conseils ceux qui s'adresseront à eux.

Un comité de douze membres sera nommé dans la première réunion de la société, et soumis tous les ans à la réélection par tiers, tiré au sort. Les membres sortants seront rééligibles. En cas de partage des voix, celle du. président sera prépondérante.

Il y aura une réunion annuelle de la société, le jour anniversaire de sa fondation, et une réunion mensuelle de son comité.

Chaque membre paiera une cotisation annuelle de 5 fr. Elle sera recueillie dans chaque canton par un délégué de la société et versée par lui entre les mains du comité, qui aura seul droit de disposer des fonds.

Les bibliothécaires seront de droit membres de la société. Payant de leur personne, ils seront dispensés de la cotisation en argent.

11 sera rendu compte, en séance annuelle, de l'emploi des fonds et de la situation financière de la société.

La société s'interdit toute intervention étrangère à la cause des bibliothèques communales, dans l'intérêt exclusif desquelles elle est fondée.

Ce projet a été mis sous les yeux du préfet du Haut-Rhin qui lui a donné son assentiment. Ceux qui s^y intéresseront peuvent être assurés à Tavancc du concours de Tadministration, car il vient à Pappui des instances réitérées qu'elle fait depuis trois ans auprès des populations rurales. Rien ne saurait donc en empocher la réalisation s'il se rencontre assez de citoyens dévoués pour le [rendre à cœur; et il en est un déjà que je

UN PROJET D^àSSOCUTION» 73

pais citer, c^est M. Engel-Dollfus, qui fonde luimême en ce moment une Bibliothèque communale à Domach, et qui s^est chargé de recueillir les premières adhésions.

Nul doute, si PAssociation parvient à se fonder dans le Haut-Rhin, qu^elle ne gagne rapidement de proche en proche dans les autres départements. Dans quelques années, la France aurait ainsi Thonneur de donner à des pays plus avancés qu^elle, il faut bien Favouer, sur le terrain, de rinstruction générale, Pexemple d^un progrès auquel ils n^avaient pas pensé.

C^est là un rêve qui deviendra une réalité, si on le veut, et il s^en trouvera pour le vouloir.

LES BIBLIOTHÈQUES COMMUNALES (i)

M. Emile Boissière appuyait dernièrement le projet dC^association pour rétablissement des bibliothèques communales dans le Haut-Rhin, en termes si sympathiques, que tous ceux qui s^y intéressent ne sauraient manquer de lui en être reconnaissants, et je commence par me faire ici leur interprète. Toutefois, en examinant réconomie du projet, il a cru devoir condamner un article des statuts, le plus important à mes yeux. Il me permettra de répondre en quelques mots à ses bienveillantes observations. C^est surtout aux amis qu'il faut répondre. Leurs critiques ont plus de portée, et d'ailleurs ce sont les seuls qu'on puisse espérer de convaincre.

Voici l'article contesté :

• La société s'interdit tout achat direct et • toute désignation officielle de livres, voulant I se tenir en dehors des préférences d'opinions

(1; Indtislriel alsacien^ août 1863;

c et de librairies, ses membres se réservant € d'^aider de leurs conseils ceux qui s^adresse- I ront à eux. «

£1 faut bien préciser d^abord le rôle qu^entend se donner la société qui est sur le point de se fonder dans le Haut-Rhin. Elle n-aura pas à créer des bibliothèques, mais à les faire créer, ce qui est tout différent.

I Propager Pidée des bibliothèques, et sti- • muler Finitiative locale dans toutes les corn- « munes où ses membres auront accès, t

Voilà ce qui est écrit en tête de ses statuts.

^i elle prenait à son compte Porganisation de la lecture dans tout le département, si elle se chargeait de doter les communes de leurs bibliothèques, au moyen des fonds dont elle pourra disposer, il serait tout simple qu^en donnant l'argent elle indiquât Temploi qu^il conviendrait d^en faire. Ce qui serait plus simple encore, ce serait de donner des livres, et non de Pargent.

Mais ce n^est pas là Pemploi qu^elle fera de ses ressources, qui deviendraient en ce cas-là dérisoires, il faut bien le dire, étant donnée la cotisation si modique qu^elle réclame de ses membres. Société de propagande, elle les consacrera tout d^abord aux frais de propagande et de publicité. Ses primes d^encouragement ne courront aucun risque d^étre mal employées, puisqu'elles iront atix communes qui se seront le plus distm" guées ; et quand elle interviendra, la bourse à la main, dans rétablissement d^une bibliothèque, ce ne sera qu'à titre d'exception, et à bon escient.

I SiAsidiairementy, quand cela sera reconnu né^ cessaire^ • est-il dit dans ses statuts.

Pour tout cela, il est parfaitement inutile que la société ait ses livres approuvés, portant son estampille, pour me servir d^une expression qui n^est que trop connue. Je dois ajouter que cette chose inutile serait à la fois mauvaise pour les communes, dangereuse pour la société.

Quel progrès s^agit-il de réaliser ? Il s^agit de réveiller les esprits qui dorment, d'appeler à la vie scientifique et littéraire^ dans la mesure de ses forces, la population des campagnes qui n^éprouve pas encore suffisamment le besoin de vivre de cette vie-là. Lui envoyer ses listes de livres toutes faites, c^est vivre pour elle, et lui mettre d^une main un oreiller sous la tête, en la secouant de Pautre. Il n^y a pas que des journaliers dans les communes. Les commissions de bibliothèques qui devront s^organiser au préala* ble, et sans lesquelles on ne fera rien de bon, ces commissions-là auront à se recruter dans Télite intellectuelle de la commune, et il importe plus qu^on ne pense de leur laisser la responsabilité du choix des livres. Il faudra sUnquiéter, chercher, s'entourer de catalogues, demander des conseils, feuilleter des livres et les juger entre soi. Ce sera là un premier éveil, et une étude qui profitera peut-être davantage aux fondateurs que les livres eux-mêmes ne profiteront d'abord aux lecteurs.

J'en appelle à tous ceux qui se sont donné déjà de leur chef cette noble tâche, sans société pour leur faire la leçon. Qu'ils disent s'ils n'ont

pas eux-mêmes appris quelque chose en fouillant dans les librairies pour en extraire Taliment convenable à leurs invités ! Et quelle différence, comme intérêt pris à Tœuvre, entre cette recherche active, aussi bien contenue qu^aiguillonnée par le sentiment de la responsabilité personnelle, et le choix passif qu'il faudrait faire sur une liste imposée ! On ne met réellement son cœur qu'à ce qu'on fait soi-même — tous ceux qui ont fait déjà le diront avec moi, et c'est un apprentissage auquel il serait bon pourtant de se décider dans ce pays. La direction venue d'en haut n'est pas ce qui manque à nos communes. Pourquoi, dans un détail qui échappe aux rouages établis, pourquoi créer tout exprés un état supplémentaire qui vienne s'en emparer?

Et maintenant quel sera cet état ?

L'on nous dit que les différentes opinions seront représentées dans le comité où les décisions se prendront au nom de la société ; et de fait c'est une condition qui devra se réaliser autant que possible si l'on veut lui laisser son caractère d'utilité exclusivement générale. On iait de cela une garantie pour les listes à dresser. S'est-on bien demandé au prix de quels tiraillements intérieurs le comité parviendrait à dresser ces listes qu'auraient à signer douze hommes d'opinions différentes ? Il est peu de livres, même parmi les plus inoffensifs, qui n'aient pas une nuance, si faiblement accusée qu'elle soit. Tel livre repoussé ferait des mécontents ; tel livre accepté en ferait d'autres. On irait aux voix ; il y aurait

une majorité et une minorité, et Tunité morale du comité serait compromiseau premier scrutin. Ce sont les sociétés composées d^hommes ayant tous la même opinion qui peuvent patronner des livres. Il est facile de s^entendre sur ceux qui nuisent à cette opinion et sur ceux qui la servent. Une société qui ne veut servir aucune opinion particulière, et qui les convoque toutes au nom d^un besoin général universellement senti, ne doit pas leur donner Toccasion de recommencer leurs luttes dans son sein. Ce serait pour elle une imprudence gratuite de s^exposer à des ruptures, en laissant une porte ouverte aux discussions.

Tel est le motif extrêmement sérieux qui a dicté cette déclaration d^abstention en fait de livres, et je dois dire qu'elle a eu les suffrages de tous ceux qui se sont mis en avant pour réunir les éléments de Tassociation. Voici ce que m'en écrivait, après avoir lu la critique à laquelle je réponds, celui qui m'a le premier tendu la main pour m'aider à lancer ce projet qui a jusqu'à présent si bien fait son chemin :

I Pour ma part, je considère cette excellente idée comme la condition essentielle, indispensable d'une association étendue, marchant sans tiraillement à son but. Dans les associations volontaires, les minorités boudent et se retirent. •

M. Emile Boissière a l'esprit trop juste pour ne pas sentir la force de ces considérations. Il a parfaitement senti du reste que, pour rester libres dans leurs choix,, les communes ne seraient pas abandonùées à elles-mêmes. Les plus lettrés

se trouvent fort embarrassés quand, pour la première fois, se dresse devant eux le problème d'une bibliothèque populaire à créer ; et Pun des grands services que rendra Passociation, ce sera sans contredit de faire profiter ceux qui commen-» ceront de Pexpérience acquise et des découvertes faites par ceux qui ont commencé. Mais ces communications-là, faites à titre de renseignements, pourront très-bien emprunter leur autorité aux noms mènes des initiateurs. Ce sont des noms assez lionorables pour présenter une garantie suffisante, sans que Pétre multiple associa io i y ajoute la sienne, au risque de se diminuer.

II demeure, au surplus, bien entendu que les membres de la . société ne s'interdisent pas ce qu'elle s'interdit à elle-même, et rien n'empêchera celui qui aurait des conseils à donner d'aller au-devant des demandes, si elles se font attendre. Les journaux du département qui ont mis tant d'empressement à publier les communications qu'on leur a plusieurs fois adressées en faveur de nos bibliothèques, n'en mettront pas moins, c'est bien certain, à publier des listes de livres possibles pour elles. Mais ces listes, faites ao gré de Pinspiration personnelle, représenteront uniquement Pavis de cehii qui les aura signées, et l'on n'y mettra pas des signatures agglomérées, sous peine de rupture, de par la décision brutale d'un vote. Ce sont là des choses qui ne doivent pas se voter. Je le déclare pour mon compte, je connais plus d'un livre que je n'hésiterais pas à recommander à qui réclamerait mon avis, et même à qui ne le réclamerait pas ; mais

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signer une déclaration ex ealhedrâj signalant officiellement aux communes du Haut-Rhin la fine fleur des livres existants, signer un catalogue modèle, dans lequel leurs choix seraient tenus de se renfermer, c^est un acte de présomption qu^on n^obtiendrait jamais de moi.

Enfin, et c^est une considération trop grave pour ne pas être comprise du premier coup, avec des listes personnelles, sUl se produit des contestations, les signataires seuls seront en cause, et Fassociation restera toujours en dehors du débat.

J^ajouterai un mot sur la Société Franklin avec laquelle on nous propose de nous marier.

Si par mariage on entend fusion, nous n^aurons garde : ce que nous entreprenons ne peut se diriger que sur place. Prendre d^assaut moralement Pune après Pautre les communes de la montagne, de la plaine et du Sundgau, et y susciter des commissions de bibliothèques, la première condition de succès, je ne saurais trop le répéter, c^est affaire aux gens du pays, déjà bien assez difficile pour eux. Aucune instruction arrivant de Paris ne peut les guider dans ce sentierlà. Il ne conviendrait pas plus à la société du Haut-Rhin d'aller chercher ailleurs des direct tiens qu'il ne lui convient d'en envoyer aux communes de son rayon. Il est bon pour le département, aussi bien que pour la commune, d'apprendre à la fin à voler de ses propres ailes.

Quant à ce qui est de la méfiance, puisque le mot a été prononcé, ce serait une bien coupable

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ingratitude envers le groupe d^hommes éminents qui a donné le signal du mouvement des bibliothèques communales, et qui a convié tous les dévouements inactifs à Tœuvre sacrée de Pinstruction populaire. Quelle sorte de méfiance pourrait-ii exister contre la société Franklin chez ceux qui ne se sont pas donné d^autre mission que d^exécuter son programme ? Autant vaudrait dire que nos commissions communales entreront en méfiance contre la société du département ! La première chose à faire pour notre comité, aussitôt qu^il sefa constitué, sera de se mettre en rapport avec la société-mère, c'est le titre qu'elle mérite, de lui communiquer ce qu'il entend faire et de réclamer aussi ses conseils, comme il mettra les siens au service des fondateurs de bibliothèques dans chaque localité du département. Je ne sais pas si ce sera là un mariage ; ce sera, en tout cas, une franche et cordiale alliance, basée sur l'unité du but poursuivi.

S'il m'était permis de donner moi-même un conseil à la société Franklin, je voudraisja voir employer surtout son influence centrale à provoquer dans tous les départements l'établissement d'associations semblables à la nôtre, de même que celle-ci emploiera la sienne à provoquer des créations de commissions communales. Je trouverais cela plus utile encore que l'organisation de ses bibliothèques circulantes que je ne saurais considérer comme une solution sérieuse de la question. Ces sortes de bibliothèques sont excellentes entre associés qui se passent de main en main une propriété commune, comme cela se

pratique depuis longtemps dans la Suisse française, comme les pasteurs de Montbëliard viennent de rétablir à deux pas de nous, comme pourront rétablir elles-mêmes celles de nos communes qai voudront s^entendre entre elles. Je reconnais que, dans Tëtat actuel, elles peuvent être chez nous un bienfait ; celui qui en a conçu ridée, en attendant mieux, a très-certainement droit à des remerciements. Elles présentent néanmoins quelques inconvénients dont le plus grave est de retarder en fait la réalisation d^un progrès qu^il faut poursuiirre, à savoir la création d'aune, propriété communale de nature nouvelle, d^un instrument de culture intellectuelle, mis dans le domaine public des campagnes. J^y vois un autre inconvénient. Une circulation marchande de livres loués, envoyés sur commande par toute la France, doit prendre forcément les allures d^une entreprise commerciale, et absorber en soucis d^emballage et de factures la partie active du comité. Il aurait mieux valu peut-être en laisser le soin à une maison de librairie qui aurait accepté Taffaire, — elle peut devenir bonne, — sous la direction de la société, et réserver ses préoccupations pour rimpulsion générale qu^une association placée dans les admirables conditions de la Société Franklin pourrait donner si énergiquement aux esprits dans toute la province.

Là est, à mon sens, la position à prendre pour cette société : c^est le service réel, immense, qu^elle est en mesure de rendre au pajs. Indé- pendance d^action à tous les degrés, unité d^as-

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piration sur toute Téchelle, c^est la seule centralisation légitime, et profitable, dans les choses de Pesprit.

vin

SÉANCE D'mAUGUMTION

DE LA

Dornach (Haut-Rhin), 5 décembre 1863.

A Monsieur le rédacteur de VEnseignemetU professionnel^ Paris.

Monsieur,

La société des bibliothèques communales du Haut-Rhin s^est définitivement constituée à Colmar le 29 novembre dernier.

Dans une réunion générale des signataires du projet d^association, présidée par M. le préfet du département, elle a nommé un comité de vingtquatre membres, désigné son président et son trésorier, et finalement accepté, avec une vive gratitude, PoiTre de M. Jean Macé de remplir les fonctions de secrétaire.

(1) On reproduit ici cette lettre parce qu'elle est le complément obligé de l'historique qui vient d'être lu de la création de la Société des bibliothèques populaires du Haut-Rhin.

Les statuts provisoires ont été adoptés avec des modifications de détail, après une courte discussion.

Nos journaux d^ Alsace et quelques-uns de ceux de Paris ayant déjà rendu compte de cette réu* nion, je n^aurais pas à vous en entretenir si je ne croyais répondre à Fintérét marqué que vous avez témoigné à la société des bibliothèques, en vous donnant en quelques mots mes impressions sur la physionomie et la signification générale de la séance. Ce qui en est ressorti, avant tout, c^est Fappui bienveillant, Papprobation hautement exprimée de Fadministration supérieure : pas de tutelle, pas de condition, rien, en un mot, qui puisse éloigner qui que ce soit ou seulement jeter de la tiédeur parmi ceux qui sont venus spontanément se mettre à la disposition de la société. Ce que Fassociation aura fait un jour, elleFaura fait de son propre chef, et je ne crains pas d^ajouter qu^elle y aura d^autant mieux réussi qu^elle Faura fait avec le sentiment d^une responsabilité complète, exempte de tout partage. S^il n^y a dans ce fait qu^une bribe presque imperceptible de décentralisation, elle ne m^en parait pas moins devoir être signalée et accueillie avec satisfaction.

On a tracé, avec le même sentiment de la liberté à laissera chacun, les limites dans lesquelles doit s^exercer Faction du comité ; il stimulera, il encouragera les commissions locales partout où il aura réussi à les faire naître ; il ne créera ni commissions ni sous-comités, attendant d^an comité central des fonds et un travail tout fait.

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