‹ Les origines de la Ligue de l'enseignementChapitre 42 sur 89 · JETTE · texte numérisé non relu

JETTE

Anhaltsiche-Gommunication, 11, Berlin.

On pourra s'adresser aussi à M. Edouard Pfeiffer (^ Kœnigstrasse à Stuttgart), président de l'Union des Ar^

ter du papier, des plumes etc., pour être donnés aux enfants pauvres. Ce serait là si je ne mo trompe, ce qu'il y aurait de plus persuasif à faire dans notre ville, pourvue déjà si largement d'institutions de tout genre, fondées en vue du développement de l'intelligence des masses.

beiter-Vereijie du Wurtemberg, et doni le nom figure sur la liste de notre premier buHetia (n** 220).

Le numéro de la Coopération du 30 décembre dernier renferme une lettre très-intéressante de M. Edouard Pfeiffer sur les soeiétés ouTrières d'instruction en Allemagne, où Ton en comptait près de 300 à cette date. >roici un extrait de cette lettre :

u Ceux qui, dans notre pays, s'intéressent au bien du peuple, n'ont pas commencé par poser distinctement les bases d'une éducation générale pour Toclroyer ensuite au peuple. Ce qu'ils voulaient aiteindre d'abord, était de faire naître dans le peuple même le désir d'améliorer son état intellecti|f 1. Le jugement du peuple étant très sain généralement, cela ne pouvait être diillcile : aussi, dès que s'est éveillé chez lui le désir de savoir quelque chose de' plus, on peut et on doit lui laisser, à luimême, l'organisation de tout le reste. Ses amis q ont plus alors qu'à le soutenir de leur mieux dans ses louables efforts.

C'est ainsi qu'il s'est formé en Allemagne, sous une influence supérieure, il est vrai, mais par Tinitialive populaire, un certain nombre de sociétés ayant pour but d'étendre les institutions propres à l'éducation du peuple, surtout des ouvriers, et qui visent en général à l'amélioration matérielle, intellectuelle et morale de tous les citoyens. Ces sociétés, qui se nomment Sociétés de culture (éducation) pour les ouvriers (Arbeiter Bildung Yerein), ou simplement Clubs d'ouvriers (Arbeiter Yerein), se recrutent particulièrement entre les ouvriers. Tout membre de la société paie par mois une cotisation Rie qui fournit les moyens de louer un local où Ion se réunit le soir. 11 y a même des sociétés placées dans des conditions plus favorables qui possèdent déjà une maison qui leur est propre.

Je pourrais multiplier ces extraits d'une correspondance dont le chiffre de la Situation au 15 mai (p. 270) accuse assez éloquemmeutTètendue. Ceci me parait suffisant pour donner à ceux qui cherchent encore un aperçu des moyens divers auxquels ils peuvent avoir recours pour faire acte de ligueurs. *

M. S. Macé, qui parlait tout à l'heure de lec-

Le premier soin de toutes ces sociétés a été de se donner une bibliothèque et un salon de lecture où l'on trouve quelques-uns des meilleurs journaux. En outre, on vient en aide aux connaissances insufTisanles, par des leçons et des conférences. Le plaisir n'est pas oublié, seulement on veille à ce que les amusements soient toujours convenables. Les jeux de cartes et de dés sont prohibés dans le local de la société, mais il s'y trouve de quoi jouer aux échecs, aux dames et aux dominos. Il y a quelquefois un bal pour ceux qui aiment la danse; les concerts ne sont pas non plus négliges, et dans la belle saison, on fait souvent des promenades en commun.

La manière d'être dans ces sociétés n'est donc pas seulement favorable à l'acquisition des connaissances utiles, elle attire aussi par ce qui est véritablement agréable. Dans leurs rapports avec le monde extérieur, ces sociétés se distinguent favorablement par la conduite décente de leurs membres; de sorte que c'est principalement la partie la mieux disposée du peuple qui se sent entraînée vers ces sociétés. Quant à ceux qui, incapables de s'élever aux conditions supérieures, ne sont attirés que par les divertissements offerts, ils acquièrent bientôt, par Tinfluence du milieu où ils se meuvent, un sens plus perfectionné que celui quHls y avaient apporté. Tout ce qui concerne ces sociétés est confié aux mains des membres eux-mêmes, qui choisissent dans leur sein un président et un conseil de surveillance, auxquels toute la direction et l'administration restent confiées.

Ceux qui s'intéressent aux ouvriers, et les propaga-

TROISIÈME BULLETm 291

tares du soir et de livres à donner me permettra de lui communiquer une idée qui m'a été suggérée, et que je crois bonne. Elle met ensemble la lecture publique et la distribution de livres, en leur enlevant à toutes les deux ce. caractère de gratuité qu'il importe d'éliminer des œuvres populaires, toutes les fois que Ton sera en mesure de le faire.

Cette idée, la voici :

tears de raméiioration du peuple, n'ont plus rien à faire alors qu'à soutenir les efforts tentés, et il ne manque jamais d'occasions pour pouvoir faire preuve de ses sentiments. Beaucoup de gens entrent comme membres dans ces associations et paient leur part pour aider au soutien de l'œuvre, d'autres font des dons volontaires ; d'autres offrent des livres à la bibliothèque, d'autres font des conférences instructives; enlin, quelques-uns donnent des leçons gratuites. 11 y a toujours lieu pour ceux qui en ont la bonne volonté de joindre leiu*s efforts à ceux qui tendent au bien général de ces établissements sans froisser aucune susceptibilité légitime.

A l'heure qu'il est l'Allemagne possède environ 300 de ces sociétés formant un total d'au moins 80.000 membres. Toute ville un peu importante peut se vanter d'une institution de ce genre. Tous ces établissements sont en relation les uns avec les autres, et tous les ans ils envoient leurs délégués à un congrès, où les expériences faites sont communiquées, et où l'on se concerte sur les intérêts généraux.

Nulle part aussi les idées coopératives ne sont soutenues, encouragées et propagées avec aotant de zèle que dans ces associations. C'est de là que sont sorties déjà un grand nombre de sociétés de consommation et de production. Si l'on fait abstraction des sociétés de crédit mutuel qui, comme on le sait, ne servent en Allemagne, pour ainsi dire, qu'aux artisans et non à la classe ouvrière proprement dite, ce n'est pas trop dire que

292 LE P.'VOJET D^ÉTABUSSEMENT LE LA LIGUE

Prélever à Pentrée des salles où se feront les lectures publiques un droit d^entrée minime, 10 centimes par exemple, et remettre à chaque personne qui entre une carte portant son numéro d'ordre à partir du n* 1.

Tirer au sort, à la On de la séance, entre tous les numéros délivrés, des exemplaires du livre qui en aura été l'objet, pour une valeur égale à la somme encaissée par le receveur, soit 10 exemplaires d'un livre valant 1 farnc, s'il a éii délivré 100 cartes d'entrée. Les auditeurs rendront leurs cartes en sortant et les* exemplaires seront remis aux porteurs des numéros gagnants.

On placerait ainsi à demeure dans 10 maisons un livre choisi avec soin nécessairement, inspirant d'avance un intérêt et susceptible d'être lu avec plus de fruit puisqu'il aurait été expliqué en partie, un livre qui n'aurait rien coûté au distributeur et qui n'aurait pas été donné, mais gagné, un détail plus important qu'on pourrait

d'afTirmer qoe c'est ce genre d'associations qui a fait le plus en Allemagne pour seconder le mouvement coopératif.

De temps à autre on a essayé de faire tourner ces associations aa profit des partis politiques: mais avec un tact parfait, les sociétaires ne se sont prononcés, comme sociétaires, pour aucun parti. Il résulte de la nature même de ces établissements que la presque totalité de leurs membres rend hommage aux opinions libérales et à Faction bienfaisante du progrès ; mais en tant que sociétés, elles ne se mêlent pas de la politique du jour.

TROISIÈME BOLLETIM 293

le croire. Je ne parle pas de Pattrait, insuffisant peut-être pour beaucoup, de la lecture annoncée (!)•

Si largement pourvues que puissent être les grandes villes d'institutions de tout genre, je ne crois pas qu'aucune encore ait celle-là, et Ton peut affirmer hardiment qu'il y a une place à prendre partout à c6té de ce qui existe déjà. Tant qu'il restera quelque part un ignorant, il ^ aura du travail pour qui voudra se faire instructeur.

A Lyon, par exemple, puisque c'est de Lyon qu^'on vient de parler, il n'y avait pas de livres d'instruction, dans les hôpitaux, à la disposition des malades : grftce à la Ligue, cetta lacune dans

(t) A propos de distribution de livres, je crois devoir stgoaler aux djimes qui se sont fait inscrire sur la lista de la Ligue la note suivante, extraite du dernier nu* méro des Causeries populaires, recueil excellent dans lequel M*"* la baronne de Grombrugghe publie tous les mois quelques-unes des conférences faites aux réunions et soirées popubires des villes et villages de la Belgique:

«Une association de dames vient de se former à Bruxelles, sous le titre de Y Ami de la maison; son but est de répandre des notions élémentaires d'hygiène dans les classes populaires. Elle le poursuit par l'organisation de cours familiers dans les écoles de femmes et de filles adultes et par la publication à bon marché de petits traités sur l'hygiène.

ff Pour faire partie de Tassociation, il suflit de payer 5 francs, en échange desquels on reçoit, en vue de la propagation des notions d'hygiène, 10 exemplaires des 10 traités qui paraissent annuellement. Chacun de ces traités se vend au prix de 5 centimes.

' a Beauvais ei 0\ SÔ, rue Allard à Bruxelles. »

les institutions lyonnaises va sa trouver comblée. Les adhérents de la liste n* 72, inscrits aux pages 33 et 55 du 2* bulletin, presque tous internes à THôtel-Dieu ou étudiants en médecine, ont formé un groupe dont les cotisations ont reçu cette destination, au grand contentement des intéressés. Un interne de PHôteUDieu de Lyon, M. Gustave Goyard, m^écrivait dernièrement, en réclamant mes conseils pour le meilleur emploi d'environ 200 francs qui restaient encore dans la caisse du groupe :

Nos premiers livres sont distribués. Nous avons la satisfaction de voir que nos malades gens du peuple, par conséquent laborieux, et qui à Toisivité est à charge, en sont avides.

Je ne suppose pas que les autres hôpitaux aient une clientèle différente, et tous les internes de France peuvent imiter de confiance leurs camarades de Lyon. Nul doute quUls niaient le même succès.

A Paris^ où les ressources dMnstruction sont si grandes depuis si longtemps et les ignorants encore si nombreux , bourgeois compris , des jeunes gens voulant faire acte de ligueurs ont imaginé la combinaison que voici :

Il se formerait des groupes de gens, quels qu'ils soient, désirant apprendre une chose qu'ils ne savent pas, et venant s'inscrire sur une liste, en regard de laquelle s'en établirait une autre des personnes qui s'offrent à enseigner ce qu'elles savent. L'offre et la demande se faisant face mutuellement, on se rencontrerait bien vite

de part et d'autre, et les questions d'heures et de lieux ne seraient pas longues à vider.

De ces deux listes il y en a une qui est commsncée déjà', je ne puis en parler en toute connaissance de cause. Je Tai ouverte moi-même au mois d'avril dernier, sur un registre déposé à la Librairie des sciences sociales, 13, rue des Saints-Pères, avec les noms suivants :

Schacre, architecte, 75, rue du Four Saint- Germain, lecture.

Ch. Thorens, lîcencié-ès-sciences naturelles, PhysitH logie et botanique.

E. Foumier, architecte, 8 r. de FAbbaye (Montmartre), Dessin, lundi et vendredi, le soir.

Rénégac, architecte, 30, r. rue Vavin, Mathématiques lundi et samedi.

Albert Scheurer, chimiste, 4t. de FEcole de médecine. Chimie,

Prempain, architecte, 10, rue d'Assas, Mathématiques mardi.

Des maçons, des charpentiers, des menuisiers, bien d^autres encore, auraient assurément des choses utiles à apprendre avec des architectes de bonne volonté, et les ouvriers de Mulhouse, une ville qui avait aussi déjà beaucoup d'institutions (1), n'ont eu garde de faire défaut il y a deux ans, à Tappel des chefs d'ateliers qui se mettaient à leur disposition pour un cours complet de dessin de bâtiment. Aucun groupe ne

(1) 300 ffxemplaires d'une Notice sur les Ecoles de Mulhouse viennent de m'étre offerts par M. Engel-Dollfus pour les groupes de la Ligue. J*en donne avis à ceux qui seront désireux de la posséder, ou môme de la distribuer.

296 LE PROJET D^ÈTÀBUSSEVlElfT DE LÀ LIGUE

s^est formé encore que je sache parmi les ouvriers de Paris pour utiliser les offres de servi ee qu^on vient de signaler. Peut-être bien ne leur a-t-on pas donné jusqu^à présent une publicité suffisante ; mais il est encore temps : peut aller s^inscrire qui veut sur le registre de la rue des Saints-Péres.

La Courte Echelle du Savoir n'est psis déjà si facile, m'écrivait M. Schacre. On prête don dos : personne ne veut monter dessus.

CVst qu^en effet il n^est pas facile de faire monter les gens qui n^ont pas Phabitude de Teffort ; Ton aurait tort de se figurer qu^on y réussira du premier coup. On en prendra plus facilement son parti si Ton arrive à se bien persuader que, de par la solidarité sociale, celui qui prête son dos est Pobligé de celui qui consent à monter dessus, et que s^il y a lieu à un remerctment, il doit être réciproque.

Au surplus Pœuvre de la Ligue est une entreprise de trop longue haleine, les intérêts à toucher y sont à trop longue échéance pour qu'elle puisse compter sérieusement sur d^autres que sur les vrais citoyens, je veux dire sur ceux qui s'occupent moins d'eux-mêmes que de leur pays, de leur devoir d'homme, pour élargir le terrain.

Un ami m'a soutenu qu'il n'y en a pas assez

en France, et il l'a imprimé, qui plus est. Je lui

ai annoncé que j'en instruirais le pu^ic de la

Ligue ; ce sera sa punition.

Ne comptez pas uniquement, comme vous le déclarez, sur rinitiative des groupes que votre projet

a réunis dans une idée commune. Ces groupes ne feront rien. C'est désespérant mais c'est vrai. Vous avez trouvé deux mille personiles, vous irez peutêtre jusqu'à trois mille et au-delà, qui consentiront à faire en faveur de la Ligue un petit sacrifice annuel de 5 ou 10 francs ; vous en trouverez même qui donneront davantage. Mais les vrais membres sur lesquels -vous fondez l'avenir de votre œuvre, — ceux qui paieront de leur personne, qui se remueront, qui parleront aux gens, qni useront de leur influence directe ou indirecte, ici pour fonder une bibliothèque^ là pour faire ouvrir un cours, quand ils ne le feront pas eux-mêmes, qui dépenseront pour la patrie, à leurs heures perdues, la moitié de la rhétorique que d'autres dépenseront pour placer une pièce de vin — ceux-là. Monsieur, vous feront défaut sur presque toute la ligne. Qui donc aujourd'hui songerait à dépenser pour la patrie, à user de son influence, à employer même ses moments de loisir pour une œuvre qui ne lui offre ni agrément, ni avantage, qui n'accroît ni sa fortune ni sa considération ? Quelque rêveur, quelque utopiste, quelque fou comme M. Macé. Mais ces pauvres fous sont fort rares ; et, quand il s'en trouve ils sont isolés ; ils ont si peu d'influence, si peu de crédit ; ils sont tellement raillés ; ils éprouvent tant de déboires, tant de déceptions de toutes sortes, que le découragement s'empare d'eux.

Ainsi s'exprime, dans son numéro du 16 mai, le directeur du Progrès^ à Bordeaux, M. Charles Laterrade, pour m'exhorter à faire une chose qui m'est défendue, centraliser les fonds de la Ligue, et en décréter remploi de mon chef.

Notez qu'il est lui-même un de ces rares

croyants — son mot à lui va trop loin *— pour lesquels la Ligue a été conçue, qu'il a payé de sa personne, qu'il s'est remué, qu'il a parlé aux gens^ pour fonder une bibliothèque dont il est,

j'ai été bien informé, la cheville ouvrière, et qu'il travaille en. ce moment à se donner un démenti en organisant à Bordeaux un groupe qui fera quelque chose, précisément parce qu'il en sera. Il n'y a que les enthousiastes pour avoir de ces indignations inconnues aux tiëdes.

En tout cas, ceux qui ont pris la responsabilité du fonctionnement des groupes, en faisant circuler les listes, sont avertis de ce qui se dit. Je leur laisse à faire la réponse eux- mêmes.

Je rappellerai seulement au vaillant directeur du Progrés qu'il s'en prend au mal même à guérir, que c'est tout juste de cette éducation des volontés, plus difficile et plus importante aussi que celle des intelligences, qu'il est question dans la LigivQi et qu'on ne peut pas faire ainsi bon marché de la meilleure moitié de son œuvre. Est-ce bien d'ailleurs à Bordeaux qu'on doit désespérer si vite de retrouver daus les veines de ce pays la goutte de sang normand qu'il a donnée aux Anglo-Saxons ? La Gironde serait donc bien changée qu'elle courrait après la centralisation, là où il n'en faut pas, où elle est impossible !

Les membres de la Ligue ne sauraient en effet se pénétrer trop avant de cette idée que la Ligue, c'est eux, que son œuvre, c'est ce qu'ils feront eux-mêmes, et que là où leur action personnelle fera défaut, il n'est au pouvoir de personne d'y suppléer.

Les convives rassemblés, le 8 mai, au Cercle International du Champ-de-Mars pour le baihquet du 10^ groupe, notre groupe à nous gens

TaOlilÊME BULLETIN 299

de la Ligue, ont trouvé sur un des panneaux de la salle cette inscription, bonne pour tous à méditer :

L'initiatwe individuelle^ s'exerçant avec une infatigable ardeur^ dispense le gouvernement dêlre sevA promoteur des forces vitales d'une nation (Napoléon III^ discours aux Exposants français ^ 1863).

Si ce gouvernement-là, auquel certes les moyens d^actions ne manquent pas, en est réduit à se féliciter d'être dispensé d'une tâche trop lourde de fait, même pour lui, que serait-ce donc, je vous prie, de l'espèce de gouvernement qui parviendrait à se constituer. Dieu sait comment ! au sein d'une association toute bénévole, sans autre budget, pour ne rien dt(re du reste, que les souscriptions facultatives de ceux-là mêmes dont les entreprises seraient à sa charge ?

On m'écrivait, au commencement de mai d'Epinal.

J'ai reçu votre circulaire aux groupes. Je no croyais pas que chaque groupe dût opérer isolément. Je m'attendais à une direction générale pour la France, à laquelle chaque localité aurait exposé ses besoins* Ainsi, à Ëpinal, la première chose à faire et qui est de première nécessité, est d'établir une école libre pour filles : il n'y en a pas. Notre groupe seul ne peut rien, les cotisations souscrites étant à peine suffisantes pour payer le loyer. Cette disposition paraît devoir créer des difficultés, car on ne peut guère s'adresser à d'autres groupes auxquels il ne restera rien si celui d'Epinal absorbe tout.

On ne s'est pas demandé, en écrivant cela, ce

que diraient les groupes sacrifiés aux besoins de celui d^Epinal si, au lieu de déterminer eux-* mêmes remploi de leurs fonds, ils avaient con* fiés à cette direction générale, chargée d^en faire la répartition. Sur quoi pourrait-elle se guider dans ses préférences, toutes les créations proposées pour écoles ou bibliothèques étant également de première nécessité là où il n'y en a pas, et comment se tirerait-elle des réclamations, à la satisfaction des réclamants, ce qui est eussi de première nécessité dans une société libre dont tout mécontent ne tarde guère à se retirer.

Peut-être, ajoutait-on, trouverons-nous dans une de vos prochaines publications dos idées, des conseils dont Texécution soit applicable.

Le seul conseil pratique qui puisse se donner aux groupes en pareil cas, c^est de réduire leurs ambitions à la mesure de leurs ressources, ou bien, sHls ne veulent rieur abattre des premières, de redoubler d'efforts pour faire grandir les secondes à leur taille. Ne compter que sur soimême, c'est le meilleur, bien souvent le plus court, et toujours le plus digne.

Rien n'empêche après cela les adhérents isolés, ou les groupes mis dans l'embarras par les circonstances locales pour utiliser sur place leurs cotisations, d'en chercher l'emploi ailleurs que chez eux. Les occasions ne manqueront jamais, et en voici une pour commencer. Mais il importe que chacun demeure juge de ce que fera son argent. Cela supprime l'arbitraire et coupe court aux récriminations. J'insiste d'hantant plus

sur ce point que c^est là une des objections les plus graves qui aient été faites aux cotisations de la Ligue, et que des hommes trës-déi^ouésont manifesté une répugnance invincible pour se cotiser au profit d^œuvres inconnues. Il n^y aura plus de crainte possibles si Ton choisit soi-ménie celle qu^on voudra subventionner.

Au surplus ceci se réglera avec le reste dans rassemblée générale qni sera convonqué à Paris, si rien n^y met obstacle, le 15 novembre prochain.

Il y aura juste un an, ce jour-là, que Pidée de la Ligue aura été lancée définitivement dans le pays, je crois utile de rappeler ici en quels termes :

Je fais appel à tous ceux qui conçoivent la Ligne future comme un terrain neutre, politiquement et religieusement parlant, et qui placent as* sez haut la question de l'instruction populaire, dans le sens strict du mot, pour accepter de la servir toute seule sur ce terrain-là, abstraction faite du reste. Ce ne serait pas la peine d'essayer, si Ton voulait autre chose. On ne vivrait pas, eu supposant qu'on pût parvenir à naître.

Le 15 novembre 1867, nous pourrons mesurer le chemin fait dans un an, en suivant cette lignelà dont, pour ma part, j^ai conscience de n^avoir pas dévié, et j^ose Bspérer que la Ligue se portera trop bien pour qu^on fasse difficulté, après ravoir laissée vivre, de lui délivrer son acte de naissance.

LIGUE DE L'EXSEifiXEMEHT M FULICB QUATRIÈME BULLETIN

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