V. BORDES, pasteur
Camille RABAUD, pasteur.
Quand on fournit à la Ligue de quoi remplir ainsi ses bulletins, on n^a pas besoin de s^excuser si Ton ne contribue pas à les payer. Il serait difficile de faire mieux toucher du doigt aux incrédules ce qui peut c sortir de pratique ■ non pas de la Ligue, être collectif, sans action directe par lui-même, mais de Pespr^t qui animera les véritables ligueurs c poussés par les considérations qui Pont fait entreprendre. • Pourquoi ce qui s^est trouvé pratique à Mazamet ne le serait-il pas à Rouen, et partout où des hommes de cœur se le mettront en tête ?
Il me reste à extraire ce qui suit d^une seconde lettre de M. V. Bordes :
Le comité de notre Cercle est heureux de s'adjoindre à la Ligue de renseignement, et vous envoie par mon organe son adhésion nominative. Vous pouvez donc inscrire au nombre des axihérents les noms que je vous transmets, et considérer comme adhérents de fait, puisqu'Us coopèrent à Tœuvre locale et générale, 50 membres honoraires et 65 titulaires, ou mieux, suivant votre conseil, et pour anticiper sur un fait certain, 116 membres. Nous espérons en effet que la distinction des membres de notre Cercle en honoraires et en titulaires» résultat d'habitudes locales et de nécessités du moment , disparaîtra dans un très-prochain avenir.
Comité do Gereb des Amis de riostraetioD, à Haiemet (Tarn).
4076 Louis Bardy, contre-maître de filature, pré&idenU Camile Rabaud, pasteur, n« 3436, yice-président. V. Bordes, pasteur, n* 3437, vice-président.
4077 Pierre Guillou, contre-maitre de filature, cen-
seur.
4078 Mathieu Fraïsse» employé, censeur.
4079 Léon Dardié, négociant, trésorier.
4080 Ernest Gaudard, négociant, secrétaire.
4081 Isaac Bonnet, presseur, assesseur.
4082 Jean^onnet, tisserand, assesseur.
4083 Pierre Escande, employé, assesseur.
Voilà des noms nouveaux sur notre liste qui n^ajoutent assurément rien à Factif de Pœuvre de la Ligue en France, si Ton doit y porter en compte tout ce qui se fait dès à présent par Pinitiative privée au profit du développement intellectuel des masses.
fen dirai autant du suivant que M. Heutte, à Pont-Audemer, m^annonçait en ces termes :
Je vous envoie pour la liste de la Ligue le nom de M. Galopin, instituteur du degré supérieur à Routot (Eure). Malgré son écolo, ses cours d'adultes, sa mairie, que sais-je? il trouve encore moyen d'enseigner et de faire aimer Thygiène et la physiologie dans trois localités différentes. Il a eu ici tout Thiver 500 auditeurs dans une salle faite pour en contenir 400 à peine. Que pouvons-nous demander à de pareils hommes de plus que leur nom?
Voyons maintenant ce qui s'est fait déjà et ce qui se prépare sous Pinfluence directe du mouvement récent de la Ligua.
282 LE PROJET D^ÉTABUSSEMENT DE LA UGUB
Je laisse la parole à mes correspondants, certain que les lecteurs de ce Bulletin trouveront un intérêt sérieux à prendre sur le fait le travail des esprits par toute la France en ce moment.
M. E. Barillon, à Chevilly (Loiret), 1* mai.
La commune de Gbevilly possède maintenant, grâce à votre projet d'établissement d'une Ligue de TEnseignement, une bibliothèque populaire qui compte aujourd'hui 140 volumes, et qui est trèssuivie. , »
Les conférences littéraires, ou lectures publiques, sont mises en pratique depuis dimcmche dernier. Ces conférences étant la conséquence de la bibliothèque populaire, je n'ai pas cru pouvoir mieux faire que de les inaugurer par la lecture des discours prononcés à la dernière séance de la société Franklin. Ainsi à l'avenir, et à la grande satisfac* tion de tous les habitants, les plus éclairés de la commune feront, chaque dimanche, une petite lecture à leurs voisins, et l'hiver prochain, quand les travaux des champs auront cessé, ces conférence se multiplieront dans le courant de la semaine.
Les conférences littéraires, ou lectures publiques, sont sans contredit un des leviers les plus puissants de l'éducation populaire, et le corollaire obligé des cours d'adultes. En effet, l'homme complètement illettré, qui entendra son voisin faire une lecture à la fois amusante et intéressante, sentira plus vite le besoin s'éveiller en lui d'apprendre à lire, et il ira au cours d'adultes qui est gratuit presque partout.
Les adhérents de Chevilly à la Ligue de l'Enseignement, dont le nombre s'élève chaque jour, ne s'en tiendront pas là. Leur cotisation de l'année 1867 ayant été consacrée à la fondation de la bibliothèque, ils ont décidé entre eux d'employer celle de l'année 1868 de la manière suivante :
Un tiers pour Tentretien de la bibliothèque ; Deux tiers qui seront offerts à la commune pour la gratuité absolue de l'enseignement primaire.
Le même, 14 mai
Le nombre des adhérents 8*élëve, et un grand nombre de cotisations de 1 franc sont élevées pour Tannée 1868à 5, 10 et 15 francs ; mais ces sommes ne seront versées que si la commune, acceptant notre proposition, vote la gratuité absolue de l'instruction primaire.
L*a^aire me semble en bonne voie. Le conseil municipal est presque unanime.
M. Yictor Dubourg, Montreuil-sor-Her (Pasde-Calais).
Le groupe de la Ligue en voie de formation à Montreuil n*a encore rien fait par lui-même ; mais des amis de Tinstruction, au nombre desquels figurent tous les adhérents à votre projet, ont donné cet hiver aux élèves du cours d^adultes que nous venons d'organiser à Técole communale, des volumes, des livrets de caisse d'épargne, une médaille en argent, etc.
Notre bibliothèque populaire est en pleine prospérité. Quelques-uns des souscripteurs vous ont envoyé déjà leur sympathique adhésion. Nous obtiendrons probablement les signatures de tous nos collègues.
Nous n'avons pas encore organisé de Soirées populaires. Elle ne sont chez nous qu*à Tétat de projet ; mais c'est un projet qui sera peut-être réalisé rhiver prochain.
M. Louis Pons, à Nérac (Lot-et-Garonne).
La Ligue compte aujourd'hui à Nérac près de 250 membres, et nous avons le ferme espoir d'augmenter ce nombre d'ici à quelques jours.
Le but que nous nous proposons actuellement, c'est de fonder une bibliothèque populaire dont tout
284 LE PROJET D^ÉTABUSSEMENt DE LA UGUB
le inonde reconnaît la nécessité, puisque nous ne possédons pas un seul volume.
Nous ne voulons pas du reste borner là nos tra-* vaux. A mesure que la Ligue s*éteddra dans notre pays et que nos ressources augmenteront, nous tâcherons de répandre la lumière pard*autres moyens, selon que les circonstances le permettront, et que les besoins du pays Texigeront.
M. E. de Pleuc, à Marseille.
La liste de souscription circule à cette heure chez nos amis, tous bien disposés à servir votre œuvre dans laquelle j*ai, pour ma part, une foi complète. Elle trouvera ici un point d'appui tout prêt dans le groupe compact d'hommes de progrès qui depuis le mois de septembre dernier a fondé une école primaire et des cours d'adultes, fonctionnant tous les jours (le dimanche excepté), de huit à neuf heures et demie du soir.
Je m'occupe de faire louer une immense scdle qui contiendra près de 1800 personnes. C'est là que nous établirons, le soir, nos cours d'adultes, nos conférences aux familles, et, le jour, une école primaire.
M. Yacca, à Metz.
Vendredi soir, à 8 heures, il y aura à Metz réunion des adhérents à la Ligue de l'enseignement pour censtituer un comité local Elle est autorisée par le préfet. Nous sommes à Metz environ 120, ce qui est très-suffîsant pour commencer.
Pouvez-vous m'adresser les documents, catalogues, etc., pour les bibliothèques populaires. C'est par là que nous commencerons.
M. Gustave Ghauvet, à Pons (Charente-Inférieure).
Depuis longtemps, vous le savez, j'ai à cœur de fonder ici une bibliothèque populaire. La Ligue de l'Enseignement a été un drapeau autour duquel
nous nous sommes ralliés de suite, mes amis et moi. Aujourd'hui le terrain est bien préparé chez nous, et j'espère qu'aussitôt que nous aurons donné un corps à notre idée, de nombreux adhérents nouveaux se grouperont autour de nous.
Nous n^avons pas besoin de nouvelles écoles, et ne pensons pas encore aux cours publics et aux soirées populaires ; mais j'ai foi dans la bibliothèque.
M. le D' Benoit à Giromagny (Haut-Rhin).
Nous avons pensé, quelques amis et moi, que nous ferions mieux d'entrer dans la Ligue avec des états de service antérieurs (1) qu'avec de simples aspirations platoniques.
Yoici donc ce qui sera entrepris pour Tannée scolaire prochaine.
Une association pour le progrès de l'Instruction sera établie dans la commune. Son premier acte sera de faire les frais d'un troisième aide-instituteurquela commune endettée ne peut payer. Ensuite, autant que ses ressources le permettront, elle offrira la gratuité à ceux qui la demanderont, à ces deux conditions : que les enfants fréquenteront assidûment l'école ; qu'ils se soumettront tous les
(1) Le docteur Benoit et ses amis ont déjà des états de service dont on pourrait se contenter ailleurs. A cette lettre était joint le catalogue de la bibliothèque communale de Giromagny dont ils ont été les promoteurs et les principaux soutiens. Elle compte après trois ans à peine d'existence, 1208 volumes, et possède un commencement de Musée d'histoire naturelle locale. « Je suis heureux, dit M. Benoit au commencement de sa lettre, de pouvoir utiliser, pour le plus grand nombre, des collections qu'il m'était agréable sans doute d'avoir sous la main dans mon laboratoire, mais que je verrai avec non moins de plaisir figurer à côté des livre utiles que nous déjà et que nous augmenterons encore dans la suite. »
886 LE PROJET d'^êtablissement de la ligue
quinze jours & un examen pour constater les progrès qu'ils auront faits. EnHn elle organisera le fonctionnement plus régulier des cours dV dultes.
Tel est le programme de notre Ligue locale. Dès que ridée aura pris vie, les associés se feront un devoir de réclamer leur inscription dans la Ligue générale que vous organisez. Nous avons pensé que des noms et de l'argent c'est déjà quelque chose, mais que ce serait encore mieux si Ton y ajoutait des résultats pratiques. Je vous tiendrai au courant de ce qui sera fait, et j'espère alors vous retourner une liste honoraî>lement chargée.
MM. Charles Schmitt à Sarreguemines et Paul Bardon à Remelûng (Moselle).
En réponse à votre circulaire du 2 avril, M. Bardon et moi avons l'honneur de vous faire part de la résolution que nous avons prise, de concert avec les soascripteurs de nos listes : le meUleur emploi que nous puissions faire des fonds à notre disposition, serait de créer des conférences populaires où l'on traiterait de l'agriculture et des sciences industrielles mises à la portée de l'ouvrier.
Nous avons tout lieu de croire que dans un pays essentiellement industriel comme le nôtre, ces conférences contribueraient efficacement à l'instruction de Touvrier» et lui feraient comprendre l'iûiportance de l'enseignement ainsi que la nécessité qu'il y a pour lui de faire instruire ses enfants. Nous pourrons, dans ce cas, lui venir en aide, lorsque sa position ne lui permettra pas de payer l'école qui malheureusement n'est pas gratuite dans nos environs.
Nous pensons trouver dans notre localité des hommes dévoués et capables de diriger ces conjérences.
M. Désiré Charruaud, à Saint-Maixent (Deux- Sèvres).
Nous sommes ici à même de nous occuper tout d'abord de rétablissement de bibliothèques. Je crois que c'est par là qu'il faut débuter ici, en accompagnant ces bibliothèques de simples leçons populaires sur une foule de sujets usuels, je veux dire faisant partie intégrante de la vie de chaque jour et qui intéresseront tout le monde. Autres localités, autres habitants, autre esprit et par conséquent autre manière de procéder. C'est donc aux comités locaux à discerner ce qull faut autour d'eux. Cela pourra se faire partout avec un peu de tact, avec la connaissance et l'habitude des gens au milieu desquels on se trouve.
Pour mon propre compte, je compte réaliser l'hiver prochain une idée que je n'ai pu mettre & exécution l'hiver dernier, faute d'autorisation en temps opportun, donner quelques leçons publiques, le soir, dans une école d'adultes. On peut faire beaucoup de ce côté.
Le conseil municipal de Saint-Mcdxent a voté l'établissement d'une bibliothèque et une somme de 600 tr. Malheureusement on n'a pu obtenir que la bibliothèque fut mise à la disposition des communes qui touchent à la ville.
M. Frédéric Petit, fils, à Amiens (Somme).
L'Allemagne possède sous le nom d'ArbeHer" Vereine des sociétés populaires d'instruction, des Instituts d'ouvriers en quelque sorte. C'est une institution de ce genre que je voudrais acclimater ici, au moyen de nos ouvriers coopérateurs.
Ces sociétés de perfectionnement entre ouvriers seraient, comme en Allemagne, les pépinières de la coopération pour le travail. Vous a les indiquez dans la dernière circulaire comme un des moyens qui s'offre à la Ligue de réaliser son programme, et M. Léon Walras m'écrit qu'il s'en occupe À Paris.
Je viens donc vous prier de mettre à ma disposition, s'il est possible, quelques renseignements pratiques sur la constitution et le fono-
288 LE PROJET d'^ÉTABLISSEMENT de la LIGUE
tlonnement ^des Arbeiter-Yereine de rAUemagne (1)
M. S. Macè à Lyon.
A mon avis, le comité de Lyon devrait se charger de la propagande de la Ligue par la distribution large des divers bulletins, des listes d'adhésion, en centraliser les produits commencer le fonds d'une bibliothèque classique et historique, prêter ies livres et les donner même au besoin, peut-être encore fonder des lectures du soir, ache-
(1) La lettre suivante ne sera pas sans intérêt pour ceux qui Tondraient entrer dans la même voie que M. Frédéric Petit. Elle leur assure en Allemagne un correspondant sympathique, tout disposé à leur fournir les renseignements dont ils pourraient avoir besoin.
a J'ai pris avec un très-grand intérêt eonnaissance de votre projet d'une Ligue de TEnseignement en France, et des publications qui témoignent de l'intérêt toujours croissant que vos compatriotes y prennent. Il en a été fait un rapport à la direction du Comité central pour le bien des classes ouvrières en Prusse ; et en juillet, ou en août, notre journal donnera un compte-rendu détaillé du projet et des résultats obtenus jusqu'ici. J'aurai alors l'honneur de vous en envoyer un exemplaire. Vous pourrez-vous convaincre, en le lisant, ce qui du reste ne pouvait faire doute pour vous, que dans toutes les œuvres destinées à servir l'homme du peuple en particulier, et du même coup la généralité des citoyens, il y a des hommes qui sont en complète harmonie de sentiments et d'aspirations. Puisse votre entreprise réussir, et trouver en Allemagne même Taccueil qu'elle mérite.»
Salutations cordiales,