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PROGRAMME DE LA LIGUE (D

Les soussignés, désireux de contribuer per* sonnellement au développement de Pinstruction dans leur pays, déclarent adhérer au projet d^éta* blissement en France d^une Ligue de PEnseignement, au sein de laquelle il demeure entendu qu^on ne servira les intérêts particuliers d^aucune opinion religieuse ou politique.

Telle est la formule qui a été présentée à la signature de tous les adhérents appelés actuellement à organiser entre eux, dans chaque localité, le premier noyau des cercles de la Ligue.

Il demeurait et il demeure entendu que c''est là le programme général, dont Padoption universelle doit constitutuer Punité morale des cercles, indépendants chacun dans le choix de leur mode d^organisation et de leurs moyens d^action, soumis tous à la loi commune, librement consentie d^avance par chacun de leurs membres.

Cette question-là, une question de vie ou de mort pour la Ligue, doit être posée avant toute chose, parce qu^elle a été, au sein de quelques groupes en voie de formation, Pobjet de discus-

(1) BulleUn n«. 1, 15 mai 1868.

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sions que je qualifierais d^oiseuses si, d^autre part, elles ne couraient risque de devenir compromettantes.

Un appel a été fait à tous ceux qui, sans abdiquer, bien entendu, leurs opinions^personnelles, consentiraient à les oublier mutuellement pour travailler de concert, en évitant de se blesser les uns les autres, à une œuvre de salut public sur Turgence de laquelle ils se trouvent tous d^accord. Ce concert désintéressé d^hommes apparte nant, pouvant du moins appartenir à toutes les opinions, et se donnant loyalement la main pour répandre autour d^eux ce qui est au-dessus de toute controverse dans le trésor des connaissances humaines, à commencer par ces sciences premières, inconnues encore à un si grand nombre de nos concitoyens, la lecture et récriture, ee concert désintéressé est-il possible ?

Cette abnégation est-elle patriotique ?

Ce programme est-il exécutable, et le résultat si on Texécute, sera-t-il utile ?

On peut discuter ces choses-là hors de la Ligue et contre la Ligue. Entre ligueurs il n^y a pas là-dessus de discussion possible : on ne Test devenu qu^en affirmant cela utile, pratique et patriotique, puisqu'on s'engageait à le faire.

Le projet de statuts généraux qui a été proposé à l'acceptation des signataires de la formule produite plus haut, énonçait formellement à l'article 3 cette loi d'abstention de toute polémique. Il a été discuté au sein d'un groupe de jeunes gens dont j'ai pu apprécier moi-même, dans un de mes voyages, le dévouement chaleu-

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reux à la cause de Pinstruction popalaire, mais qui peut-être ne s^étaient pas rendus suffisamment compte du terrain sur lequel on les avait appelés.

Je lis ceci dans le procës-verbal de la discussion qu^ils ont bien voulu m^envoyer :

M. Charpentier dit que l'article 3 attente à la liberté des groupes et ne leur laisse pas rindépendance dont ils ont besoin pour agir. Au nom de la liberté des cercles, U demande que Varti^ 3 soii rayé des statuts (1)^

Si Ton pouvait être libre, quand on s^est rangé sous un drapeau, d^en changer la couleur dans chaque compagnie, il n^ aurait plus d^armée possible. Quand il s'agit surtout d^une armée aussi peu commandée que la nôtre, d'une année de corps francs, échappant par la forée même des choses à toute enrégimentation, qui n'ont pour se reconnaître qu'un mot d'ordre, accepté d'un commun accord dés l'entrée en campagne : Pas de polémique! peut-on vraiment, au nom de la liberté, demander la suppression de ce mot d^ordre, le seul trait d'union entre tous les détachements éparpillés f Si nos mœurs et nos lois se prêtaient à la liberté absolue d'association, se croirait-on libre, dans une ligue repu-

(i) Pendant l'impression de oe Bulletin^ j'ai reçu une réponse à mes obsenrations sur cette discussion :

Après la lecture de Totre lettre, m'écrit M. Gharpoiticr, nous avons passé à Tordre du jour en ce qui concerne l'article 3, M. Dupanloup et ses collègaes ayanl suffisamment répondu aux objections que beaucoup d'entre nous auraient pu avoir encore dans Tesprii» bien que votre lettre ait été vuinsamment explicite.

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