DÉLIBÉRATION DU GROUPE HAVRAIS
Je ne le ferai pas, et voici pourquoi : Mettre un député en demeure de présenter un projet de loi, c^est exercer une action de politique, et il a été convenu, dès le commencement, que notre Ligue ne mettrait pas le pied sur le terrain politique. Rien assurément ne saurait mieux servir le but qu^elle se propose qirune loi rendant renseignement primaire obligatoire ; mais la réclamation collective d^une mesure législative, si conforme que puisse être cette mesure aux aspirations de la Ligue, la ferait sortir de son programme, et l'engagerait sur une pente qui pourrait Femmener plus loin qu'on a pensé peut-être. Les occasions ne manqueront jamais, si le pli s'en prend, de faire intervenir les cercles dans les questions législatives et les actes administratifs qui peuvent toucher, de près ou de loin, aux intérêts de Pinstruction publique. Aujourd'hui, c'est une sommation qu'on envoie au député: demain on voudra faire prendre des engagements au candidat. Une fois entré dans cette voie, l'on se trouve bientôt descendu dans l'arène, où il avait été dit qu'on ne descendrait pas. Y gagnera-t-on ? je ne le crois pas.
Les Anglais organisent en ce moment une Ligue d'Educaiimi nationale dont il sera question plus loin, qui se donne pour but précisément de provoquer un mouvement d'agitation dans tout le pays, à l'effet d'arracher au Parlement une loi sur les écoles. Cette Ligue-là a son chemin tout tracé ; l'action politique est la base même de son programme. Si l'on veut en
faire une semblable ici, j^en suis d^avance ; mais ce ne sera pas celle que j'ai prôchée jusqu^à présent, et dont les principes ont été acceptés.
Le Conseil général de la Ligue Belge met à Tétude des projets de loi, adresse des rapports aux ministres, prend fait et cause dans les cas d^abus administratifs^^ Il règle son action sur les besoins, les mœurs et les institutions de son pays. Il serait sage d'en faire autant.
Notre Ligue, telle que je la conçois, doit être avant tout, pour ceux qui s'y enrôlent, une école d'action individuelle. Nous sommes peut-être, de tous les peuples civilisés, celui où Ton a plus besoin d'apprendre à faire soi-même la besogne publique, au lieu d'en laisser toute la charge au pouvoir, dont l'importance s'exagère d'autant. Nous avons peine à concevoir le progrès social autrement que sous la forme de décrets, et pendant que nous perdons notre temps à implorer, à gourmander notre gouvernement, à en rôver d'impossibles, à renverser au besoin ceux qui sont là sans rien changer en définitive à la machine gouvernementale, toujours d'aplomb sur nos habitudes d'esprit, les autres peuples nous dépassent dans leur marche régulière, en riant de nos prétentions à la supériorité sur eux.
Il me parait donc souverainement utile qu'on fasse chez nous quelque part l'apprentissage de l'initiative personnelle, de l'effort privé ; et l'action des cercles de notre Ligue, s'ils veulent rester dans leur véritable rôle, doit aller s'exercer hors des régions qu'habite le gouverne-