DE LA DÉCENTRAUSATION INTELLECTUELLE
rétablira Téquilibre, que c^est en agissant résolument sur le centre, et non en sUsolant de lui dans une hostilité jalouse dont il ne s^inquiétera jamais, parce qu^elle est impuissante. Pour décentraliser, en un mot, bien loin de restreindre les rapports avec le centre, il faut les multiplier au contraire, en les rendant actifs, de passifs qu^ils ont été jusque présent. Paris restera tou* jours, — à quoi bon se le dissimuler ? le grand marché intellectuel du pays ; mais il n^y a pas que des acheteurs qui aillent à un marché, il y a aussi des vendeurs. Seulement pour vendre, il faut avoic produit.
L^Alsace a sa part d^action toute tracée dans cette campagne de la province, non pas contre Paris, mais sur Paris. Française par le cœur, Allemande par le reste, elle est le trait dHmion indiqué entre ces deux grandes races, qui marchent aux premiers rangs de la civilisation moderne, et qui se regardent de travers par dessus leur fleuve, parce qu^elles ne se connaissent pas bien. C^est à TAlsace, qui les voit de plus près, à faire connaître à la France les immenses progrès réalisés depuis trente ans de Fautre côté du Rhin, progrès qui nous laissent littéralement en arrière, pendant que nous continuons innocemment à nous croire les fils aînés du progrès, et que nous ferions bien d^étudier pour en tirer parti. Sur ce terrain, elle peut parler avec autorité, et faire la leçon aux Parisiens, qui lui en seront reconnaissants. D^autre part, sa parole fera également autorité, et plus que celle de Paris, sur ses anciens frères allemands, et il y a
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là aussi une cause à plaider dont elle peut, mieux que les autres, se faire Favocat. Ils ont ou-, blié ce qu^il nous doivent, les ingrats, et sous le prétexte que nos révolutions ont Fair d^avorter, ib en profitent chez eux, sans nous en savoir gré. Ils se figurent à Pheure qu^il est, Dieu me pardonne, que nous sommes ici des espèces d^esclaves, marchant au son du tambour et que nous pourrions devenir un jour les ennemis de leur liberté, nous, les pères de la liberté sur le continent. C^est aux plumes alsaciennes quHl appartient de les détromper, et nulles ne sauraient le faire mieux qu^elles.
Et à ce sujet, il faut aborder carrément une question délicate, qui se dresse d^elle-mème en avant de cette émancipation intellectuelle dont il s^agit pour la province.
L^intellîgence, dira-t-on, n^est pas libre en France ; la presse est enchaînée, et à quoi bon se remuer pour ne pas avancer ?
C^est une objection de peureux, pour ne pas dire de paresseux. Il est convenu, c^est vrai, dans ce pays — et c^est le peuple lui-même qui Ta décidé par son vote — qu^on laissera le gouvernement tranquille, et quUl aura le pouvoir de se débarrasser de toute opposition qui deviendrait inquiétante. Mais n^y a-t-il, bon Dieu ! que le gouvernement dont on puisse s^occuper au monde ? Ne reste-il pas un champ assez vaste à la pensée humaine, quand on aura cessé de taquiner M. le préfet? Je regrette moi-même, en ce moment, que les règlements actuels de la presse me forcent ici à cétoyer seulement cette