‹ Les origines de la Ligue de l'enseignementChapitre 8 sur 89 · DE L\ DÉCENTRALISATION INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

DE L\ DÉCENTRALISATION INTELLECTUELLE

Paris cesse d^ètre ce qu^il est, que restera-t-il à la France pour tenir son rang dans le inonde ? Où se réfugieront les intelligences pressées de vivre et de grandir, et d^arriver aux places d^honneurqu^onpeutconquérirpar le travailet le talent?

La province se plaint que tous ses hommes de mérite s^envolent vers Paris, sitôt qu^ils sentent les ailes leur pousser. Se demande-t-elle bien pourquoi? Quelqu^un a-t-il jamais rencontré des racoleurs envoyés par les Parisiens pour aller faire à travers les départements des razzias de leurs grands hommes ? Hélas ! s^ils osaient, les pauvres Parisiens, ils s^entoureraient plutôt d^un cordon sanitaire pour empêcher les autres d^entrer. Ils s^étoufTent tous là-dedans. Beaucoup y meurent de faim et foulent triomphalement Tasphalte des boulevards d^un pied qui n^est pas toujours complètement chaussé. Ils ne veulent pourtant s^en aller à aucun prix ; et après quelques années de cette vie de misères, 011 le pain de chaque jour est un problème sans cesse renaissant, c^est pour eux le chemin de Pexil que celui qui les ramène devant la nappe toujours mise dans la maison qui les a vus naître. Que voulez-vous ? Phomme ne vit pas seulement de pain.

Donc, ce n^est pas Paris qui est coupable de ces désertions dont la province se dit victime. Il n^appelle personne, et son hospitalité le plus souvent n'a rien d'engageant. II serait même facile, bien loin d'être dépeuplé par lui, de lui enlever une bonne partie de ce personnel qui l'encombre, qu'on a l'air de lui envier, et dont

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on serait bien embarrassé présentement, s^il vous prenait au mot. Il su Rirait de ne pas lui laisser le monopole de la vie intellectuelle.

On a beau dire, les éléments ne manquent nulle part. Ce sont les plus ardents qui Yont à Paris, ce ne sont pas toujours les plus forts. Seulement ceux qui partent sont entraînés là-bas dans le tourUUon de Pactivité générale, et ceux qui. restent s^endorment la plupart du temps, faute d^occasion. Là est tout le secret de la prépondérance exorbitante de Paris. Si Ton veut la faire cesser, c^est là qu^il faut aller la combattre.

• Réveillez-vous, belle endormie ! pourraiton dire à la province ; parlez, agissez. Cela vous déplaît que la poste vous apporte vos opinions toutes faites. Eh bien ! faites-les vous-même, et renvoyez-les au besoin au maître d^école dont vous êtes lasse, il faudra bien qu^il vous écoute quand vous aurez raison. >

Que la province s^afGrme, et qu^elle imprime, si elle veut être lue. Qu^elle se donne des organes à elle, ou mieux, qu^elle prenne plus au sérieux ceuxqu^elle a déjà, et qu^elle les rende importants par un concours énergique et réfléchi. Qu^elle fasse aussi ses livres, et ses brochures, puisque la mode y est. Il est vrai que les auteurs n^y trouvent pas actuellement d^éditeurs, vu que des éditeurs n^y trouveraient pas d^acheteurs; et c^est un cercle vicieux dans lequel on pourrait tourner longtemps si Ton ne prend le parti de le briser par un commencement. Mais il faut bien se persuader que c^est seulement ainsi qu^on

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