PRÉFACE
Voici près d'un quart de siècle que l'intervention française a remplacé au Tong-kïn mon initiative privée, et l'on pourrait croire que désormais le public n'a plus rien à apprendre sur les multiples événements dont ce pays a été le théâtre.
En dehors de mon journal de voyage et des mémoires que j'ai adressés au parlement et à la presse, en dehors des discussions parlementaires elles-mêmes qui ont eu un grand retentissement, beaucoup d'ouvrages ont été publiés sur cette question. Ces travaux furent d'autant
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plus nombreux qu'instinctivement la métropole, malgré les incertitudes du moment et les obscurités accumulées comme à plaisir par la lutte des partis , sentait bien qu'il s'agissait là de l'avenir d'une de nos plus belles colonies.
Enfin, au lendemain de notre occupation, la presse de l'Extrême-Orient a retenti, elle aussi, de l'histoire de la conquête du Tong-kïn.
Mais, malgré cela, on a si peu parlé des origines de la colonie, qu'elles sont restées dans l'ombre, et si nous entreprenons aujourd'hui cet ouvrage, c'est dans le seul but de les dégager des ténèbres qui les environnent. Les anciennes générations disparaissent ; celles qui subsistent encore ont presque oublié ces commencements et les jeunes qui leur succèdent les ignorent tout à fait. L'heure est donc venue de rétablir, sous son véritable jour, la genèse de cette question, qui,
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si on ne l'éclairait, risquerait de tomber peu à peu dans le domaine de la légende, ainsi qu'il est arrivé pour d'autres questions, où la fable tient aujourd'hui plus de place que la réalité. Tel est le but que je poursuivrai dans ce travail, non pour satisfaire de vains calculs d'ambition personnelle, mais dans le pur intérêt de la vérité.
On le voit donc, je ne songe nullement à refaire ici l'histoire de notre colonie dans ces dernières années. Par conséquent, je n'ai pas à me prononcer sur la façon dont la conquête a été opérée.
Je ne rechercherai pas davantage si les hommes, qui, depuis, ont présidé à ses destinées, sont toujours restés à la hauteur de leur mission. Encore une fois, je ne veux maintenant qu'exposer simplement ce que l'on a omis de raconter.
Lorsque mon but aura été atteint, peut-être aurai-je donné à mes lecteurs la convic-
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tion qu'une intervention pacifique, jointe à un peu d'esprit de suite et de ténacité, eût suffi pour nous assurer les bénéfices de la colonie du Tong-kïn.
Dans cet ouvrage je n'ai pas voulu recourir seulement à mes notes et à mes souvenirs personnels ; j'ai tenu à en appeler aussi à ceux de mon vieil ami Eugène Simon. C'est avec lui que j'ai conçu la première idée de relier les provinces Sud-Ouest du Céleste Empire avec nos possessions de l'Indo-Chine ; c'est grâce à lui qu'en 1860 je suis resté en Chine, alors que je voulais retourner en Europe, et lui-même m'aurait accompagné dans mon expédition si plusieurs circonstances, indépendantes de sa volonté, ne l'en avaient empêché.
Jean Dupuis.