‹ Les origines de la question du Tong-kinChapitre 3 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

I. Je fais connaissance avec Jean Dupuis. à Chang-hai". J'écris de Chang-hai au ministère de l'Agriculture. — IL Nous partons avec l'expédition, anglaise de l'amiral Hope. Sir Harry Parkes. Nankin. Arrivée à Han-kéou. — III. L'amiral remonte jusqu'au lac Tong-ting, puis retourne à Han-kéou et de Han-kéou à Chang-haï. — Séjour à Han-kéou. — Notre désir de relier la Cochinchine française aux provinces du sud-ouest ne fait que s'accroître. — Ma lettre au Ministère de l'Agriculture. — Je quitte Han-kéou en y laissant J. Dupuis. — IV. Ma lettre au ministre de l'Agriculture, datée de Pékin. — V. Mon voyage au Se-tchuen. — Je retrouve Jean Dupuis à Hankéou. — Mon retour à Paris. — Je vais à Ning-pô en qualité de consul. — Je revois encore Jean Dupuis. — Sa position prospère.

Jean Dupuis, dont la biographie n'est plus à faire, — car pour cela d'autres m'ont devancé, — est un esprit entreprenant. Fils d'agriculteur, agriculteur lui-môme, il se

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lança bientôt dans le commerce qui ouvrait devant lui des horizons plus vastes, offrant à ses espérances des moyens plus faciles de voyages, s'accordant mieux en un mot avec son caractère hardi.

C'est à Chang-haï que je le rencontrai pour la première fois ; je fus assez heureux pour le décider à rester en Chine et à m'accompagner dans la mission qui m'avait été confiée par le gouvernement français.

A ce sujet, j'écrivais au ministre de l'Agriculture, à la date de janvier 1861, la let- /s^tre suivante :

Chang-haï, janvier 1861.

<c Monsieur le Ministre,

« Il se prépare en ce moment, dans la marine anglaise, une expédition qui doit remonter le Yang-tsé-kiang jusqu'à Hankéou, dans le but d'ouvrir le fleuve au commerce, et aussi, dit-on, d'étudier la situation dans les provinces riveraines. On parle encore d'une mission, composée de

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deux officiers supérieurs de l'armée des Indes anglaises, le major Sarel (1) et le capitaine Blakiston, dont l'objectif est de traverser le Thibet, afin d'ouvrir des débouchés commerciaux entre la Chine et les Indes anglaises.

« Han-kéou est, d'après ce qu'écrit le Père Hue, une ville de 8.000.000 d'habitants et le point de transit de tout le commerce intérieur. Nos derniers traités autorisent le commerce étranger à s'y établir et, déjà, plusieurs maisons anglaises ont commandé aux Etats-Unis des bateaux à fond plat, capables de remonter le Yang-tsé en toute saison, y

« Comme Han-kéou est au centre du Hou-pé , , province extrêmement intéressante au point de vue agricole, je compte profiter de l'expédition anglaise, où j'espère que l'amiral Hope me donnera passage, pour m'y rendre.

De là, j'aurai soin, Monsieur le Ministre, de transmettre à Votre Excellence tous les renseignements que je pourrai réunir, non seulement sur l'agriculture, mais aussi sur le commerce de cette ville importante.

(1) Le major Sarel reçut, peu de temps après, sa nomination de lieutenant-colonel.

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a Un Français que j'ai rencontré, M. J. Dupais, ancien négociant en Egypte et qui a suivi l'armée à Tien-tsin, s'étant offert à m'accompagner à ses frais, j'ai l'intention de me l'adjoindre afin de profiter de ses connaissances spéciales. J'espère obtenir pour lui, comme pour moi, un passage sur l'un des navires de l'expédition.

« Il serait bien désirable, pour l'accomplissement de ma mission, qu'après avoir complété mes études à Han-kéou, je puisse les poursuivre dans le Se-tchuen qui .n'en est pas très éloigné et, de là, remonter vers le nord et retourner à Chang-haï en passant

par Pékin

ce Veuillez agréer, etc

En effet, l'amiral Hope, qui commandait l'escadre anglaise, accueillit avec empressement la demande de passage que je lui adressai pour M. Dupuis et pour moi. Je

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suis heureux de cette occasion qui me permet de signaler ici la courtoisie avec laquelle il s'empressa de nous faciliter l'accomplissement de nos projets.

Il est encore un nom que la gratitude nous fait un devoir de ne pas oublier, c'est celui de sir Harry Parkes, l'un des négociateurs du traité de Pékin et qui, depuis, fut ministre plénipotentiaire. Il était chargé, sous les ordres de l'amiral, des négociations pour l'ouverture des différents ports. Nous aimons à nous rappeler que lorsque, mon ami et moi, nous nous sommes trouvés seuls Français à Han-kéou, où nous devions rester assez longtemps, sir Harry Parkes nous aida avec beaucoup de dévouement à nous installer dans cette ville.

Nous arrivâmes avec l'escadre le 24 février à Nankin, où il fallut s'arrêter pour obtenir du chef des rebelles le libre passage des navires. C'est là, pendant notre séjour, que quelques-uns d'entre nous , et nous étions du nombre, eurent l'occasion de voir le fameux missionnaire protestant américain Roberts, l'un des principaux auxiliaires de

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la rébellion des Taï-pings. Je dois dire qu'il nous parut extrêmement grotesque.

Nous arrivâmes avec l'escadre anglaise le 11 mars 1861 à Han-kéou. L'amiral Hope, après avoir présenté la mission scientifique anglaise au vice-roi, nous recommanda d'une manière toute spéciale M. Dupuis et moi.

Le 13, l'amiral remontait avec une canonnière jusqu'au lac Tong-ting, à 150 milles au-dessus d'Han-kéou. Il avait avec lui la mission hydrographique et il remorquait la jonque portant la mission Sarel et Blakiston, accompagnée d'un mandarin avec une escorte donnée par le vice-roi. La mission scientifique, devant aller jusqu'à I-tchang, profita de l'occasion qui s'offrait à elle pour effectuer une bonne partie de sa route et quitta l'amiral au lac Tong-ting.

Celui-ci, de retour à Han-kéou, s'y arrêta peu et redescendit presque aussitôt à Changhaï. Il ne restait donc dans la ville que la

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canonnière VHavoc, dont le commandant remplissait par intérim les fonctions de consul, en attendant l'arrivée du titulaire.

Quant à nous, demeurés aussi à Hankéou, il nous fut impossible de profiter de l'installation à terre que sir Harry Parkes nous avait procurée avec tant d'obligeance, La ville était profondément troublée par les rebelles; le peuple la désertait et les campagnes elles-mêmes étaient abandonnées. Il nous sembla imprudent de vivre isolés, et il nous parut plus sûr de louer une jonque et d'y résider à l'abri de la canonnière. Nous suivions d'ailleurs en cela le conseil du commandant de YHavoc. Il restait cependant quelques paysans dans les environs, et c'est au milieu de ce désordre général que nous prîmes nos premiers renseignements agronomiques et commerciaux; nous pûmes même réunir un assez grand nombre d'échantillons que j'envoyai bientôt au ministère de l'Agriculture.

Enfin, peu à peu, les rebelles, chassés par les inondations, quittèrent la place, et le commerce fut rétabli.

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Au milieu de nos occupations respectives, nous étions sans cesse hantés par une idée commune, idée que nous avions eue dès les premiers moments qui avaient suivi notre départ de Chang-hai. Pourquoi, nous demandions-nous, ne chercherions-nous pas à relier la Cochinchine , récemment conquise par la France, avec les provinces sud-ouest de la Chine ? Les richesses de ces dernières nous étaient tous les jours dévoilées par les échantillons que nous en recevions, comme par le récit de ceux qui les avaient vues et qui passaient par Han-kéou. Déjà, l'Angleterre pensait à en tirer quelque avantage; mais il ne lui était pas si facile, à elle, d'ouvrir une voie par ses colonies des Indes, qu'à nous, d'en trouver une autre par nos possessions de l'Indo-Chine. Alors quelles raisons avions-nous de ne pas essayer ce que la Grande-Bretagne tentait elle-même avec de moindres chances de succès ?

Cette question devint pour nous une véritable obsession pendant notre séjour au milieu du fleuve et, sans jamais faire connaître notre projet, nous cherchions à tirer

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des missionnaires ou autres voyageurs tou3 les renseignements qu'ils pouvaient fournir.

Sur ces entrefaites, nous vîmes revenir la mission Sarel et Blakiston, qui, ayant été arrêtée par l'insurrection sur les frontières du Se-tchuen, fut forcée de retourner sur ses pas. Cependant, cet échec de la mission, loin de nous décourager, ne fit que nous confirmer dans cette idée qu'il était plus simple de gagner Saigon qu'un port des possessions anglaises de l'Inde. Mais l'heure de réaliser ce projet n'était encore venue, ni pour Jean Dupuis ni pour moi, qui devais en obtenir l'autorisation du gouvernement.

En attendant, je ne crois pas inutile de donner quelques extraits des notes fort délabrées que je retrouve dans mes papiers de cette époque. Voici donc ce que j'envoyai en France, vers la fin du mois de juin ou le commencement du mois de juillet 1861 :

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Han-kéou 1861

« Monsieur le Ministre,

. . . . « Dans un rapport, que j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Excellence au mois de janvier dernier, je lui annonçais le prochain départ d'une mission anglaise, chargée de traverser le Se-tchuen et d'ouvrir une voie, par les Indes, au commerce anglais.

Le pays étant infesté de rebelles, ceux-ci ont arrêté la mission sur les frontières du Se-tchuen. Elle a donc été obligée de retourner sur ses pas, et nous venons de la voir passer à Han-kéou.

« Aujourd'hui, Monsieur le Ministre, j'ai l'honneur de proposer à Votre Excellence de refaire avec M. Dupuis, au profit de notre Cochinchine, la tentative avortée du lieutenant-colonel Sarel et du major Blakiston.

« En effet, Monsieur le Ministre, ce projet n'a pas cessé de nous préoccuper depuis les premières heures de notre passage à bord

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du Cooper, et nous avons profité de notre séjour à Han-kéou pour recueillir un certain nombre de renseignements qui ne font que nous donner plus d'espoir. D'abord, il ne serait pas indispensable de traverser le Thibet ni la partie du Se-tchuen occupée par les rebelles. Il nous suffirait de gagner, par le Kouy-tchéou et le Yûn-nân, un des fleuves qui descendent vers la mer. Cependant, dans le Yûn-nân , il existe aussi une rébellion musulmane mais qui est en bons termes avec les catholiques, et, en supposant que nous soyons obligés d'avoir des rapports avec elle, nos missionnaires nous les faciliteraient. Ensuite, nous n'aurions pas besoin des engins, tels que canots à vapeur démontables, que les Anglais ont cru utiles.

<c Ce nouvel itinéraire demanderait donc beaucoup moins de temps et de dépenses ; aussi, j'espère, Monsieur le Ministre, que les sommes que vous voudrez bien mettre à ma disposition, jointes aux ressources personnelles de M. Dupuis, suffiront pour couvrir les frais nécessités par la réalisation de ce projet.

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a Tout ce qui précède résulte des renseignements, dont j'ai l'honneur d'envoyer, cijoint, une copie à Votre Excellence.

« Mais comme, d'une part, le moment n'est pas encore venu d'accomplir ces desseins ; que, d'autre part, vu l'état de trouble dans lequel se trouve le Se-tchuen, je ne peux y aller maintenant, et qu'enfin mes études sont presque terminées dans la Chine Centrale, j'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que je compte quitter bientôt Hankéou pour me rendre à Chang-haï. De là, je me dirigerai sur un autre point de l'extrême-Orient pour y continuer mes recherches

« Veuillez agréer, Monsieur le Minisxre... exe...

Ce fut seulement l'année suivante que je pus aller dans les provinces du nord, en passant par Pékin où je m'arrêtai quelque temps. De cette ville, j'écrivis une nouvelle

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lettre au Ministre, toujours à propos du projet qui nous intéressait tant. La voici, en partie :

Pékin 1862

« Monsieur le Ministre,

« . . . . Dans plusieurs de mes rapports, j'ai eu l'honneur de parler à Votre Excellence de l'immense commerce dont les provinces occidentales de la Chine sont le foyer, des produits de toutes natures qu'elles livrent chaque année à la consommation, de la quantité considérable de soie de chêne et de mûrier que l'on y recueille.., etc., et, d'ailleurs, Votre Excellence sait que la province du Se-tchuen peut être considérée comme la seconde de l'empire Chinois sous le rapport de la population et de la richesse. Celle du Kouy-tchéou, sans être aussi peuplée ni aussi fertile, n'est cependant pas relative-? ment beaucoup moins riche, à cause de la nature de ses produits. Celle du Yûn-nân, qui est réputée comme une des plus stériles,

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renferme pourtant de grandes richesses agricoles et minérales : or, argent, étain, cuivre, etc..

« Quoi qu'il en soit, là population de ces provinces ne pourrait être évaluée à moins de 70 ou 80 millions d'habitants, qui font des produits européens une certaine consommation.

<sc Mais il est évident que, s'il y avait entre elles et la mer une voie de communication plus courte et plus facile que celle qui vient d'être ouverte par Han-kéou et le Yang-tsékiang, ce trafic prendrait des proportions dont il est peu aisé de calculer l'importance. Ce sont ces idées qui nous préoccupaient, M. Dupuis et moi, et que j'ai eu l'honneur de soumettre à Votre Excellence dans ma lettre de Han-kéou, en date de juillet 1861.

<sc A la légation de France, d'où j'ai l'honneur de vous écrire en ce moment et où je reçois la plus aimable hospitalité, j'ai eu le plaisir de rencontrer deux missionnaires fort intelligents, Monseigneur Thomines des Masures, évêque du Thibet, et M. l'abbé Mihière, pro-vicaire apostolique du Kouy-

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Tchéou, qui avait bien voulu m'accompagner comme interprète dans mon voyage en Mongolie.

<c Les renseignements que j'ai pu en obtenir ne devaient pas toujours être très conformes à l'itinéraire dont je parlais à Votre Excellence dans ma lettre de Han-kéou, puisque, si M. l'abbé Mihière habite bien le Kouytchéou par lequel je me proposais de passer, Monseigneur Thomines des Masures habite les confins extrêmes de la Chine et du Thibet. Mais, comme tout ce qui se rapportait à nos projets de voyage n'avait jamais cessé de m'intéresser et que je devais, en tous cas, aux termes de ma mission, me rendre au Se-tchuen, d'où on pouvait descendre vers la Cochinchine, j'ai tenu à recueillir les renseignements qu'ils m'ont donnés. Je les place ici sous les yeux de Votre Excellence, afin qu'elle constate que, soit par une route, soit par une autre, rien n'est absolument impossible et que l'échec de la mission anglaise, ainsi que j'avais l'honneur de l'écrire à Votre Excellence en 1861, n'est pas fait pour nous décourager

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« Aucune des cartes que l'on connaît ne présente, je crois, exactement ou en entier, le cours du fleuve de Cocliinchine.

« La carte de l'Asie Orientale et des Etats del'Indo-Chine, publiée par Andriveau-Goujon, en donne bien l'embouchure par 10° de latitude septentrionale ; mais elle n'en place les sources qu'à 27° ou 28°, ce qui n'est pas conforme à la réalité.

« Celles de la Chine et de l'Asie centrale (feuille sud-est), par Klaproth, en donnent aussi exactement que possible le cours supérieur jusqu'à 33° ou 34°, mais elles s'arrêtent à 22°.

« Il est donc nécessaire d'avoir sous les yeux ces différentes cartes ou, du moins, celle de l'Asie orientale et celle de la Chine.

<c Si l'on remonte alors le cours du fleuve de Cochinchine, à partir de son embouchure, on le voit traverser, sous le nom de Mékong, d'abord le royaume d'Annam du 10 e au 17 degré environ, où il entre dans le royaume de Xien-maï, qu'il parcourt du sud au nord jusqu'à 22°. De 22° à 27°50, il traverse toute

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la province du Yûn-nân sous le nom de Lantsan-kiang, puis il entre dans le Thibet qu'il parcourt en se dirigeant un peu à l'ouest vers le 34° degré.

« Il rencontre un nombre considérable de rivières, dont il reçoit les eaux, et, surtout à partir de 25° et de 27°, il coule entre deux immenses fleuves, auxquels il serait peutêtre facile de le relier au moyen d'une route. Il n'en est éloigné que de quelques lieues, et les montagnes qui l'en séparent présentent des affaissements dont on pourrait profiter.

Je veux parler du Hou-kiang ou Lou-kiang, qui débouche dans le Martaban, et du Yangtsé-kiang ou Kin-tsé-kiang, qui limite au nord les provinces du Yûn-nân et du Setchuen et conduit à Han-kéou et à Changhai les produits d'une partie du Thibet et des provinces occidentales de la Chine.

« La carte de l'Asie orientale d' Andriveau- Goujon, en réunissant en une seule, vers i7°, les deux lignes qui indiquent les bords du fleuve de Cochinchine ou Lan-tsan-kiang (Mékong ou Song-kiang) donnerait à croire qu'au-dessus de ce point la navigation a été

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reconnue impossible; mais la carte de Chine de Klaproth la conduit jusqu'à 25°, et Monseigneur Thomines croit que cette impossibilité n'est bien certaine qu'à partir de Bounga. Au-dessus, et jusqu'à 3i°, on lui a dit que dans plusieurs endroits, où on a pu le voir, il était large et profond, mais très rapide. Il est bien entendu que ces indications de navigabilité ne sont relatives qu'aux petits navires européens, calant de 4 à 5 pieds d'eau, que l'on pourrait envoyer. Quant aux barques très rares dont on use dans le pays, ce ne sont que des pirogues faites d'un seul tronc d'arbre à la manière des noirs, ou en peaux de bœufs et quasi rondes. Ce n'est que par une exploration que l'on pourrait acquérir des certitudes sur cette question.

« Mais, jusque-là, il y a donc de très grandes probabilités que le fleuve de Cochinchine est navigable, au moins pour des jonques chinoises, jusqu'à la hauteur où il serait possible de correspondre avec le Yangtsé-kiang, c'est-à-dire jusqu'à Ta-tchin, situé à 27° 50' sur les frontières du Yûnnân et des districts thibétains nouvellement

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annexés à la province du Se-tchuen. C'est à cette hauteur que se trouve précisément l'affaissement de montagnes dont je viens de parler. Les bords du fleuve sont habités par des populations extrêmement variées, dont il sera nécessaire de dire quelques mots tout à l'heure au point de vue de leur état politique et moral, et que les renseignements représentent, en partie, comme livrées à l'agriculture et au commerce et en relations avec la Birmanie, relations que le temps ne pourra que développer.

« Il faut ajouter que la chaîne de montagnes, qui est entre le Lan-tsan-kiang ou fleuve de Cochinchine, et le Hou ou Loukiang, est pleine, surtout entre 26° et 29°, de mines fort abondantes d'argent, de cuivre, d'or et de fer. L'or y est si commun, qu'il n'est pas rare de rencontrer, à Lhassa, des femmes couvertes de bijoux qui représenteraient en Europe une valeur de 30 à 40.000 fr. Les montagnes du Yûn-nân fournissent aussi à la joaillerie une quantité considérable de pierres précieuses, dont le

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marché, considéré par ceux qui Font vu comme un des plus importants du monde, est à Tali-fou, dans le Yûn-nân. Un autre marché considérable, et situé dans la même province, à peu de distance du fleuve de Cochinchine, est celui des excellents thés du Yûn-nân, établi à Pou-eul.

« Mais ces circonstances ne sont que secondaires. Si l'on compare la route, que doivent faire actuellement les produits échangés entre l'Europe et l'ouest de la Chine, et le temps qu'elle exige; si l'on considère, qu'en outre, la route actuelle ne saurait être praticable pour les bateaux à vapeur que de la mer jusqu'à l'entrée de la province du Se-tchuen, et qu'à partir de là elle devient impossible, soit à cause des chutes et des rapides, soit à cause des peuplades insoumises et pillardes qui habitent en certains points les rives du Yang-tsé-kiang, comme par exemple entre Sui-tcheou et Tong-tchuang, et qui ont engagé le gouvernement chinois à interdire absolument la navigation de ces rives, il n'est pas douteux que le

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commerce se ferait bientôt par Saïgon et que Saïgon deviendrait, non seulement le cheflieu d'une navigation prospère, mais un des principaux entrepôts du monde

« On rencontre dans le Yûn-nân, après les Chinois impériaux, les Chinois musulmans, les Li-tsou, les Lou-tse et les Mo-

tse.

ce Les Chinois impériaux forment encore les populations les plus nombreuses du Yûnnân; mais, par suite de la faiblesse des gouvernants et de leurs moyens d'action, qui se manifeste là comme sur beaucoup d'autres points de la province, ils ojit dû abandonner la lisière ouest et nord jusqu'à Li-kiang.

« Le parti musulman, qui ne compte guère que 2 ou 3.000.000 d'individus, occupe cette lisière conjointement avec les Lou-tse, les Li-tse et les Mo-tse. Il est en progrès très évident. Les musulmans sont guerriers, agriculteurs et commerçants, M. ï'abbé Mihière a pu observer qu'ils étaient plus favorablement disposés pour les chrétiens que pour

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les Chinois. Dans quelques sacs de ville, récemment faits par eux, les chrétiens ont seuls été épargnés, et il n'a pas dépendu de leurs instances que Monseigneur Chauveau, vicaire apostolique du Yûn-nân, ne soit resté dans la ville qui était sa résidence et qu'ils ont prise aux Impériaux.

ce Lés Li-tsou ne comptent que quelques milliers d'individus; ils habitent sur les bords du Lan-tsang-kiang. C'est un petit peuple barbare, demi-pasteur, demi-brigand et fort cruel.

ce Les Lou-tse et les Mo-tse sont encore moins nombreux que les Li-tsou; leurs vêtements se réduisent à un pagne, qu'ils roulent autour de la ceinture comme les noirs pauvres de l'Afrique. Leur caractère est doux. On remarque même chez les Motse un certain degré de civilisation. Tous deux sont pasteurs.

ce Si Votre Excellence approuvait les vues que je viens d'avoir l'honneur de lui soumettre et croyait devoir communiquer ce projet au gouvernement de Sa Majesté, et qu'il plût à celui-ci d'y donner quelque suite , il

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conviendrait, je crois, avant toute autre démarche, de nommer une commission d'études pour examiner d'une façon bien définitive :

<sc i° La navigabilité du fleuve de Cochinchine, dans les environs du point désigné comme devant être celui de sa jonction avec le Yan-tsé-Kiang , ou bien la préférence qu'il pourrait y avoir lieu de donner à un autre point ;

ce 2° Le mode de jonction qu'il conviendrait d'établir, route ou canal :

ce 3° La situation commerciale et politique du pays,

« Parmi les personnes qui la composeraient, je me permettrais, Monsieur le Ministre, de vous proposer M. l'abbé Mihière et M. Jean Dupuis.

Quant à moi, puisque les conditions de mes études en Chine m'obligent à aller au Se-tchuen, il me serait très facile de me joindre à cette mission.

ce Celle-ci devrait se rendre à Ta-tching; ou, si quelque circonstance lui en rendait le séjour impossible, à Bounga, qui n'en

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est pas très éloigné et qui est le siège d'une chrétienté dépendant des Missions Étrangères. Bounga est une localité où les Européens seraient sûrs de n'être pas tracassés et où la mission catholique n'est pas sans influence .

ce Je termine, Monsieur le Ministre, en faisant connaître à Votre Excellence que mon intention est de partir de Pékin à la fin du mois d'avril. J'oserais, en conséquence, la prier de vouloir bien, si elle croyait devoir modifier ou ajourner le projet qui est le sujet de cette lettre, me répondre de façon à ce que ses ordres puissent m'arriver par le dernier courrier du mois de mars ou le premier du mois d'avril.

« Veuillez agréer, Monsieur le Minisxre... exe*..

(1) Cette lettre demeura sans réponse, et on se borna à me dire verbalement au ministère de l'Agriculture qu'elle avait été envoyée au ministère de la Marine et des Colonies et, de là, probablement transmise au gouvernement de la Cochinchine. Si cela fut fait, on peut supposer qu'elle n'a pas été étrangère à la mission dont M. de Lagrée fut le chef et qui eut lieu en juin 1866. Seulement, M. de Lagrée est

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N'ayant reçu, ainsi que je viens de le dire dans la note ci-dessous, aucune instruction au sujet du projet dont je parle dans cette lettre, j'allai bien au Se-tchuen Tannée suivante (i863), ce qui me procura le plaisir de revoir mon ami Dupuis en passant à Han-kéou. Je ne pus que lui faire part des renseignements que j'avais obtenus ; d'ailleurs, il en possédait déjà plus que moi, et il était en relations avec quelques-uns des plus hauts fonctionnaires des provinces

parti de Pembouchure du Mé-Kong, ce qui explique les difficultés qu'il rencontra et l'épuisement assez rapide des ressources, d'ailleurs trop faibles, que l'on avait mises à sa disposition. On sait, en effet, qu'il dut emprunter une somme de 15 à 20.000 fr. environ aux mandarins du Yûn-nàn, qui la lui prêtèrent sans en demander de reçu, mais que M. de Lagrée ne voulut pas accepter sans conditions de remboursement. Ce remboursement devait se faire en armes et munitions. Plus tard, après la mort de M. de Lagrée, M. F. Garnier, devenu le chef de la mission, décida qu'il aurait lieu immédiatement et en argent. La somme fut remise aux missionnaires du Se-tchuen; ceux-ci, à leur tour, en chargèrent un chrétien du Yûn-nàn qu'on ne revit plus, et le remboursement n'a jamais été fait.

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de l'ouest et du nord. Je vis bien alors qu'il pourrait un jour accomplir notre projet sans m oi.

Je bornai donc mes études au Se-tchuen, aux seules questions agronomiques; mais, souvent, j'eus du regret de ne pouvoir donner suite à mes desseins.

Quoi qu'il en soit, vers le milieu de 1864, j'étais en France et, au commencement de 1865, j'en repartais, désigné par Son Excellence M. Drouyn de Lhuys, pour occuper le poste de consul à Ning-po. Là, il me fut donné de revoir encore une fois Jean Dupuis, qui était à cette heure en pleine prospérité et d'autant plus près du but, qu'il n'avait jamais cessé de poursuivre, c'est-àdire la recherche d'une route devant relier nos possessions de l'Annam avec les provinces occidentales de la Chine.

G.-Eug. Simon,

Ancien consul de France en Chine.

Auteur de la Cité Chinoise.

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