VI PREFACE
minant de son œuvre. Il s'y était attaché avec amour. Il le voulait aussi parfait que peut l'être une œuvre humaine. Et pourtant, poussé comme par un pressentiment de sa fin prochaine, il y avait, en ses dernières années, travaillé fiévreusement, ■ — sans hâte cependant, car « l'histoire, surtout celle-là, disait-il, ne s'écrit pas avec légèreté », — afin que tout fût prêt au plus tôt.
Les circonstances ne lui en permirent pas l'achèvement. Il lui avait bien fallu s'y conformer. Ainsi qu'il me l'écrivait au lendemain de la mort de son frère, en 1921, « nous ne disposons pas de nous-mêmes. Notre vie, notre action, nos pensées sont entre les mains de Dieu. Et nous ne pouvons songer à nous-mêmes que Lui premier servi ». Les événements, pour Imbart, étaient comme les messagers du Seigneur et il ne se sentait pas le droit de se refuser à leur appel. M. Gabriel Hanotaux l'avait chargé d'exposer, dans sa monumentale Histoire de la Nation française, l'histoire politique de la France des origines à l'avènement de François P' : Imbart l'écrivit et donna un chef-d'œuvre i. La guerre, puis l'après-guerre, la tâche essentielle de la reconstruction française et internationale, l'avaient sollicité : il s'y donna sans compter, et celui qui plus tard essaiera de dessiner l'histoire de notre temps sera surpris de retrouver partout la trace qu'y a laissée cet historien, philosophe et homme d'action, qui avait l'étoffe d'un diplomate et d'un véritable homme d'État. On sait ce qu'il a fait pour le rapprochement de la France avec la
1. Voir l'article que nous y avons consacré dans la Reuue des Deux Mondes du 15 juin 1921 : « Gomment s'est faite la France. D'après un livre récent, »