PREFACE VII
Belgique et l'Espagne, à Louvain avec le cardinal Mercier, à la Casa Velazquez avec son cher Widor, avec Pierre Paris, encouragés et généreusement aidés par Alphonse XIII; on ne sait pas encore tout ce qu'il a tenté et réalisé pour la reconstruction morale, intellectuelle et économique de l'Europe^ aussi bien que pour la pacification religieuse de la France et la formation de conducteurs d'hommes : car ce grand ouvrier savait que le premier devoir d'un homme d'action est de se préparer des successeurs ou des remplaçants, afm que la tâche entreprise se poursuive.
Son œuvre historique ne pouvait pas ne pas en souffrir. Pourtant, chaque année, dès qu'il le pouvait, il quittait Paris pour retourner sur sa terre, à Chanaux, au revers du Morvan, et pour y retrouver ses paysans, dont il disait : « Je les comprends comme ils me comprennent. » Il vivait parmi eux; il s'entretenait familièrement avec eux; auprès d'eux il prenait des leçons d'histoire, et ce sont eux, sans doute, qui lui ont fourni la clef de toute son histoire; car, il l'a dit à ses intimes et il l'a redit en une page magnifique de son Calvin : « Si la Réforme a finalement échoué en France, c'est parce que le paysan, attaché à sa demeure, enraciné dans ses souvenirs, reste l'homme de la tradition. Or, cette tradition, la Réforme l'a froissée dans les fibres les plus profondes de son âme, le culte des saints et le culte des morts, par où il tient le bout de la chaîne qui le mène droit à l'infini. »
Revenu à sa table de travail, il se remettait à son livre. Il traçait d'une main sûre le portrait de l'homme et de son œuvre, sa formation, sa doctrine, sa méthode de gouvernement, sa personnalité; puis il suivait pas à