Cf. IV, I
est mort sur la croix. — Dieu force les méchants à pécher. Malgré vos distinctions, vos subtilités, Dieu est donc Fauteur du mal? — Quel blasphème! Dieu a voulu pour ses fins secrètes que l'homme le commît. Il pousse ceux qu'il veut perdre, leur cache le sens de sa vérité, les rend sourds à sa parole, les livre à eux-mêmes. Mais le mal est l'œuvre de leur volonté propre. Dieu a voulu qu'Adam fût pécheur : mais c'est Adam seul qui a péché. — Alors notre volonté est contrainte? Or, où est la contrainte cesse la responsabilité. — Distinguons. Notre volonté est serve. Elle ne peut vouloir que le mal. Mais nécessité n'est pas contrainte. La contrainte est une impulsion extérieure, une violence physique; la nécessité, le mouvement de notre nature même. Or, si nous nions que l'homme soit libre, sa volonté échappe à la coaction du dehors : cette nécessité est dans la volonté même. « Ceux qui font le bien le font de la franche voulenté que Dieu leur donne et... le mal, de leur voulenté naturelle, à laquelle Dieu les livre ^ °. » — Mais le choix même de Dieu, arbitraire, est injuste. Pourquoi les uns et non les autres? — Injuste? Est juste ce qui plaît à Dieu. Dieu serait-il redevable à l'homme? L'homme ne mérite qu'une chose, la damnation. « Puisque nous sommes tous contaminés... Il ne peut se faire que Dieu ne nous ayt en haine. » Il devrait nous damner tous. S'il sauve quelquesuns, rendons grâces à sa miséricorde. Réprouver est l'œuvre de sa justice; élire, de son amour ^i. — Mais Dieu se joue ' cruellement de sa créature. Pourquoi l'appeler à la vie, pour la perdre? — Dieu nous doit-il des comptes? Disons avec saint Paul : « 0 profondeur! Qui es-tu, homme, pour plaider contre Dieu? Il faut toujours en revenir au seul plaisir duquel il tient la cause cachée en soy mesme^^. » Taisez-vous et adorez.