Ibid
nous découvre cette intervention inexplicable de Dieu. Un peuple choisi, et des nations réprouvées. Pourquoi ces préférences de Jéhovah? Abel et non Caïn? Isaac et non Esaii ^e? H l'aperçoit dans l'histoire, dans ces événements spontanés, ces fatalités mystérieuses que rien n'explique et qui déroutent notre pauvre raison humaine. Mais quoi qu'il dise, il n'a pas réussi à dissimuler les incohérences, les inconséquences de ces affirmations absolues que contredisent d'autres affirmations, et qui, au sein même de la Réforme, provoquent des ripostes vigoureuses. C'est Mélanchthon, qui, dès 1543, prend la plume pour rappeler cette grande idée du Christianisme : « Si Dieu fait le bien en nous et nous sauve par la grâce, l'homme seul pèche par sa faute 9i se damne par son péché. » Et il écrit à Calvin : « Accusons donc notre volonté quand nous succombons et ne cherchons pas la cause dans le conseil de Dieu... Dieu veut nous secourir et assister ceux qui luttent... On ne peut dire que les crimes de Néron ont été nécessaires ^^ » A Genève même, en plein colloque, un ministre d'origine française, Bolsec, ose contredire le réformateur. La lutte est engagée... Écoutons ce dialogue passionné ^^.
Si Dieu, a offert le salut à tous les hommes, comment à l'avance choisit-il les uns et exclut-il les autres? Et si les élus sont tels par son décret éternel, à quoi sert la Rédemption, et par là même que devient le Christianisme? — Il est vrai. L'Écriture nous affirme que Dieu a offert le salut à tous les hommes. Mais il faut s'entendre. « Tous » ne veut pas dire l'ensemble du genre humain : il signifie des hommes de toute condition ou de tout pays 29. Quant à la Rédemption, elle est le moyen dont Dieu se sert pour manifester à ses élus leur élection divine. C'est pour eux que le Christ
26. III, XXI, 6, Zwingli s'appuie déjà sur ces exemples dans son traité de la Providence.
27. Sur toute cette controverse, cf. Op. Calv., XI, col. 595.