Inst. III, xxiii, 8 et
Ils eussent pu non sans raison lui retourner le même conseil.
On lui a fait une autre critique. S'il est exact que toute doctrine qui fait de la puissance l'attribut suprême de Dieu, ouvre les voies au panthéisme (Spinoza en sera la preuve), n'est-ce point à cette conception moniste du monde que conduit le système de Calvin? Ce reproche, Mélanchthon l'a formulé. Il voit dans sa doctrine de la causalité divine un retour au stoïcisme. N'est-il pas curieux que le Réformateur qui a le plus contribué à combattre cette philosophie ait donné quelque apparence de s'en être inspiré? Calvin s'en défend. Et il invoque de bonnes raisons pour se défendre. Cette nécessité de la nature implique-t-elle donc l'universelle nécessité? Soumis à Dieu, le monde reste distinct de Dieu. Dieu réalise dans les êtres sa volonté, non son essence. Mais, dans cette dépendance, un être reste libre. Et cette liberté nous suffit, si elle est unie à l'intelligence, à la bonté, à la justice. Que parle-t-on alors d'un fatum, d'une loi implacable et aveugle qui étreint toutes choses et les entraîne vers un but inconnu? Si cette volonté juste et bonne se pose sur nous, si elle affranchit ceux qu'elle a choisis, les incorpore à sa vie, les régénère, les appelle à l'action, comment ne pas voir que l'homme devient à son tour comme l'instrument de la liberté divine? C'est par là qu'il échappe à l'apathie stoïcienne et se libère du relâchement ou du désespoir^*.
Car cette doctrine de contrainte, Calvin la transforme en une assurance de salut. Si l'homme ne devait son salut qu'à lui-même, à ses œuvres, à son mérite, il ne pourrait qu'être tremblant et dans l'angoisse de sa destinée. Mais que craindre, si Dieu nous a choisis? Et si, nous ayant choisis, il nous en donne la certitude? A quels signes? Une vocation extérieure, d'abord, la connaissance de sa Loi et l'adhésion à sa Parole. Mais cette vocation première