Inst., I, XVI
ne suffit pas. Elle n'est qu'un commencement. Elle nous est commune « avec les réprouvés », eux qui, comme les terres arides de la parabole, ayant reçu la semence divine, la laissent étouffer par les épines ou dévorer par les oiseaux du ciel. La vocation véritable est celle qui résonne en nous, l'appel intérieur qui nous illumine, la foi qui nous justifie, la charité qui nous sanctifie. C'est alors que l'homme a le sentiment de son élection. Dieu, qui lui avait déjà donné par son Esprit la certitude de la Vérité, lui infuse par cette foi vivante la certitude de son salut. Ayons donc cette confiance ferme, qu'une fois incorporés au Christ, nous ne pouvons plus périr ^^ Ne disons plus comme la vieille Église : « J'espère la lumière après les ténèbres », mais, « après les ténèbres, la lumière ».
Contempler Dieu, se confier à Lui, sans chercher plus, pour savoir sa volonté bonne, agréable, parfaite, et attendre son heure en se disant qu'il nous fait vivre, agir non pour nous, mais pour sa gloire, non par nos mérites, mais par sa bonté, « ceste vision n'effraye point, mais appaise et addoucit. Elle n'esmeut pas les curiositez bouillantes, mais les rabbat toutes. Elle ne travaille point les sens, mais les rend tranquilles. Voicy où il nous faut droictement reposer ^^ ». Et par là, le mystère insondable de la prédestination devient le gage de notre quiétude, le stimulant de notre vie morale et le garant de notre humilité.
Notre humilité? Calvin en est-il sûr? Nous aurons à voir les conséquences psychologiques d'une pareille doctrine, ce qu'elle donne de consolation, de force à ses fidèles, mais aussi quel âpre mysticisme elle déchaîne et à quelles explosions elle risque d'aboutir.