‹ Les origines de la réforme (volume 2)Chapitre 4 sur 87 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

pas la propagande de l'Évangile dans les divers milieux, pour décrire enfin l'organisation religieuse dont le génie de Calvin a su doter la Réforme, en restaurant au sein du protestantisme, et en partie contre lui, les idées catholiques d'universalité et d'autorité. La première création de Calvin avait été un livre, V Insîiîuîion chrétienne ; la seconde fut une ville, Genève. Doctrine formulée, doctrine appliquée : synthèse grandiose d'éléments hétérogènes, Loi et Grâce, liberté chrétienne et discipline, individu et Église, assemblés avec la rigueur singulière d'une logique toute française. Imbart ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration devant ce prodigieux effort issu d'une foi ardente : « L'histoire s'incline toujours, même quand elle ne les partage point, devant ces fortes convictions qui s'afTirment par le sacrifice. » Et pourtant son admiration ne pouvait entamer sa clairvoyance. Lors de notre dernier entretien, à Grenoble, le 25 octobre 1925, sur le chemin d'Aix à Genève, où le conduisaient ses ultimes recherches, il résumait d'un mot les conclusions de son travail. Parlant moins des réformateurs eux-mêmes, et de l'inspiration profonde de leur action, que de leurs successeurs, de leurs épigones, du mouvement qu'ils avaient mis en branle et qui parfois reflua sur cette inspiration pour la durcir et la déformer, il me disait : « L'erreur de la Réforme a été de mettre l'accent sur la puissance arbitraire de Dieu, non sur l'amour. »

Telle est l'œuvre que Pierre Imbart de la Tour avait conçue. Il n'a pas tenu à lui qu'elle ne fût entièrement réalisée. Une première alerte, en avril 1923, l'avait laissé fragile, et incertain de l'avenir. « L'essentiel est que je puisse travailler, m'écrivait-il de Chanaux en

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