Cf. Paquier, Jérôme Aleandre, Paris, lUOO
2. B. N., fr. 5085, f"35.— Dans les registres de la GiianceUerie, nous trouvons quelques lettres de naturalité données à des étrangers pour raison d'études, JJ. 220, n" 31. /d., 227, n-'SO; 232, n» 143; 233, n" 414. De ces étrangers, heaucoup viennent dans les facultés de théologie et demandent permission d'avoir des bénéfices. Malgré les protestations du Parlement, la royauté donna libéralement ces congés (B. N., Fr. 5085, r** 35, 40. Id., 5093, f' 21). Pour les bourses des villes étrangères, voir un exemple dans Arch. cant. de Soleure. Reg. des délibérations, t. IIL p. 04 (1501).
3. A Orléans, le nombre des étudiants de la nation de Germanie augmente de 1483 à 1520. Le nombre des nouveaux intitulait est de 7, en 1484; de 14, en 1500; de 21, en 1516; de 24, en 1517 (A. D., Loiret, D. 213, r* 72, 100 et suiv., 154 et suiv. 100 et suiv.).
s'insinue en restant elle-même. Elle opère sans se détruire; elle se mêle sans s*épuiser. Elle rajeunit et renouvelle, mais elle transforme et altère, bienfaisante et nocive, féconde et délétère à la fois. La révolution artistique comme la révolution intellectuelle allait naître de ces contacts, — et aussi la révolution religieuse. Il ne fut pas indifférent pour la propagande des écrits ou des idées de Luther qu'un grand nombre de nos artisans, de nos imprimeurs, de nos écoliers aient été Allemands.
Nos besoins croissent avec nos richesses. Dès la fin du xv* siècle, le goût du bfen-être et du luxe se répand dans toutes les classes de la société. Il change les conditions matérielles, le décor, Tidéal même de la vie.
Des cadres où nous vivons, Thabitation est celui qui reflète le plus nos sentiments et nos mœurs. Au Moyen âge, château fort ou ville close, elle a toujours le même aspect, étant rréée pour la défense. Perché sur la hauteur, motte ou rocher qui domine la campagne, dissimulé sous Tarmature puissante de son donjon et de ses tours, de ses créneaux et de ses courtines, enfermé sous la triple enceinte de ses murs, le logis seigneurial est formidable et sombre. Dans cet amas de pierres qui fait tache sur la lumière, pénètre à peine la lumière même. Les fenêtres sont des meurtrières; les tours, des corps de garde ou des prisons. Ici, la demeure est une forteresse. Rien en elle d'élégant ou d'inutile. Elle n'est pas faite pour le plaisir des yeux, l'agrément des rendez-vous et de la vie mondaine. Derrière les murs épais, sous les voûtes basses, dans les replis des corridors ou le demi-jour des salles, on entrevolt la vie rude, l'alerte continue, les préparatifs de guerre. Le seigneur n'est pas un maître qui reçoit, mais un chef qui commande. Ses compagnons sont des soldats; lui-même est le premier de tous, sans cesse
répée au côté, toujours prêt à monter à cheval pour une riposte ou une aventure. — De même dans les villes, sous le flux et le reflux des invasions, Tanciennecité s'est rétrécie. Concentrée tout entière autour du cloître, de Téglise, du château du comte ou du donjon de l'évêque, elle s'est repliée sur elle-même pour se défendre. Pendant des siècles, c'est dans cet espace étroit de camp retranché qu'il a fallu vivre. Partant, la population s'est installée comme elle a pu, où elle a pu. Les demeures obscures et basses, se sont serrées les unes contre les autres, sur le rebord du pont, aux flancs du rocher, sous Tégide protectrice des tours ou entre les bras maternels de l'église. Qu'on imagine la vie dans un pareil milieu! L'air est infect; la plupart du temps, le logis sordide. L'homme vit sous la crainte continuelle de l'incendie ou de la peste. Il n'a d'autre joie que les fêtes du culte, d'autre vision que les légendes dorées qu'on lui récite ou qu'il retrouve sur les vitraux du chœur et les portes du sanctuaire, d'autre idéal que les espoirs infinis qui endorment sa misère. C'est que le besoin n'est plus de bien vivre, mais de vivre et, dans la masure qu'il habite, ce qu'il cherche d'abord, c'est une protection.
Or, à la fin du xv« siècle, ce besoin a disparu. Dans la sécurité nouvelle que ramènent l'unité politique, la fin des guerres féodales, le Français aspire à une vie meilleure et plus large, et son habitation est le premier luxe qu'il songe à se donner.
Partout, dès le règne de Charles VIII, le vieux château a dépouillé sa cuirasse impénétrable. Dans le donjon, comme dans les salles, de larges baies, nouvellement ouvertes, laissent pénétrer la lumière du ciel '. Ailleurs, là où il construit, l'homme multiplie les ouvertures et les ornements. Voyez les châteaux et les hôtels de ce temps. Blois, Meillant,
1. Un des exemples de ces superpositions est le chàleau de Murols, un des plus curieux dont nous ayons les débris (Puy-de-Dôme, près Saint-Nectaire).
LA RBNAISSANGB BCONOHIQUE. 897
Gien,.' rien n'y rappelle la structure ancienne, la masse pesante, l'appareil formidable et meurtrier qui protège, mais qui étouffe. Svclte et parée, la demeure nouvelle traduit l'élégance et la confiance. La brique y alterne avec la pierre. A la place des créneaux massifs, court au faite de l'édifice le balcon ajouré; sous les combles élevés, terminés par des épis et des (lèches, s'alignent les hautes fenêtres aux croisillons sculptés; les tours qui s'ajoutent au bâtiment sont un ornement plus qu'une défense. Presque toujours, une galerie extérieure permet la libre causerie et découvre au regard les horizons indéfinis. Tout, au dehors, est grâce, légëreté, lumière. Tout, au dedans, est scintillement et richesse. Dans les salles lambrissées, pendant lété arrosées de vinaigre pour être fraîches, les murs disparaissent sous les tapisseries ou les peintures; parfois, on y fixe des tableaux ou des images d'argent. Sur les planchers en marqueterie, s'étendent des tapis d'Orient, sur les meubles, des broderies de Milan ou de Lyon, des fils d'or do Florence. La voisscUe est d'argent ou de porcelaine, le linge fin, de Flandre ou de Venise. Dans la hbrairie s'alignent déjà, recouverts de fines ciselures ou de lettres d'or, les livres favoris, évangéliaires, heures, h mer des Istoires ii, Valère- Maxime, Titc- Live, romans de chevalerie ou légendes de saints, aventures d'amour ou levons de morale, les dernières poésies de l'Andrelini ou les contes de Boccace'. Sur la campagne, le coup d'œil est charmant. Une main savante a ajusté la noture à la demeure, tracé autour d'elle les parterres et les allées, multiplié les fieurs et les fontaines. Dans ces jardins, comme à fiaillon, le maître a réuni oiseaux rares ou bêtes de prix : haquenécs d'Angleterre, lévriers, chiens
I. On peut se rendre comple de ce Iule intérieur par les «iélaiU que nous possédons sur l'ameublement du cbAtc«u de G&illon. A. D-, Seine-lnrérieurc, G, 613, f.U, 0)5, 618, 620, 624, 630, etc. — Deville, Complet lU» dépenses dt la eonslruetion du chdleau de Gaillon (Doc. inéd., Paris, I8S0}.
de renard ou « épaiyons », faucons d'Allemagne, poules d'Inde, cigognes, paons, et, dans ses bois, cerfs ou chevreuils... Il peut offrir à ses invités tous les plaisirs de la paume, de la promenade ou de la chasse. Une telle demeure est faite pour l'enchantement des yeux : elle n'est plus une machine de guerre, elle est une œuvre d'art *.
De même que le château, la ville se transforme. Il suffit de parcourir les registres ou les comptes municipaux du temps pour mesurer les changements. Certes, dans ces travaux qui partout se commencent et partout se multiplient, il y a un intérêt économicjue : Tobligation de faire vivre cette masse d'artisans qui s'accroît chaque jour. Mais on y retrouve aussi le môme souci du bien-ôtre ou de l'art, la môme aspiration à une existence plus brillante et plus douce. Les villes se préoccupent déjà de l'hygiène. La plupart ont reconstruit leurs halles, éloigné les abattoirs du centre, organisé un service de voirie, prescrit aux bourgeois l'entretien et le nettoyage de leurs maisons, remplacé les chemins boueux et défoncés par des rues pavées en pierre '. Dans une foule de centres, Paris, Rouen, Dijon, Amiens, Périgueux, etc., des fontaines nouvelles sont édifiées et portent des eaux salubres aux habitants. Mais on ne se contente pas d'assainir; on embellit*. Tours a fait reconstruire, dès
1. Id., ibid,, G. 613. Lévriers envoyés à Gaillon (1198-1499). Id., G. 616 : le cardinal y fait mettre des paons, des faisans, des poules d*Inde; en 1503, des cerfs et un sanglier; en 1505, des chevreuils (G. 620, 624). En 1507, il fait faire un bassin de marbre (ie/., 629).
2. On peut suivre ces progrès à Dijon, par exemple, dont nous avons les comptes au complet. En 1491, la ville fait paver les rues (J. 83). Elle organise une inspection du nettoyage, et elle afferme bientôt à un entrepreneur l'enlèvement des boucs et des immondices (J. 102, 103). En 1486, elle fait faire une halle pour la draperie, en 1498, agrandir celle des cordonniers. Une poissonnerie nouvelle a été établie en 1490, une boucherie nouvelle en 1500. De 1508 à 1511, on construit les abattoirs hors de la ville. L'échevinage achète enfin, en 1 500, pour 3 133 livres, une maison destinée à devenir Thùtel de ville (H. 33, 52, 61, 62, 71, 75, etc.).
3. A Dijon, la ville appelle un fontainier de Champagne et fait corn-
1467, son hôtel de ville. Sur les murs de la grande salle, Alart FoUarton a peint un paysage et « XXIIII grans arbres... et à ung chascun.., ung lieu escu armes » de la ville et des maires. Tassin Vinot et Gilles Jourdain, deux artistes tourangeaux, ont exécuté les verrières*. En l.'i07, Guillaume Bernouard édifie Thôtel; en 1511, Michel Colombe la fontaine de Beaune. — A Lyon, Thôtel de ville est reconstruit et décoré en 1302 par Pierre d'Aubenas. En 1308, le Conseil fait élargir les rues, abattre les échoppes et les bancs des merciers et changeurs qui encombrent le pont de la Saône. En 1309, Louis XII intervient lui-même pour faire jeter bas toutes « les galleries, retraites... » qui déparent les places publiques, les quais de la Saône et les rues et ordonne de les rebâtir en pierre « en façon que la ville soit plus belle, fort honeste et mieulx cxtimée » ^. Grenoble a son palais de justice en 1303, Rouen, son palais de TEchiciuier en 1306. Bourgeois ou nobles travaillent à Tenvi d'ailleurs à embellir leur quartier. De 1300 à 1320, une foule d'hôtels particuliers sont reconstruits : à la place du logis bas, en bois ou en brique, commence à s'élever la façade de pierre aux arêtes sculptées, aux fines courbures qui annoncent un style nouveau. Visible-
mencer des travaux pour faire venir les eaux des environs (J. 131, 132); les puits de la ville sont reconstruits en ioOS (J. 13C). — A Tours, la fontaine de Heaune est faite on 1510. A Périgueux, la ville appelle des fontainiers en 1478, 1VJ3, 1501, 1514 et fait faire des conduites d'eau {HuUelin, t. XH. M. Hardy, Les fontaines de Péri gueux, p. 327).
1. Société archéol. delà Touraine, t. XX. Pièces justif., p. 28, 31.
2. A. M., Lyon, BB. 24, f*" 345. Ordre du roi de faire réparer les rues (!*' fév. 1502). BB. 25, f* 242. Élargissement de rues (9 mars 1508). BB. 28, f" 50. Ordre d'enlever les échoppes et étalages qui encombrent le pont de la Saône (16 nov. 1508). /</., f* 129. Ordre du roi pour la démolition des galeries de bois et obligation de les reconstruire en pierre (13 sept 1500). Travaux à l'hôtel de ville : peintures et verrières. (BB. 24, 1" fév. 1502). — Les villes se préoccupent également des incendies. Amiens ordonne de couvrir les maisons en tuiles. BB. 15, f" 123 (8 nov. 1487). Kn 1517, Lyon organise un service de seaux en cuirs pour éteindre le feu (BB. 37, T 42 V).
ment lo cadre extérieur se transforme et, dans ce cadre, le costume à son tour va se modifier.
Il subit une double révolution. La première, dès la fin même du règne de Louis XI, répand dans toute la société Tusage des habits de soie. On porte des étoffes d'or ou d'argent, de damas, de satin, de velours. En 1485, la mode est si générale que le roi s'en inquiète. Par Tédit du 17 décembre, il interdit à ses sujets le port de ces nouveaux costumes trop coûteux, sauf aux nobles « d'ancienne noblesse » et aux « chevaliers tenans deux mil livres de revenu par an » *. Mais ces prescriptions eurent le sort de tous les édits somptuaires. Simples gentilshommes, bourgeois, gens de « petit état » qui ont quelques écus continuent à s'habiller en princes. Ces manants, qui consentent à l'inégalité devant l'impôt ne l'admettent plus devant le costume. Ils délaissent si bien les draps communs et de laine qu'en 1494, les drapiers de Rouen attribuent à ces usages la crise de leur commerce^. Au xvi" siècle, l'engouement est général et une nouvelle interdiction de François I"* (16 février 1517) ne réussit pas à le modifier. — 1-ia seconde révolution fut l'introduction en France des modes italiennes. La robe, l'habit long et grave disparaissent. La mode est aux vêtements serrés au corps, aux manches fendues, aux chemises bouffantes. Au début de François P% elle fait fureur '. C'est qu'elle sied à merveille à de jeunes hommes, ivres de vie et d'action, amoureux de plaisirs, de tournois, d'aventures, qui adorent le roi parce qu'il est le premier des gentils-