‹ Les origines de la réformeChapitre 100 sur 198 · Isambert, XI, p. 60*2, a. 7i · texte numérisé non relu

Isambert, XI, p. 60*2, a. 7i

2. A. N.» X** 4515. • Sur ce que on trouve diversité d'arretz... louchant les rentes constituées à pris d'argent et' modéracion des arrérages • (30 juin. 1513). En 152U, François 1*' intervient à Cognac pour autoriser les bourgeois à amortir Iles rentes consenties aux égUses. (Amos Barbot, Arch. hixl. de la Saintonge, XIV, p. 489.)

habitants : il faut l'agrandir ou la réédifîcr*. Dans les villes closes, le progrès de la population est plus sensible encore. Ici, la sécurité plus grande, les exemptions ou les franchises plus étendues, le mouvement du travail ou des affaires sont la grande séduction qui attire et qui retient. A Paris, dès la fin du xv*' siècle, tout le quartier du bourg Saint-Germain est mis en culture ou transformé en habitations. En 1510, le roi lui-même remarque que la ville est a peuplée en si grand nombre de gens que c'est chose inestimable ». Les vieilles enceintes sont trop étroites, de toutes parts, elles craquent sous la poussée du flot humain qui a grossi^. En même temps, les localités voisines, Vaugirard, Issy, Grenelle voient affluer les habitants. Or, ce phénomène est commun à toute la France. A Lyon, la population grandit d'une année à l'autre. En 1493, elle n'est déjà plus celle de 1486; il faut refaire le terrier dos impositions. Le plus gros revenu mobilier qui était en 1446, de 1 400 livres, en 1460, de 2 000 livres, est estimé à 3000 livres. Trois ans plus tard, le procureur de la ville constate que le peuple « a creu et augmenté de la moytié... tant à cause des foires que autrement ». En 1515, il faut encore procéder à une revision nouvelle du cadastre et des feux tellement « ladicte ville et faulxbourg d'icelle, lieux et villaiges se sont peuplez » '. A Tours, vers 1510, la ville s'est trouvée (( si... augmentée que le peuple... à grande difficulté s y peult loger et retenir ». L'échevinage demande la réunion des faubourgs à la ville; l'autorisation est ccordée à chargé de clore de murs la cité nouvelle *. A

1. Sur les progrès de la classe rurale» cf. Livre 111, chapitre iv. Les travaux d*agrandisseincnt ou de reconstruction des églises nous sont signalés dans un grand nombre de documents, surtout en Champagne.

2. Très nombreux accensements de terres et maisons faits au bourg Saint-Germain. A. N., LL. m 6 (1511-1512). Registre des censives de Paris. — Isambert, XI, p. 557 \mars 1510).

3. Lyon, A. M., BB. 20, f" 63. Réfection du terrier (1" et 4 avril 1493), BB. 24 (20 juin 1496).

4. Déjà, à Orléans, les faubourgs se peuplent à la fln du règne de

2*'. La rîA^CE M ::E£5£.

Arrjlfrfi*. rj'/fi- jy^uvoû- *uîrpf=- avr»: plu» de pné*:Uion eDCorp r^ |/ro^.-T. A U fin du ré^ne 'le L/>uU XI. rêchevinaee dul Wir*: r-i^r Ih vifrille forl^rr?-^. De* lt>l. il acœnse les terr^irjT ^ condition de faii^r Uitir et. juiqu'ea 14di. ce$ couce$- •?îon- ^ continuent. En l->.0. c'est l'église Saint-RëoiT qu'il faut agrandir : dans ce quartier, le nombre des habitant» sVrt tellement accru qu'aux offices, la plupart restent dehors. En 1307, i'éirhevinage autorise Touverture de voies nouvelles. .\in«î en vingt-cinq ans une partie de la ville a ét« construite et l'agglomération urbaine a presque doublé '. l'art/jut ailleurs, à Rouen. Dijon. Agen, Poitiers, la recon- ^itniction des halles trop étroites, la réfection des remparts trop njppro<:hés. le nombre d'emplacements baillés à bâtir, nous font connaître ces progrès rapides. .\ux débuts du xvr -iiîcle, la France n'e<t pas seulement un des pays les plu*^ rirfies, mais aussi l^« mieux peuplés.

(jd accroissement a eu sa première cause dans la natalité. Il n'e-l fias rare alors do voir des familles de dix et douze enfants; celles de cinq à sept sont la règle commune-. Le nombre des naissances réparc ainsi les .saignées faites jadis fMir la guerre et que la guerre renouvelle, les mortalités, les cont/igîons qu*on ne peut réussir à conjurer. Mais elle a aussi une autre origine : Tafflux étranger. Ces générations nou-

l»ijis \I et sons Cliarit's VIII. La ville subit deux augmentations succi:»-) vi;s (A. N., X2* 61, l'j mai U^T).

1. H. .M., Amiens, BH. M (li81). - W., 30 île r. 1484, r 172 V. Projet*; pfMir ragraïKlisseiiient de la )^rande rue. — Ici. BB. 13, r* 172. Cession fies terrains iJe l'ancienne forteresse aux religieux de Saint-Martin à condition de faire hâtir 'l'î juillet 1488). Autres accensemcnts. /</., f~ 1744 170. — BB. 10. r ISO. Constructions de maisons neuves (4 mai 1492). Aulres accensements en 1403, liOi. Irl., T' 203 y^ 277 y^. — Saint-Ueray (BB. 20. r 28, 22 nov. 1503)« - depuis la démolicion de lanchicnnc fortn^sse l'en avoit êdiftic et édiffioit chacun jour pluizeurs nouvelles mai^'OMs... tant au dedans «pie au dehors de lad. ville *.

2. Voir par exemple, le seigneur de Beauveau (A. N., X*' 128, f* 96). Son pcre a d'un premier mariage trois enfants, d'un second lit, sept; il se marie une troisi/;me fois et a de nouveaux enfants.

velles qui viennent refaire la France ne sont pas uniquement celles qui ont grandi sur notre sol.

Quand on étudie la structure sociale, on est frappé de la place qu'y prennent, à cette époque, les éléments hétérogènes. Jamais la société française ne fut moins fermée, jamais les migrations internationales n'y furent plus grandes. Elle ne connaissait d'autre ennemi que l'Anglais. Contre lui et lui seul, auteur de tant de maux, s'étaient concentrées toutes les haines héréditaires. Aux autres peuples, nos frontières s'étaient ouvertes. Devant les étrangers, les barrières juridiques s'abaissent. Le Moyen âge les avait isolés, parqués hors de l'Etat, privés des droits essentiels d'acquérir et de transmettre. Peu à peu, ces idées s'effacent. L'aubain cesse d'être l'ennemi; on commence à comprendre l'utilité de cet apport toujours nouveau qui ravive et complète la race. Louis XI et, après lui, Charles Vlll ont aboli le droit d'aubaine dans tout le Languedoc. 11 n'existe plus en Provence; ainsi dans tout le Midi de la France, il est permis à l'étranger de s'établir, d'hériter, de disposer de ses biens *. Des privilèges analogues sont reconnus aux Suisses par le traité de 1484 et aux Ecossais par les lettres patentes de 1513 *. A ces mesures générales à une province ou à une nation s'ajoutent encore les franchises reconnues à un grand nombre de villes. A Lyon, par exemple, la ville a privilège que les étrangers n'y soient soumis à aucun droit : à plusieurs reprises, elle défend ces exemptions contre l'avidité des officiers royaux. Voilà autant d'asiles où les étrangers ont toute facilité de s'établir ^

1. H. Séc, Louis XI et les villes, p. 327. A. D., B.-du-Rhône, C. 2056, r 300. Dolùances «les Ktats de 1517.

2. Du Mont, l. 111, p. 127 (i août 1484). — B. N., 25719, n»205 (sept. 1513).

3. BB. 17, r 50 V» (i avril 1483). NouveUes protestations de la ville contre la levée du droit d'aubaine (7 fév. 1503). /rf., 2i, T 392. — Le droit d'aubaine est également aboli à Bordeaux, Rouen, Saint-Quentin. En 1478, la Bourgogne en demande la suppression* Mais Louis XI fait une réponse évasive. A. D., Gôte-d*Or, B. 17, T' 62 (11 mars).

Par cette brèche ouverte, qu'élargissent encore les faveurs, les franchises individuelles, le flot s'infiltre et grossit toujours. De 1483 à 1501, la chancellerie a délivré plus de 220 lettres de naturalité. * Aussi bien, Ecossais, Espagnols, Italiens, Allemands du Rhin ou de Souabe, Impériaux de Hollande, Brabançons, Liégeois, Piémontais, Savoyards, marchands et ouvriers attirés par le lucre, intrigants ou hommes d'armes, par les aventures, lettrés à l'affût d'une pension, clercs en quête d'un bénéfice accourent dans cette terre promise. Le premier, le roi les appelle, dans sa garde ou ses ordonnances, dans ses conseils ou à la cour. Un aventurier italien comme Bof file de Juge, peut être comte de Castres, un condottiere milanais, comme Jean-Jacques, maréchal de France, un petit seigneur allemand, comme Hochberg, gouverneur de Bourgogne. Pour manœuvrer en Europe, surtout pour s'annexer l'Italie, les rois ont besoin de leurs services. Ils prennent leur bien où ils le trouvent, et ici, dans ces étrangers qu'ils attachent à leur personne, ils ont trouvé l'intelligence énergique et le dévouement. A l'exemple du maître, la France est hospitalière. En Provence, ce sont des Italiens de la Riviera : Albenga, Porto Maurizio, Savone qui forment la plupart des colonies agricoles établies sur le littoral ^. En Languedoc, pendant toute la seconde moitié du xv** siècle, c'est l'immigration espagnole d'Aragon ou de

!. De 1483 à 1501, les registres de chancellerie contiennent environ 223 lettres de naturalité. Ce chiiïre se décompose ainsi : habitants du nainaut, Brabant, Zélande, Lorraine et Franche-Comté, 60; Espagnols, 4.4; Italiens, 35; Kcossais, 2'J; Piémont, Bresse et Savoie, 23; Allemands, Suisses, 14; 3 Levantins, 2 Anglais, 1 Portugais, 5 sujets d'Avignon, 7 impétrants dont la nationalité n'est pas établie (A. N., JJ. 210-235). Voir également A. D., Gôte-d'Or, B. 1813, un registre de lettres de naturalité de la Chambre des comptes.

2. De Uibbes, La société provençale à la fin du moyen dge, p. 341. Beaucoup de ces émigrants italiens viennent chercher de Touvrage en Provence. On en rencontre notamment comme maçons (A. D., Var, E. 827, f° 155 v% 2y juin 1 i85). Marchés de coiislruclions faits par des maçons italiens à Barjols.

Valence, de Navarre, de Catalogne : a clercs, laiz, religieux, séculiers... » qui contribue à repeupler le pays encore désert. Ces aubains ont restauré en partie Montpellier et se fixent à Narbonne, à Toulouse, où la ville exempte d'impôts l'étranger pendant un an *. Peu à peu, le mouvement s'est étendu h toutes les provinces. Nous trouvons des Castillans en Périgord, des Flamands en Normandie, des Allemands en Brie et en Bourgogne^. La plupart se fixent dans les villes où on a quelque chance de trouver du travail et de gagner de l'argent. Il y a une colonie espagnole à Nantes, une autre à Rouen, qui, en 1319, offre un autel à saint Maclou*. Il y a des Portugais à Ronfleur, des Rollandaîs à Dieppe, des Liégeois et des Lorrains en Champagne, des Allemands et des Italiens à Tours*. Des Anglais se sont enfin établis à Rouen, malgré la surveillance inquiète de la population qui se défie toujours de leurs visées.

Deux centres surtout attirent ces étrangers : Paris, la ville du luxe, du gouvernement et de l'étude; Lyon, la ville de l'industrie et des affaires. Dans cette dernière, à la fin du xV siècle, l'afflux exotiijue grossit toujours. Le carrefour des routes de l'Occident est devenu un rendez-vous de peuples; on y entend parler toutes les langues, on y lit toutes sortes

{. A. N., JJ. 230, n" 166. Germain, Ilist. de Montpellier j t. II, p. 396 : « Aucuns marchans caUielans el autres gens de Barcelonne riches et puissans sont desja venuz habiter aud. Montpellier » (20 mars 1486).

2. /e/., ibid., 212-235. Cf. /rf., 231, n" 73, un marchand de Nuremberg fixé à Grcssy-en-Brie.

3. /rf., ibid., 229, n" 6; 232, n"' 146, 155. A. D., Seine-Inférieure, G. 6880. Dès la fin du xv" s. il y a des mariniers espagnols établis à Rouen. /</., G. 7668.

4. A. N., JJ. 227, n" 473 (llarfieur); 211, n" 647, 648 (Reims). Id., 220, n"* 150, 2i4 (Tours), et en plus les ouvriers italiens attachés au métier des soies et draps d'or, /rf., 221, n" 283. Espagnol habitant Château roux. Id., 226, n*» 307, 31 i, 370 (Agen). Id,, ibid., n** 67. Hollandais établi à Cahors. — A Rouen, en 1492, le Conseil de ville décide que les Anglais porteront • croix et enseigne •• pour se faire reconnaître (22 avril). A Amiens, il y a également grand nombre de valets étrangers dont on fait le dénombrement (B. M., BB. 21 f* 170 v% 21 avril 1513).

de noms sur les enseignes. Courtiers de Genève ou de Berne, artisans de Nuremberg ou marchands de Francfort, libraires de Bâle et de Cologne, employés des grandes maisons italiennes, des Grimaldi, des Sauli de Gênes, des Capponi ou des Albîzzi, des Nasi et des Médicis de Florence, des Montecarie de Lucques, des Banco de Milan, tous s'y coudoient; tous s'y heurtent : Télégant Italien de la Renaissance, le lourd Tudesque de Maximilien. Fils d'adoption de la ville, ils y possèdent quelques-uns des plus beaux hôtels et y représentent assurément les plus grosses fortunes. Naturellement la ville, qui leur doit tant, fait tout pour les retenir. Elle s'oppose aux mesures fiscales qui peuvent entraver leurs affaires. En 1495, comme en 1512, elle proteste contre l'expulsion des Milanais. Si elle demande la suppression des métiers jurés, c'est pour permettre aux ouvriers étrangers de s'établir. Ces hôtes leur sont reconnaissants; à plusieurs reprises, ils contribuent largement aux charges de la ville et leurs avances permettent au conseil de faire face à toutes ses dépenses sans trop fouler les habitants *.

C'est que, dans notre renaissance sociale, l'étranger est une de ces forces qui transforment et qui créent. Il s'associe d'abord à l'activité économique : Espagnol, Allemand, Italien, chacun avec ses facultés spéciales et son génie propre. Marchand, le Castillan ou l'Aragonais; il n'est guère autre ciiosc. Là où il s'établit, ce n'est pas un métier qu'il fonde, c'est un comptoir ou un entrepôt qu'il ouvre *. « Mécanique », au contraire, l'Allemand; nul, dans le travail des métaux

1. On peut se rendre compte de l'importance de la colonie étrangère à Lyon par les nommées de la fin du xv* siècle que nous avons conservées (A. M., GG. 2. Recensement de 14U3). 11 y a des Flamands, quelques Espagnols, mais le fond de la population étrangère se compose d'Allemands et d'Italiens. Gette colonie Joue un rôle imi)orlant dans riiistoire municipale.

2. La plui)art des Espagnols qui rc(.'oivent des lettres de naturalitc sont des marchands qui s'établissent pour trafiquer. QuclquesMins figurent dans les compagnies d'ordonnances.

n'est plus recherché, car nul n*est plus habile. Armurier h Tours, orfèvre ou tireur d'or à Paris et à Lyon, mineur dans le Maçonnais ou le Conserans *, il est encore « fileur de soie », fabricant de luths, mais surtout imprimeur et libraire. C'est sous cette forme qu'il conquiert une partie de la France. Nous l'avons vu porter sa découverte à Paris, à Lyon où bientôt l'imprimerie est une industrie allemande. De là, il a rayonné dans tout le Midi où Henri Mayer, Weinssier, Neumeister, les Huss ont propagé leurs presses et fait naître le livre. — A son tour, intellectuelle et commerçante, utilitaire et artiste, iltalie nous pénètre. Depuis longtemps déjà elle nous a envoyé ses grands marchands et ses financiers. De Lyon, où ils ont leurs comptoirs, ceux-ci étendent bientôt leurs prises sur toute la France. Les Sauli n'ont-ils pas privilège du roi de faire le commerce dans la Provence, le Dauphiné, la Bourgogne, l'exemption du droit d'aubaine, tous les droits accordés aux nationaux*? Les Albizzi, les Nasi, les Médicis n'ont-ils pas leurs facteurs à Paris, leurs représentants à la cour? Banquiers, négociants, agents diploma^ tiques, ils sont devenus une puissance nationale. Les grands leur confient leurs réserves pour les faire valoir; ils ouvrent aux marchands le crédit de leurs banques européennes. A Lyon même, ils sont en relations étroites avec le consulat, font des avances h la ville, s'associent aux conseillers pour l'exploitation des fermes*. Ils sont enfin, avec nos fman-

1. A. N., JJ. Plusieurs exemple» de ces faits; 220, n'* 255; 222, n** 45; 227, n** 237, 458, etc. A Lyon, ils sont imprimeurs, orfèvres, armuriers.

2. Sur l'invasion italienne en France. Cf. Ann. de la Fac. des Lettres de Bordeaux, E. Picot, Bull, italien (1901. 1903). Les Italiens en France au AT/" siècle. — Pour les Sauli, cf. A. N., JJ. 22C, n" 411. Ils sont de plus sous la sauvegarde royale, et il est interdit de saisir leurs denrées sous couleur de représailles (avril liU4).

3. Cf. dans de Mamlrol, Ymherl de Batarnay^ les opérations faites avec les Médicis, p. 3G0. tin lUK), les Capinmi avancent à la ville les fiOOO livres que celle-ci doit payer au roi. Ils obtiennent des lettres royales pour le remboursement, les autorisant à faire excommunier leurs débiteurs (HB. 19, f" 1«3, 12 février 1490). Trois ans plus lard, la

cîers, les véritables soutiens du système politique. Ils prêtent au roi. En 1494. il a fallu le concours des Sauli pour permettre à Charles VIII de faire sa campagne. En 1513. ce sont les Albizzi qui érjuipent une partie de l'armée. De 1516 à 1519, ce sont eux encore et les Salviati qui soutiennent nos finances, payent les pensions de Maximilien et des Suisses et, agents secrets admirables, secondent notre diplomatie en Allemagne ou dans les Pays Bas. Ils rendent à François I" les services que Maximilien et Cliarles Quint doivent aux Fugger *.

Ainsi, une partie du travail, de la finance, de notre gouvernement môme est entre les mains des étrangers. Ce n'est pas seulement sous cette forme utilitaire qu'ils entrent dans notre vie nationale. Ils s'y font place, Italiens et Allemands surtout, comme artistes ou lettrés, sculpteurs, peintres, architectes, poètes, prélats, régents ou étudiants de nos écoles. Les premiers vont renouveler l'art. Médaîlleurs du roi René, de Charles VIII, de Louis XII, praticiens ou maîtres amenés par Charles VIII à Amboise en 1496, ils annoncent, ils préparent une Renaissance. De ce centre royal où Charles VIII les a établis, Paganini, Joconde, Dominique de Cortone, Pasello da Mercoliano, Solobrini voient leur

ville soutient les banquiers contre le lieutenant du sénéchal (BB. 20, f 101 V). En 1515, le consulat s'enlend avec les banquiers florentins et lucquois pour la ferme des draps de soie. Ces derniers avancent à la ville 20 000 livres et les Génois, 10 000 livres (BB. 3i, r 8).

l.Sur les négociations de Charles VIII avec les Sauli, en 1494. cf. les dépêches des ambassadeurs florentins (22 mai). Desjardins. Xéffociations diplomat. de la France avec la Toscane, t. I, p. 394, 395. — Le rôle des Albizzi est très grand sous Louis XII et surtout sous François I". En 1513, le roi charge Ilobert Albizzi de lui procurer 5 474 piques ferrées, r»248 hallebardes, 4 ICr» • halcretz » et autres armes (0 nov.). B. N., 25719, n" 213. — Sous François I*% ils avancent les sommes dues à Maximilien et à l'Angleterre. Ils préparent notre intervention et l'élection du roi à rKnipirc. Ils sont à la fois les bailleurs de fonds et le^ agents secrets de la couronne (A. N., KK. 289, f** 434, 445, 446. 501). Outre les Albizzi, les Spina sont aus>i banquiers - suyvans la cour •.

LA HENAISSANCE ÉCONOMIQUE, 293

réputation et bientôt leur inlluence rayonner sur toute la France polie. Dès 1504, les œuvres italiennes apparaissent. Louis XII donne le ton : il commande à Gênes le tombeau des chefs de sa famille. A son tour, Tabbé de Fécamp, Bohier, confie à ces étrangers la décoration de son église (1507-1512). A Gaillon, le cardinal d'Amboise fait venir des marbres de Gènes et Andréa Solario pour peindre les fresques de sa chapelle (1508). Un autre Italien décore vers 1512 une partie de la cathédrale d'Albi. A la môme époque, les Justi sont venus s'établir à Tours. Bientôt, après 1515, toute une génération d'artistes envahira la France. Le goût public est mûr pour un changement et, sous Tinfluence de Técole de Fontainebleau, Tart national va disparaître *. — Comme ils transforment Tart, les étrangers ouvrent des voies nouvelles à la pensée. L'humanisme est leur œuvre et dans cette découverte de l'antiquité, ils sont nos maîtres. C'est un Italien, Gregorio Tifernate, qui fait connaître l'hellénisme en France, et plus tard, ce sont aussi des Italiens, Beroaldo l'ancien, Fausto Andrelini, le poète de Louis XII, Vitelli, Girolamo Balbi qui raniment les études latines. Italiens encore Paul-

Emile de V^érone, qui écrit notre histoire de France, et le brillant Aleandre qui, en 1508, réunit « une immense armée » autour de sa chaire et, en 1513, est placé à la tète de l'Université. Autour de ces initiateurs se groupent déjà les apôtres de la culture nouvelle et, mêlés à des Français comme Budé et Tissard, l'Allemand Michel Hummelberg, l'Alsacien Ottmar Nachtgall. Après 1515, ce sont le Grec Musurus, puis en 1516, Agustino Giustiniano qui viennent professer à l'Université; en 1517, Henri Lorit (Glareanus), qui va ouvrir un pensionnat. A son tour, Erasme est appelé à Paris. Avec quel enthousiasme une jeunesse cosmopolite écoute ces maîtres à qui le talent, l'érudition, l'amour des lettres don-

\. Archives de l'art français, t. I, pp. 95-132. Gages des ouvriers italiens de Charles VIII. — P. Vitry, ouvr, cit., p. 131,

nent droit de cité * ! Dans cette fournaise d'idées, Italiens, Allemands, Espagnols, Scandinaves, écoliers de Bêle, de Zurich, de Cologne, de Louvain se rencontrent avec le fils du bourgeois ou du gentilhomme. Des princes, comme le fils du duc de Bavière, demandent leurs lettres de naturalité; des villes, comme Soleure, créent des bourses pour leurs étudiants*. De Paris, cette armée du travail se répand dans toute la France, à Orléans, à Toulouse, où elle va étudier le droit, à Montpellier, où elle apprend la médecine '. Comme au Moyen âge, la culture est internationale. Dans cette émulation universelle tous les rangs, toutes les patries sont confondus; les nationalités se perdent dans cette contemplation du beau que l'humanisme fait luire à Tunîvers des âmes.

Commerce, corporations, banques, universités, l'invasion étrangère pénètre partout. Elle s'infiltre dans les fonctions publiques, dans l'Église même, ou, malgré les efforts des parlements, elle place les siens dans quelques-uns des plus beaux bénéfices du royaume. A ces faits, nous pouvons mesurer maintenant son importance. Un élément nouveau est entré dans notre vie nationale. Il ne s'y infuse pas impunément comme une liqueur légère qui s'assimile et disparaît, mais bien comme une substance indélébile, qui circule, se répand,

Page 1