Quicherat, Ilist, du costume^ p
hommes et veut faire de son règne un perpétuel amusement. Sous l'empire de ces idées, on conçoit l'extraordinaire éclat du costume et de la parure. François donne l'exemple. Il gaspille ses finances en achats d'étoffes, de colliers d'or, de bagues, de diamants*. Comme lui, grands seigneurs, financiers, bourgeois riches se livrent à des prodigalités insensées*. Quant aux femmes, avec leurs robes amples de velours, de soie brochée d'or, leurs ceintures d'argent ou de vermeil, les pierres précieuses qu'elles mettent sur leur corsage ou les perles qu'elles entrelacent dans leurs cheveux, elles ressemblent à des châsses. Pour satisfaire leur goût, les achats de joyaux se multiplient. Diamants, rubis, émeraudes, deviennent un complément nécessaire de la parure. Au besoin, ils seront un capital et une réserve aux heures de gêne. Avec les soies, les toiles fines de Venise, ils forment la garde-robe indispensable d'une grande dame ou d'un riche'. Il faut lire dans les prédicateurs du temps les critiques acerbes décochées contre ces usages *. Mais pas plus que les édits, les moralistes n'ont réussi h convaincre personne. Une partie des nobles continuent h se ruiner en s'habillant.
Ces goiUs de bien-être se répandaient à leur tour dans les couches profondes de la bourgeoisie industrielle ou des paysans aisés. Dans ces familles, il n'est pas rare de trouver aux débuts du XVI* siècle, un mobilier d'une valeur de 100 livres. Ce sont d'abord des meubles, coffres ou bahuts, des plats ou des vases d'étain (jui ont remplacé la poterie de terre.
1. A. N., KK. 289, T' oOi, îiOO v", r.2I, etc., achats de colliers, de l)rodcries, de pierres précieuses pour Amboise et Blois. Nous avons mentionné les sommes versées aux orfèvres.
2. En 15 lo, à l'entrer du roi à Paris, le connétable de Bourbon a • une robe longue de drap d'or... • qui avait coûté 3 360 écus, c'est-à-dire 6120 livres. La robe est • fourrée de martres zibelines » et le • bonnet chargé de bagues jusques à la valeur de cent mille écus • Chr. de Mari 1 lac, p. 154.
'.\. et. la liste dos bijoux, d<^s robes, des fourrures de Mme (PAIbret, dans Luchaire (Alain le Grand, p. 53 et suiv.). 4. Samouillan. Olivier Maillard, in-8. 1891, p. 309.
Ce sont aussi des toiles plus fines que l'ancienne pièce en fils de chanvre, grossièrement tissée par quelque ouvrier local. Petit patron ou riche cultivateur veulent avoir des toiles de Hollande, des serviettes de Venise. Ils ont encore des robes fourrées et leurs femmes, tout comme les demoiselles, portent des ceintures ou des plaques d'argent*. Non moins que le témoignage des écrivains, les inventaires de cette époque nous signalent ces progrès du bien-être dans la portion aisée du peuple. Seul, le prolétariat urbain en demeura exclus.
Ainsi, dans cette société de la Renaissance, toute la vie matérielle est en progrès. Et comme elle est riche, la France est heureuse. Elle s'amuse : tournois, fêtes, pas d'armes pour les grands, mystères ou moralités pour le peuple, banquets et danses, réceptions de rois, do grands seigneurs, tout est décor, éblouisscment pour les yeux, repos pour l'esprit ^ Dans cette génération nouvelle qui grandit à la fin du XV® siècle, on sent la sécurité, la confiance en soi-même, la joie de vivre, la fin du songe malheureux qu'ont éprouvé les ancêtres, des affres formidables où s'est traînée la destinée humaine. Jamais la douceur de l'existence n'a été plus universellement sentie; jamais la foi à la puissance de l'homme et à la bonté des choses plus invinciblement partagée. — C'est toute une vie nouvelle qui apparaît. Mais c'est encore un idéal qui s'ébauche. Le mouvement économique va rejoindre le mouvement intellectuel, et tous deux, utilitaire et humain, vont donner aux pensées comme à la conduite un autre cours.
1. E. Drot, liccueil de documents tirés des anciennes minutes de notaires. Paris, 1903, p. 11. Inventaire d'un boucher (12 juillet 1503).
2. M. de Maulde a bien montré cet état général de Tesprit public. (Les origines de la Révolution fran^- aise au commencement du XVI'' siècle. Paris, 1889, Ghap. i).