‹ Les origines de la réformeChapitre 124 sur 198 · A. N., X»' 8609, f« 103 V (23 mars · texte numérisé non relu

A. N., X»' 8609, f« 103 V (23 mars

la création des parlements de Normandie ou de Provence *. A Rouen, deux présidents sur quatre et treize conseillers sur vingt-huit; à Aix, quatre conseillers sur onze doivent être clercs. En fait, pour rétablir l'équilibre, le roi appelle les hauts dignitaires ecclésiastiques dans les cours souveraines. Des évoques siègent au Conseil privé et au Grand conseil*. Aux Comptes, en 1494 (12 septembre), l'office de président lui a été donné à R. Briçonnet, quoique archevêque de Reims, et, le 12 novembre 1495, à Guillaume Briçonnet, évêque de Lodève'. Dans les parlements, le roi élargit la place faite aux évêques, soit qu'il crée en leur faveur des offices extraordinaires, soit qu'il leur donne des lettres d'entrée avec voix délibérative. Tel est le privilège reconnu, par exemple, à Paris, à la plupart des anciens conseillers-clercs promus à l'épiscopat. Tour à tour, l'archevêque de Narbonne, celui de Sens, celui de Bourges, l'abbé de Cluny, de 1484 à 1498, reçoivent le droit de siéger*. A Rouen, Louis XII confirme à l'archevcque le titre de conseiller-né à l'Echiquier. A Toulouse, un des évêques du Languedoc siège toujours au parlement. A Aix, des lettres royales introduisent à la Cour successivement l'archevêque d'Aix comme premier conseiller (1509), l'évêque de Vence (1513), l'évêque de Riez (1516). Il ne semble pas que ces choix aient soulevé la moindre opposition \

{, Isambert, XI, p. 395. Jd., p. 422.

2. A. N., V6. Grand conseil, 1042-1043. En juillet 1498, les cardinaux de Gurck.de Reims, de Luxembourg, les archevêques de Sens, Aix, Bourges, Embrun, les évêques du Puy, de Coulances, Avranches, Lodève et Luçon. (Ce dernier assiste à la plupart des délibérations suivantes.) En 1503, les évêques de Sens et d'Angoulême (18 juin, 9 sept). En 1506, ceux de Sens, Aix, Paris, Autun (26 sept). En 1508, les évêques de Sens, Angoulême, Nevers (16 mai); le légat, les cardinaux de Prie et d*Albi (iO oct.), etc. Uassislance des évêques est d'ailleurs irrégulière.

3. A. N., P. 2302, r 271. En 1483, l'évêque de Lombez est président des généraux de la justice des aides.

4. X»* 1492, f 218 v°. — Id., 1498, f 19. — Id., 1502, ^ 133. — /d., 1504, f 73.

5. A. D., Seine-Inférieure. Échiquier. Conseil, 1507-1508 (3 avril 1508).

Ce rôle public, les prélats le remplissent plus fréquemment encore dans les affaires politiques. L'un d'eux, l'évcque de Lombez, a eu la présidence des Etats généraux

de 1484; celle des Etats de Languedoc appartient toujours à un des évêques de la province. Mais ce fut la royauté même qui fit appel à leurs services et leur confia les plus hautes fonctions administratives du pays. Entouré d'évêques ou d'abbés, le roi choisit fréquemment parmi eux

ses commissaires. Il les délègue aux Etats, pour réclamer des subsides, aux cours souveraines, pour porter des ordres ou des remontrances*. Quand Louis XII veut faire connaître au Parlement son programme politique, il lui envoie levêque d'Albi et du Bouchage (15 mai 1498)*. C'est enfin parmi les évoques que la royauté choisit fréquemment ces lieutenants généraux qui sont, dans les provinces, ses vrais représentants. Louis XI a déjà appliqué ce système que continuent ses successeurs. En Bourgogne, l'évêque de Langresest lieutenant général de 1480 à sa mort (1484). En Languedoc, quatre évêques, de 1466 à 1510, se succèdent dans cette charge, ceux du Puy, de Mende et les deux Louis d'Amboise d'Albi. Georges d'Amboise exerce les mêmes fonctions en Normandie; Pierre Filhol, archevêque d'Aix, en Pro*

Id.. Haute-Garonne. B. 8, f- 174. I(L, lî.-du-Rhône, B. 3310 6m, f 85, f* 230, f« 348. — A Toulouse, le roi nomme encore des prêtres parmi led conseillers-lais. Haulc-Garonne, B. 11, f* 001. Protestation du parlement (11 mai i:)02). Lorsque François I" institue, en 1519, la Chambre criminelle il ne la compose que de Inis. Mais le parlement demande que sur les huit conseillers civils nouvellement créés, quatre soient clercs, /f/., B, n. f- 3% (27 mai 1519). — A Dijon, révoque d'Autun reçoit en 1507, le droit d'assisler et d*opiner aux séances du parlement (A. D., B. 12074, f« 77.)

1. Voir notamment aux ÎUats du Puy, en irîOO, de Montpellier, on 1511. Les orateurs sont Tévèque de Montauban et l'évoque de Nîmes. I/évrque d'Albi est commissaire royal aux États du 12 janvier et du 25 octobre 1512, rarchevéque d'Aix, aux Étals de 1513 et 1515.

2. A. N., X'' 1504, f- 08. — Le 10 avril 1499, ce sont les évi^ques d'Albi et de Luçon qui portent à la Cour la grande ordonnance sur la justice* ra., 150t, f«28G.

vcnce *. Comme l'administration, la diplomatie est presque entièrement entre leurs mains. Nos meilleurs diplomates, Villiers, sous Charles VIII, Vultan, Seyssel, Sacîergue, Saint Moris, sous Louis XII, sont des clercs^. Jurisconsultes, financiers, administrateurs, hommes de cour et hommes de guerre, les évêques ne forment pas seulement le corps directeur de l'Eglise; ils sont un des conseils de l'Etat. Avec Georges d'Amboise, ils gouvernent la France.

11 en est des classes sociales comme des êtres vivants. Celle qui ne s'adapte pas au milieu dépérit et meurt. A la fin du Moyen âge, grâce à celte puissance de transforma tion dont elle a le secret, TEgliso est entrée dans le système monarchicjue. Sans doute ladaplation n'est ni complète, ni générale. L'Eglise reste toujours féodale par sa structure intérieure, et cet état sera une des causes de ses désordres. Mais elle a du régime nouveau les idées, l'esprit et les tendances. Elle le sert comme il la sert. 11 était naturel qu'elle s'y fît place. Si elle a pu restaurer si aisément sa puissance économique comme sa puissance politique, c'est qu'étant un corps religieux elle reste aussi un corps social. Elle est étroitement unie à son milieu, non seulement par ses croyances, mais par ses intérêts, par ses droits légaux, mais par ses services. Quand une société a sa vie si profondément mêlée à la vie d'un peuple, elle a un titre imprescriptible à la durée. Sa force lui vient autant de son action publique que de ses privilèges. Dans cette France monarchique, le clergé a

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